‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 140 sur 187 · SERTVORIUS. ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

SERTVORIUS. ACTE II, SCENE I

Pisrlui... Mais j’aurois tort d’instruire ton adresse}

Moi qui connois ton zèle à servir ta princesse.

TttAîIIRE.

Madame, en ce héros tout est illustre et grand;

Mais à parler sans fard, votre amour me surprend; - 11 est assez nouveau qu’un homme de son âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage,

Et que d’un front ridé les replis jaunissans jk Trouvent l'heureux secret de captiver les sens.

Ce ne sont pas les sens que mon amour consulte : »

Il hait des passions l’impétueux tumulte ; * «•

Et son feu, que j’attache aux soins de ma grandeur, Dédaigne toutmélange avec leur folle ardeur.

.J’àimeen Sertorius ce grand art de la guerre Qui soutient un banni contre toute la terre ;

J’aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers'/ Ce front qui fait trembler les plus braves guerriers,

Ce bras qui semble avoir la victoire en partage! L’amour de la vertu n’a jamais d’veux pour l’âge Le mérite a toujours des charmes éclatans ;

Et quiconque peut tout est aimable en tout temps;?

Mais, Madame, nos rois, dont l’amour vous irrite, H’ont-ils tous ni vertu, ni pouvoir , ni mérite?

Ef dans votre parti se peut-il qu’aucuu d’eux N’ait signalé son nom par des exploits fameux ? fcelui des Tardetans, celui des Celtibères, *

Souticndroient-ils si mal le sceptre de vos pères.;'.

•Contre des rois comme eux j’aimerois leur soutien ; Mais contre des romains tout leur pouvoir n’cst rien.’ Rome seule aujourd’hui peut résister à Rome<

Il £aut pour la braver qu’elle nous prêle un liomme, .Et què son propra saug en faveur de ces lieux Balance les destins et protège les dieux, s. <*. Depuis qu’elle a daigné partager nos provinces;

Èt de sou amitié faire honneur à leurs princes,

• Sous uu si haut appui nos rois humiliés '* * .

* TS’ont été que sujets sous le nom d’alliés :

Et ce qu’ils ont osé contre leur servitude

L Pÿ’en a rendu le joug que plus fort et plus rude. ‘ - Qu’a fait Mandonius , qu’a fait Indibilis ,

Qu’y plonger plus avant leurs trônès avilis,

Et voir leur lier amas de puissance et de gloire . Brisé contre l’écueil d’une seule victoire £ t Le grand Viriatus, de qui je tiens le jour,

D’un sort plus favorable eut un pareil retour, ïl délit trois préteurs , il gagna dix batailles,

11 repoussa l’assaut de plus de ceut murailles; t Et de Scrvilius l’astre prédominant . »■ «►

‘•Dissipa tout d’un coup ce bonheur étonnant.

■ Ce grand roi fut défait,, il en perdit Ja vie, .«

Et laissoit sa couronne à jamais asservie,

Si , pour briser les fers de son peuple captif,

Rome n’eût envoyé ce noble fugitif.

Depuis que Son courage à nos destins préside,*

Un bonheur si constant de nos armes décide* * *•'. • Qne deux lustres de guerre assurent nos climats:- Contre ces souverains de tan t de potentats, -

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EOeur laisscnl'à peine, au bout de dix annéés/ l'o ur se couvrir de nous l’ombre des Pvrénées.

JNos rois 1 , sans ce héros, l’un de l’autre jaloux, - Du plus heureux saus cesse auroient rompu les coiips, Jamais ils n’auroient pu choisir entre eux un maître.

TH AMIRE.

«Mais consentiront-ils qu’un romain puisse l’être ?

VIRIATE

Il n’en prend pas le titre, et les traite d’égal : x - Mais, Thamire /après tout, il est leur général;

Us combattent sous lui , sous son ordre ils s* unissent,' ! Et tous ces rois de nom en effet obéissent,

Tandis que de leur rang l’inutile fierté 'K 'S’applaudit d’une vaine et fausse égalité.

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