‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 265 sur 320 · Jacq. Voilà l'affaire. Je lui ai vu une cassette · texte numérisé non relu

Jacq. Voilà l'affaire. Je lui ai vu une cassette

Harp. Et cette cassette, comment est-elle faite? Je verrai oien si c'est la mienne.

2L Jacq. Comment elle est faite?

Harp. Oui.

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M. Jacq. Elle est faite . . . elle est faite comme une cassette.

Le corn. Cela s'entend. Mais dépeignez-la un peu, pour voir.

M. Jacq. C'est une grande cassette . . .

Harp. Celle qu'on m'a volée est petite.

31. Jacq. Hé oui, elle est petite, si on le veut prendre par ïà'', mais je l'appelle grande pour ce qu'elle contient.

Le corn. £t de quelle couleur est-elle ?

M. Jacq. De quelle couleur?

Le com. Oui.

M. Jacq. Elle est de couleiu* . . . là, d'une certame couleur . . . Xe saunez-vous m'aider à dire ?

Harp. Euh?

M. Jacq. N'est-elle pas rouge ?

Harp. Non, grise.

M. Jacq. Hé ! oui, gns-rouge ; c'est ce que je voulais dii'C.

Harp. Il n'y a point de doute ; c'est elle assiu-ément. Ecrivez, monsieur, écrivez sa déposition. Ciel ! à qui désormais se iier ! Il ne faut plus jurer de rien ; et je crois après cela, que je suis homme à me voler moi-même.

3/. Jacq. [à Harpagon.'] Monsieur, le voici qui revient. Ne lui allez pas dire, au moins, que c'est moi qui vous ai decom-ert cela.

[Scène suivante.]

Harpagon-, ux commissaire, Valère, maître Jacques.

Harp. Approche, ^-iens confesser l'action la plus noire, l'attentat le plus horrible qui jamais ait été commis.

Val. Que voulez-vous, monsieui'?

Harp. Comment, traître ! tu ne rougis pas de ton crime !

Val. De quel crime voulez-vous donc parler?

Harp. De quel crime je veux parler, infâme ! comme si tu ne savais pas ce que je veux dire ! C'est en vain que tu prétendrais de le déguiser ; l'affaire est découverte, et l'on vient de m'apprendre tout. Comment abuser ainsi de ma bonté, et s'introduire exprès chez moi pour me trahir, poiu: me jouer un tour de cette nature ?

Val. Monsieur, puisqu'on vous a découvert tout% je ne veux pomt chercher de détours^, et vous nier la chose.

M. Jacq. \hpart.~\ Oh! oh 1 aurais-je deviné sans y penser?

'■ Valère ne sait rien du vol ; ayant signé une promesse de mariage à la fJle de son maître, il croit que c'est de ce procédé qu'on l'accuse.

Val. C'était mon dessein ds vous en pailer, et je Toulais attendre, pour cela, des conjonctures favorables ; mais, puisqu'il est ainsi, je vous conjm-e de ne vous point fâcher, et de vouloir entendi'e mes raisons.

Harp. Et quelles belles raisons peux-tu me donner, voleur infâme?

Val. Ah ! monsieur, je n'ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai commis une offense envers vous ; mais, après tout, ma faute est pardonnable.

Harp. Comment! pardonnable? Un^^Mef-aperas-, un assassinat de la sorte?

Val. De grâce, ne vous mettez pomt en colère. Quand vous m'aurez ouï, vous verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites.

Harp. Le mal n'est pas si grand que je le fais ! Quoi ! mon sang, mes entrailles, pendard !

Val. Votre sang, monsieiu-, n'est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis d'une condition à ne lui point faire de tort ; et il n')- a rien, en tout ceci, que je ne puisse bien réparer.

Harp. C'est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ravi.

Val. Votre honnem-, monsieur, sera pleinement satisfait.

Harp. Il n'est pas question d'honneur là-dedans. Mais, dismoi, qui t'a porté à cette action ?

Val. Hélas! me le demandez-vous?

Harp. Oui, vraiment, je te le demande.

Val. Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire, l'Amour.

Harp. L'Amour?

Val. Oui.

Harp. Bel amour, bel amour, ma foi ! l'amour de mes louis d'or !

Val. Non, monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté, ce n'est pas cela qui m'a ébloui; et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai.

Harp. Non ferai, de par tous les diables ; je ne te le laisserai pas. Mais voyez quelle insolence, de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait !

Val. Appelez-vous cela un vol?

Harp. Si je l'appelle im vol? un trésor comme celui-là!

Val. C'est im trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous

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avez, sans doute; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et, pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.

Harp. Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à due cela?

Val. Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et arons fait serment de ne nous point abandonner.

Harp. Le serment est admirable, et la promesse plaisante !

Val. Oui, nous nous sommes engagés d'êtiC l'un à l'autre à jamais.

Harp. Je vous en empêcherai bien, je vous assure.

Val. Rien que la mort ne nous peut séparer.

Harp. C'est être bien endiablé après mon argent I

Val. Je vous ai déjà dit, monsiem*, que ce n'était point l'intérêt qui m'avait poussé à faire ce que j'ai fait. Mon cœur n'a point agi pai- les ressorts^ que vous pensez, et un motif plus noble m'a inspù-é cette résolution.

Harp. Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien! Mais j'y donnerai bon ordre; et la justice, peudard efironté, me va faire raison'* de tout.

Val. Tous en userez comme vous voudrez, et me voUà prêt à soufirir toutes les violences qu'il vous plaira; mais je vous prie de croire, au moins, que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre fille, en tout ceci, n'est aucimement coupable.

Harp. Je le crois bien, vraiment ! il serait fort étrange que ma fille eût trempé'' dans ce crime, ilais je veux ravoir mon affaire^, et que tu me confesses en quel endi-oit tu me l'as enlevée.

Val. Moi ? je ne l'ai point enlevée ; et elle est encore chez vous.

Harp. \àpart.'\ Ô ma chère cassette ! [Haut.) EUe n'est point sortie de ma maison?

Val. Non, monsieur. Vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi; et c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle.

Harp. [« partl\ Brûlé pour ma cassette !

Val. J'aimerais mieux momù* ^ue de lui avoir fait pai'aître aucune pensée offensante : elle est ti'op sage et trop honnête pour cela.

Harp. [a part.'\ Ma cassette trop honnête !

Val. Tous mes désù's se sont bornés à jouh" de sa vue ; et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.

Harp. [à part.li Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d'e"e comme un amant d'ime maîtresse.

Val. Dame Claude, monsieur, sait la vérité de cette aventure ; et elle vous peut rendre témoignage

Harp. Quoi! ma servante est complice de l'affaire?

Val. Oui, monsieur : elle a été témoin de notre engagement ; et c'est api-ès avoir connu l'honnêteté de ma flamme, qu'elle m'a aidé à persuader votre fille de me donner sa foi, et recevoir la mienne.

Harp. Eh ! [à part.'] Est-ce que la peur de la justice le fait extravaguer? [à Valère.'] Que nous brouilles-tu ici de ma fille'?

Val. Je dis, monsieur, que j'ai eu toutes les peines du monde à faire consentir sa pudeur à ce que voulait mon amour.

Harp. La pudeur de qui?

Val. De votre fille ; et c'est seulement depuis hier qu'elle a pu se résoudre à nous signer mutuellement une promesse de mariage.

Harp. Ma fille t'a signé une promesse de mariage ?

Val. Oui, monsieur ; comme, de ma part, je lui en ai signé une.

Harp, O ciel ! autre disgrâce !

Molière.

Molière {Jean-Baptiste Poquelin de),

Né à Paris en 1622. Fils et petit-fils de tapissiers, valets de chambre du roi Louis XIII, Poquelin, qui plus tard prit le nom de Molière, fut destiné dès son bas âge à l'état qu'exerçait sa famille. Il passa dans la boutique de son père quatorze années de sa jeunesse. Mais son caractère ardent, les heureuses dispositions de son esprit, ce désir de savoir qui était en lui le précurseur du génie, l'emportèrent sur les premières volontés de ses parents, et il fut envoyé au collège. Il termina son cours de philosophie sous le célèbre Gassendi, et, peu de temps après, se fit recevoir avocat à Paris. C'est à cette époque que se développa chez lui le goût de la scène, il joua quelque temps sur des théâtres particuliers et finit par se faire comédien. De 1646 à 1658, il parcourut la province avec une troupe qu'il avait formée, jouant de petites pièces qu'U composait pour la plupart. Revenu à Paris, il y ouvrit un théâtre qui attira bientôt la foule ; il y représenta successivement une trentaine d'ouvrages de sa composition, dans lesquels il jouait lui-même le principal rôle. Ses principales comédies sont les Précieuses ridicules, V Ecole des maris, V Ecole des femmes, le Misanthrope son chef-d'œuvre, le Tartufe, V Avare, le Bourgeois gentilhomme, les Femmes savantes, et le Malade imaginaire. A une représentation de cette dernière pièce, il fut pris d'une convulsion et mourut le soir même, 17 février 1673. Louis XIV avait pour Molière la plus gi'ande estime. On a, dit avec raison que ce roi aimait le poëte comédien, en vertu de cette sympathie qui rapproche innnciblement les grandes âmes.

Scènes tirées du Bourgeois gentilhomme, comédie.

M. Jourdain, bourgeois riche et ridicule qui veut prendre les airs d'un homme de qualité, paraît en robe de chambre et en bonnet de nuit j un maître de musique, un maître a DANSER, Z'ÉLÈVE du maître de musique, une musicienne, deux laquais.

M. Joiird. Hé bien, messieurs ! Qu'est-ce ? Me ferez-vous voir ^ votre petite drôlerie ?

Le m. à dans. Comment! quelle petite drôlerie?

M. Jourd. Hé! la Comment appelez-vous cela? Votre

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