A. N. MORIN
Secrétaire.
Bureau du secrétaire,
Québec, 24 février 1853.
Extraits de l'appendice (Z.) des journaux de la présente session. (No. 29.)
Copie d'une dépêche du très-honorable comte d'Elgin et Kincardine, au secrétaire Sir John Packington.
(Reçue le 19 avril 1852— Réponse, 2*7 avril 1852, No. 15.)
Hôtel du gouvernement, Québec, 1er avril 1852.
SïR, — J'ai l'honneur de vous transmettre ci-inclus un mémoire qui vous est adressé, et qui est signé par M. Joly, seigneur de Lotbinière, comme président du comité du chemin de fer de Québec et Montréal, par la rive nord, demandant que la rive nord du St. Laurent, entre Québec et Montréal, soit adoptée comme ligne du grand tronc, devant former partie du grand chemin de fer provincial, et être construite par les provinces de l'Amérique du Nord, avec l'aide de la garantie impériale. M. Joly est venu auprès de moi, en personne, accompagné d'une députation composée du maire de Québec, de plusieurs membres du parlement proviftcial, et d'autres citoyens influents, pour me mettre entre les mains ce mémoire avec les documents qui l'accompagnent. Il me pria de donner mon appui à la requête, et d'employer toute mon influence pour faire en sorte qu'il ne fût pas rendu de décision contraire à la demande des pétitionnaires avant la prochaine réunion du parlement provincial. J'ai répondu, qu'à l'égard de la première partie de la demande, les pétitionnaires feraient bien de s'adresser aux commissaire» nommés par l'acte de la dernière session du parlement provincial, 14 et 15 VicJ, chap. 73, auxquels le parlement a expressément délégué le pouvoir )de juger les prétentions opposées des lignes de chemins de fer ; et que, quant
a la dernière partie de la requête, je ne pouvais prendre sur moi la responsabilité de donner un conseil qui pourrait avoir l'eflet de mettre de l'embarras dans les négociations déjà sur pied entre ce gouvernement, agissant de concert avec les gouvernements des provinces d'en bas, et les autorités de l'empire, pour l'exécution d'un ouvrage si important à toutes les celonies. Je crus cependant devoir les assurer, que leurs représentations en faveur de la ligne nord ne manqueraient pas de recevoir pleine considération de votre part.
J'ai, etc.,
(Signé,) ELGIN et KINCARDINE.
Le très-honorable,
Sir John Packington, baronet, etc., etc., etc.
Incluse 1 dans le No, 2.
Québec, le 24 mars Ï852.
Monsieur, — Le moment paraît être venu où le gouvernement de sa majesté va décider si la garantie qu'il est question de donner pour la construction d'un chemin de fer d'Halifax à Québec, sera étendue jusqu'à Montréal.
Dans le cas où ce dernier plan serait adopté, le soussigné croit se faire l'interpète d'une grande majorité des citoyens des deux Canadas, en demandant que la rive nord du St. Laurent, depuis Québec jusqu'à Montréal, soit adoptée pour pour y établir le Main Trunh Line^ et que la garantie du gouvernement ne soit pas appliquée de préférence à une ligne qui, passant par Richmond, au sud du St. Laurent, laisserait Québec de côté.
A l'appui de cette requête, le soussigné a l'honneur de transmettre :
L Un prospectus indiquant une partie des avantages qui résulteraient pour ce pays d'un chemin ayant sa direction par le nord du St. Laurent.
2. Un compte-rendu des résolutions passées le 9 mars de cette année, dans une assemblée générale des citoyens de Québec.
Le soussigné demande encore la permission de faire valoir les considérations suivantes, qui lui paraissent de nature à faire quelque impression sur l'esprit des ministres de sa majesté.
Le chemin de fer de Québec à Montréal, par le nord du St. Laurent, se trouverait dans tout son parcours, protégé par ce fleuve, et ces deux grandes villes se trouveraient réunies par une ligne non interrompue, qui ne nécessiterait aucun transbordement, même si elle était continuée jusqu'aux extrémités du Haut-Canada.
Si au contraire ce chemin de fer passait par le sud du St. Laurent, par Richmond, il se rapprocherait beaucoup des frontières des Etats-Unis, sans offrir aucune défense naturelle, en cas de guerre, danger que le major Robinson a cherché à éviter dans son tracé d'un chemin de fer entre Halifax et Québec. Il faudrait traverser deux fois le St. Laurent, pour se rendre de Québec à Montréal, ou dans le Haut-Canada, ce qui serait souvent impraticable, au printemps, en automne et en hiver, lorsque les glaces du fleuve sont en mouvement.
En passant par le nord du fleuve, ce chemin de fer satisferait aux intérêts de Québec, ville qui s'est toujours montrée loyale at affectionnée au gouvernement britannique, et il traverserait la partie la plus populeuse, la plus riche et la plus anciennement établie du Bas-Canada.
Si le gouvernement anglais donnait la préférence au chemin de fer par le sud du St. Laurent, il ruinerait comparativement la ville de Québec, qui se trou-
verait privée à jamais d'un chemin de fer, et dont tout le commerce passerait sur la rive opposée ; il mécontenterait la nombreuse population qui se trouve au nord du fleuve, et il méconnaîtrait les intérêts du Haut-Canada, qui sont évidemment en faveur d'une ligne qui lui permettrait de communiquer avec Québec, sans transbordement. Le gouvernement ne trouverait d'autre compensation a cela que celle d'avoir satisfait aux intérêts d'une population clair-semée, à cause de quelques grands propriétaires, dont ce chemin de fer augmenterait la valeur des terres incultes.
Le chemin de fer par le nord n'offre aucune difficulté dans son exécution, et le terrain ne saurait être plus favorable dans toute son étendue. Ses ingénieurs expérimentés vont procéder à une exploration de cette ligne, et leurs travaux seront soumis au gouvernement de sa majesté dans le plus court délai possible.
Je, soussigné, crois inutile d'entrer dans de plus longues considérations, pour démontrer les avantages qu'offre la ligne du nord sur celle du sud, sous les rapports commercial, politique et militaire.
S'il restait quelques doutes à cet égard, le soussigné est autorisé par le comi té nommé par les citoyens de Québec, pour représenter leurs intérêts dans cette affaire, de supplier les ministres de sa majesté d'ajourner une décision sur la direction à donner au chemin de fer qui devra faire la continuation de celui d'Halifax à Québec, jusqu'à ce que les vœux et les intérêts de cette colonie soient mieux connus par l'organe de ses rèprésentants, dans la prochaine session du parlement provincial.
Et le soussigné a l'honneur d'être, Monsieur,
Votre très-humble et
Très-obéissant serviteur,
(Signé,) G. JOLY,
Président du comité de direction.
Au très-honorable Sir John Pakington, baronet, principal secrétaire d'état de sa majesté, pour les colonies, Londres.
Incluse 2 dans le No. 2.
A une assemblée préliminaire de citoyens favorables à la construction d'un chemin de fer entre Québec et Montréal, tenue en cette ville, samedi dernier, le projet suivant fut soumis, discuté et approuvé :
Projet d'un chemin de fer de Québec à Montréal, par le nord.
Jamais la question des chemins de fer n'a été plus agitée que dans ce moment. Les journaux de la province et ceux des pays étrangers y consacrent un partie de leurs colonnes. Partout ces discussions sont suivies de résultats. Québec seul n'a encore presque rien fait, les esprits y sont divisés sur cette grande question ; au lieu d'avancer, nous reculons. Un jour voit détruire ce que la veille avait fait. D'où vient cette hésitation ? Est-ce indolence, est-ce manque de capacité, est-ce ignorance des vrais intérêts du pays? Non ! il n'en est pas ainsi.
Les citoyens de Québec sentent toute l'importance que peut avoir pour leur ville l'établissement des chemins de fer qui doivent la mettre en communication avec le reste du monde ; mais ils sentent aussi que tout dépend de la direction première qui leur sera donnée, que si le point de départ est faux, ils auront gaspillé leurs ressources et le.ur énergie en vain; que si, au contraire, leurs premiers efforts sont bien dirigés, leur cité peut devenir l'entrepôt des richesses de l'Ouest, et l'un des premiers ports de mer du monde, comme il en est déjà l'un des plus beaux.
Qui peut douter, en voyant ce qui se passe ailleurs, qu'avant beaucoup d'années nous aurons, non seulement un chemin de fer d'Halifax à Québec, de Québec aux extrémités du Haut-Canada, mais même jusqu'à l'Océan Pacifique? Il ne faut que du temps et de l'argent pour réaliser cette magnifique entreprise. Or, le temps court vite sur ce jeune continent, et l'argent peut se remplacer en grande partie par le crédit. Dans un pays où, dans le cours de la vie d'un homme, l'on voit décupler la population et la somme des propriétés, l'on ne doit pas craindre d'escompter l'avenir.
Pour que cet avenir se réalise en faveur de Québec, il faut que ces chemins de fer aboutissent dans Québec même.
L'on a dit souvent que notre cité était placée du mauvais côté du St. Laurent ; c'est une erreur. Si elle était sur la rive opposée, il faudrait souhaiter de la ramener sur celle-ci. Nous sommes du même côté que Montréal, Kingston et Toronto, que tout le Haut-Canada, que la plus grande partie du Bas-Canada ; nous pouvons communiquer sans transbordement avec presque tout notre pays ; et c'est très-important pour un chemin de fer. Sous le point de vue commercial et militaire, peu de ville dans l'Amérique du Nord sont mieux situées que Québec. Sachons en profiter.
D'après ce qui précède, il semble évident que les principaux efforts des citoyens de Québec doivent se porter sur la construction d'un chemin de fer de leur ville à Montréal, par le nord du fleuve. C'est le seul moyen d'avoir le terminus ici. C'est le seul moyen de voir arriver sur nos marchés, en hiver comme en été, une foule d'articles d'une nature trop encombrante pour supporter de lointains charriages ou la traverse du St. Laurent en canots ; ainsi, le bois de chauffage et de construction, les pierres à bâtir, le foin pressé, le bétail et beaucoup d'autres objets de première nécessité pour une grande ville. La population, trouvant plus de facilité à subsister, par l'augmentation de l'ouvrage et par l'abondance des denrées, augmenterait rapidement, et la valeur des propriétés suivrait le même élan, tant à la ville qu'à la campagne.
Les magnifiques rivières qui sillonnent la rive du Nord verraient se développer de nombreuses manufactures, dont les produits resteraient souvent enfouis pendant les six mois de l'hiver, si on ne leur offrait pas un moyen facile et économique de transport. Les forges de St. Maurice, les diverses manufactures qui existent déjà, souffrent considérablement de cet inconvénient.
Heureusement qu'une entreprise d'une si grande utilité ne paraît présenter aucune grave difficulté d'exécution. Il est généralement connu que le terrain est éminemment favorable pour un chemin de fer ; il traverserait la partie la plus populeuse et la plus riche du Bas-Canada; les habitants de la rive du sud en profiteraient également, sur une grande partie de son parcours : ils n'auraient pour cela que le fleuve à traverser.
La distance de Québec à Montréal, par le nord, a été estimée à 150 milles environ. Il est à supposer que le gouvernement ferait pour cette route ce qu'il a fait pour d'autres de moindre importance, il garantirait les fonds pour en faire la moitié. Il resterait donc 75 milles, à la charge des particuliers et des corporarations. Le coût probable serait de £3,000 par mille (1). Il est facile de prou-
(1). Dans l'état de Pensylvanie, le chemin de fer de la vallée du Schuylkill (doubles voies,) coûte £1,3*75 par mille ; celui du Schuylkill coûte £l,'750, il est double, aussi bien que le West-^rsmch Rail Road, qui coûte £2,500 par mille ; dans l'état de ITe-w-York, le chemin de fer de Saratoga à Schenectady coût« Jt8,000 par mille.
ver que, dans ]es Etats-Unis, une grande étendue de chemins de fer à une seule voie n'a pas coûté davantage. Nous avons ici le terrain, le fer, le bois et la main-d'œuvre, à meilleur marché que chez nos voisins.
Prenant pour base 75 milles à £3,000, cela ferait £225,000.
La corporation de Québec ne refuserait sans doute pas de contribuer pour cet objet, £100,000
Les diverses paroisses et corporations, d'ici à Montréal, inclusivement, 90,000
Souscriptions individuelles à Québec et ailleurs, pour 35,000
Total £225,000
Si les diverses parties intéressées voulaient s'entendre, il serait facile de faire un embranchement qui relierait le chemin de fer du St. Laurent à l'Atlantique, sur celui de Québec à Montréal, à l'endroit qui paraîtrait le plus avantageux.
L'on estime la population au nord du fleuve, entre Québec et Montréal, et y compris ces deux villes, à 250,000 âmes, au moins. D'après des renseignements statistiques généralement admis, l'on a trouvé que chaque individu, compris dans le rayon desservi par un chemin de fer, contribuait en moyenne pour environ dix cljelins à la masse des^ transports de voyageurs et de marchandises. Ainsi 250,000 personnes donneraient lieu à un trafic de £125,000 Les frais d'exploitation sont estimés à la moitié de la recette brute ; il resterait donc £62,500, pour intérêts et bénéfices sur une dépense totale de £450,000, soit environ 14 0/0; et dans la supposition que le chemin coûterait £4,000 par mille, la dépense pour les 150 milles se montant à £600,000, il resterait encore un intérêt de plus de 10 par cent, ce qui justifierait un beaucoup plus grand déboursé, surtout si l'on prend en considération le supplément de transport qui serait fourni par le Haut-Canada, et par la rive sud du St. Laurent.
Il est à supposer que le gouvernement impérial serait disposé à favoriser la présente entreprise, et à lui étendre les facilités qu'il est prêt à accorder au chemin de fer d'Halifax à Québec, c'est-à-dire de l'argent à 3J 0/0. Il est impossible qu'il n'apprécie pas les avantages, sous un point de vue militaire, d'un chemin de fer qui relierait entre elles les principales villes du Canada, et qui a pour défense, du seul côté vulnérable, un fleuve comme le St. Laurent.
Le moment est venu de se prononcer sur ces importantes questions, sous peine de voir d'autres localités s'emparer des avantages dus à la cité de Québec. Bientôt il sera convoqué une assemblée générale des ciloyens ; ce sera le moment de faire cesser toute hésitation, et de prendre immédiatement toutes les mesures qui seront jugées nécessaires pour mettre à exécution le plan qui vient d'être proposé, s'il obtient l'approbation publique.
Québec, 9 février 1852.
Incluse 3 dans le No. 2.
(Extrait du " Québec Mercury "du 11 mars 1852.)