‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 53 sur 269 · FEUX, ALBIN, CLÉON · texte numérisé non relu

FEUX, ALBIN, CLÉON

FELIX

'Albin , as-tu bien vu la fourbe de Sévère?

As-tu bien vu sa 1 haine et vois-tu ma misère 1 ?

Je n’ai vu rien en lui qu’ün rival généreux,

Et pe vois rien en vous qu’un père rigoureux.

;.L ■’ * FÉLIX

Que tu discernes mal le cœur d’avec la -mine Dans l’arae'il liait Félix et dédaigne Pauline;

Etj s’il l’aima jadis, il çstime aujourd’hui Les restes d’un rival trop indignes de lûi.

Il parle en sa faveur, il me prie, il menace,

Et me perdra, dit-il, si je ne lui fais grâce ; «

Tranchant du généreux, il croit m’épouvanter. L’artifice est trop lourd pour ne pas l’éventer.

Je sais des gens de cour quelle est la politique; J’en connois mieux que lui la plus fine pratique. C’est en vain qu’il tempête, et feint d’être en fureur: Je vois ce qu’il prétend auprès de l’empereur.

De ce qu’il me demande il m’y fero||. un crime; Epargnant son rival^je serois sa .victime y

PO LKEUCf E, ACTE V, SCENE I. 83 Et s’il avôil affaire à quelque maladroit,

Le piège est bien tendu, sans doute il le perdroit : Mais'un vieux courtisan est un peu moins crédule ; ^ II voit quand on le joue, et quand ou dissimule; Et moi j’en ai tant vu de toutes les façons;

Qu’à lui-même au besoin j’en ferois des leçons.

ALBIN

* Dieux! que vous vous gênez par cette défiancé !

FEI.l X.

Pour subsister en cour c’est la haute science. Quand un homme une fois a droit de nous haïr, Tious devons présumer qu’il cherche à nous trahir : Toute son amitié nous doit être suspecte.

Si Polyeucte enfin n’abandonue sa secte,

Quoi que son protecteur ait pour lui dans l'esprit^ Je suivrai hautement l’ordre qui m’est prescrit.

ALBIN

Grâce, grâce, Seigneur, que Pauline l’obtieune! FÉLIX.

Celle de l’empereur ne suivroit pas la mienne*

Et loin de le tirer de ce pas dangereux, ’

Ma bonté ne feroit que nous perdre tous deux.

ALBIN

Mais Sévcre promet... *

Alix... • ^

V Albin , je m’en défieyàt. .

Et connois mieux que, lui Ta haine de Décie).

En faveur des chrétiens s’il choquoit son courroux» •Lui-même assurément se perdrdjt avec nous.

Je veux tenter pourtant encore une autre voie* Amenez Polyeucte ; et si je le renvoie,

S 4 POLTF.ÜCT*'..

S’il .demeure' insensible à cedevnier-efFort,

Au sortir de ce lieu qu’on lui donne la moft.

v ALBIN,

Vôtre ordre est rigoureuiî

félix. ’ • ,

^ . • „ * Il faut que je le suive,

Si je veux empêcher qu’114 désordré n’arrive. » Je 1 vois le peuple ému pour prendre son parti;

Et toi-même tantôt tu m’en as averti :

Dans ce zèle pour lui qu’il fait déjK paraître,

Je ne sais si long-temps j’en pourrais être maître; Peut-être dès demain, dès la nuit, dès ce soir,

J’en verrais des effets que je ne veux pas voir;

Et Sévère aussitôt courant à sa vengeance M’iroit calomnier de quelque intelligence.

Il faut rompre ce coup qui me serait fatal.

ALBIN

Que tant de prévoyance est un, étrange mal!

Tout vous nuit, tout vous perd, tout v*ous fait de l’ombrage : Mais voyez que sa mort mettriT ce peuple en ragé; Que ç’est mal le guérir que le désespérer.

FÉLIX

En vain après sa mort il voudra murmurer :

Et s’il ose venir à quelque violence,

C’est bt faire à céder deux jours à l’insolence: J’anrai lait mon devoir, quoi qu’il puisse arriver. Mais Polveucte vient, tâchons à le sauver.

Soldats,- retirez-vous, et gardez-bieu la porte.

-Jt]'

Page 1