‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 67 sur 320 · ERUPTION DU VOLCAN DE QUITO · texte numérisé non relu

ERUPTION DU VOLCAN DE QUITO

Heureux les peuples qui cultivent les vallées et les collines que la mer forma dans son sein, des sables que roulent ses flots, des dépouilles de la terre! Le pasteur y conduit ses troupeaux sans alarmes ; le laboureur y sème et y moissonne en paix. Mais malheur aux peuples voisins de ces montagnes sourcilleuses, dont le pied n'a jamais trempé dans l'Océan, et dont la cime s'élève au-dessus des nues! Ce sont des soupiraux^ que le feu souterrain s'est ouverts en brisant la voûte des fournaises profondes oii sans cesse il bouillonne. Il a formé ces monts des rochers calcinés, des métaux brûlants et liquides, des flots de cendre et de bitume qu'il lançait, et qui, dans leur chute, s'accumulaient au bord de ces gouffres ouverts. Malheur aux peuples que la fertilité de ce terrain perfide attache ! Les fleurs, les fruits et les moissons couvrent l'abîme sous leurs pas. Ces germes de fécondité, dont la terre est pénétrée, sont les exhalaisons du feu qui la dévore. Sa richesse, en croissant, présage sa ruine ; et c'est au sein de l'abondance qu'on lui voit engloutir ses heureux possesseurs : tel est le cUraat de Quito^. La ville est dominée par un volcan

* Quito, ville célèbre de l'Amérique, actuellement la capitale de la république et chef-lieu du département de l'Equateur.

ÉRUPTION DU VOLCA>- DE QUITO. lOÔ

terrible, qui, par de fréquentes secousses, en ébranle les fondements.

Un jour que le peuple indien, répandu dans les campagnes, labourait, semait, moissonnait (car ce riche vallon présente tous ces travaux à la fois), et que les filles du Soleil^, dans l'intérieur de leur palais, étaient occupées, les unes à filer, les autres à ourdir les précieux tissus de laine dont le pontife et le roi sont vêtus, un bruit sourâ} se fait d'abord entendre dans les entrailles du volcan. Ce bruit, semblable à celui de la mer lorsqu'elle conçoit les tempêtes, s'accroît et se change bientôt en un mugissement profond. La terre tremble, le ciel gronde, de noires vapeurs l'enveloppent, le temple et les palais chancellent et menacent de s'écrouler ; la montagne s'ébranle, et sa cime entr' ouverte vomit, avec les vents enfermés dans son sein, des flots de bitume liquide et des tourbillons de fumée qui rougissent, s'enflamment, et lancent dans les airs des éclats de rochers brûlants qu'ils ont détachés de l'abîme : superbe et terrible spectacle, de voir des rivières de feu bondir à flots étincelants au travers des monceaux de neige, et s'y creuser un lit vaste et profond !

Dans les murs, hors des murs, la désolation, l'épouvante, le vertige^ de la terreur, se répandent en xm instant. Le laboiireur regarde et reste immobile. Il n'oserait entamer la terre qu'il sent comme une mer flottante sous ses pas. Parmi les prêtres du Soleil, les uns tremblants s'élancent hors du temple ; les autres consternés embrassent l'autel de leur dieu. Les vierges éperdues sortent de leur palais, dont les toits menacent de fondre sur leur tête ; et, courant dans leur vaste enclos, pâles, échevelées, elles tendent leurs mains timides vers ces murs, d'où la pitié même n'ose approcher pour les secourir.

ALvRMONTEL. Les Incds. {Voyez la fagtbZ.)

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