PRÉFACE
On rapporte , dans la Bibliothèque des théâtres, qu’Ariane fut faite èn quarante jours. Je ne suis* pas étonné de cette rapidité dans un homme qui a l’habitude des vers , et qui est plein de son sujet. On peut aller vite quand on se permet des vers prosaïques, et qu'en sacrifie tous les personnages à un seul. Cette pièce est au rang de celles qu’on joue souvent , lorsqu’une actrice veut se distin-" guer par un rôle capable de la faire valoir. La situation est très -touchante. Une femme qui a tout fait pour Thésée, qui l’a tiré du plus grand péçil , qui s’est sacrifiée pour lui , qui se croit ainiée , qui mérite de l’être , qui se voit trahie par sa sœur, et abandonnée son amant, est un des plus heureux sujets de l’antiquité. Il est bien plus intéressant que la Didon de Virgile; car Didon a bien moins fait pour Enée , et u’est point trahie par sa sœur : elle n’éprouve point d’infidélité , et il n’y avoit peut-être pas là de quoi se brûler. • - V 4 v v , ; -
U est inutile d’ajouter que ce sujet vaut infiniment mieux que celui deMédée.Une empoisonneuse , une meurtrière ne peut toucher des cœurs ' et des esprits bien faits.
Thomas Corneille fut plus -heureux dans le choix de ce sujet , que son frère ne le fut dans aucun des siens depuis Rodoguneq mais je doute que Pierre Corneille eût mieux faitle rôle d’Ariane que son frère. On peut remarquer , en lisant cette tragédie , qu’il y a moins de solécismes et moins d’obscurités que dans les dernières pièces de