DONA ISABELLE, BLANCHE
DONA ISABELLE
Blanche , as-tu rieu connu d’égal à ma misorc?
Tu vois tous mes désirs condamnés a se taire,
Mon cœur fait un beau choix sans l’oser accepter,
Et nourrir un beau feu sans l’oser écouter. *' Vois par là ce que c’est , Blanche , que d’être reine. Comptable de moi-même au nom de souveraine,
Et sujette à jamais du trône où je me voi, ■; J 1 Je puis tout pour tout autre, et ne puis rien pour moi. O sceptres! s’il est vrai que tout vous soit possible, Pourquoi 11e pouvez-vous rendre un cœur insensible? Pourquoi permettez-vous qu’il soit d’autres appas, Ou que l’on ait des yeux pour ue les croire pas?
BLANCHE
Je présumois tantôt que vous les alliez croire ;
J’en ai plus d’une fois tremblé pour votre gloire.
Ce qu’à vos trois amans vous avez fait jurer Au choix de don Carlos sembloit tout préparer :
' Je le nommois pour vous. Mais enfin par l’issue Ma crainte s’est trouvée heureusement déçue; L’effort de votre amour a su se modérer ;
Vous l’avez honoré sans vous déshonorer,
DON SANCHE. ACTE II, SCENE I. l4l
Et satisfait ensemble , en trompant mon attente,
La grandeur d’une reine et l’ardeur d’une amante.
DONA ISABELLE. 4 ' -J
Dis que, pour honorer sa générosité,
Mon amour s’est joué de mon autorité ,
Et qu’il a fait servir, en trompant ton attente,
Le pouvoir de la reine au courroux de l’amante. D’abord, par ce discours qui t’a semblé suspect,
Je voulois seulement essayer leur respect ,
Soutenir jusqu’au bout la dignité de reine,
Et, comme enfin ce choix me donuoit de la peine, Perdre quelques momens, choisir un peu plus tard. J’allois nommer pourtant, et nommer au hasard : r Mais tu sais quel orgueilont lors montré les comtes, Combiend’alfronspourlui, combien pour moi de hontes Certes, il est bien dur à qui se voit régner De montrer quelque estime, et la voir dédaigner. Sous ombre de venger sa grandeur méprisée, L’amour à la faveur trouve une pente aisée :
A l’intérêt du sceptre aussitôt attaché,
Il agit d’autant plus qu’il se croit bien caché,
Et s’ose imaginer qu’il ne fait rien paroître •
Que ce change de nom ne fasse méconnoître.
J ai fait Carlos marquis, et comte, et gouverneur :
11 doit à ses jaloux tous cesi titres d’honneur :
M’en voulant faire avare, ils m’en faisoient prodigue: Ce torrent grossissoit, rencontrant celte digue :
C’étoit plus les punir que le favoriser.
L’amour me parloit trop, j’ai voulu l’amuser }
Par ces profusions j’ai cru le satisfaire , ^
Et l’ayant satisfait, l’obliger à se taire :
l' 2 DOX S ANCHE.
Mais, hélas! eu mon cœur il avoit tant d’appui,
Que je n’ai pu jamais prononcer contre lui,
Et n’ai mis en ses mains ce don du diadème Qu’afm de l’obliger à s’exclure lui-mème.
Ainsi pour appaiser les murmures du cœitr,
Mon refus a porté les marques de faveur ;
Et revêtant de gloire un invisible outrage,
De peur d’en faire un roi je l’ai fait davantage : Outre qu’indifférente aux vœux de tous les trois J’espérois que l’amour pourroit suivre son choix, Et que le moindre d’eux, de soi-même estimable, Recevroit de sa main la qualité d’aimable.
Voilà, Blanche, où j’en suis; voilà ce que j’ai fait : Voilà les vrais motifs dont tu voyois l'effet :
Car mon ame, pour lui quoiqu’ardemment pressée, 3Se sauroit se permettre une indigne pensée ;
Et je mourrois encore avant que m’accorder Ce qu’en secret mou cœur ose me demander.
Mais enfin je vois bien que je me suis trompée De m’en être remise à qui porte une épée,
Et trouve occasion, dessous cette couleur,
De venger le mépris qu’on fait de sa valeur.
Je devoispar mon choix étouffer cent querelles : Et l’ordre que j’y tiens en forme de nouvelles,
Et jette entre les grand#, amoureux de mon rang, Une nécessité de répandre du sang.
Mais j’y saurai pourvoir.
BLANCHE
C’est un pénible ouvrage D’arrêter un combat qu’autorise l’usage y
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