‹ Répertoire général du théâtre françaisChapitre 277 sur 280 · LE COMTE, CLÉ ON · texte numérisé non relu

LE COMTE, CLÉ ON

CLÉ on, allant au-devant du comte > qui veut l'éviter. Cher ami ! savez- vous jusqu'où va ma disgrâce?

Déjà de mon malheur tout le monde se lasse.

Je n’ai plus d’amis.

le comte , en souriant.

Quoi ! pensiez- vous en avoir?

CLÉ ON

Ah ! que je m’abusois !... J’en suis au désespoir.

LE COMTE

Modérez, croyez-moi, cette douleur profonde.

Ce qui se passe ici n’est que le train du monde.

Vous vous êtes trompé jusqu’à ce triste jour ,

En vous imaginant qu’on vous faisoit la cour. *

Ce n’étoit point à vous, c’étoit à vos richesses.

On vouloit partager vos plaisirs, vos largesses.

On trouvoit tout chez vous : on n’y trouve plus rien ;

Et l’on perd ses amis en perdant tout son bien. . .

Le monde est fait ainsi, j’en ai l’expérience.

Suivez donc le torrent, et prenez patience.

CLÉON

Étiez-vous donc aussi de ces amis trompeurs?

LE COMTE

Moi?... j’étois comme un autre au rang de vos flatteurs... Mais vous n’en aurez plus. Grâce à votre misère,

Chacun à votre égard va devenir sincère.

CLÉON

El* quoi ! m’attendiez-vous à cette extrémité Tour m’oser librement dire la vérité?

LE DISSIPATEUR

LE COMTE

O11 11e se fait aimer que par les complaisances... Mais 11e vous plaignez plus des fausses apparences. Si ce qu’on dit est vrai... je ne suis pas un sot...

On m’a berné pourtant comme un franc idiot...

Les plus fins sont trompés; et celte indigne veuve, Qui vous a tout ravi , m’en fait faire l’épreuve,

CLÉ ON

Comment ?

LE comte.

Je l’adorois. Sur un espoir flatteur.

J’ai tâché par vos dons de m’acquérir son cœur.

Je les sollicitois, de concert avec elle ;

Mais ils ne m’ont acquis qu’une haine mortelle,

Et l’indignation, les rebuts, les mépris,

Des efforts que j’ai faits viennent d’être le prix.

Je vous en fais l’aveu, pour vous faire connoître Que le cœur le plus faux, le plus dur, le plus traître, Ee plus intéressé que le ciel ait formé,

Est celui de l’objet dont vous étiez charmé.

L’afdeur de s’enrichir est tout ce qui l’occupe,

Et j’ai la rage au cœur de me trouver sa dupe. Êtes-vous donc surpris si vous l’avez été.

Comme de vos amis? Tout n’est que fausseté.

Qui croit s’en garantir, grossièrement s’abuse;

Elle règne partout, et voilà mon excuse...

Adieu.

(Il sort.)

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