A LA REINE RÉGENTE
ÀDAME,
Quelque Connoissarice que j’aie Je ma foiblesse ,
quelque •profond* respect qu’imprime Votre Ma-
jesté dans les âmes de ceux qui l’appioclrent, j’a-
IO ' ' tPITRE
vou<*quc je me jette à*ses pieds sans timidité* et sans défiance; et rji» je me «tiens assuré de lui plaire, parce que je suis assuré de lui parler de ce qu’elle aime le mieux. Ce n’est qu’juie pièce de théâtre que je lui présente, mais qui l’entretiendra de Dieu : la dignité de la matière est si haute, qije l’impuissanc^de l’artisan ne la peut ravaler; et votre amc royale se plaît trop ù cette sorte d’entretien pour s’offenser des défauts d’un . ouvrage où elle rencontrera les délices de son cœur. C’est par-lit, Madame, que j’espère obtenir de Votre Majesté le pardon du long temps que j’ai attendu Ù lui rendre cette sorte d’hommage. Toutes les fois que j’ai mis sur notre scène des vertus moraléfc ou politiques, j’en ai toujours cru les tableaux trop peu dignes de paroi ye devant elle-, "quand j’ai considéré qu’avec quelque soin que je les pusse choisir daus l’histoire, et quelques ornemens dont l’artifice les put enrichir , elle en voyoit de plus grands exemples dans ellemême. Pour rendre “les choses proportionnées , il falloit aller à la plus haute espèce, et n’entreprendre pas de rien offrfr de cette nature à une. reine très-chrétienne, et qui l’est beaucoup plus
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DEDIC ATOIRE.
encore par ses actions que par son titre, à moins que de lui offrir un portrait des vertus chrétientés dont l’amour et la gloire de Dieu formassent les plus beaux traits , et qui rendît les plaisirs qu’elle, y pourra prendre aussi propres à exercer sa piété qu’à délasser son esprit. C’est à cette extraordinaire et admirable piét<|j Madame , que la F rance
est redevable fies bénédictions qu’elle voit tom-
bèr sur les première(*armes de son Toi ; les heureux succès qu’ellfes ont obtenus e^Sont les rétributions éclatantes, et des coups du ciel qnj répând abondamment sur tout le royaume les récompenses et les grâces que votre majesté a méritées.
Notre perte sembloit infaillible après celle de notre grand monarque, toute l’JEurope avoit déjà pitié de nous, et s’imaginoit que nous nous allions précipiter dans un extrênïe désordre , parce qu’elle bous voyoit dans une extrême désolation : cependant la pindence et le? soins de vôtre ma* jesùi, les bons conseiîs qu’elle a pr^s, les grands courages qu’ellfe a choisis pour les exécuter, ont agi si puissifcrment da$f& tço^tas besoins* d^l’Étaf , que cette première année de sa régéncg»a non-seulement égaïe lès plus glorieuses de l’autre
* * , ia rri.TRE
rogne, mais» même effacé, par la prise de T&ion-
‘ v* , le souvenir du malheur qui , devant Ses
murs, avoit interrompu une. si longue^ suite de
victoires. Permettez que je me laisse emporter
au ravissement que me donne cette pensée, et
* que je m’écrie dans ce transport : '
Que vos soins, grande reine, eufantent de miracles! Bruxelles cl Madrid en sont tout Interdits ; lit si nolic Apollon ne les avoit prédits,
J'aurois nioi-m^mc osé douter doses oracles.
Sous vos comrnandemens on force. tous obstacles} On porte l’épouvante aux. coeurs les plus liardis; El par des coups d'essai vos Etats agrandis Des drapeaux ennemis font d’illustres spectacles. *
La Victoire elle-même accourant à mon roi,
Et mettant à scs plt^jb Xhionville et Rocroi,
Fait retentir ccs vers sur les bords de la Seine :
France, attends tout d'un régne ouvert' eu triomphant.,
Puisque tu vois déjà les ordres <4e » reine
Faire un foudre en tes mains des armes d’un enfant.
Il ne faut point douter que des commence-
hieas si merveilleux ne soient soutenus par des progrès encore plus KtOntfaus; Dieu ne laisse
D LDI CAT O IRE.
point ses ouvrages imparfiÿts; il les aclievera ,
Madame, et rendra non-seulomcnlla régence de
votre majesté, mais encore toute sa vie, un eu- } * ^ '
cliaînement continuel de prospérités. Ce sont les vœux de toute la France; cl ce sont ceux que fait avqc le plus de zèle,
MadViue,
Dc^V otrr Majesté.
Le très-humble, très-obéissant et très-fidèle serviteur et sujet,
P. Corneille»
PERSONNAGES
FÉLIX, sénateur romain, gouverneur d’Arménie. POLYEUCTE , seigneur arménien, gendre de Fétrç, , »-
SEVERE, chevalier romain, favori de l’empereur Décie.
NEARQUE, seigneur arménien, ami dePolyeucte.
PAULINE, fille de Félix et femme dePolyeucte. STRATONICE, confidente de Pauline.
ALBIN, confident de Félix. m
FÀBIAN ^domestique de Sévère. •
CLÉON, domestique de Félix. * *
Trois Gardes.
La scène est.à Mélitène, capitale d’Arménie, dans lg palais de Félix.
POLYEUCTE