J.-J. ROUSSEAU
et vous êtes louable du motif qui vous le fait désirer ; mais, sur le motif même, je ue vois rieu de moins nécessaire que de vous établir à Montmorency. Vous n'avez pas besoin d'aller chercher si loin les principes de la morale : rentrez dans votre cGsar, et vous les y trouverez ; et je ne pourrai rien vous dire à ee sujet que ne vous dise encore mieux votre conscience, quand vous voudrez la consulter. La vertu, moïKieiur, n'es.t pas une science qui s'apprend avec tant d'appareil. Pour êtase vertueux, il suffit de vouloir l'être ; et, si vous avez bien cette volonté, tout est fait ; votre bonheur est décidé. S'il m'appartenait de vous donner des conseils, le premier que je voudrais vous donner serait de ne point vous livrer à ce goût que vous dites avoir pour la vie contemplartive, et qui n'est qu'une paresse de l'âme, condamnable à tout âge, et surtout au vôtre. L'homme n'est point fait pour ïftéditer, mais pour agir : la vie laborieuse que Dieu n€fus impose n'a rien -que de doux au cœur de l'homme de bien qui s'y livre eu vue de remplir son devoir, et la ■ligueur de la jeunesse ne vou-s a pas été donnée poux la perdre à d'oisives contemplations. Travaillez donc, monsieur, dans l'état où vous CHit placé vos parents et la Providence : voilà le premier pvicepte de la vertu que vous voulez suivre ; et si le séjciur de Paris, joint à remploi que vous remplissez, xxfm pauaît d'un trop difficile alliage^ avçc elle, faites mieux, monsieur, retotunez dans votre province ; allez vivre dans le sein de votre famille ; seiTez, soignez vos vertueas parents : c'est là que vous remplirez véritablement les soins que la vertu vous impose. Une vie dure est plus facile à supporter en province que la fortune à poursuivre à Paris, surtout quand on sait, comme vous ne l'ignorez pas, que les plus indignes manèges^ y font plus de fripons gueux.^ que de parvenus*. Vous ne devez point vous estimer malheureux de vivre comme fait monsieur votre père ; et il n'y a point de sort que le travail, la vigilarice, l'innocence et le contentement de soi, ne rendent supportable, quand on s'y soumet en vue de remplir son devoir. Voilà, monsieur, des conseils qui valent tous ceux que vous pourriez venir prendre à Montmorency : peut-être ne seront-ils pas de votre goût, et je crains que vous ne preniez pas le parti