‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 81 sur 320 · HARMONIES DE LA NATURE · texte numérisé non relu

HARMONIES DE LA NATURE

leurs besoins aux jouissances, par leur diversité à l'union, par leur faiblesse à l'empire. Ils sont les seuls de tous les êtres qui jomssent de vos travaux, et les seuls qui les imitent ; ils ne sont savants que de votre science ; ils ne sont sages que de votre sagesse ; ils ne sont religieux que de vos inspirations. Sans vous, il n'y a point de beauté dans les corps, d'intelligence dans les esprits, de bonheur sur la terre, et d'espoir dans le ciel.

Cybèle, ou la terre. — ô toi, que l'antiquité nomma la mère des dieux, Cybèle, terre qui soutiens mon existence fugitive, inspire-moi, au fond de quelque grotte ignorée, le même esprit qui dévoilait les temps à tes anciens oracles !

C'est pour toi que le soleil brille, que les vents soufflent, que les fleuves et les mers circulent ; c'est toi que les Heures^, les Zéphyrs et les Néréides^ parent à l'envi de couronnes de lumière, de guirlandes de fleurs et de ceintures azurées ; c'est à toi que tout ce qui respire suspend la lampe de la vie. Mère commune des êtres, tous se réunissent autour de toi : éléments, végétaux, animaux, tous s'attachent à ton sein maternel comme tes enfants. L'astre des nuits lui-même t'environne sans cesse de sa pâle lumière. Pour toi, éprise des feux d'un amour conjugal envers le père du jour, tu circules autour de lui, réchauffant tour à tour à ses rayons tes mamelles innombrables. Toi seiile, au milieu de ces grands mouvements, présentes l'exemple de la constance aux humains inconstants. Ce n'est ni dans les champs de la lumière, ni dans ceux de l'air et des eaux, mais dans tes flancs, qu'ils fondent leur fortxme, et qu'ils trouvent un étemel repos. 0 terre, berceau et tombeau de tous les êtres, en attendant que tu accordes un point stable à ma cendre, découvre-moi les richesses de ton sein, les formes ravissantes de tes vallées.

• Heures, déesses, filles de Jupiter et de. Thémis. Elles étaient portières du ciel, avaient soin du char et des chevaux du soleil, et présidaient aux saisons.

** Néréides, nymphes de la mer, filles de Xérée, dieu marin.

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et tes monts inaccessibles d'où s'écoulent les fleuves et les îiwrs, jusqu'à ce que mon âme, dégagée du poids de son corps, s'envole vers ce soleil où tu puises toi-même une vie iiQiisortelle !

Flore. — Présidez aux jeux de nos enfants, charmante fille de l'aurore, aimable Flore ; c'est vous qui couvrez de roses les cbamps du ciel que parcourt votre mère, soit qu'elle s'élève chaque jour sur notre horizon, soit qu'elle s'avance, au printemps, vers le sommet de notre hémisphère, et qu'elle rejette ses rayons d'or et de pourpre sur leurs régions de neige. Ponx vous, suspendue au-dessus de nos vertes campagnes, portée par l' arc-en-ciel au sein des nuages pluvieux, vous versez les fleurs à pleine corbeille dans nos vallons et sur nos forêts ; le zéphyr amoureux vous suit, haletant après vous, et vous poussant de son haleine chaude et humide. Déjà on aperçoit sur la terre les traces de son passage dans les cieux ; à travers les rais lointains de ia pluie, les landes apparaissent toutes jaunes de genêts^ ûeuïïs ; le* prahies brumeuses, de bassinets" dorés ; et les coraiches des vieilles tours, de giroflées safi'anées^. AtE milieu du jour le plus nébuleux, on croirait que les rayons du soleil luisent au loin sur les croupes des collines, au fond des vallées, au sommet des antiques monuments ; des lisières^ de violettes et de primevères" parfument les haies, et le lilas couvre de ses grappes poui^prées les murs du château lointain. Aimables enfants sortez dans les campagnes. Flore vous appelle au sein des prairies ; tout vous y invite, les bois, les eaux, les rocs arides; chaque site vous présente ses plantes, et chaque plante ses fleurs. Jouissez du mois qui vous les donne : avril est votre frère, il est à r aurore de l'année comme vous à celle de la vie, comiaissez ces dons riants comme votre âge. Les prairies seront votre école, les fleurs vos alphabets, et Flore votre institutrice.

Berxardi:^' de Saint-Pierre. (Voye: la pcr/e bl.)

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