ACTE I, SCENE (II
ÏJ
TBFir •.
D. AL VA R
Madame...
DON A ISABELLE
C’est assez. Que chacun prenne place.
[Ici les trois reines prennent chactineun fauteuil ; et après que les trois comtes et le reste des grands qui sont présens se sont assis sur des bancs préparés exprès, Carlos , y voyant une place vide, s'y veut seoir, et don Manrique C en empêche.) »
D. MANRIQUE
Tout beau , tout beau , Carlos ! d’où vous vient eette audace! ^
Et quel titre en ce rang a pu vous établir ?
c A rl os.
J’ai vu la place vide, et cru la bien remplir. ^ ,
D . MANRIQlï.
Un soldat bien remplir une place de comte ! i A
CARLOS
Seigneur, ce que je suis ne me fait point de honte.
Depuis plus de six ans il ne s’est fait combat Qui ne m’ait bien acquis ce grand nom de soldat.
J’eu avois pour témoin le feu roi votre frère,
Madame; et par trois fois.... • . ,
D. MANRIQUE. '
Nous vous avons vu faire, < ;
Et savons mieux que vous ce que peut votre bras,
Vous en êtes instruits, et je ne le suis pas;
Laisscz-lc me l’apprendre. 11 importe aux monarques Qui Veulent aiix vertus rendre de dignes marques
Mzed by Gbogle
i3a don sÀNCnE.
De les savoir connoître, et ne pas ignorer Ceux «l’entre leurs sujets qu’ils doivent honorer.
D. MANRIQUE
Je ne me croyois pas être ici pour l’entendre.
DORA ISABELLE
Comte, encore une fois, laissez-le me l’apprendre : ftousauronstempspourtout.Etvous, parlez, Carlos. CARLOS.
Je dirai qui je suis, Madame, en peu de mots.
On m’appelle; soldat : je fais gloire de l’être ;
Au feu roi par trois fois je le fis bien paroître. L’étendard de Castille , à ses yeux enlevé ,
Des mains dos ennemis par moi seul fut sauvé ' <
Cette seule action rétablit la bataille,
Fit rechasser "le Maure an pied de sa muraille ;
HL '* rendante courage aux plus timides cœurs ,
«appela les vaincus \ et défit les vainqueurs.
Ce même roi me vit dedans l’Andalousie Dégager sa personne en prodiguant ma vie,
fl
Quand, tout percé de coups sur un monceau de mort^,
Je lui fis si long-temps bouclier de mon corps ,
Qu’ enfin autour dedui ses troupes ralliées ,
Celles qui l’enfermoient furent sacrifiées;
Elle même escadron qui vint le secourir Le ramena vainqueur, et moi près de mourir.
Je montai le premier sur les murs de Sqville ,
Et tins la brèche ouverte aux troupes de Castille. Je ne vous parle point d’assez d’autres exploits Qui n’ont pas pour témoins eu les yeux de mes rois. Tel me voit , et m’entend , et me méprise encore, Qui gémirait sans moi dans les prisons du Maure.
JM
ïcri i, sceve ni.
D. MANRI QUE.
j^ous parlcz-Vous ^ Carlos , pour don Lopc et pour moi?
CARLOS
Je parle seulement de ce qu’a vu le roi ,
Seigneur ; et qui voudra parle à sa conscience.
Voilà dont le feu roi me promit récompense ;
Mais la mort lç surprit comme il la résolvoit.