SCÈNE L
LE COMTE D’ÉSSÉX, T1LNEY.
LE COMTE D ESSEX
e dois beaucoup, sans doute, au souci qui t’amene
Mais enfin tu pouvois l’épargner cette peiné.
Si l’arrêt qui me perd te semble à redouter,
J’aime mieux le souffrir que de le mériter.
TILNEY. '
De cette ferme té^Souffrez que jê vous blâme. Quoique la mort jamais n’ébranle une grande ame Quand il nousda faut voir par des arrêts sauglans' Dans son trISte appareil approcher à pas lens.....
’ , LE COMTE d’ESSEX. ' ' -
Je ne le cèle point, je croyois que la reine 'A me sacrifier dût avoir quelque peine.
Entrant dans le palais sans peur d’être arrêté. J’en faisois pour ma vie un beu de sûreté.
Non qn’enfm,si mon sang a tant de quoi lui plaire, Je voie avec regret qu’on l’ose satisfaire; ‘ . IVf^is , pour verser ce sang tant de fois répandu , Péut-être un échafaud ne m’étoit-il pas dû. ' ! Pour elle il fut le prix de plus d’une victoire , Elle veut l’oublier, j’ai regret à sa gloire; ' •
X 44 EE COMTE d’^SSEX.
J’aï regret qu'aveuglée elle attire sur soi ^ ’ '
La honte qu’elle croit faire tomber sur moi.
Le ciel m’en est témoin , jamais sujet fidèle N’eut pour sa souyeraine un cœur si plein de zèle. Je-I’ai fait éclater en cent et cent combats j Op aura beau le taire , ils ne le tairont pas.
Sij ’ai fait mon devoir quand je l’ai bien servie,
Du moins je méritois qu’elle eût soin de ma vie. Pour la voir contre moi si fièrement s’armer ,
Le crime n’est pas grand de n’avoir pu l’aimer.
Le penchant fut toujours un mal inévitable :
S’il entraîne le cœur , le sort en est coupable ;
Et toute autre, oubliant un si léger chagrin,
Ne m’auroit pas puni des fautes du destin.