‹ Répertoire général du théâtre françaisChapitre 6 sur 280 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Pour moi7 j’aimerqîs mieux vivre eu un monastère, Jeûner, prier, veiller, et parler tout mon soûh An iste , se levant.

Parlez, morbleu I parlez; je ne suis pas si fou Que de vouloir tenir vos langues inutiles :

Sur un point, seulement, quelles soient immobiles; Ce n’est que sur ce point que je l’ai prétendu.

FINETTE

Oui; mais ce point, monsieur, c’est le fruit défendu; Et voilà justement ce qui nous affriande.

Paimi vingt bons ragoûts, la plus grossière viande, Que l’on me défendroit constamment de goûter, Seroit le seid morceau qui pourroit me tenter.

«iugéz, après cela, si je n’ai pas la rage De parler librement sur votre mariage.

AniSTE.

Quel travers ! Quel esprit de contradiction !

Quel fonds d'intempérance et d'indiscrétion !

Voilà les femmes.

FINETTE

Soit. Mais, telles que nous sommes, Avec tous nos défauts nous gouvernons les hommes , Meme les plus huppés ; et nous sommes l’écueil Ou viennent échouer la sagesse et l’orgueil.

Vous ue nous opposez que d’impuissantes armes Vous avez la raison , et nous avons les charmes.

Le brusque philosophe, en ses sombres humeurs, Vainement contre nous éiève ses clameurs ;

Ni son air renfrogné, ni ses cris, ni ses rides,

Ne peuvent le sauver de nos yeux homicides. Comptant sur sa science et ses réflexions,

Il se croit à l’abri de nos séductions.

Théâtre. Cojîi. en vers. ^7.

Une belle paroît , lui sourit, et l’agace :

Crac... au premier assaut elle emporte la place.

Ap.iste, a part.

'Voilà prédisément mon histoire en trois mots.

FINETTE

Je brûle de vous voir trois ou quatre marmots Tiraillant autour de vous; et vous-même, en cachette. Jouant à cache-cache, ou bien à climussette.

Aris.te, a part.

La friponne a raison de rire h mes dépens.,

Et scs discours malins sont remplis de bon sens. (Haut.)- .

Faisons trêve, de grâce, à tout ce badinage.

Je veux, encore un temps, cacher mon mariage,

Pour n’être point privé de la succession D’un oncle dont le bien fait mon ambition.

FINETTE

Quoi ! voue ambitieux ? Je vois qu’un philosophe Est fait comme un autre homme, et de la même étoile. Et qu'avez-vous donc fait de ces beaux sentiments Que vous nous étaliez, monsieur, à tous moments ?

<c Le comble, disiez-vous, de toutes les jfoibl esses,

« C’est de ne point guérir de la soif des richesses.

« Que cette hydropisie a fait de malheureux I « Mais pour moi , ira fortune a surpassé mes vœux ;

« Un trésor de vertus est le seul où j’aspire ,

« Et mon cœur, pour l’avoir, céderoit un empire. »

Et zeste , si quelqu’un vous pouvoit prendre au mot , Vous diriez : serviteur, je ne suis pas si sot.

ABISTE.

Tu te trompes. Je suis dans les mêmes maximes,

Mais je sais leur donner des bornes légitimes;

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