SCÈNE XXI
JULIE, entrant doucement et écoutant , d’abord j. dans le fond ; CLÉON.
CLÉon, se croyant seul.
J e suis abandonne' , trahi , déshérité' ;
Et , pour comble de maux , je l’ai bien mérité. . . .
Compter sur des amis , quelle étoit ma folie !
Je leur pardonne à tous.. ..Mais, vous, mais, vous, Julie, Vous que j’ai tant aimée , et que j’adore encor, Pouvez-vous me livrer aux rigueurs de mon sort?... C’est là ce qui me tue!... Une fausse inconstance A-t-elle mérité cette horrible vengeance ?
Les fureurs d’un amant , par vous-même abîmé , Devroient-elles ? . . . Jamais vous ne m’avez aimé.
L’effet confirme trop un si juste reproche...
Jouissez de ma mon; je la sens qui s’approche...
{Il se lé ve, ei tire son épée.) Qu’elle vient lentement!... U faut la prévenir ;
Et , grâce à ma fureur, mes tourments vont finir. . . .
(1/ veut se frapper .)
LE DISSIPATEUR
JULIE, ta retenant.
Que faites-vous , Cléon ?
clé ON.
O ciel ! c’est vous, Julie?
C’est vous qui m’empêchez de m’arracher la vie ? Pourquoi ce soin?... Songez qu’il ne me reste rien.
JULIE
Ingrat! vous avez tout, puisque j’ai votre bien.
Lorsque vous m’accusiez d’une âme intéressée ,
Que ne pouviez- vous, lire au fond de ma pensée !
J’ai tâché de yous perdre , afin de vous sauver ;
Et vous ai tout ravi , pour vous le conserver.
A votre aveuglement c’étoit le seul remède.
Vous êtes maître encor de ce que je possède.
Mon cœur, mon tendre cœur vous l’offre avec transport 1. . Il ne sauroit sans vous goûter un heureux sort.
Vous êtes le seul bien qu’il estime, qu’il aime ;
Il vous rend tout le vôtre, et se livre lui-même. Recevez-le , Cléon', en recevant ma foi ;
Vivez heureux, content, et vivez avec moi.
cléon, se jetant aux pieds de Julie .
Adorable Julie !.. ah ! vous me percez Pâme !..
J’adorois vos appas, votre vertu m’enflamme.
Elle me fait mourir de honte et de regret!
julie, te relevant.
Levez- vous.... Grâce au ciel,. j’ai trouvé le secret De guérir vos erreurs , de vous rendre à vous-même Et de vous faire voir à quel point je vous aime...
Allons chercher mon père... Instruit de mon dessein Il va vous assurer et mon cœur et ma main.
Votre oncle en est charmé.... Mon frère l'entre en grâce De nos divisions lu discorde se lasse ;