PAR LE DOCTEUR CARAULT
Une doctrine médicale qui exerce depuis plusieurs années la sagacité des hommes les plus habiles de l’Allemagne où elle est née, qui est proclamée par les uns comme la méthode de traitement la plus efficace qui ait été mise en usage jusqu’à présent , décriée par les autres comme une des mille formes que revêt le charlatanisme pour faire de nouvelles dupes , l’homœopathie , qui n’a d’abord excité en France que le sarcasme et la plaisanterie, commence à devenir l’objet d’un examen sérieux de la part des médecins que de consciencieuses études ont mis à
même de reconnaître l'insuffisance de quelques parties de leur art. Avant d accepter comme un véritable progrès les étranges idées d’Hahnemann , ils veulent s’assurer, par des expériences faites avec soin, de la réalité des faits annoncés par ce savant, depuis long-tems célèbre. La lecture attentive de ses ouvrages renverse tellement toutes les idées reçues, qu’il est impossible au premier abord de se défendre d’une grande méfiance , si ce n’est d’une incrédulité complète. On ne comprend pas en effet, si Hahnemann dit vrai , comment les hommes de génie qui sont venus tour-à-tour faire briller la lumière dans les parties les plus obscures de la pathologie , ont pu négliger des vérités si simples qu’on s’étonne qu’elles li aient pas frappé les médecins qui ont recueilli les premières observations pour en former un corps de science. Mais de ce qu’on a si long tems suivi la voie de l’erreur, de ce que nos devanciers, dont on est loin de répudier les nombreux et brillans travaux, oui négligé un principe important , seulement entrevu par quelques uns , faut-il conclure que le réformateur allemand s’est laissé égarer par son imagination, et que ce qu’il proclame comme vérité n'est qu'un tissu d’absurdités indignes d’examen ? Je ne le pense pas. Et la bonne foi, la candeur qui règne dans ses écrits ; le soin qu’il prend de ne pas imposer son opinion, mais d’engager à suivre son exemple pour arriver aux résultats qu’il a obtenus , 11e permet pas à celui qui
l’a lu de rester indifférent a un débat qui intéresse si puissamment 1 humanité.
M. Maxime Vernois, quia la prétention d’apprendre aux gens du inonde en quoi consiste l’homœopatlne, ne paraît pas s’être arrêté à ces considérations. Unie sera facile de démontrer qu’il n’a pas même lu les ouvrages d Hahnemann. Je vais le suivre pas à pas pour ne point affaiblir ses argumens, car ses Quelquees mots aux gens du inonde sur l ’Homœopathie ne sont autre chose qu’un factum, une diatribe , si l’on veut , contre l’homceopathie.
Si le ciitique tient peu a bien connaître le fond de son sujet , par compensation , il se donne garde dt negligei la forme qu il sait n’être pas sans influence sur les lecteurs auxquels il s’adresse ; aussi , prenant les choses de loin , commence-t-il par énoncer la nécessité d’une alliance entre la science et la littérature, afin que celle-ci , par sa grâce et son charme , rachète l’aridité de celle-là pour laquelle se passionneront les plus indifférer , si elle est revêtue de formes attrayantes, ainsi que l’ont heureusement essayé quelques hommes célèbres : Delaplace pour I astronomie , Fourcroy pour la chimie , Duverney pour l’anatomie. L’auteur consacre ensuite un paragraphe à l’injustice et à l’indifférence des contemporains envers les hommes de génie , théine dès long-tems rebattu , mais trop précieux sous la plume de M. Vernois , pour que je ne vous le fasse pas connaître en entier, en vous priant de ne
pas le perdre de vue, car il s’applique parfaitement à l’homme célèbre dont il n’a pas su apprécier les travaux faute de les avoir étudiés, et parce qu’il est le point de départ des nombreuses hérésies dont se compose son article. « La science, et le charlatanisme qui en est l’odieuse parodie , peuvent être comparés au vice et à la vertu sous le rapport de leurs triomphes et de leurs revers dans ce bas monde. Le vice heureux, la vertu proscrite, telle est la morale des romans de M. Eugène Sue. Si ce fait est désespérant pour l’humanité, il est du moins plus vrai que le dénouaient des drames de M. De Pixérccourt , et j’ai grande envie de l adopter quand j’applique ces considérations à la médecine. Quel auteur a recueilli de son vivant le fruit de ses veilles laborieuses.’ Quel auteur a vu sur son front l’auréole de gloire que la postérité lui a souvent accordée? Si j’en excepte autrefois Galien, qui s’est trouvé dans des circonstances particulières pour jouir de toute sa renommée pendant sa longue exis- • tence, et qui du reste n est pas échappé à la jalousie de ses confrères de Rome : si j eu excepte encore notre Cuvier , ce savant européen , je ne sache pas de médecin qui ait pleinement reçu de son siècle la part de célébrité qui lui était due. Serait-ce Haller ? serait-ce Brown ? serait-ce Harvey ? seraitce, de nos jours, Broussais ou Geoffroy - Saint- Hilaire? Non sans doute : on n’aime pas à recevoir des lois de ses égaux , on n’aime pas à avouer que
loua tort , et qu’un homme parti du meme point que nous a marché plus vite avec les mêmes jambes , a mieux vu avec les mêmes yeux ; des jambes d’hommes , des yeux d’hommes.... C’est qu’il y a quelque chose de plus que de vulgaire dans ces génies , dans ces espèces d’anomalies intelligentes qui nous surpassent et nous éclairent. » On trace ensuite un portrait fort poétique du charlatan, qui, suivi d un bout à l’autre , représente aussi bien 1) u puytren et Broussais, que Cagliostro , le marquis Caretto ou tout autre; et l’on termine par une comparaison de l’homœopathie avec la graine de moutarde blanche et les sirops dépuratifs.
Après ces détours, M. Maxime Yernois arrive enfin à 1 homœopathie qu’il définit assez bien , mais dontil nie le principe fondamental, à savoir, que les substances médicamenteuses n’agissent sur 1 homme malade qu’en raison des désordres qu’elles produisent sur l’homme en santé, faits que j ai reproduits sur moi-même en me plaçant dans les conditions de régime exigées par Hahnemann pour l’expérimentation , et dont n’ont pas pu s’assurer les hommes prévenus comme fauteur de l’article , en raison sans doute de la négligence qu’ils ont mise à observer le régime dont ils n’ont pas senti toute l’importance , à supposer qu’ils aient mis de la bonne foi dans la recherche de la vérité.
Il y a deux choses à considérer dans I’homœopa- Üne: sa doctrine d abord , ses applications ensuite;,
et si Ton s’en rapporte au dire de l’ancien e'iève des hôpitaux , il va successivement étudier chacun de ces points. Voyons comment il s’y prend pour en donner une idée exacte aux gens du monde pour lesquels il écrit.
Rappelant d’abord les principes fondamentaux des deux écoles : Contraria contrariis curantur pour l’allopathie; et Similia similibus sanantur , pour Ihomœopathie, M. Vernois indique rapidement quelques cas où la médecine ordinaireconverge vers I homœopathie dans l’application de ce dernier , et semble ne pas concevoir que les moyens de la science nouvelle diffèrent de ceux-ci, d’où il lui est facile de déduire des conséquences fausses et ridicules qui font de I homœopathie une chose assez plaisante, pour peu que l’on néglige les intérêts les plus puissans de 1 humanité, et de son auteur un charlatan , ce que prouvent d’ailleurs surabondamment les persécutions qu’il a éprouvées de la part de plusieurs gouverneinens d Allemagne, sollicitées par des médecins et des pharmaciens ligués contre lui. Et pour qu’il ne reste pas de doute sur l’absurdité de la méthode thérapeutique que l’on combat, on prend un exemple heureusement choisi, celui du vomissement, auquel les homœopathes prétendent remédier en administrant le globule antivomitif , quelle que soit d’ailleurs sa cause ou sa nature, qu’il dépende d’un état inflammatoire ou d’un spasme nerveux , qu’il soit dû à une affection de l’estomac ou
à celle d un organe éloigné avec lequel celui-là entretient des rapports sympathiques, etc. Je suis forcé de convenir que l’homœopathie ainsi conçue est ce qu’il y a de plus absurde au monde , mais je 11e reconnais nullement dans cet exposé la doctrine d’Hahnemann, qui, faute de méditations de sa part, n’a pas été comprise par M. Maxime Vernois.
L’instituteur des gens du monde passe ensuite aux explications qui lui paraissent rendre compte du mode d’action des médicamens dans le traitement des maladies , et pour se faire mieux comprendre , il présente des comparaisons qui peuvent prouver ce qu’il avance , mais nullement la doctrine dont il prétend donner une idée ; puis il cite des phrases détachées et qui, ainsi isolées de celles qui suivent ou précèdent , n’expriment que des absurdités , et il s’écrie d’un air de triomphe : c’est Hahnemann qui tire cette conclusion. Ce moyen facile de terrasser un adversaire n’est pas nouveau, et M. Vernois pouvait d’autant moins se le refuser , que sa logique aurait paru bien pâle en face de celle d’un homme d’une érudition immense, qui n’admet comme vrai que ce qui est fondé sur des faits nombreux et irrécusables. Sans la légèreté , qui est un des attributs de son âge , l’élève interne de la Pitié n’aurait pas écrit l’article dont je vous rends compte, car il aurait lu attentivement les ouvrages du médecin allemand , et s’il n’avait pas été convaincu, du moins aurait-il douté. Le chapitre sur les sources de la
matière médicale lui aurait fait sentir toute l'insuffisance des doctrines généralement adoptées, et la nécessité de persévérer dans la voie du progrès pour amener la médecine au point de perfection qu’il lui est donné d’atteindre , si l’on veut qu’elle tienne un rang honorable dans les sciences naturelles. Mais alors M. Maxime Vernois n’aurait pris parti ni pour ni contre l’homœopathie , il aurait attendu que des hommes plus capables que lui de juger ces hautes questions de philosophie médicale se fussent prononcés, et je n’aurais pas actuellement l’avantage de faire retentir son nom dans cette enceinte.
Jusqu ici le critique n’a péché que par ignorance et faute d’avoir voulu s’instruire. Nous allons maintenant le voir y joindre sa compagne fidèle , la mauvaise foi : deux élémens indispensables pour faire un article plaisant sur une affaire sérieuse ; mais il fallait faire rire les gens du monde pour les mieux éclairer sur i’homœopatliie , il fallait créer des préventions en la faisant considérer comme l’invention la plus bouffon ne , il fallait enfin se faire lire , et pensant que le burlesque avait plus d’attrait que la raison dont le langage est trop sévère pour les lecteurs qu’il veut instruire , il a préféré faire la parade et s’est abstenu de monter en chaire et de professer. Ce dernier procédé aurait exigé, de la part du redoutable adversaire d’Hahnemann , de laborieuses recherches , de longues méditations , un examen approfondi , et tout cela aurait entraîné des
longueurs et une fatigue auxquelles il ne paraît point accoutumé ; il a trouvé plus simple et plus commode de prêter à l’auteur de Y Organon ses propres idées sur un sujet dont il ne connaît que le nom, et ne s’en est pas fait faute ; il est ainsi parvenu à faire un feuilleton très-amusant dans lequel il n’a négligé que deux choses : la vérité et les intérêts de T humanité.
On aurait accordé peut-être assez facilement à Hahnemann sa théorie des semblables, en songeant aux guérisons nombreuses et assez fréquentes qu’obtient la médecine ordinaire de l'application des vomitifs contre le vomissement , des purgatifs contre la diarrhée , de la saignée et des émissions sanguines contre l’hémorrhagie, du vésicatoire contre l’érysipèle , si , par une concession à laquelle il a eu la mauvaise grâce de se refuser, il avait conservé les tisanes, potions, pilules, emplâtres, cataplasmes, lotions, etc., qui forment l’arsenal de l’ancienne thérapeutique ; mais, loin de là, il proclame la nécessité de n’administrer jamais qu’une seule substance à la fois et de l’administrer à un état de division que la pensée seule peut saisir ; c’est alors qu’ont surgi les oppositions et qu’on s’est exclamé sur ce que la doctrine allemande avait d’incroyable, et que , sans s’enquérir des faits sur lesquels elle s’appuyait/, on a déclaré tout d’abord qu elle était indigne de l’examen d’un homme qui avait conservé sa raison ; c est alors que M. Ve mois , déplorant la pauvreté
de notre langue, regrette de ne pouvoir qualifier que de très-fous ceux qui se sont laissé séduire par la lecture de X Organon et les expérimentations qu’ils ont faites de bonne foi , expérimentations qui leur ont démontré d’une manière incontestable une partie des vérités découvertes par la sagacité et la patience laborieuse du père de rhomœopathie.
Il est vrai que jusqu’ici le passé ne nous offre rien de semblable aux énoncés d’Hahnemann touchant les doses des médicamens dans le traitement des maladies , et que les plus faibles auxquelles on ait communément recours sont énormes en comparaison ; mais la nature , qui a son passé aussi , la nature, dont l’art n’est que l imitation plus ou moins imparfaite , nous ofïre d’assez nombreux exemples de ce mode, qui, tout étrange avant qu’on y ait songé , paraît au moins possible lorsqu’on y a un instant réfléchi. Ainsi, les miasmes qui occasionnent ces maladies contagieuses et épidémiques qui frappent de terreur les populations sur lesquelles elles viennent sévir inopinément , sontils quelque chose de plus saisissable que les doses homœopathiques ? S’ est-il rencontré un physicien assez ingénieux pour nous doter d’un instrument qui nous indiquât combien il en doit pénétrer dans l’organisme pour y causer les désordres qui constituent la grave maladie qu’ils occasionnent? La chimie a-t-elle découvert des réactifs qui permettent de découvrir leur présence pour que l’on puisse
se soustraire au danger ; indique-t-elle des neutralisans qui paralysent leur action et préservent l’humanité de ces fléaux destruct eurs ? Les virus qui donnent lieu à un autre ordre de maladies dont l'existence est incontestable , bien que personne ne les ait encore isolés des humeurs qu’ils vicient , agissent-ils plus que les miasmes par leur masse dans le corps de l’homme ? S’est-il trouvé quelqu’un qui nous ait appris quelle quantité en poids il faut de vaccin pour préserver de la petite-vérole ? Qui pourrait-nous dire quelle quantité de mercure est nécessaire à la guérison d’un enfant dont la nourrice avale quelques cuillerées de la solution de Yan Swieten, ou même est traitée par les frictions ? Combien en a-t-il fallu à Jurine, de Genève, pour guérir un jeune homme atteint de syphilis constitutionnelle , chez lequel le mercure produisait des aggressions qui menaçaient son existence, et qu’il rétablit en trois mois en lui faisant boire le lait d’une chèvre qu’on frictionnait avec de l’onguent mercuriel? Et combien de faits de ce genre on rencontre dans les émanations de certains végétaux, dont quelques unes sont promptement mortelles pour l’homme et les animaux , et un plus grand nombre produisent des accidens qui se renouvellent constamment quand on s’expose à leur action. Le simple contact de certaines plantes ne produit-il pas sur les parties touchées des inflammations , des vésicules , des éruptions qu’on a quelquefois beaucoup de peine à faire
disparaître ? Sans quitter le domaine de l’histoire naturelle, nous trouvons encore qu’un observateur exact et judicieux ,* Spallanzani , s’est assuré que le sperme de grenouille a pu se diviser sans rien perdre de sa vertu fécondante, au point qu’il suffisait du contact d’un trillionième de grain pour féconder un œuf. C’est cependant en présence de pareils faits, que les hommes de l’art ne doivent pas ignorer, qu’on nie les vérités proclamées par Hahnemann , vérités qui n’ont rien de plus incroyable , ni de plus inexplicable que celles que je viens de rappeler, et dont personne ne s’est encore avisé de douter.
Mais revenons à M. Maxime Vernois, que je vais prendre en flagrant délit de mauvaise foi. A propos de la préparation des médicamens, on dissout un grain d’opium dans une livre d’eau , dit-il , puis une cuillerée à café de cette solution dans une deuxième livre d’eau , et ainsi de suite jusqu’à trente livres , époque de l’opération à laquelle vous aurez obtenu ce qu’on appelle une trentième dilution ; puis avalez tous les matins quelques gouttes de ce médicament arrivé à sa trentième faiblesse, etc. Si le savant critique s’était donné la peine de lire X Organon , il aurait vu que ce n’est pas ainsi qu’on procède à la division des médicamens , mais il n’aurait pas été plaisant; s’il avait eu les premières notions de la physique, il n’aurait pas nié la divisibilité de la matière , il aurait connu toute l’importance de la trituration et du frottement sur le déve-
loppement des propriétés des corps , mais il n’aurait pas amusé son lecteur ; s’il avait consulté les ouvrages écrits sur le sujet qu’il voulait traiter , il en aurait conçu d’autres idées , et nous aurions été privés de ses facéties.
Si les bornes de ce rapport me le permettaient, j’aborderais beaucoup d’autres questions qu ici je ne pourrais qu’effleurer , ainsi que j’ai fait de celles qui m’ont occupé précédemment ; car l’homœopathie entre au cœur de la médecine et la révolutionne dans toutes ses parties ; elle seule , de toutes les doctrines qui se sont succédées depuis Hippocrate jusqu’à nos jours , suit la nature pas à pas dans la connaissance et le traitement des maladies, et si mes occupations m’en laissaient le loisir, je m’adresserais à mon tour aux gens du monde , puisque c’est à leur tribunal qu’on veut porter aujourd’hui les questions les plus ardues de la science, et je leur dirais de bonne foi ce que c’est que l’homœopathie , ce qu’elle peut faire dans l’intérêt de l’humanité , quelle immensité de travaux nous avons à accomplir encore pour la perfectionner; je citerais des faits qui parlent plus haut que tous les raisonncmens, et je prendrais à témoin des hommes dégagés de toute prévention et d’opiniâtreté; je parviendrais ainsi à démontrer que l’homœopathie est une chose sérieuse et qu’elle est digne de toute l’attention du médecin jaloux des progrès de son art et ami de l’humanité.
En passant , je dirai un mot sur la seule objection
sérieuse que j’aie entendu faire sur la doctrine liomœo* pathique; elle porte sur la division extrême du médicament , qui permet de douter de la présence de celui-ci dans les dernières triturations. On pourrait entasser un grand nombre d’argumens en faveur des deux opinions, sans résoudre la question: un seul fait suffira pour la décider; il est dû à la sollicitude de l’infatigable traducteur d’Hahnemann , qui ne pouvait admettre, avec le célèbre réformateur, que la chimie perde absolument les traces des substances dans les préparât ions ho mœopat biques. Pour résoudre ce problème , il invoqua l obligeance de MM. Petroz et Guibourt, l’un pharmacien en chef de la Charité de Paris , l’autre professeur de l’école spéciale de pharmacie, qui lui remirent la note suivante, avec autorisation de lui donner toute la publicité qu’il jugerait convenable. « En mettant dans un verre de montre une goutte de sublimé-corrosif à la quinzième dilution alcoolique, et y ajoutant une quantité fort petite d hydro-sulfate de soude, il reste une légère couche opaque qui, interposée entre l’œil et un papier, présente une teinte noirâtre manifeste, surtout sur les limites du liquide évaporé. Si l’on répète l’expérience avec de V hydro-sulfate de soude et de l’alcool pur , on obtient de même une couche opaque, avec un reflet grisâtre ou noirâtre, qu’il faut attribuer au degré d’atténuation du soufre précipité; mais il est certain que cet effet est moins marqué que lorsque l’on emploie la solution de
sublime-corrosif; de sorte que l’on doit conclure que la teinte noirâtre observëe avec celui-ci est en partie due à la présence du composé mercuriel. »
Après avoir ruiné de fond en comble la partie théorique de l’homœopathie, le critique passe à l’examen pratique, car, comme il le dit lui-même, quelque ridicule que nous paraisse une doctrine , il ne faut jamais la rejeter sans l’examiner en conscience. Or , voici textuellement ce que lui a appris sa conscience sur ce sujet : « Nous avons essayé d’appliquer l’homœopathie aux principales affections aigues ou chroniques qu’on peut, je dirai même qu’on a toujours occasion de rencontrer dans un hôpital, et nous avons expérimenté sur dix-huit substances simples les plus généralement employées. Pendant trois mois, sur cinquante -deux cas religieusement recueillis, il a constamment fallu, pour les affections aiguës du poumon, de l’intestin et du cerveau , renoncer à l’homœopathie ; le malade nous serait mort entre les mains en attendant que nous le guérissions. Puis il cite un exemple , qui n’est qu’une supposition, sur le traitement de l’apoplexie , ce qui n’a pas moins de valeur que l’énoncé précédent; car il ne suffit pas, en médecine pratique , de faire des essais, il importe de les bien faire, et comment s’y serait pris M. Maxime Vernois, puisqu’il ne connaissait absolument rien au mode d’action des substances qu’il employait, non plus qu’aux cas qui en réclamaient l’application. Ici , on s’appuie du nom
du professeur Andral , nom qui n’est pas sans autorité dans la science, en raison surtout de ses connaissance étendues, de la sûreté de son coup-d’œil et de la loyauté bien connue de son caractère. Il est vrai que M. Andral a jeté du haut de sa chaire quelques attaques contre l’homœopathie , et qu’on a fait sonner bien haut la leçon que ce savant professeur a consacrée à l’examen de la doctrine du célèbre médecin allemand. Si je n’avais hâte de terminer ce rapport , que sans doute vous trouvez déjà bien long, Messieurs, il me serait facile de démontrer que, dans le choix des faits qu’il combat, M. Andral a montré, ou qu’il avait obéi à un entraînement toujours fâcheux pour un homme grave, ou qu’il avait parlé d’un livre dont il n’a fait qu’une lecture rapide, qu’une étude superficielle. Je n’en veux pour preuve que. l’objection que fait l’éloquent professeur aux expérimentations des médicamens sur l’homme sain. M. Andral prétend que tous les faits avancés sont faux ou dénaturés, à l’exception de ce qui a été dit du mercure qu’il reconnaît pouvoir guérir des affections semblables à celles qu’il produit, savoir des périostoscs et des stomatites. Sur quoi se fondet-il pour nier l’action homœopai bique des autres substances médicamenteuses? Le voici : Hahnemann soutient que si le quinquina guérit la fièvre intermittente, c’est qu’il a puissance de la faire naître chez celui qui en est exempt. Si ce fait capital était prouvé, dit M. \ndral, une partie des conséquences
le serait aussi; s’il est faux, tout croule : or, plusieurs personnes, et mon interne en particulier, ont pris du sulfate de kinine et jamais n’ont eu de fièvre intermittente.il y a évidemment eu préoccupation de la part de M. Andral , car sans cela il n’aurait pu perdre de vue que les premiers essais de Hahnemann sur le quinquina remontent à 1790, et qu’à cette epoque le sulfate de kinine 11 était pas connu ; que depuis, c est toujours sur le quinquina en nature et non sur un de ses principes immédiats, pris isolément, que l’homœopathie a expérimenté, et qu’ici M. Andral et ses élèves ont commis une faute qui ne s excuse que par leur défaut de connaissance de fhomœopathie , lorsqu'ils ont fait usage d’une substance à la place d une autre. Il saurait aussi, s’il avait pris la peine de lire la Thérapie des fièvres intermittentes du conseiller Bonninghausen et les Réflexions sur le quinquina, publiées par le docteur Jourdan , à la suite de I Organon , que cette substance est loin de suffire à la guérison de toutes les espèces de fièvres intermittentes, et que par conséquent il ne lui est pas donné de les produire toutes. Ici donc, le résultat a été nul par la faute des expérimentateurs , qui ont cru indifférent de rester fidèles à l une ou à plusieurs des conditions de l’expérience. C’est là que nos adversaires sont toujours en défaut; lorsqu’il s’agit d’une substance végétale , on leur dit : prenez le suc exprimé de la plante , c’est-à-dire, de la plante telle que Dieu nous l a donnée, racine, tiges, feuilles et
fleurs, et eux, ils prennent fleurs ou racine, selon qu’il est dans les habitudes de leur système d’employer les unes ou les autres. Ils commencent donc par dénaturer l’expérience pour dire ensuite qu’elle ne rend pas ce qu’elle avait promis, et cela sans intention arretée de mal faire , mais tout simplement parce qu’ils veulent juger avant de connaître, et connaître sans prendre la peine d’étudier; et puis, ils vantent leur logique , eux dont le raisonnement revient à ceci : Ce que vous dites du mercure est vrai , ce que vous dites du quinquina est (aux. Si pour le dernier médicament vous aviez eu raison, nous vous aurions accordé votre loi, au moins en grande partie; les choses étant autrement , tout croule. Messieurs, je vous en demande pardon, mais votre conclusion est fausse. En supposant que nous nous soyons trompés sur le quinquina, si nous avons raison pour le mercure , il y a autant pour nous que contre nous; et puisqu’il est prouvé que vous avez mal expérimenté, l’avantage nous reste.
Je voudrais pouvoir terminer là, Messieurs, une discussion qui ne vous intéresse que médiatement , mais vous ne connaissez pas encore toute la pensée de M. Maxime Vernois sur Hahnemann et ses sectateurs; c’est par une anecdote qu’il va vous la développer. Un praticien distingué de la capitale, raconte notre académique antagoniste, fut dernièrement appelé à donner ses soins à une portière de son quartier; déjà quatre docteurs avaient épuisé leur
science auprès d’elle. Quel était le dernier, lui demanda-t-on ? Un homme à pattes y répondit- elle avec assurance. La pauvre femme voulait dire un homœopathe. Eh! bien, la faute grammaticale n était pas si grande qu’cui pourrait le croire au premier abord , car il faut se rapprocher beaucoup de certaines classes d’animaux pour être partisan , quand même , de la médecine homœopatique. Il n’y aurait rien à répondre à un si foudroyant argument, si je n’avais résolu de ne pas demeurer en reste avec M. Maxime Vernois, et puisqu’il a fini par une anecdote, c’est aussi par une anecdote, mais dépouillée de tout commentaire, que je terminerai ce rapport. La voici, telle qu’elle est rapportée dans les ^Archives homœopathiques , journal qui se publie à Leipsick : Un gentilhomme allemand , atteint d’une maladie grave , sans être immédiatement mortelle , prit fantaisie de ne se faire traiter qu’autant qu’il aurait rencontré trois médecins d’accord sur la nature et le traitement de la maladie qui l’affligeait ; il n’en consulta pas moins de 479; les °pini°ns qu’ils lui donnèrent sur la cause , le nom et le siège de son affection, offraient 3i3 différences; 892 ordonnances lui avaient été prescrites , et s il les eût toutes exécutées, il n’aurait pas pris moins de 1,097 me' dicamens. Dans son profond dédain pour la science médicale, le malade avait un registre exact de tout ce fatras ; sous le n° 3oi , se trouvait la consultation de Hahnemann , car il avait été consulté comme bien
d’autres médecins. Interrogé sur le nom de la maladie , Hahnemann avait mis : o ; sur le remède à employer, il avait encore répondu par un o, et il avait ajouté : le nom de la maladie ne me regarde pas, et le nom du remède ne vous regarde pas ; le principal , c’est la guérison. D’après de nouveaux conseils, le gentilhomme se résolut à consulter 3o médecins homœopatliistes ; sur ce nombre , 23 furent d’accord sur le traitement à employer.