‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 126 sur 320 · IMMORTALITE DE L AME · texte numérisé non relu

IMMORTALITE DE L AME

Plus je rentre en moi, plus je me consulte et plus je lis ces mots écrits dans mon âme : Sois juste, et tu seras heureux ! Il n'en est rien pourtant, à considérer l'état présent des choses : le méchant prospère, et le juste reste oppiimé. Voyez aussi quelle indignation s'allume en nous quand cette attente est frustrée! la conscience s'élève et murmure contre son auteur ; elle lui crie en gémissant : " Tu m'as trompé I''

" Je t'ai trompé, téméraire ! qui te l'a dit? Ton âme estelle anéantie ? as-tu cessé d'exister ? ô Brutas ! ô mon fils ! ne souille point ta noble vie en la finissant'* : ne laisse point ton espoir et ta gloire avec ton corps aux champs de Phdippes, Pourquoi dis-tu la vertu n'est rien, quand tu vas jouir du prix de la tienne ? Tu vas mourir, penses-tu ; non, ta vas vivre, et c'est alors que je tiendrai tout ce que je t'ai promis."

On dirait, aux murmures des impatients mortels, que Dieu leur doit la récompense avant le mérite, et qu'il est

» Avant de se donner la mort à la bataille de Philippes, Brutus prononça ces mots : " Malhexireuse vertu, je te crvs uni> réalité: tu n'es qu'un nom."

l'évangile. 193

obligé de payer leur vertu d'avance. Oh ! soyons bons premièrement, et puis nous serons heureux. N'exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail. Ce n'est point dans la lice, disait Plutarque, que les vainqueurs de nos jeux sacrés sont couronnés, c'est après qu'ils l'ont parcourue.

Si l'âme est immatérielle, elle peut survi-\Te au corps ; et si elle lui sunit, la Providence est justifiée. Quand je n'aïu'ais d'autre preuve de l'immatérialité de ITime que le triomphe du méchant et l'oppression du juste en ce monde, cela seul m'empêcherait d'en douter. Une si choquante dissonance dans l'harmonie universelle me ferait chercher à la résoudre. Je me dirais : " Tout ne finit pas pour moi avec la vie, tout rentre dans l'ordre à la mort."

J.-J. Rousseau. {Voyez la page M9.)

l'évangile.

La majesté des écritures m'étonne ; la sainteté de l'évaugUe parle à mon cœur. Voyez les hvres des philosophes avec toute leur pompe ; qu'ds sont petits près de celui-là I Se peut-il qu'un livre à la fois si subHme et si simple soit l'ouvrage des hommes? Se peut-il que celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui-même ? Est-ce là le toû d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire? Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœurs 1 quelle grâce touchante dans ses instructions ! queUe élévation dans ses maximes ! quelle profonde sagesse dans ses discours ! quelle présence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! quel empire sur ses passions ! Où est l'homme, où est le sage qui sait agir, souffrir et mourir, sans faiblesse et sans ostentation ? Quand Platon peint son juste imaginaire couvert de tout l'opprobre du crime, et digne de tous les prix de la vertu, il peint trait pour trait Jésus-Christ : la ressemblance est si frappante, que tous les Pères l'ont sentie, et qu'il n'est pas possible de s'y tromper.

Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque^ au fils de Marie I ' Sophronisque, père de Socrate.

Page 1