‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 196 sur 320 · LE MARÉCHAL DE BIRON'^ À HENRI IV · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE BIRON'^ À HENRI IV

à qui, dans une circonstance éjyineiise, on conseillait de se retirer en Angleterre.

Quoi ! Sire, on vous conseille de monter sur mer, comme

* Le 28 décembre 1588. Les gentilshommes nommés les quarantecinq, qui assassinèrent le duc de Guise, étaient une compagnie nouvelle formée par le duc d'Epemon.

*■ Le 1" août 1589. <= Le 14 mai 1610.

<• Biron (Charles de Gontaut, duc de). Accusé d'avoir conspiré contre Henri IV, il eut la tête tranchée en 1602.

' Avec Henri IV, roi de France, la maison de Bourbon monta sur le trône ; ses droits étaient incontestables, puisqu'il descendait de Robert, siidème fils de Louis IX; mais la Ligue (vovez la page 316, note ''), sous prétexte de religion, s'opposa à son avènement.

MEZEHAY.

s'il n'y avait pas d'autres moyens de conserver votre rovaume, que de le quitter! Si vous n'étiez pas en France, il faudrait percer au travers de tous les hasards et de tous les obstacles pour y venir ; et maintenant que vous y êtes, on voudrait que vous en sortissiez ; et vos amis seraient d'avis que vous fissiez, de votre bon gré, ce que les efforts de vos plus grands ennemis ne sauraient vous contraindre de faire. En l'état où vous êtes, sortir seulement de la France pour vingt-quatre heures, c'est s'en bannir pour jamais. Le péril, au reste^ n'est pas si grand qu'on vous le dépeint : ceux qui nous pensent envelopper sont, ou ceux mêmes que nous avons tenus enfermés si lâchement à Paris, ou gens qui ne valent pas mieux, et qui auront plus d'affaires entre eux-mêmes que contre nous. Enfin, Sire, nous sommes en France, il nous y faut enterrer. Il s'agit d'mi royaume, il faut l'emporter, ou y perdre la vie ; et, quand même il n'y aurait point d'autre sûreté pour votre personne sacrée, que la fuite, je sais bien que vous aimeriez mieux mille fois mourir de pied ferme, que de vous sauver par ce moyen. Votre Majesté ne souffrirait jamais qu'un cadet^ de la maison de Lorraine lui fît perdre terre, encore moins qu'on la vît mendier à la porte d'un prince étranger. Non, Sire, il n'y a ni couroime ni honneur pour vous au delà de la mer. Si vous allez au devant du secours de l'Angleterre, il reculera : si vous vous présentez au port de la Rochelle^, en homme qui se sauve, vous n'y trouverez que des reproches et du mépris.' Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier votre personne à l'inconstance des flots, et à la merci de l'étranger, qu'à tant de braves gentilshommes et tant de vieux soldats, qui sont prêts à lui

* Il s'agit ici de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, secondais de

François de Lorraine, duc de Guise. Mayenne, s'étant déclaré chef de la Ligue, prit le titre de lieutenant-général de l'Etat et couronne de France, fit déclarer roi le cardinal de Bozirbon sous le nom de Char/es X, et marcha contre Henri IV, à la tête de 30,000 hommes ; mais il fut battu aux jouj-nées d'Arqués et d'Ivrj'. Il mourut à Soissons, en 1611. •^ La Eochclle, chef-lieu du département de la Charente-Inférieure, était alors le boule%'aid des calvinistes. Assiégée sans succès, en 1574, par le duc d'Anjou, depuis Henri III, elle ne se rendit qu'à Louis XIII, en 1G28, après une défense héroïque de treize mois.

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