RAPIDITE DE LA VIE
La vie humaine est semblable à un chemin dont l'issue est mi précipice affreux : on nous en avertit dès le premier pas, m.ais la loi est prononcée, il faut avancer toujours. Je voudrais retourner sur mes pas : " Marche, marche." Un poids invincible, une force invincible nous entraîne ; il faut sans cesse avancer vers le précipice. Mille traverses, mille peirfes nous fatiguent et nous inquiètent dans la route : encore si je pouvais éviter^ ce précipice affreux ! Non, non, il faut marcher, il faut courir, telle est la rapidité des années. On se console pourtant, parce que de temps en temps on rencontre des objets qui nous divertissent, des eaux courantes, des fleurs qui passent. On voudrait arrêter : " Marche, marche." Et cependant on voit tomber derrière soi tout ce qu'on avait passé ; fracas effroyable, inévitable ruine ! On se console parce qu'on emporte quelques fleurs cueillies en passant, qu'on voit se faner entre ses mains du matin au soir, quelques fruits qu'on perd en
' Dum loquimur, fugerit invida
jEtas." HoR i. Ode xi.
" Le moment où je parle est déjà loin de moi." — Boileau.