‹ Replique au second memoire de mgr. l'eveque de Trois RivieresChapitre 7 sur 11 · JE · texte numérisé non relu

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Ecoles normales d'instituteurs dirigées par des laïques.

74 écoles normales.

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Ecoles normales d'institutrices dirigées par des maîtresses laïques.

5 écoles normales.

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Movenne ,

La différence est en faveur des écoles laïques.

Je ne cite ces chiffres que comme l'expression du fait particulier de 1863, parce que je nai pas les éléments pour poursuivre cette étude plus loin ; mais ce fait est très significatif, et il suffît pour détruire ce qu'on donne comme une loi de l'administration économique réservée aux écoles où le dévouement règne de la base au sommet.

Deux choses m'ont frappé en étudiant ces statistiques, c'est que le Ministre de l'instruction, qu'on a accusé de n'être pas favorable aux religieux, ne cherche pas à établir de comparaisons odieuses, au point de vue de la dépense, entre les écoles normales congréganistes et les écoles normales laïques ; d'un autre côté, l'épiscopat français, qui aurait eu intérêt à multiplier les écoles normales religieuses, n'a jamais invoqué — que je sache — le principe de l'économie des deniers publics, sans doute parce qu'ils ne croyaient pas à cette économie.

J'ajouterai enfin pour mémoire, d'après M. Laveleye (1), que le traitement moyen de l'instituteur primaire religieux était en 1863 de 824 frs., et celui de l'instituteur laïque, de 798 frs. Si ces chiffres sont exacts, c'est encore un fait qui détruit de plus en plus la loi proclamée par le Mémoire.

En France, on tient à ce que toutes les écoles normales soient sur le même pied et suivent le même programme : voilà pourquoi la moyenne des dépenses totales est la même pour les écoles du même sexe.

" Les différentes écoles normales des noviciats des Frères et des Sœurs n'ont " reçu aucune aide du Gouvernement

" Nous devons l'avouer, nous avons toujours vu avec peine cette espèce d'oslrau cisme vis-à-vis de nos noviciats religieux qui tiennent de si excellentes écoles u normales pour leurs propres sujets."

Cette accusation portée contre le Gouvernement ne me regarde point. Je ne la signale que pour faire voir que Mgr Laflèche se serait montré plus habile et plus jaloux de sa dignité et de celle de ses vénérables confrères.

Si l'on exerce encore une espèce d'ostracisme à l'égard des noviciats, o/est-àdire si on ne les subventionne pas au nom de l'Etat, n'est-ce pas un peu la faute du Conseil de l'instruction publique, et dans le Conseil, n'est-ce pas la faute particulière de NN. SS. les évoques ?

A moins que ce ne soit un effet de leur sagesse épiscopale et de leur haute prudence administrative.

Je ne sais trop par quels liens on pourrait rattacher le passage qui suit aux idées exprimées plus haut : si ce n'est point par les lois de la logique, c'est probablement par celles des contrastes.

" Nous croyons aussi que l'on aurait atteint un résultat bien supérieur, si " l'on avait suivi le conseil donné par feu M. le Dr Meilleur, le premier surin- " tendant de l'éducation dans le pays, dans son rapport du 25 Mars 1851, de pour- " voir aux moyens de faire donner renseignement normal dans nos institutions d'éduca- " tion supérieure aux personnes des deux sexes qui seraient disposées à se consacrer " à renseignement primaire.''''

(1) L'Instruction Publique. Paris, 1872. p. 209, note.

Si l'on avait suivi les conseils du Dr Meilleur, on aurait eu des cours normaux, et non des écoles normales.

Si l'on avait suivi les conseils du Dr Meilleur, on aurait eu des instituteurs et des institutrices laïques comme nous en avons, et non pas seulement il ces âmes i\ généreuses que Dieu appelle d'une manière toute spéciale à cet humble mais u sublime ministère de l'éducation," tel que l'auteur l'entend.

Si l'on avait suivi les conseils du Dr Meilleur, on aurait confié la direction des élèves-institutrices aux premiers couvents du pays, comme on a fait plus tard à Québec, et comme on voudrait faire à Montréal.

Si l'on avait suivi les conseils du Dr Meilleur, on aurait confié les futurs maîtres à quelqu'une de nos institutions d'éducation supérieure, c'est-à-dire à nos premiers collèges classiques.

Et l'auteur fait cette citation pour appuyer sa thèse en faveur des écoles normales congréganistes !

En vérité. je le remercie beaucoup.

En 1851, le Dr Meilleur faisait preuve d'un sens très pratique en donnant le conseil qu'on vient de lire, parce que tout était à créer, et qu'il fallait aller au plus pressé. Les cours normaux pouvaient rendre de grands services en commençant la réforme immédiatement. En 1857, le Dr Meilleur aurait certainement établi les écoles normales telles qu'elles sont. Plusieurs même ont reclamé pour lui le mérite et la gloire de ce qui se faisait alors.

J'ai déjà eu l'occasion de répondre à une objection analogue présentée dans le 1er Mémoire de Sa Grandeur : u Le Gouvernement, disais-je, n'a voulu, en fondant les écoles normales, mettre de côté ni les collèges, ni les couvents. Il a adopté une combinaison digne des éloges et de la reconnaissance de tous les bons catholiques. Il a voulu confier l'école Normale Laval au Séminaire de Québec, pour les garçons, et aux Ursulines pour les filles. Le Séminaire ne voulut pas ajouter cette nouvelle œuvre à l'œuvre si importante de l'Université qu'il commençait. Les Ursulines acceptèrent. Pour Montréal, si j'ai bien compris, on aurait songé au Séminaire et à la Congrégation. Le vénérable M. Bilaudelle, sondé au sujet de la première maison, aurait trouvé de grandes difficultés

" On doit donc savoir gré à l'autorité de cette marque de respect et de confiance qu'elle a donnée à nos maisons religieuses enseignantes. Et c'est dans ces maisons, autant que possible que l'autorité est allée chercher ceux qu'elle voulait associer à l'œuvre des écoles normales, "

En rappelant que Mgr de Trois-Rivières a présenté une requête au Gouvernement, pour obtenir une école normale, l'auteur nous fait connaître l'économie ou le plan de la nouvelle école.

Ce sera très simple.

Le Gouvernement reconnaîtra le chapelain du couvent comme Principal.

Et il paiera $4,000 !

Il fallait clore par un sophisme.

" L'efficacité des écoles normales congréganistes et leur supériorité est donc un fait constaté ici comme en France."

Je nie simplement.

On a affirmé, mais on n'a rien constaté.

Le sophisme consiste adonner les noviciats du Canada comme la même chose que les écoles normales d'instituteurs dirigées par des religieux en France.

En France, il y a eu de véritables écoles normales, confiées à des congrégations religieuses, qui avaient en môme temps leurs noviciats particuliers, mais en dehors de l'école normale.

Vax Canada, il n'y a que des noviciats.

Conclusion de fauteur.

Le Mémoire se termine par une demande de $4,000 pour la future école normale de Trois-Rivières.

On a certainement droit de s'étonner d'une demande aussi élevée après les affirmations réitérées que l'enseignement à bon marché n'est pas une utopie.

Quatre mille piastres, plus les rétributions des élèves ! C'est beaucoup plus que ne coûte l'école normale des filles à Québec.

Mille piastres seront consacrées aux bourses. Comme l'expérience générale a prouvé que le système de bourses complètes n'est pas le meilleur, on peut croire que le Gouvernement n'accordera à Trois-Rivières, comme à Québec et à Montréal, que des demi-bourses de $25.

Les 40 élèves qui les recevront auront encore à payer la différence du prix de la pension, soit $30, en supposant la pension de $55 comme à Québec. Ce sera donc une nouvelle somme de $1,200 que la communauté pourra ajouter à celle de $1,000.

Quarante autres élèves, payant leur pension entière, fourniront encore $2,200.

Cette école normale devra recevoir le pins grand nombre d'élèves possible pour échapper aux reproches que le Mémoire nous fait. Je viens d'en supposer 80 : il faudra aller même au-delà.

Ajoutons à cela, la rétribution de l'école modèle qui devra s'élever au moins à $200.

Nous arrivons facilement à un total de $7,400.

Cette somme est un minimum, et elle est pour une seule école d'institutrices, et non pour une école d'instituteurs et d'institutrices, comme Laval, par exemple.

En France, sur 11 écoles normales d'institutrices, une seule, en 1863, avait une recette plus élevée : toutes les autres recevaient moins !

Sur 76 écoles d'instituteurs, 17 seulement recevaient autant et plus ; toutes les autres, moins.

Le Conseil peut juger maintenant de l'esprit qui a présidé aux accusations portées contre les dépenses excessives des écoles normales actuelles.

Cependant, j'ajouterai que je ne trouve pas cette somme de $7,400 excessive ; elle sera probablement absorbée en entier, si l'on veut mettre et maintenir l'école sur un bon pied.

Rectifications.

Avant de donner ma conclusion, je dois répondre à deux reproches, que je serais fâché de mériter. Le premier est d'avoir prêté un raisonnement ridicule à Mgr Laflèche ; le second, d'avoir porté contre lui une accusation fausse et injurieuse.

Déjà, au chapitre II, p. 7, je me suis occupé du 1er reproche pour montrer la confusion qui règne dans les idées de l'auteur. Je veux ici mettre chacun en élat de juger jusqu'à quel point j'ai mal agi à l'égard de Sa Grandeur.

C'est pour cela que je citerai textuellement les paroles de ce dernier Mémoire et ensuite celles du précédent, avec une analyse en regard pour qu'on puisse suivre plus facilement l'enchaînement des idées.

Utilité des Ecoles Normales, etc., p. 3 du 3e Mémoire. Analyse. Texte.

Nous avons affirmé que les écoles normales sont utiles en principe, c'est-à-dire, d'une manière générale et abstraite, pour réfuter V accusation que nous voulions ta suppression des écoles normales de Québec et de Montréal.

Nous ne voulons pas la suppression des écoles normales de Montréal et de Québec.

Nous pensons q lî il faudrait augmenter le nombre des écoles normales en général.

Nous croyons à l'utilité des écoles normales en principe d'après l'exempte du B. de

Las salle,

d'après l'expérience de nos communautés enseignantes,

d'après le bon sens.

Voila ce que Mr Ycrreau aurait dû comprendre en voyant notre affirmation;

car c'est sur des faits indéniables que nous appuyons la nécessité d'une école normale à Tr ois-Rivières.

Nous avons commencé par affirmer clans ce Mémoire l'utilité des écoles normales en principe, afin de repousser une accusation fausse qui a été portée contre nous l'automne dernier, et dont M. l'abbé Verreau a dû avoir quelque connaissance. On a répandu le bruit à Montréal et à Québec que nous voulions la suppression des écoles normales, et même que nous étions à la tête d'un parti formé dans ce but. Nous avons dû protester contre cette rumeur erronée, et peut-être répandue à dessein pour donner le change à l'opinion publique sur ce qne nous pensons avec un grand nombre d'homme éclairés, sur le système défectueux suivi dans ces écoles depuis leur fondation. Non, nous ne voulons point la suppression des écoles normales, et nous ne connaissons point de parti formé pour travailler à les faire diparaître. Voilà ce que nous avons déclaré dans la réunion du Comité catholique où cette question a été pos^e. Bien loin de là, nous pensons qu'il faudrait en augmenter le nombre pour répondre etïicacement aux besoins réels et nombreux qui se font sentir en tant d'endroits, d'avoir des maîtres et maîtresses bien qualifiés pour tenir de bonnes écoles.

Pour être en faveur des écoles normales en principe, il suffit de savoir que l'origine en remonte au Vénérable J. B. de Lassalle, l'Illustre Fondateur de l'ordre des Frères des écoles chrétiennes. C'est par ce principe de l'art d'enseigner, ou de l'enseignement pédagogique, sagement appliqué à tous les membres de son institut, que ce grand Instituteur a réussi à former des maîtres si habiles, et qui ont marché partout depuis à la tête de l'enseignement primaire et secondaire. D'ailleurs quand bien même nous n'aurions pas d'aussi grandes autorités, et une expérience aussi longue et aussi complète que celles de nos communautés religieuses enseignantes de Frères et de Sœurs, en faveur de l'enseignement normal, le simple bon sens ne suffit-il pas à démontrer à l'évidence qu'un instituteur qui aura été formé avec soin à l'art d'enseigner et de bien tenir une école, réussira mieux que celui qui n'aura point reçu cet avantage, bien que d'ailleurs il ait les mêmes talents? Voilà ce que M. l'Abbé aurait dû comprendre en nous voyant affirmer le principe des écoles normales en tète de ce Mémoire, au lieu de nous prêter le raisonnement ridicule qu'il fait à ce propos, et dont nous lui laissons tout le mérite ; car c'est sur des faits indéniables que nous appuyons la nécessité d'une école normale aux Trois-Rivières, et contre lesquels les distinctions futiles et les assertions et dénégations gratuites qu'il fait, ne pourront rien et demeureront sans effet, puisqu'il n'en demeurera pas moins vrai que les écoles normales de Québec et de Montréal ne sont d'aucune utilité pour le diocèse des Trois-Rivières, et qu'elles ne

lui donnent pas dix maîtres et maîtresses pour ses 460 écoles, après 25 années d'existence.

Ces deux propositions : Les écoles normales sont utiles en principe, et // faut détruire les écoles normales établies à Québec et à Montréal, ne sont pas contradictoires : l'affirmation de la première n'entraîne pas nécessairement la négation de la seconde.

Dans les autres propositions, il y a la môme confusion de l'abstrait et du concret, laquelle favorise admirablement le sophisme. Mais la conclusion l'emporte sur le tout.

" Voilà ce que Mr l'abbé Verreau aurait dû comprendre en nous voyant affir-

" merle principe des écoles normales en tête de ce Mémoire Car c'est sur des

faits indéniables que nous appuyons la nécessité d'une école normale aux Trois- Rivières."

Quoi ? en vous voyant affirmer le principe clés écoles normales en tête de ce Mémoire, j'aurais dû comprendre :

Que vous affirmez le principe des écoles normales ?

C'est évident : je crois avoir compris :

Que vous ne voulez pas la destruction des écoles normales actuelles de Québec et de Montréal ?

Que vous pensez qu'il faut multiplier les écoles normales ?

Que l'exemple du B. de Lassalle, de nos communautés enseignantes, etc. prouve l'utilité des écoles normales ?

Non, cela ne découle pas de l'affirmation : les écoles normales sont utiles en principe.

Mais, quand même le lecteur verrait défiler cette procession sous ses yeux en vous voyant affirmer ce principe, suit-il qu'une école normale est nécessaire à Trois-Rivières?

Suit-il que vous avez prouvé cette nécessité ? Y a-t-il une conséquence du moins au plus, de V utile au nécessaire ?

Surtout, est-il bien évident que l'affirmation de l'utilité en principe, etc., aurait dû me faire comprendre toutes ces choses, parce qu'on appuie la nécessité de la nouvelle école sur des faits indéniables ?

Mais si vous vous appuyez sur des faits, et des faits indéniables, qu'importe que j'aie compris ou non vos affirmations de principes.

Où sont les faits indéniables qui prouvent la nécessité d'une école normale à Trois-Rivières ?

Sont-ils énumérés dans l'autre Mémoire ?

Voici le texte du passage auquel vous faites allusion :

Texte.

Nécessité d'une Ecole Normale aux Trois-Rivières. Ma Piéponse.

lo. L'utilité des écoles normales a été admise en I. On veut prouver cette nécessité: lo. par principe par le Concile de Québec, décret XVIII, par le lait que l'utilité des écoles normales a été le Gouvernement qui les a décrétées, et qui a fait de si admise en principe par le premier Concile grands sacrifices pécunaires pour les fonder et les sou- de Québec, par le Gouvernement, par le tenir, et par le désir dernièrement exprimé par le Con- Conseil de l'instruction publique, seil de l'instruction publique de voir ces écoles main- Je nie simplement la conclusion, tenues. En effet, elle suppose ce raisonnement :

L'utilité des écoles normales a été admise en principe;

Donc une école normale est nécessaire à Trois-Rivières

2o. Le besoin d'une école normale dans le diocèse des Trois-Rivières est attesté par les rapports ofliciels de MM. les Inspecteurs du district.

M. l'Inspecteur Laplante dit dans son rapport de 1877-78 : " La plupart de ces Institutrices ne manquent " pas seulement d'instruction, mais bien souvent, elles " n'ont pas même l'éducation suffisante, comme l'attes- ,; tent leur mauvaise tenue et la malpropreté de leur " classe."

M. l'Inspecteur Lefebvre dans son rapport de 1877-78 dit aussi: "Comme je le disais dans mon précédent " rapport, presque toutes les écoles élémentaires de " mon district d'inspection sont dirigées par de jeunes " institutrices qui n'ont pas, pour la plupart, les con- " naissances pédagogiques nécessaires."

Enfin M. l'Inspecteur Thétrault dit à son tour de 1878-74: "L'obstacle irrémédiable aux progrès dans " ces dernières écoles, (36 écoles primaires) c'est l'in- " capacité la plus absolue des personnes qui les dirigent. " C'est un spectacle bien' attristant pour quiconque " s'intéresse à l'avenir de noire nationalité, de voir un " si grand nombre d'enfants pleins d'intelligence con- " liés aux mains débiles de ces jeunes filles sans éduca- " lion, sans instruction, sans talents, sans la moindre " connaissance pédagogique, et incapables même de " critiquer une page d'écriture de leurs élèves. Tout " le monde s'étonne à bon droit de voir le nombre de " ces parasites augmenter chaque jour sans que l'on " songe à porter remède à ce mal, la plus grande plaie " de notre svstème d'instruction."

II. Cette nécessité est prouvée en second lieu par les rapports officiels des Inspecteurs.

Je nie qu'une pareille conclusion puisse se tirer de leurs rapports.

D'où je puis conclure légitimement:

Donc la nécessité d'une école normale à Trois-Riviéres n'est pas prouvée.

J'aurais pu ajouter :

La seule conclusion qu'on puisse tirer du rapport des inspecteurs est que les écoles de Trois-Rivières sont dans un état déplorable, parce qu'on a engagé des maîtresses incapables.

Il n'est pas nécessaire que pour cela on fasse les frais d'une nouvelle école normale à Trois-Rivières.

Je n'ai donc point prêté de raisonnement ridicule à Mgr Laflèche : je n'ai fait que ramener à sa forme rigoureuse celui qu'il a employé.

Il est inutile, je crois, de m'arrêter plus longtemps à cet incident.

Mais je profiterai des citations empruntées aux inspecteurs pour demander comment ces institutrices ont pu recevoir leurs brevets, et pour prier le Conseil de rapprocher ces citations de ce que je dis p. 28 au sujet des Commissions d'examen.

Le tableau tracé par M. Thétrault fait voir qu'il y a quelque part un grand vice dans le système des examens.

En présence de pareils faits, l'auteur a-t-il bien raison de faire valoir le nombre considérable d'instituteurs et d'institutrices qui arrivent à l'enseignement sans passer par les écoles normales, et dont une partie a été formée, dit il p. 10. les institutions à bon marché ?

J'arrive au second reproche.

M. Verreau " prétend que la crainte de ne pas plaire à l'autorité diocésaine u est en partie la cause qui empêche les instituteurs des écoles normales de pénéu trer dans le diocèse de Trois-Rivières."

J'ai déjà signalé la tendance de l'auteur à défigurer mes paroles, à me faire dire ce que je n'ai pas dit.

Je me vois encore forcé de répéter ici ce qu'on vient de lire, p. 34.

Mgr Laflèche avançait dans son Mémoire que : " Sur 460 écoles—dans Trois- Rivières — , il n'y en a pas dix qui soient dirigées par des maîtres venant des écoles normales, ce qui montre à l'évidence l'inefficacité des écoles normales."

Cette affirmation était un syllogisme ou mieux un sophisme que je devais réfuter. Je l'ai fait par la réponse qu'on a lue, et qui revient à ceci :

Ce que vous donnez comme la cause unique (du fait que peu d'élèves se sont fixés dans Trois-Rivières) n'est pas nécessairement la cause unique. D'autres causes ont pu retenir nos élèves. Par exemple, la modicité du salaire, la crainte de ne pas plaire à l'autorité diocésaine.

Si j'avais déclaré que ce sont là les deux causes qui ont empêché nos élèves d'aller enseigner dans le diocèse de Trois-Rivières, je serais tombé dans l'erreur du second Mémoire ; j'aurais étonné comme cause certaine ce qui n'était dans mon idée qu'une cause possible.

L'auteur prétend que mes paroles, lo. renferment une accusation ; 2o. que cette accusation est fausse ; 3o. quelle est injurieuse.

Je suppose que j'aie dit : u Les instituteurs élèves des écoles normales ne " veulent pas, je le sais, aller à Trois-Rivières de crainte de déplaire à l'autorité u diocésaine."

Cette affirmation très précise ne serait pourtant pas une accusation contre Mgr de Trois-Rivières, et elle ne pourrait certainement pas justifier le ton de ce passage :

" C'est une accusation fausse et injurieuse. Nous la repoussons Nous

kt n'avons jamais rien dit ni fait qui pût intimider les instituteurs des écoles nor- " maies venant dans notre diocèse."

Entre l'intimidation produite par les actes ou les simples paroles de l'évêque, et la crainte de ne pas plaire à l'évêque, il y a une distance considérable.

Mon accusation — si c'en est une — ne suppose aucunement que Sa Grandeur ait cherché à intimider nos élèves par des paroles ou par quelque acte de violence.

Le Conseil sait bien que des personnes pas du tout disposées à se laisser intimider, même par des voies de fait, sont toutefois assez délicates ou assez prudentes pour ne pas aller s'ingérer dans un endroit où elles craignent de n'être pas bien vues.

Avec quelle confiance peuvent-elles se présenter à ceux qui les regardent comme des intrus ? qui proclament que " c'est un principe qu'il faut confier aua tant que possible la direction des écoles à ces âmes généreuses que Dieu " appelle d'une manière toute spéciale à cet humble mais sublime ministère de " l'éducation de l'enfance et "de la jeunesse ", c'est-à-dire à des religieux et à des " religieuses ?

Est-il vrai que les écoles normales de Québec et de Montréal sont bien vues de Sa Grandeur ? est-il vrai qu'elle a cherché à en attirer les élèves dans son diocèse et qu'elle les a encouragés à l'égal des autres maîtres, parce qu'elle a confiance dans la manière dont ils ont été formés ?

Mais le sentiment qui domine dans ce Mémoire, mais la première accusation dont les écoles normales ont été l'objet auprès du corps épiscopal, mais le second Mémoire, mais la publicité qu'on a laissé donner à ce dernier réquisitoire dont Mgr lui-même a pris la responsabilité, peuvent-ils laisser le moindre doute sur la manière dont les écoles normales sont considérées par Sa Grandeur ?

Quels élèves peuvent foi mer des maîtres qui sont inspirés par l'intérêt personnel, qui font de V œuvre sublime de V éducation un métier ?

Gomment encourager ces instituteurs et engager les parents à leur confier leurs enfants ?

Non ; on n'a pas droit de s'indigner ainsi : le fait est là, et on ne le peut nier.

Donc l'accusation — si c'en était une — ne serait pas fausse.

Elle ne peut être injurieuse, que si le fait constaté est de sa nature blâmable.

Le ton d'irritation du passage cité plus haut nous porte à croire qu'on le considère ainsi.

J'en suis bien fâché ; mais cela ne dépend pas de moi.

Quels qu'aient pu être mon intention et le sens de mes paroles, je retirerai immédiatement celles-ci, je présenterai — et très sincèrement — mes excuses du moment que Sa Grandeur voudra bien déclarer qu'elle verra avec plaisir les élèves des écoles normales pénétrer dans le diocèse de Trois-Rivières ; du moment qu'elle engagera les autorités scolaires à choisir, autant que possible, les maîtres parmi nos élèves.

Quelques statistiques.

Avant de terminer, je veux mettre sous les yeux du Conseil des statistiques sur les écoles normales de France, de Belgique, des Etats-Unis et de quelques autres pays.

Le Conseil verra quelle place occupent celles de la province de Québec, soit pour la dépense totale, soit pour la dépense par élève, soit enfin pour la dépense par brevet.

Il y a dans ces différents pays plusieurs écoles normales qui coûtent moins cher que les nôtres, je n'ai pas besoin d'en prévenir. Je ne les ai pas indiquées, parce que je ne voulais pas précisément faire une échelle graduée d'après le chiffre des dépenses de chaque école normale. Je tenais à montrer que nos dépenses, qu'on a présentées comme exhorbitantes en elles-mêmes, sont inférieures à celles d'un très grand nombre d'établissements analogues, dont la liste pourrait être allongée au besoin.

On voudra bien remarquer que l'expression dépenses ne s'applique qu'aux écoles de France et de Belgique qui sont des pensionnats ; mais il n'y entre absolument rien de la valeur des propriétés, ni de l'ameublement. Pour les Etats-Unis, la somme indiquée est la subvention annuelle, destinée à payer les professeurs, le chauffage, et les frais les plus essentiels de l'entretien, comme le balayage, etc ; on a bien soin de dire qu'elles sont exclusive of «appropriations for permanent objects (1).

Les chiffres correspondent aux années 1863 pour la France, 1872 pour la Belgique et 1877 pour les Etats-Unis.

Dépenses, ou subvention de différentes écoles normales.

1. $92,000.00 Normal Collège, New-York, subvention de la ville.

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