‹ Réponse à quelques observations formulées par l'Honorable L.-P. Pelletier, Secrétaire Provincial, dans l'audience du 29 mars 1893 [microforme]Chapitre 2 sur 2 · A PRE NE · texte numérisé non relu

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leur travail qu'un motif de lucre ; si elles se plaignent “aujourd’hui de la loi, dit-il, “ c’est parce que cela ne paie plus ” ; elles ont fait de cette œuvre un vil métier, une espèce d’embauchage d’enfants ; elles ont pratiqué en grand le système de faire mettre les enfants sur la rue, pour ies faire appréhender par des hommes de police et les faire condamner ensuite pour vagabondage ; enfin, honorable Secrétaire de la Province accuse les religieuses d’avoir fait interner un grand nombre d’enfants sans les faire présenter devant les magistrats et d’avoir rempli elles-mêmes les formules de demandes d’internement de données fantaisistes pour favoriser l'entrée de res enfants.

It est nécessaire de faire ici quelques remarques et de donner quelques explications.

Par justice pour les Sœurs directrices de l'Hospice Saint- Charles, et dans l'intérêt de cette œuvre, je dois déclarer ici que ces graves accusations sont injustes et calomnieuses. Que” ceux qui ont pris sur eux de fournir à l'honorable Secrétaire de la Province ces injustes informations, portent seuls devant Dieu la grave responsabilité qu’ils ont assumée.

À d’autres les intentions de lucre, d’embauchage d’enfants et de fraudes calculées et malhonnêtes ! S'il y a eu des abus et des irrégularités, les Directrices de l’Hospice n’y ont pas participé sciemment, Les Sœurs du Bon Pasteur n’étaient pas obligécs de guider les juges ni les magistrats dans leurs fonctions judiciaires ; elles ne les ont jamais sollicités à dévier de leurs devoirs pour favoriser illégitimement des internements. Ce serait une fausseté de le dire et une injustice le le supposer.

Les révérendes Sœurs directrices de l’hospice Saint- Charles n’ont pas fait de leur œuvre de réforme un vil métier, une espèce de racola, 8 d'enfants ; elles n’ont pas fait “ de la collection ”, comme l'a dit l'honorable Secrétaire de la Province, et cela pour un motif de lucre. Sans doute, elles ont accepté Les enfants qu’on leur a envoyées sans songer à contrôler les informations et renseignements donnés par les Parents ou autres porsonnes qui s’intéressaient à ces mêmes enfants. Ces renseignements et informations ont toujours été exposés aux magistrats, qui, eux, étaient les seuls juges de leur valeur. Les Sœurs n’ont jamais pris l'initiative qu’on leur reproche ; elles n'ont jamais couru après les enfants pour

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les faire entrer dans les écoles de réforme et d'industrie ni complété elles-mêmes les formules de demandes d’internement avec dos données fantaisistes. Dire le contraire, ce serait une calomnie doublée d’une ‘vraisemblance,

Le gouvernement a mis entre les mains des Directrices de lTnstitution des formules de demandes d’internement pour les distribuer aux curés et autres personnes qui pouvaient en avoir besoin. A l’hospice Saint-Charles, comme ailleurs je le suppose, les directrices ont donné des explications aux personnes qui les leur ont demandées, au sujet des conditions requises par la loi et des formalités à prendre pour l’internement d’une enfant, Quel mal y a-t-il À cela ? Lorsque les enfants n’ont pas été présentées devant les magistrats, tel que le vent la loi, ces magistrats ont pris sur eux de ne pas l'exiger. Il est arrivé plusieurs fois que la Directrice a insisté pour faire présenter certaines enfants devant ces magistrats ; ceux-ci ont jugé que cela n’était pas nécessaire ; ils se sont déclarés satisfaits des renseignements donnés, et ont signé les mandats sans exiger de comparution. A qui la faute de ces irrégularités ? est-ce aux religieuses ?

D'ailleurs, pour les internements divers qu’on leur reproche, les Sœurs ont été avisées, soit par desjuges ou des magistrats, soit par les employés du département du Secrétaire provincial, Il n’y a pas eu calcul pour se cacher et éluder là loi malicieusement, On a pris les moyens nécessaires pour mettre sous la protection de la loi des enfants qui avaient un véritable besoin de la réforme, voilà tout.

L’honorable Secrétaire provincial impute aux Sœurs du Bon Pasteur l'intention sordide de ne travailler à cette œuvre de la réforme que dans un but de lucre. L’honorable Secrétaire nous a profondément surpris quand il a décoché ce trait sanglant contre une institution religicuse, chargée, suivant les fins de sa Constitution, d’une œuvre de. charité et de moralité publique. Est-ce que l'honorable Secrétaire provincial trouve déjà trop considérable l'allocation accordée pour l'entretien de chacune de enfants confiées aux religieuses ? Est-ce qu'il ne trouve pas encore suffisant que celles-ci se chargent de bâtir et d’entretenir à leurs frais les édifices nécessaires pour maintenir leur œuvre? Est-ce qu’il n’est pas encore satisfait que des personnes vorent et consacrent leur vie pour le soutien de cette œuvre, sans salaire et sans

rémunération d'aucune sorte ?

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Que veut-il de plus ?..., ,

L'hospice Saint-Charles a gardé dans ses salles, nourri ct entretenu par charité quatre-vingt-dix enfants, depuis 1885 : une moyenne de treize enfants par année—13 enfants, à 860.00 par aunée, $7382.00 ; en sept ans, uu total de 85124.00. —Toutes ces enfants avaient besoin de l’école d'industrie, Les directrices les ont gardées dans leur hospice parce qu’il tait très difficile de les placer sous la protection de la loi Depuis plusieurs mois, il y a trente de ces enfants dans les salles ; elles sont gurdées par charité, Plusieurs d’entre elles ont été élargies depuis un an ; mais, se trouvant absolument sans protection et exposées à mille dangers, elles ont été recueillies dans l’hospice en attendant qu’il soit possible de les placer convenablement. Tous les ans, depuis 1874, l’hospice Saint-Charles a fait cette charité à plusieurs enfants, C’est cette institution que l’on accuse de ne travailler que par des motifs de lucre !

A ce sujet, que se passe-t-il dans les autres pays : en Europe, aux Etats-Unis, dans le Nord-Ouest, dans la Province d’Ontario, etc., ete ? Dans ces pays, c’est l'Etat qui construit les édifices nécessaires pour recueillir ces infortunés ; c’est l'Etat qui entretient ces institutions, et bienheureux est-il quand il peut trouver un persc nnel digne et compétent qui veuille se charger des soins manuels, même en le payant.

Ici, l'honorable Secrétaire de la Province trouve mal que les Sœurs du Bon Pasteur aient l’air de s'inquiéter de ce qui pourra advenir de leur œuvre de réforme, quand elles ont fait, elles-mêmes, des dépenses considérables en construction, dans le but de subvenir aux besoins de cette œuvre ; quand elles en ont agi ainsi, pressées par une nécessité qui se faisait sentir depuis plusieurs années, Si l’on a des doutes sur ce fait qu’on en appelle au témoignage de Monseigneur A.-A. Blais, Evèque de St-Germain de Rimouski, ancien chapelain du Bon-Pastour ; qu’on invoque le témoignage du Docteur Désaulniers, inspecteur des prisons et des écoles de réforme, ou encore celui de \ionsieur le chevalier Vincelette, Ils vous diront qu’en 1889, la communauté, après de nombreuses

démarches, est venue sur le point d'acquérir un terrain en

dehors de la ville, pour y construire un édifice plus spacieux, afin d’y placer l’école de réforme et d'industrie de Québec. Ce projet n’ayant pu se réaliser, ce n’est qu’en 1891, que les

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Sœurs du Bon-Pasteur ont trouvé l’occasion favorable d’eequérir l'Hôpital de la Marine de Québec. Quand la communauté na ainsi, de bonne foi, fait ces sacrifices pour subvenir aux besoins de son œuvre, d’après les conseils de l’inspecteur du gouvernement, n’est-elle pas justifiable de manifester ses appréhensions, lorrqu’elle constate que la législation que l’on a faite relativement aux écoles de réforme ct d'industrie aura pour résultat l'anéantiesement de cette œuvre, à une époque très prochaine ?

Quoi qu’il en soit des griefs que l’honorable Secrétaire provincial peut avoir contre l'institution du Bon-Pasteur,—griefs dont la communauté n’a pas entendu parler avant le mois de juin 1892, il ne peut nier que lorsqu'il a donné une direction et des avis à l’Hospice Saint-Charles, ces avis et cette direction ont été suivis 4 la lettre et immédiatement.

Si le gouvernement veut sérieusement maintenir l’œuvre des écoles de réforme et d’industrie à Québec, comme nous l’a affirmé l’honorable Premier Ministre dans une entrevue qu’il nous a accordée en février dernier ; et s’il n’est véritablement question que de faire disparaître pour l’avenir les irrégularités ou les abus, d’où qu’ils viennent, alors nous pourrons espérer qu’à une époque assez rapprochée cette œuvre pourra reprendre sa marche régulière. Sans quoi, les infortunés enfants resteront à la voirie, sans protection ; ils deviendront mendiants, vagabonds, pour aller plus tard grossir le nombre des repris de justice et des victimes de la prostitution. Ce sgnt là des conséquences rigoureuses et inévitables.

Humblement soumis.

B. Bernter, Ptre.

Québec, mai 1893.

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