Ç. PREMIER
Sur la cause des troubles des Colonies. L'ouvrage de M. M— commence par un
MB
historique très-infidèle de l'origine des sociétés des amis des noirs.
M. M — n'a tissu cette fable (1) , que pour en conclure une atroce calomnie ; pour attribuer à la société paisible et éclairée de Paris le dessein abominable de soulever nos colonies.
ce La société des amis des noirs , dit-il , page 5 , fit imprimer une lettre circulaire à tous les bailliages , en date du 5 février 1789 , par laquelle elle recommandoit l'abolition de la traite ».
On m'assure , et je le crois , que la distribution de cette lettre philosophique a été circonscrite à la France : mais quand elle eût été portée ou envoyée dans les colonies, pouvoit-elle être connue des esclaves , qui ne savent pas lire (2)? Pouvoit-elle les exciter
(1) Par exemple, et pour ne citer qu'une seule inexactitude» M. M — fait foncier la société des amis des noirs de France à M. Brissot, à son retour d'Amérique, où, dit-il, il avoir vu des quakers ; et cette société date de février 1788, et M. Brissot n'est parti qu'en mai suivant pour l'Amérique.
(2) M. M— attribue encore ces troubles à un écrit publié quelque temps avant , dit - il a par le président des amis des noirs , M. Condorcet , sous le nom du docteur
Schwartz II faut apprendre à M. M — , qui cherche des
crimes par-tout , que cet écrit, récemment publié suivant lui , l'a été en 1775.
à la révolte? Il faut donc chercher une autre cause aux troubles qui ont commencé à se manifester à cette époque dans les colonies. Mais qui ne reconnoît cette cause dans une lettre écrite de Versailles le 12 août 178g, par les députés' de Saint - Domingue à leurs constituans ? . Pour s'en convaincre , il ne faut que la lire, et en rapprocher les événemens qu'elle a causés. Dans cette lettre fatale , ils annoncent font qu'ils pas ser copie d'un avis alarmant que vient de leur donner M. Mangalon , un de leurs collègues.
Il est donc vrai que puisqu'au 12 août 2789 ils font passer à leurs commettons cet avis alarmant de M. Mangalon , il n'y avoit pas encore d'alarmes dans la colonie. Ce qui suit le prouve encore plus.
La colonie , dissent-ils , est dans un double danger également pressant. Danger au dehors : que veulent ces vaisseaux que les papiers publics nous apprennent être sortis de l'Angleterre? Danger au dedans: on cherche à soulever nos nègres.
Observez que ces vaisseaux anglois , qui 'tffarouch oient si prodigieusement les députés , fais oient partie de l'escadre que l'Angle-
terre entretient toujours en station prés cfe ses îles.
Observez encore que ce projet de soulèvement de nègres n'étoit qu'imaginaire , comme l'événement Fa démontré. M. M — glisse adroitement ici sur la fable des deux émissaires et des dix mille fusils des amis des noirs ; fable imaginée par les députés, pour calomnier cette société , pour couvrir de ce prétexte l'asservissement médité des hommes de couleur, pour effrayer l'assemblée nationale , et s'emparer, à la faveur de la terreur , de la législation des colonies.
Il résulte de là, qu'il n'existoit à cette époque ni alarmes , ni causes raisonnables d'alarmes ; et la suite de la lettre va prouver que ce sont les députés eux-mêmes qui , sous prétexte de prévenir un incendie ? en ont allumé un. Ils n'avoient qu'un but , c'étoit d'empêcher que les principes de liberté ne prévalussent dans les îles ? et que les hommes de couleur libres n'en profitassent , pour se relever de l'ignominie où ils les tenoient.
Nous voyons , continuent-ils , et jnesul'ons avec effroi l'un et Vautre de ces dangers ; mais principalement le dernier , nous le voyons : et nous sommes forcés de nous
(6) taire , on est ivre de liberté. MM. , une société d' enthousiastes , qui ont pris le titre d'amis des noirs , écrit ouvertement contre nous. C'est à tous , MM. ? à voir le parti qui convient dans une circonstance aussi critique. Veillons à notre sûreté , mais -veillons y avec prudence.
Voilà justement ce qu'on n'a pas fait , et c'est l'imprudence d'avoir donné une fausse alarme , et de l'avoir trop répandue , qui a amené les troubles.
(y est ici qu'on a besoin de toute sa tête 9 continuent les députés , ne réveillons pas l'ennemi qui dort. Il dormoit donc alors , cet ennemi, et s'il s'est réveillé, ce n'est qu'au bruit que votre fausse alerte a causé.
Nous avertirons de tout coté les Américains de voler à la défense de leur patrie. Sans doute la plupart vont s'embarquer.
Jugez , d'après ces mots , combien les inquiétudes ont dû s'augmenter , s'exagérer î combien de fausses idées,, de fausses terreurs, de faux soupçons , ils ont dû faire naître ! combien de victimes innocentes ont dû être sacrifiées à ces perfides avis !
Observez bien les personnes et les choses ; qiion arrête les gens suspects ; quon saisisse
les écrits où le mot -même de liberté est prononcé ; redoublez la garde sur vos habita-
lions , dans le villes , dans les bourgs
Cet appareil effrayant n'étoit-il pas seul propre à réveiller l'ennemi? — Par -tout attachons les gens de couleur libres Comment entendre cette phrase astucieuse ? étoitce les enchaîner, au physique; ou les attacher par les sentimens , en les traitant mieux? Le post-scriptumde la lettre l'explique.
Mais voici la perfidie la plus noire ; voici le mot fatal qui a causé tous les troubles.
Méfiez vous des gens de couleur gui vous arrivent d'Europe. . . Eh pourquoi s'enméfier? Etoit-il à présumer que s'ils eussent trouvé leur état amélioré , ils eussent cherché à exciter des troubles ? et si les blancs eussent mieux traité , [comme M. Gérard le conseilloit, les sang -mêlés propriétaires; ceux - là n'eussent-ils pas arrêté les désordres qu'auroient voulu faire naître ceux qui seroient arrivés ? N'allons clone pas chercher ailleurs l'origine des troubles de Saint-Domingue , que dans ces mots : mefiez-vous de ceux qui vont arriver de l'Europe. —
En effet , cette fatale lettre n'est pas plutôt arrivée à St.-Domingue , qu elle imprime , non*
(8) pas la méfiance, mais îe prétexte de îa méfiance , à ceux des blancs , qui j ne possédant rien, convoitoient les possessions des victimes qu'on leur désignoit. Ces blancs non propriétaires , qui sont en grand nombre , dévoient par intérêt, étendre le p étexte de la méfiance , non-seulement sur les citoyens de couleur qui dévoient arriver , mais sur ceux qui étoient dans les coloires , sur les propriétaires riches, dont la conduite n'avoit jamais pu donner lieu d'être soupçonnée. Il étoit de l'intérêt de ces petits blancs, de paroître, non- seulement les suspecter , mais même de ne voir en eux que des ennemis de l'état. Par ce moyen , ils acquéroient le droit de les poursuivre , de les piller, de les détruire même ; parce que c'étoit une force qu'on pouvoit opposer avec succès aux brigandages qu'ils se promettoient , et qu'ils ont essayé d'exercer. Cette explication est confirmée par les événemens qui ont suivi ; car , on n'a vu que des blancs sans aveu et sans possessions , comme économes , pacoîiileurs , cabaretiers, teneurs de jeux , exempts de marécliaussée , poursuivre les citoyens de couleur. Les blancs îionnêtes ne se sont point mêlés à ces ban-
dits ; et d'après l'avanture tragique du sénéchal t M. Ferrahd, pas un n'a osé prendre leur parti, de peur d'éprouver le même sort.
Il ne faut donc encore une fois attribuer les troubles de nos colonies qu'à ces mots imprudens ou perfides : Méfiez-vous de ceux qui vont arriver d'Europe. Envain , M. Gérard , le seul député nommé dans les colonies , le seul qui connoisse bien l'influence que les gens de couleur peuvent avoir sur la prospérité et la sûreté des colonies P a-t-il ajouté le correctif de ces terribles mots , dans le post-scriptum suivant , qui achèvera de prouver que cette fatale lettre a produit tous les troubles.
Il est possible y et même probable , que les bruits alarmans qui se sont répaitdus , eu qui font la matière de cette lettre , ne soient pas fondés ; et dans ce cas il s er oit fâcheux, qne cela fit une sensation trop forte dans les colonies. , qui, indépendamment des craintes quelle inspireroit > pourroit peut-être donner lieu à des dangers plus réels; c est a vous y MM. , à agir avec circonspection. — Mais nous pensons qu'une sécurité dangereuse ne doit pas non plus vous empêcher d avoir les yeux ouverts pour maintenir
( io) la paix et la subordination ( celle des esclaves ) dans votre sein : et il nous semble que le meilleur moyen à employer , pour assurer , dans tous les tems , le repos et l 'existence dans la colonie , c'est d' affectionner à votre cause la classe des gens de couleur. Ils ne demandent sûrement pas mieux que de confondre leurs intérêts avec les vôtres , et de s'employer avec zèle pour la sûreté comjnune. Il n'est donc question de votre part que d'être justes envers eux.... Nous regardons cette espèce comme le vrai boulevard de la sûreté de la colonie. Vous pouvez les assurer que vos députés qui sont aussi les leurs, s employer ont avec zèle auprès de V assemblée nationale , pour T amélioration de leur sort , et pour leur procurer la juste considération qui est due à tout citoyen qui se comporte honnêtement.
Ce post-scriptum écrit par un vrai député de Saint-Domingue ? propriétaire d'une liabation considérable , et vivant dans les colonies depuis plus de trente ans , ne doit point être suspect.. Il prouve, i°. que nonseulement il n'y avoit pas de troubles dans les colonies avant cette lettre, mais même que les alarmes dont elle fait part aux co-
Ions , n etoient pas probables ; 2°. que s'il y a eu des troubles , c'est qu'au lieu de bien traiter, comme il l'indique , les citoyens de couleur , on les a poursuivis , égorgés , etc. et que les citoyens de couleur ayant eu la connoissance de ce post-scriptum (1) , et voyant de quelle manière ils étoient traités , ont été forcés à se défendre.
Voilà donc la première cause des troubles bien connue ; et M. M— convaincu de mensonge , à l'égard des gens de couleur , va l'être de même à l'égard des esclaves. Car pendant tous ces troubles , ils n'ont pas fait un seul mouvement ; il n'y a pas eu une seule sédition parmi les esclaves , quoique tout ce qu'ils voyoient , tout ce qu'ils entendoient , dût les y porter naturellement. Témoins de la frénésie de leurs maîtres pour la
( i ) Veut-on savoir l'origine de cette lettre ? La voicî. Aussi-tôt que la révolution fut déclarée 3 M. la Luzerne écrivit aux gouverneurs des îles de traiter les gens de couleur comme les blancs. Les blancs , qui avoient des espions dans les bureaux, pour traverser ces ordres, expédièrent cette lettre du 12 août , et d'autres plus incendiaires , jurèrent une haine éternelle à M. la Luzerne. Et voilà l'origine de sa dénonciation avortée.
liberté \ de leur indignation contre le despotisme , de leurs excès contre tout ce quiappartenoit au ministère, n'étoit-il pas naturel de craindre que les noirs , par un retour sur euxmêmes sur leur cruelle situation , voudroient aussi revendiquer leur liberté ? Cependant ils ne l'ont pas même tenté; ils sont restés partout , clans leur soumission ordinaire. M. Moreau est donc ici doublement calomniateur, et lorsqu'il suppose des insurrections des noirs , et lorsqu'il les attribue aux écrits des amis des noirs.
Eh ! quand il y auroit eu des insurrections 9 auroit-on besoin de recourir à l'existence de celte société, pour en expliquer la cause? Depuis deux siècles les noirs ont tenté , dans divers lieux , des soulèvemens ; et pourtant il n'y avoit point encore de sociétés d'amis des noirs; et si des écrits contre l'esclavage, pouvoient porter les esclaves à la révolte 7 l'ouvrage de l'abbé Raynal , qui étoi dans les mains de tous les îiabitans des îles , étoit sans contredit le plus propre à ]es y porter. Je continue de suivre M. M< — dans ses fausses allégations.
ïî dit, page 8 : A l'instant oit la révolution commença, il se trouvoilà Paris plusieurs
hommes de couleur dont on se flatta de tirer un grand parti. M. de Jolyfut chargé de les réunir.
Il sembler oit à entendre M. M—, que ces hommes de couleurs étoient à Paris , par hasard, et qu'ils nauroient pas imaginé de réclamer , si la société des amis des noirs ne leur en eût suggéré l'idée , pour servir des vues qu'on lui prête.
Eli ! bien , rien n'est plus faux. J'avois été , dès l'année 1784 , chargé par mes compatriotes de réclamer auprès du ministère les droits des citoyens de couleur , et M. M— ne peut l'ignorer. Qu'il se rappelle son infâme réponse au vertueux évèque de Blois. N'y convient-il pas d'avoir lu les mémoires qu'un nommé Raymond, dit- il, avoitfait faire et donnés au maréchal Castries en 1786?
Ce nommé Raymond , c'est moi ; j'ai dédaigné cle répondre à cette lâche attaque d'un hypocrite , qui n'a emprunté pendant quinze jours le masque de la démocratie à Pans , que pour satisfaire sa vanité , et servir ses vues aristocratiques; mais aujourd'hui il importe cle le démasquer , et je le ferai.
Il est donc prouvé par cet aveu de M. M , que ce n'est point le hasard, que ce n'est
( i4) point une impulsion étrangère qui m'a dirigé, moi et mes collègues , dans nos réclamations en 1789 , puisqu'elles existoient en i785. * Lorsque nous parûmes à l'assemblée nationale , nous étions tellement étrangers à la société des amis des noirs , que nous ignorions son existence ; et ce n'est que vers la fin de 1789 î que ses membres respectables nous ont prêté leurs secours.
Il importe d'insister sur ces faits , puisque M. M— les a rapprochés insidieusement , et 'toujours pour supposer à la société des amis des noirs, des vues astucieuses quelle n'a jamais eues.
Je ne m'arrêterai point à la satyre que M. M— fait de la députation des citoyens de couleur de St-Domingue , de ses titres , de son petit nombre. Il lui sied bien de nous reprocher les défauts de nos titres , lorsque ceux que j'ai présentés sont infiniment plus légaux , plus authentiques que ceux des députés blancs , qui n'ont été élus que dans des conciliabules trés-peu nombreux à Paris! Il lui sied bien de nous reprocher noire petit nombre , lorsque depuis la révolution les précautions les plus cruelles ont été prises , soit pour empêcher les gens de couleur de s'assembler aux
( i5) lies j soit pour intercepter leur correspondance ! Cependant , malgré tous leurs efforts , nous avons obtenu des lettres et des pouvoirs de nos frères. Ces pouvoirs , à la vérité , ne sont pas notariés , parce qu'on pendoit les hommes de loi qui se mèloient de nos affaires. Ce défaut ne rappelle donc qu'un crime de plus, dont les blancs se sont rendus coupables. Mais pour n'en être pas notariés , nos titres n'en sont pas moins vrais ( 1 ).
Les tires , ainsi fabriqués ( dit M. M — ) par les gens de couleur ? furent remis au comité de vérification des pouvoirs à l'assemblée nationale , qui ne les adopta pas.
Ici je donne à M. M — le démenti le plus formel.
Après onze séances de ce comité , toujours entravé par les colons , le comité décida que nous devions avoir deux députés à l'assemblée ; le rapport que devoit faire
( i ) M. M—- parle encore avec dédain des 6,000,000 que nous avons offerts , et que nous n'avons pas payés. Mais à qui doit-on attribuer le non paiement? Aux intrigues des colons blancs, qui ont empêché que l'assemblée nationale ne s'occupât du recouvrement. Qu'elle nomme des commissaires à cet effet , et elle ne tardera pas à être convaincue da patriotisme des mulâtres.
Kl Greîet de Beauregard, qui en étoit chargé,, peut attester ce fait ; et d'ailleurs M. l'abbé Grégoire , membre du même comité , l'a dit à l'assemblée nationale, et imprimé deux fois.
Comment M. M— ôse^t-ii rappeler ici la brochure ordurière qu'il fit sous le voile de l'anonyme, contre ce respectable prélat. Il n'y démontre rien , que son impuissance à répondre aux argumens de M. Grégoire \ et sa fécondité en injures.
Il croit m'en accabler aussi, en m'appelant mulâtre.
Si je l'étais , je n'en rougirois pas; mais je suis fils et petit-fils en légitimité de pères européens et propriétaires de St.-Domingue. M. M— peut-il en dire autant , et remonter jusqu'à ses âyeux , sans se couvrir de l'ignominie que mérite un homme', qui méprise Jet trahit" la classe dont il sort?
Vient ensuite le récit infidèle des événemens relatifs à l'abolition de la traite. Je ne io discuterai pas , je ne m'attache qu'à ce qui concerne les gens de couleur, dans la diatribe que je réfute.
Page 1 1 : Tout le monde sait, dit M. M—y que le rapport des Colonies eut lieu le 8 mars de l'année dernière, . ^ . Tout le monde sait
encore
encore quels applaudis semens , quelles bénédictions universelles ont accompagné et suivi il ans les deux mondes le décret^ etc.
Pour moi je dis , avec plus de vérité , et avec tous les papiers publics à la main , que depuis ce fatal décret , et les instructions , on n'a cessé de verser le sang dans les Colonies. Je renvoie , au surplus , pour la preuve de ces faits , à la lettre de M. Brissot à M. Barnave , et à la nouvelle adresse composée par M. Clavière. Il y est démontré que le décret du 8 mars est une des causes les plus puissantes des troubles de nos Colonies. Essayez, essayez de répondre à leurs raisonnemens , et aux faits.
Cette loi bienfaisante , continue M. M ,
fut suivie d'instructions décrétées le 28 du même mois. Lorsqu'elles furent lues, M. l'abbé Grégoire demanda qu'elles appelassent expressément les hommes de couleur aux assemblées primaires ; l'assemblée s'y refusa.
Quoi ! toujours et par-tout M. M— menteur, ou astucieux et équivoque quand il ne peut démentir des faits trop connus ! L'assemblèe s'y refusa ! Ne croiroit-on pas , à ces mots , que l'assemblée entendit que les hommes de couleur dévoient être exclus des
assemblées primaires ? C'est cependant le contraire ; car , de tous côtés on répondit ( et- M. Barnave lui-même ) à M. l'abbé Grégoire que les hommes de couleur étoient compris dans l'article IV , sous la dénomination de toutes personnes \ et pour se convaincre de cette vérité , il ne faut que lire le Point du Jour , composé par M. Barrère de Vieusac , député ; le Journal de Paris , par M. Garât , aussi député , et autres Journaux. En finissant son récit, M. M— m'inculpe encore.1' •
M* '.Raymond, homme de couleur de Saint- Domingue. . .. , a aussi prêté son nom à un nouvel imprimé , sous le titre d'observation sur l'origine et les progrès du préjugé des colons blancs contre les hommes de couleur ; et cette diatribe porte une lettre approbative de M. Brisspt. Je ne prête ni n'emprunte jamais rien ; j'ai écrit, dans la simplicité d'un homme sans prétentions ■■, des observations justes; je les ai fait imprimer après les avoir communiquées à M. Brissot. Voilà la vérité. Ge pamphlet, d'ailleurs, n'est point une diatribe dans le sens où on entend ce mot ; c'est un mémoire fait sans fiel et sans invectives, et dicté par la raison et la vérité.
Ce n est pas là le caractère des considérations de M. M — . On y retrouve la vérité violée à chaque ligne. Lisez par exemple 1© récit qu'il fait du massacre du malheureux Ferrand de Baudière, vous y trouverez , et réticences , et insinuations perfides. Voici le fait.
Le i5 novembre 1789 on forme une assemblée paroissiale , au petit Goave , pour nommer des électeurs qui doivent nommer ensuite les éligibles pour les assemblées provins ciales: je prie de ne pas oublier la lettre du 21 août. Les personnes de couleur y sont appelées | elles y réclament leurs droits par une pétition rédigée par M. . Ferrand, Quelqu'un de la troupe des blancs , qui connoissoit la lettre du 12 août, se laissant entraîner à la méfiance qu'elle recommandoit contre les gens de couleur , dit qu'il y a un complot de formé', que les hommes de couleur venaient se révolter. ( Remarquez qu'ils èùoiejiù sans armes. ) On se saisit des cinq qui étoienfc députés pour présenter la pétition. Ils sont questionnés , ils disent que c'est M. Ferrand qui. a rédigé leur adresse ; que c'est un blanc , que par conséquent on ne peut le soupçonner de s'être prêté au complot prétendu,.
Alors , des blancs sans aveu , sans possessions , et M. M — doit connoitre l'atrocité de cette espèce d'hommes , tranchent la tète du sénéchal , M. Ferrand ; elle est promenée sur une pique. Après cette action abominable, ces bandits se dispersent dans les paroisses voisines , à Aquin et Jacmel , et répandent par-tout l'alarme,' en montrant des extraits de cette fatale lettre, qui disoit de se méfier des hommes de couleur qui Dont arriver d'Europe. Ils disent qu'un grand nombre est arrivé ; qu'ils sont cachés dans les bois : enfin , on arme tous les blancs contre les hommes de couleur. Les habitans , honnêtes propriétaires , ont beau objecter que ce complot est absurde , sans fondement ; ils sont eux-mêmes menacés , et sont forcés , par cette classe de vagabonds , ( si considérable dans les colonies ) de se retirer ; mais au moins , ils ne se joignent pas à ces brigands pour chasser les hommes de couleur et les poursuivre comme des bètes féroces. Vingt-cinq de ces hommes du quartier d' Aquin parcourent trois habitations des plus riches parmi les hommes de couleur , pendant la nuit. Deux des propriétaires , mon frère et M. Boiroud , se trouvent absens de leurs habitations ; parce qu'ils
avoient été élus pour aller au comité des- Cayes , où ils avoient été invités par les blancs même , à venir prendre connoissance des intérêts communs ; leur maison est pillée par ces brigands , leurs épouses insultées , tous leurs papiers enlevés : on croyoit y trouver des preuves du prétendu complot.
Parmi ces papiers , ces bandits trouvent une lettre de M. de Jarnac , écrite de sa terre de Jarnac , à mon frère , au mois de juin 1789 ; il lui mande , que je lui ai communiqué , à Angoulême , mes mémoires ; qu'il va les faire appuyer par sa famille , qu'il les appuyera lui-même. En voilà assez pour faire dire à ces antropophages que M. de Jarnac est un pliilantrope , un ami des noirs , ( et rien n'est moins vrai ). Ils prouvent encore une lettre de M. de la-tuzerne f à mon frère, pour lui demander quelques éclaircissemens sur les mémoires que j'avois remis à M. de Castries , et que celui-ci avoit envoyés à M. delà Luzerne , général alors à Saint-Domingue , pour avoir son avis ; ils trouvent ma correspondance avec mon frère , par laquelle je rends compte de toutes mes démarches auprès du ministre. Toutes ces lettres parurent des crimes aux yeux de ces scélérats , qui
envoyèrent pour arrêter mon frère aux Cayes et le faire périr ; mais il fut protégé par le^ comité des Cayes , qui a voit apprécié le post-scriptum de la lettre , fait par M. Gérard , député de cette partie de la colonie.
Il n'en fut pas de même de M. Labadie , homme de soixante-dix ans /propriétaire de plus cent cinquante esclaves ; il fut assailli chez lui, à minuit , lorsqu'il reposoit ; on enfonce les portes dé la maison à coups de hache, on lui tire vingt-cinq coups de feux, presque à bout portant ; trois l'atteignent ; un autre tue un jeune nègre , son domestique. On le saisit , on le maltraite , on le conduit au bourg -, à trois lieues de son habitation; là, on teut lui couper la tète ; les habitans propriétaires ne peuvent que gémir de ces désordres. Cependant une vingtaine de personnes de couleur ont le courage d'aller réclamer M. Labadie 3 et ils l'obtiennent : il est rélâché. Voiiàles scènes d'horreurs que M. M—, -ou détaille avec une légèreté révoltante, ou déguise avec une infidélité coupable.
il est évident , i°. que les hommes de couleur ne méritoient en aucune manière les persécutions atroces dont ils furent les victimes 5 2°. que ces persécutions furent dues
aux défiances excessives occasionnées par la fameuse lettre du 12 août, qui fut bientôt répandue dans toute l'île. Il est évident , par conséquent , que les auteurs de cette lettre doivent seuls se reprocher le massacre du malheureux Ferrand. — Et cependant M. M — , résistant à l'évidence des faits et des preuves , a l'infamie de rejeter cette catastrophe sur les projets chimériques des amis des noirs , et sur leurs écrits , qui ne sont jamais parvenus aux iles !
M. M — a une logique tout-à-fait commode pour les tyrans. Lorsque , suivant lui, des hommes opprimés tentent de secouer l'oppression , ou de faire adoucir leur sort , lorsque les tyrans furieux se livrent à toutes sortes de crimes , pour empêcher cet acte d'humanité ; les coupables ne sont pas ces tyrans , mais ceux qui réclament pour les opprimés. — Ainsi , des hommes de bien sollicitent , pour les hommes 'de couleur, la restitution de leurs droits , les blancs répondent par des massacres ; et M. M — soutient que ces blancs sont très - purs , et que les assassins sont les hommes de bien.
Au mois d'avril 1789, quelques noirs sa révoltent à Saint-Domingue, leur chef est pendu... . B 4
( 'H ) • Encore une victime , s'écrie M. M-— , du système clés aïnis des noirs. — Observez que ces amis très -peu nombreux, ignorés alors même à Paris , n'avoient pas encore écrit une ligne > ce qui prouve la bonne foi de M. M—. Mais comment avec une pareille logique, M. M— ne fait-il pas l'apologie de tous les tyrans , de toutes les bastilles?... Car ne pourroit-ilpas dire aussi que , si l'on a été obligé d'inventer les cachots , les fers , les oubliettes et l'art d'écarteler , c'est à cause de cette diabolique philosophie , qui vouloit prouver que des millions d'hommes ne dévoient pas être assujettis à quelques individus ; qu'ainsi c'étoient les philosophes qui étoient coupables de tous les embastillemens, massacres et emprisonnemens secrets, etc.
C'est avec cette logique puissante , que M. M — veut excuser le serment inconstitutionnel que les blancs exigent des hommes de couleur... Les philantropes , dit-il, prétendoient que les hommes de couleur étoient nos égaux ; donc il falloit exiger d'eux un serment qui prou ât le contraire. C'étoit une atrocité , mais les philantropes seuls en étoient coupables. ....
Il n'y a d égal à cette extravagance de
(*5) M. M , que la perfidie avec laquelle il entremêle éternellemeut la cause des hommes de couleur et celle des esclaves. Il croit ainsi tromper rassemblée nationale ; nuiis les membres sont aujourd'hui trop éclairés , pour tomber dans ce piège, et pour ne pas mépriser celui qui le leur tend , celui que nous avons si souvent convaincu de mensonge , et d'envenimer tout ce qu'il touche , et les faits les plus simples ; enfin , celui que nous avons convaincu de l'abominable dessein de rejeter, sur une société respectable, des atrocités qui sont le fruit des correspondances des députés blancs.
En voici encore un exemple : M- M — fait le récit de la catastrophe affreuse qui a été le signal des troubles de la Martinique. Il paroît , dit-il , que le jour de la fête dieu , les hommes de couleur avoient montré le vif désir de participer à cet honneur , celui de porter les armes à la procession. — Que penser de cette manière de présenter ce fait , lorsqu'on saura que c'est moins les hommes de couleur qui demandent cet honneur , qui a toujours été une corvée pour eux , que les officiers de leurs compagnies qui sont des blancs? Eux seuls ont pu ma-
infester ce désir; car on sait que ce n'est pas le soldat qui commande à l'officier ; et si celui-ci n'y avoit pas mené les compagnies des hommes de couleur, ces derniers n'y eussent pas été j et n'eussent pas été égorgés.
Une espèce de rixe eut lieu entre un blanc et un mulâtre qui ètoitde garde. — » M, M— ou blie une circonstance qui justifie le mulâtre. II ne dit pas que ce mulâtre étoit en sentinelle au fort y que ce blanc voulut le forcer ; ïa sentinelle ayant crié , le blanc s'enfuit et alla répandre dans la ville de Saint- Pierre , que les mulâtres avoient conspiré contre les blancs , qu'il falloit les massacrer; aussi -tôt on tombe sur eux, on les massacre quoiqu'ils soient sans armes. Et qui commeitoit ces atrocités? Des blancs sans aveu , des vagabonds 4 des gens tels que les i5o que M. de Damas a fait embarquer pour France , la plupart Anglais , Génois ? enfin la lie de toute les nations.
ce Ah I s'écrie M. M— , sans les incitations des amis des noirs , les hommes féroces qui avoient ainsi soulevé le pays contre les gens de couleur de la Martinique , atiroient-ils jamais pu réussir à les montrer comme des rebelles »*
Dites plutôt, lwmme de mauvaise foi, dites : „ Ah ! sans cette lettre du 12 août , quiprechoit la méfiance contre les gens couleur, ces scélérats en auroient-ds conçu ? Auroientils réussi à les montrer comme des rebelles , si les députés de Paris n'avoient pas représenté les mulâtres comme tels ? »
Ainsi vous seuls, députés , êtes encore les auteurs de la guerre qui dévaste la Marti-
nique.
Riais c'est sur -tout dans le récit de tout ce qui concerne le malheureux Ogé , que perce la mauvaise foi de M. M—
Il débute par vouloir flétrir-cet homme de couleur, en disant qu'il avoitété condamné au carcan à Saint-Domingue , pour des voies de fait commises contre un blanc.
J'ignore ce fait ; mais quand cette condamnation seroit vraie, elle ne pourroit être un fondement de flétrissure. On sait que les juges blancs , et parties des colonies, condamnoient les hommes de couleur avec la plus grande légèreté , même lorsqu'ils nefaisoient que repousser des vexations révoltantes. •
M M— s'attache ensuite à insinuer , plutôt qu'à prouver, que M. Ogé est parti de France avec un projet tout formé pour faire révolter
plâtres de Saint-Domingue, et que ce planétoit concerté entre MM. Joly,Brissot de Warville et lui.
Quelles sont ses preuves ? Les voici: y>Ogè étoit i à Paris , un des commissaires des mulâtres qui s'assembloient chez M. Joly Ogé a été présenté au roi ; Ogé solîicitoit, au co- *»m de vérification , le rapport des titres des mulâtres ; Ogé solhcitoit pour que les mulâtres fussent dénommés dans les décrets des S et 28 mars ; Ogé étoit en relation avec M. Bnssot. Il est débarqué à Charleston, portdela nouvelle Angleterre, où M. Brissot « séjourné ; delà il s'est rendu à Saint-Domin- ■gne, où il a levé l'étendard de la révolte, ce Et voilà les preuves sur lesquelles M. M— appuie le plan de révolte , et prête une complicité a deux écrivains respectables. Quoi " parce que deux bons citoyens , indignés de 1 oppression sous laquelle gémissoient leurs frères dans l'autre hémisphère , n'ont cessé d écrire en leur faveur ; il s'ensuit qu'ih mt nécessairement pris part à l'insurrection d Oge ! Parce que M. l'abbé Grégoire les a défendus avec chaleur, et dans ses écrits et à la tribune; il s'ensuit qu'il a, comme le lui dit grossièrement un jour M. Renaud,
(*9) donné une pancarte de général à Ogé ! Une pareille logique ne seroit-elle pas atroce , si elle n'étoit pas ridicule? Les hommes pervers qui l'emploient , mentent à la vérité, mentent à leur propre conscience , quand ils l'emploient. Ils savent bien que les écrivains respectables qu'ils attaquent , sont incapables de conseiller l'insurrection, lorsqu'il existe un gouvernement libre , lorsqu'ils sont sûrs que la bonne cause réussira, un jour ou l'autre, près de l'assemblée nationale — Ils n'ont pas , sans doute, besoin de mon témoignage , je le leur dois cependant ; je dois dire que , lorsque l'ardent Ogé déposoit dans leur sein les ressentimens de son aine ulcérée , ils ne cessoient , comme moi , de l'exhorter à des sentimens modérés. Ils lui dis oient que le temps viendroit où les artifices des blancs seroient démasqués , où l'assemblée nationale reconnoîti oit la nécessité de rendre justice entière aux mulâtres ; qu'il suffisoit de persévérer avec patience , de ne cesser de lui adresser des pétitions , d'obtenir le plus de signatures possibles; que tel devoit être 1© but de son voyage.
Tels sont les conseils que MM. Grégoire, Joly et Brissot n'ont cessé de donner à Ogéj
(So )
et J pour prix de ces conseils , et de services qui restent cachés , et qui attestent leur humanité , .leur générosité, M. M— vient les calomnier avec impudence , et leur prêter le dessein de bouleverser les colonies !... Et sur quels fondemens ? II accuse M. Joly , parce que les mulâtres s'assembloient chea lui.-^- Comme si un avocat étoit coupable , d'assembler-chez lui ses ciiens.— Il accuse M* Brissot , parce qu'Ogé est débarqué à Charlestown", -dans la Nouvelle Angleterre j où, dit il , M. Brissot a séjourné. — Y a-t-ilrien de plus ridicule ! Et ce ridicule ne douhle-t-il pas, lorsqu'on apprend que M. Brissot n'a jamais ni été ni séjourné à Ghariestown , que M.. M—- place avec tant d'ignorance dans la Nouvelle- Angleterre (1)? Ainsi, non-seuiement M. M— altère les faits , envenime les événemens les plus naturels , pour les faire -quadr.er à. ses abominables desseins , mais il en suppose encore* ..... Voici un autre échantillon de ses perfidies.
( ï) Charles.tovvn est la capitale de la Caroline méridionale , qui ne fait point partie de la Nouvelle-Angleterre. On ne comprenoir, sous cette dénomination, que les états du New-Harnpshire , de Massasuchett, du Connecticut et ée fthode-Isiland,
(Si )
ïl fait entrevoir que tandis qu Ogé étoit en insurrection à Saint-Domingue , MM. Grégoire et Pétion faisoient , pour le seconder r imprimer à l'imprimerie de M. Brissot (1), l'un , sa lettre aux philanthropes , l'autre , le discours qu'il avoit préparé, dit-il, pour la tribune le 12. octobre
Homme pervers î serpent astucieux , qui ne voit pas , ou ne veut pas voir^ qu'il étoit naturel à M. Pétion de se préparer , pour défendre à la tribune les gens de couleur, si , suivant l'usage de M. Barnave, la discussion n'eue pas été fermée avant d'être ouverte ! qui ne veut pas voir qu'il étoit naturel. à M. l'abbé Grégoire , qui portoit les pauvres mulâtres dans son sein , de les défendre ou d'épancher sa douleur , puisqu'on lui avoit fermé la bouche à l'assemblée nationale , au moins devant le public ! qui ne veut pas voir qu'il étoit naturel à ces deux députés respectables d'éclairer l'assemblée nationale et le public , qu'on ne cessoit d'égarer î enfin qui aime mieux leur prêter des desseins sinistres î
(1) Ce. traie esc une psifïdie et un mensonge tout à-la-fois. Car- M. BrUsot n'est pont propriétaire de i'imprimtric du Patriote François,
Ainsi donc , M. M — , cherchant à rejeter la cause des troubles qui ont agité les colonies sur les meilleurs et les plus vertueux patriotes • en cache les vraies causes. A-t-il parlé de cette fatale lettre du 12 août , de celle pour laquelle M. Gouy d'Arcy a été dénoncé deux Pois à l'assemblée nationale , et sur laquelle on revient encore? A-t-il parlé de cette correspondance des députés des colons , qu'on a trouvé écrite de la main de leur secrétaire -, dans les poches d'Ogé?
N'est-il pas présum ble que cette correspondance qu'Qgé avoit su se procurer , où il avoit découvert tout ce qu'on tramoit contre les hommes de couleur libres et propriétaires , tout ce qu'on tramoit contre sa liberté et contre sa sûreté personnelle ( 1 ) ; n'est-il pas présumable , dis-je , que cette découverte la porté à prendre le parti de repousser ? par la forée, les attaques qu'on lui préparoit? Pourquoi ne pas attribuer encore son projet d'insurrection au désir de venger la mort de son frère , que l'on avoit fait assassiner par un de ses esclaves, en promettant à celui-ci sa liberté ?
( 1 ) On y die , dans dix endroits , qu'il faut se défier d'Ogé , arrêter et enchaîner Ogé.
Pourquoi
Pourquoi M. M— passe-t-ii sous silence plusieurs faits qui expliquent naturellement l'insurrection dûs mulâtres ? Pourquoi ne dit-il pas qu'avant l'arrivée d'Ogé à Saint- Domingue , on avoit commis tant de massacres des personnes de couleur , que rassemblée coloniale fut si effrayée du parti désespéré qu'ils paroissoient vouloir prendre , que , pour les appaiser , elle fit un décret qui les mettoit sous sa protection immédiate ? Pourquoi passer sous silence le bruit qui se répandit à Saint-Domingue , qu on vouloit égorger tous les hommes de couleur longtemps avant l'affreuse scène de Saint-Pierre?
Je demande à tout homme pensant , si toutes ces causes n'étoient pas suffisantes pour faire prendre à Ogé un parti violent y sans en aller accuser des hommes qui n'ont cessé , au contraire , de l'exhorter à la modération , en défendant avec zèle et générosité la cause de l'humanité ?
M. M — ■ accuse M. Ogé de plusieurs crimes* Sont-ils prouvés , ces crimes ? On n'a que trop appris à se défier de toutes les nouvelles des colonies , qui n'arrivent que par les députés , ou par le comité colonial , ou par les négccians : on ne sait que trop que tous étant
( 34 ) âe concert, ne disent que ce qui leur coktient , taisent tout ce qui pourroit nuire à leur système. — On ne saura jamais la vérité que lorsque les mulâtres des îles pourront correspondre librement avec ceux de France, avec leurs défenseurs } et envoyer leurs griefs à rassemblée nationale. Jusque-là on peut nier tout ce qu'avance M. M—.
Mais pourquoi n'apprend-on rien , et n'entend-on rien de la bouche de M. Peynier i qui est cl© retour depuis plusieurs mois des' colonies ? Ce gouverneur eût éclairé officiellement l'assemblée nationale et le public par toutes les vérités qu'on cache , comme la lumière sous le boisseau.
Pourquoi cache-t-on avec tant de soin les relations et procès - verbaux envoyés par M. Damas , qui prouvent que cette colonie n'a été conservée que par le civisme et le dévouement clés hommes de couleur ? pourquoi ce mystère ? C'est que les colons blancs , â qui tout est adressé , ensevelissent tout ce qui peut éclairer l'assemblée nationale et le pubho sur la cause juste des hommes de couleur.
Ah ! si MM. Peynier et Damas avoient eu à rendre das témoignages désavantageux de
(35) la classe des hommes de couleur libres , auroient-ils été condamnés à ce silence criminel ? Non , sans doute : on eût fait un grand éclat , on les eût invités à se rendre à la barre de l'assemblée nationale avec une liste de tous nos crimes bien certifiés , on se fût écrié : Voyez les forfaits dont sont capables ceux que votre humanité et votre justice protègent. Au lieu de ce fracas , on ne voit qu'un silence morne. Èh bien ! ce silence forcé annonce les vertus, le civisme > le patriotisme des hommes de couleur.
De quelles perfidies et de quelles lâchetés les colons blancs ne se rendent-ils pas coupables envers nous ! Ils veulent obtenir un jugement de rassemblée nationale contre nous ; ils nous accusent sans preuves ; ils nous calomnient ; et , non-seulement ils trament mille manœuvres pour nous empêcher d'être entendus de nos juges (i) , mais encore ils font taire et cachent les témoins qui seuls peuvent véritablement éclairer nos juges. .
( i ) L'adresse que nous avions présentée à l'assemblée pour être entendus à la barre , et a été , sur une motion de M. Dillon , renvoyée au comité colonial , composé dedowzc membres, don: cinq sont colons.
Mais reprenons la suite des accusations d# M. M — contre Ogé. Il l'accuse dune petite insurrection à la petite rivière , il la fait éclore pendant que M. Ogé étoit à Saint-Domingue , et elle étoit arrivée deux mois avant son débarquement; je n'en détaillerai pas les causes , qui prouveroient que les hommes de couleur ont encore eu raison. Voyezen les détails dans la note de la page 59 , de la lettre de M. Brissot à M. Barnave.
Si quelque chose a pu fortifier M. Ogé dans son insurrection, c'est qu'il croyoit être fondé sur les décrets de l'assemblée nationale , et il a été démontré par MM. Grégoire , Brissot 7 et Clavière , qu'il l'étoit.
M. M— s'extasie avec une naïveté hypocrite, sur une pareille croyance.
Comment Ogé , dit-il ( page 27 ) Ogé qui étoit à Paris lors des instructions du 28 mars^ a-t-il pu se persuader que ces instructions ètoient un décret sollicité et obtenu p ai lui, en faveur des sang mêlés ?
Je réponds qu'Ogé n'étoit pas assez imbécille pour penser que tout le décret des instructions du 28 mars, aveit été sollicité et obtenu par lui y en faveur des sang-mèiés ; car 5 tout le décret et les instructions ne regar-
doient pas les seuls hommes de couleur.. Mais Ogé a pensé que l'article IV s'expliquoit en faveur des personnes de couleur ; et c'est parce qu il étoit à Paris , lors de l'adoption de ce décret, parce qu'il avoit été témoin des débats , qu'il a cru fermement que l'article IV admet lo it les mulâtres à tous les droits de citoyen actif. Il l'a cru ; i°. parce qu'il ne faut que savoir lire , pour voir que l'article 4 des instructions nexcluoit , pas textuellement les hommes de couleur du droit de citoyen , et que par une conséquence nécessaire ils dévoient être compris sous la dénomination de toute personne
2.°. Parce qu étant chez M, Barnave avçc H£. de Joly et les autres députés des hommes de couleur , il entendit demander à M. Barnave , qu'il ajoutât le mot libre , k toutes personnes ; M. Barnave répondit à M. de Joly , que l'assemblée ne pouvant reconnoître une classe d'esclaves , on ne pouvoit se servir du mot libre qui en suppo*soit. Alors M. de Joly lui proposa de parler de la couleur. — Même réponse de M. Barnave.— L'assemblée , dit-il , ne peut reconnoitre deux classes, et faire une différence entre les citoyens. Ce seroit en faire une en*
les désignant par leur couleur. Le mot tout© personne embrasse tous les hommes qui peuvent remplir les conditions exigée par l'article.
3°. Parce que lorsque M. l'évëque de Blois demanda d'expliquer d'une manière précise , que les hommes de couleur étoient compris dans l'article, MM. DillonetBarnave, et une foule de membres lui dirent qu'ils y étoient compris ? sous le mot toute personne; alors j M. l'évëque annonça qu'il retiroit sa motion , d'après cette explication universelle.
4°. Parce que la motion de M. Cocherel, qui tendoit à exclure les hommes de couleur ,
fut rejetée par la question préalable.
Finalement , Ogé devoit croire que les personnes dé couleur /remplissant les qualités exigées par Fa^ticle 4 , dévoient y être comprises>parce que les journaux, comme le Point du Jour et le journal de Paris , faits par deux députés j rendoient compte de la discussion, de manière à ne laisser aucun doute , que les hommes de couleur libre étoient compris sous la dénomination de toute personne.
Mais pourquoi \ dit M.. M— j Ogé ayant;
cette opinion, arrive-t-il furtivement à S.- Domingue.— Parce que la lettre des députes des colons blancs , du 12 août 1789 , avait dit : méfiez - vous de ceux des gens de couleur 'qui vont arriver d'Europe ; parce qu'Ogé savoit, et qu'un curé de Saint-Domingue, nommé le Clerc , lui avoitdit dans une dispute vive , au Palais-Royal, qu'on le pendroit , lui Ogé , s'il passoit à Saint- Domingue, Parce qu'enfin , l'acharnement qu'avoient mis ici les colons députés, pour lui faire fermer les ports de France , lui montroit assez le mauvais parti qu'on lui préparoit s'il franchissoit toutes les entraves qu'on mettoit à son embarquement.
Pourquoi, dit M. M—, les vols et les assassinatsy précédèrent- 1- ils toutes réclamations ?
Ces vols et ces assassinats n'existent que dans l'écrit de M. M—, et tout ce qu'on a vu d'Ogé dans le Moniteur , seul papier qui en ait parlé , indique de sa part, la conduite la plus franche et la plus légale ; et je prie d'observer qne ce sont des colons blancs euxmêmes , qui ont fourni les détails sur M. Ogé au rédacteur du Moniteur. Ainsi , tout ce que dit M. M— dans sa diatribe sur Ogé , est
C4o ) faux. Tous ces mensonges, toutes ces fausses terreurs de prétendus massacres , tous ces toux souièvemens d'esclaves , ne sont que des épouvantes , dont quelques colons veulent se servir pour nuire aux droits des citoyens de couleur; et ces fables se distribuent ordinairement avant les rapports qui doivent être faits sur les colonies (i).
Je ne me permettrai pas d'autres réflexions sur les délits qu'on reproche à Ogé. Jusqu'à ce qu'on ait , non-seulement les pièceî de son procès , mais même jusqu'à ce que des hommes impartiaux aient recueilli la vérité sur les lieux, et de la bouche de témoins de toute couleur, on doit suspendre son jugement. &t infortuné n'est plus , et l'on me pardonnera de donner ici une îarme à sa cendre ; à moi qui, Connoissant la droiture de ses intentions , qui ne pouvant voir en lui qu'un frère , qui s'est immolé pour ses frères, ai cherché souvent à tempérer son excessive ardeur. Mais je nej puis mieux faire que
( i ) On se rappelle la relation de la Martinique , qui eouroir les rues avant le décret du 8 mars ,789. On y disent que tou$ ]es bfcncs étoient égorgés , et ' que lesnègres s'étoient emparés de toutes les femmes blanche»,
•«remprunter les paroles de M. Brissot , et de copier ce qu'il a déjà imprimé sur la mort d Ogé , et sur les conséquences fatales qui en résultent.
»Ogé n'est plus, dit- il, (1) il a expiré sur la roue avec ses compagnons infortunés ; il a expié , non des forfaits , mais le malheur d'avoir succombé dans la réclamation des droits de l'homme, de ces droits que les décrets leitr restituoient , et que l'injuste despotisme des
blancs leur refusoit Providence , quels
sont donc tes desseins î Tu couronnes en France les ennemis de la tyrannie ; ce sont les tètes des tyrans qu'on y promène sur les piques ; et à Saint-Domingue , ce sont les tèt$s des défenseurs de la liberté qui roulent sur les échaffauds ; et c'est par les ordres d'un tribunal , qui ne tient ses pouvoirs que de la France libre , que de la France', impitoyable ennemie de toute espèce de tyrannie !
30 Quelle différence des vengeances des tyrans à celle de leurs vainqueurs ! Un peuple écrasé depuis douze siècles sous le despotisme le plus sanguinaire , se contente du sang de quatre victimes ; de victimes qu'il égorge
( î ) Voyez le Patriote François, i" mai ijyu
ce*»-)
dans sa fureur ,"et dont le sort le touche', lors*; que son juste ressentiment est appaisé ; et les juges parties , les juges tyrans , les juges bourreaux des colonies , immolent froidement vingt-cinq victimes à leur cupidité.....
h Ah î si la liberté vengeresse de tous les for faits , ne punissoit pas ceux-ci, de quelle malédictions ne faudroit-il pas couvrir ses hypocrites partisans ! Je le répète , si Ogé est coupable j s'il a justement été condamné ; que les juges du Cap viennent donc à Paris , instruire le procès de tous les François ; notre crime est îenième; que dis-je? notre crime est plus grand que celui d'Ogé. Si l'infamie , si fimpiété de la tyrannie se prescrivent par les années , notre servitude et oit bien plus légitime que celle des mulâtres. Des siècles nombreux nous avoient vu respecter et même adorer nos fers, lorsque les mulâtres ne comptaient que quelques années. Nous n'avions pour nous que le droit naturel ; qu'un droit éteint, oublié; mais, outre ce droit , les mulâtres avoient en leur faveur des décrets récemment rendus , et par une assemblée dont les blancs respectoient l'autorité. Si, pour se défendre, Ogé a été obligé de verser du sang, de brûler quelques maisons , de rançonner ses ennemis ,1e sang
rTa-t-il pas aussi teint notre révolution? Les flammes n'ont-eJies pas aussi dévoré les châteaux de ces aristocrates , qui voul oient s'opposer au torrent de la régénération? Il n'y a pas ici de milieu; ou ce mulâtre est innocent, ou nous sommes coupables... Colons blancs * choisissez... mais votre anti-patriotique correspondance vous trahit ; elle nous prouve que vous nous auriez vus, avec joie, dé voués au. supplice, si nous eussions été vaincus. Ils sonù ivres de liberté , écriviez:- vous à vos commet tans i en parlant de cette assemblée nationale* où vous n'étiez que des intrus. G étoit dévoiler assez votre haine pour la liberté.
tj Je veiix que la plupart de ces excès soient aussi vvcilr, que je suis persuadé quiis sont faux ou exagérés ; les circonstances ne les rendroient-ils pas excusables ? Ç etoit la suite d'une insurrection ; produite par une interprétation contestée des décrets de rassemblée nationale. Cette interprétation fut-elle fausse , l'erreur n'étoit-elle pas pardonnable? Estce avec des gibets et d&s roues qu'on dissipe des erreurs ?... XI est si facile de s'égarer , avec\ les meilleures intentions, dans des temps de troubles , que l'indulgence devient un devoir , lorsque le mal est passé. C'est un p*%\
clpe que l'assemblée nationale à constamment suivi, en pardonnant les conjurations, les séditions les plus graves. Elle avoit montré l'exemple au conseil du Cap , et ce conseil le foulant aux pieds , déshonore la révolution par un carnage d'hommes innocens...
ç La vérité percera , n'en doutez pas , et malgré vous, colons blancs , les mulâtres seront vengés. Si vos manœuvres ont pu subjuguer le comité colonial par la séduction , et l'assemblée nationale par de faux tableaux , par de faux rapports , de fausses correspondances et de coupables intrigues , vous ne subjuguerez pas au moins la nature ; c'est elle qui prépare maintenant le supplice âes blancs , qui vengera le sang innocent, qui vengera les mulâtres assujettis au despotisme le plus odieux. L'intrépide Ôgé l'a dit en mourant (i) , et il ne l'aura pas dit en vain : Puisse ma cendre e fan ter un vengeur! La nature lui en donne des milliers.... Un phi-
( i ) Il est mort avec la plus grande fermeté , avec cette fermeté que n'auroienr pas ses Fâches adversaires $ car des tyrans meurent toujours lâchement. Il a fait un testament énergique que Ton cache avec soin , et ce mystère e» annonce le mérite.
(45) iosophe profond , qui a long-temps étudié les eifets de la servitude dans les colonies r l'a dit avec vérité : Quand la politique humaine attache sa chaîne au pied d'un esclave , la justice divine en rive l'autre bout au cou du tyran (1).
55 En effet, si les fouets découpent lesnoirs, la terreur \ engeresse déchire sans cesse l'ame du tyran ; son imagination ne lui représente que des révoltes et la mort. Et depuis le sanglant sacrifice des mulâtres, ces terreurs vont s'agrandir et bourreler bien plus cruellement lame féroce et lâche des blancs : les mulâtres croient en effet , de leur aveu , le boulevard le plus sûr des blancs , sur-tout contre les révoltes des esclaves. Cet horrible assassinat a renversé à jamais ce boulevard. Les mulâtres ne doivent plus voir dans les blancs que des tyrans implacables. Et prêteront-ils maintenant leurs mains pour les défendre ? Resteront -ils eux-mêmes long -temps humiliés ? Non , ils ne seroient pas des hommes. On se tait, on dissimule devant la force , mais lorsqu'elle fcibîit , le jour des vengean-
( i ) Voyez Etudes de la Nature, par Bernardin de Samr- Pierrc, liv. 7.
( 46 ) tes paroit", et la tyrannie est mise en pièces, tel est le sort auquel les blancs doivent maintenant s'attendre. — Ils n'ont plus de défenseurs contrôles noirs ; ils ont à redou^ ter des insurrections éternelles et fondées parmi les mulâtres même». v
od Ils comptent peut-être sut* les trompes qu on leur enverra d'Europe : mais la métropole mieux instruite se lassera d'envoyer les meilleures troupes se gangrener et s'ensevelir dans le cimetière infect de nos colonies , avec des frais immenses que ne compensent point les profits de leur commerce. — Mais les soldats et les matelots mieux instruits , apprendront , sauront , et il est impossible qu'ils ne l'apprennent pas sous un régime de liberté , que ces mulâtres sont des hommes comme eux, libres comme eux, et de plus , -propriétaires et contribuables ; et ils se rangeront à leur côté , au lieu de les opprimer. — Lors de l'origine de la société des Quakers \ on employa , pour les persécuter , le glaive des soldats. Ceux-ci tourmentoient par subordination ces vénérables amis. Mais ensuite voyant leur patience à supporter les mauvais traitemens , émus par la douceur de leurs discours , ils cessèrent de les outrager ,
ils les défendirent , ils devinrent leurs prosélytes. Il en sera de même , et bien plutôt pour les soldats enrôlés aux îles , vis-à-vis des mulâtres et des noirs , parce qu'encore une fois ; un soldat libre se révolte bien vite à l'idée de toute injustice. Le temps est venu, où la subordination , même militaire , doit se taire devant la conscience , devant la justice éternelle ».
» Si les colons blancs veulent cesser d'être aveugles , si l'assemblée nationale veut écouter enfin les conseils de la raison et de l'intérêt J elle se hâtera donc d'abjurer cette prédilection destructive pour les blancs même ; elle rejettera la fausse marche de cet opiniâtre présomptueux , qui , s'il est bien novice en science politique , ne l'est pas dans la science de l'intrigue , et dont les bévues ont déjà fait et feront couler encore des flots de sang. Elle rendra aux mulâtres leurs droits actifs :».
» Une autre considération plus frappante doit l'y déterminer. C'est le tableau déchirant de Saint-Domingue (i). Qu'y voit-elle ? Les
( i ) Il est tel , qu'on ne peut assurer que Saint-Domingue reste kmg-cemps à la France , quoiqu'en dise le comité col©-
partisans de l'assemblée coloniale , qui débauchent les soldats et les matelots , qui proscrivent et font trancher la tète à ce même officier doat l'assemblée nationale a loué le patriotisme ; l'insubordination régnant dans les troupes de ligne et sur les vaisseaux 5 les décrets foulés aux pieds , les commandans obligés , ou de fuir > ou de se démettre, ou de participer aux excès de leurs soldats..... Je lavois donc bien prévu ; ( réflexions sur le décret du %g novembre ) n'est-ce pas , disois-je , envoyer des troupes pour être corrompues , pour soutenir les mécontens ? Â quoi tiennent tous ces désordres ? A l'équivoque ? à l'incertitude des décrets , et sur-tout de l'article concernant les hommes de couleur. Rendez -leur les droits de citoyen actif, alors Ils deviennent les frères des blancs ; alors ils sacrifieront leur vie pour protéger
niai , qui en impose sur tout. Il existe dans ce comité une lettre nouvellement arrivée, de M. Bîanchelande, qui dit qu'il ne répond plus de mû , que les désordres les plus grands y régnent. ■
Si l'assemblée nationale pouvoit tout-à-coup déchirer le voile qui couvre les secrets enterrés au comité colonial, elle scroit pénétrée d'horreur et d'indignation \ — elle verroit les ressens avec lesquels on h trompe.
leurs
leurs propriétés et celles des blancs , contre les désordres. Alors vous n'aurez pas besoin d'envoyer des troupes pour les défendre ; alors , si vous en envoyez, ces troupes seront maintenues dans la discipline par ces mêmes mulâtres , assez nombreux j assez disciplinés pour leur faire tête ?:>.
» On a commis jusqu'à présent autant de fautes , qu'on a rendu de décrets. Profitons donc des leçons de l'expérience ; elle nous prouve que la justice en tout est la meilleure politique :». . .. .
» Ne soyons pas dupes de cette bonne intelligence apparente qui règne entre la ci-devant assemblée de Saint-Marc et le comité colonial. La première a dû se soumettre aux décrets par un acte éclatant ; sans cette feinte récipiscence , elle auroit pu être poursuivie comme cause des troubles nouveaux. Et la date de son acte de pénitence , mal justifiée par le rapporteur , ne prouve que trop le motif de terreur qui l'a produit. D'ailleurs , victorieuse à Saint-Domingue ', cette assemblée doit brûler d'y retourner , pour jouir de son empire déjà rétabli. — Quant au comité colonial , les desastres de la colonie prouvent si complettèmeht son iiripéïitïè et
(5o) son aveuglement, qu'il a du, pour diminuer le nombre de ses enn mis , acheter la pais à tout prix avec l'assemblée coloniale. V< ilà le nœud de cette intrigue nouvelle , qui pourra masquer quelque temps les ineptes de ce comité , mais qui n'éteindra pas l'incendie »;
?) On nous assure que les droits des mulâtres doi ent-étre le prix de l'arrangement. Malheur aux colonies ! Malheur à la France , si ce pacte abominable existe » ;!
» On craint tellement 1 éclat de la lumière, que d'avance, on se prépare à écarter la discussicn , que d'avance on fait demander l'exécuion des instiuctions qui se fabriqu nt dans l'obscurité , comme loi provisoire l Comme si cet empressement ne trahissoit pas le but secret de ses auteurs et de ieurs complices ! Comme si l'assemblée pouvoit être dupe de ce met provisoire qui détruit la oi même, loi qui n'est plus qu'un remède
impuissant Ah î que la semblée veuille
doue une b^nne fois s'éclairer de tou es les lumières rassemblées sur cet objet. —Et ce donc au milieu des ténèbres qu'elle a fait sa constitution? Et peut on jamais rien augurer cle bon , des homme» qui veulent envelopper
(5i ) toutes ieuf s opérations de ténèbres? Les mulâtres ont demandé à plaider au grand jour* à la barre de l'assemblée j leurs droits et l'intérêt de la France ; ce seroit une injustice* révoltante que de le leur refuser >v
s- il
Sur la situation des hommes de couleur à Saint-Domingue , ieiir population et leurs droits* <
j'avois annoncé dans mes observations sur l'origine du préjugé contre les hqmmes de couleur ( i ) :
i°. Que les blancs avoient tort d'accuser les hommes de couleur d'ingratitude , qu'il y avoit parmi eux trés-peu d'affranchis.
2°. Que la race des gens de couleur étoit d'autant plus précieuse , qu'elle peuploit avec une rapidité incroyable \ et qu'elle pourroit défendre seule les colonies , ce qui soulageroit la métropole d'un fardeau considérable.
5°. Que Louis XIV avoit accordé à cette
(i) Voyez mes observations sur l'origine du préjugé, etc,
classe tous les droits de citoyen actif, par son édit de i685.
Parcourons les objections que M. M— oppose à toutes les preuves que j'ai apportées. Il prétend d'abord que les blancs ont un très-grand penchant à affranchir leurs esclaves.
Et veut-on s* en convaincre , dit-il , par une preuve évidente , c'est au en 1703 , les hèWimes de couleur n étoient à St. Domingue que cent cinquante inscrits sur les recensemens ; et que le recensement de 1790 les porte à vingt-quatre mille huit cens quatahbè-hùït.
Ma réplique est toute simple.
Êii 1705 le préjugé n èxis' oit pas ; on n'avoit, pas à cette époque donné des ordres , pour désigner leur couleur dans les déclarations que les habitans font de leurs biens. Par conséquent tous les habitans de couleur, et tous ceux qui avoient épousé des filles de couleur, ne désignoient point leur couleur: et comme iè recensement général ne se forme que des déclarations particulières , tous les habitans de couleur , qui n avoient pas désigné leur couleur ? étoient comptés comme blancs ? parce que le gouvernement n'alioit
(53) pas examiner la couleur des déclarans. Les cent cinquante dont parle M. M— , portés sur les recensemens de 1703 , étoient des enfans naturels , libres , de colons blancs, vivants en concub nage avec leurs esclaves devenues libres. Ceux-là étoient porués et désignés sur les déclarations du blanc , par plusieurs raisons ; i°. parce que les garçons attachoient et attachent encore un amour propre à cette paternité ( 1 ); a?., parce qu'à cette époque redit de i685 ordonnoit à chaque propriétaire d'esclaves d'avoir sur son habitation un blanc ou un libre par vingt esclaves ; ensorte que n'ayant pas de blanc sur une habitation, il falloit déclarer qu'on y avoit, un ou plusieurs hommes de couleur qui équivaloient, M. Mr— tombe donc dans une erreur grossière , pu plutôt prouve sa mauvaise* loi , quand il conclut de la comparaison de la population mulâtre actuelle, à celle de r^oS;,
( 1 ) Cela est si vrai , que 3 dans plusieurs préambules d'ordonnances des administrateurs des colonies , contré la classe des hommes de couleur, on seplaignoir, que les plus belles terres étoient passées à des, mulâtres, p?.ï la foiblesse cj'homrnesqui s'étoient laissés trop entraîner par les sentimens delapaWc.
(54) qu'il y a eu une quantité prodigieuse d'affranchissemens : ce fait prouve que les rôles de recensement sont faits avec plus d'exactitude quant à la désignation de couleur, quoiqu'ils soient encore très-infidèles.
Pour prouver combien peu de reconnoissances nous devions à cet égard aux blanc*, combien peu d'affranchis il y a voit , fai avance" (p. i5. Observât.) qu'il n'y avoit pas a St.-Domingue deux cens personnes de couîeur.qui aient été véritablement esclaves et affranchis. M. M —gourme réfuter, altère et défigure rna proposition. Il me fait dire qu'il n'y en a pas deux cens nés clans T esclavage. Il importe de marquer ici la différence des deux propositions. J'entends par un homme qui a été esclave et ensuite affranchi , celui qui est né esclave , "qui a vécu comme esclave, qui a été traité comme un esclave , 'élevé4 pour demeurer esclave , et qui a été ensuite affranchi ; et je soutiens que de île cette classe d'hommes. , il n'y en a pas deux cens parmi les personnes de couleur libres.
Mais peut-on regarder comme ayant été véritablement affranchi , l'enfant qui , est né d'une mère esclave et d'un père blanc ,
( 55 ) vivant avec son esclave , comme dans l'état de mariage", selon f usagé des colonies ; peut-on /dis- je, considérer comme escl ave l'en Tant é ainsi , élevé dans la maison paternelle comme libre , insirùit comme "libre 4 soigné et traité comme libre, non-seulement par le père et la mère , mais même par les étrangers à la maison? Non, sans ÛJûfè , cet être ne peut être mis sur la ligne de l'esclave affranchi , parce que son père ne pouvant se résoudre à voir son sang dans l'esclavage , aura obtenu parla sanction des lois que son fih soit libre. De ceux là , dirai-je ,
il V en a plus de deux cens, mais le nombre "5? . o
n'excède pas mille.
J'ai dit aussi que d'environ quinze cens nègres libres , il y en avoit plus de mille nés de mères déjà hors de l'esclavage ; et j'ai encore dit la vérité. M. M— offre de ne prouver, par pièces aulenthiques , que depuis 1785, ju qu'en 1789 ", m a affranchi dix- sept cens soixante cinq individus.
On sent ici la finesse du mot ind.vidus. Cet que dans ce nombre de dix sept c ris soixante-ci q , il y en a plus des deux tier n i l'ont été , comme je l'ai expliqué , par des pères d'enfans élevés tommo Lires et ua, xé»
dj même, h% autres sj?nt de vieux esclaves àe l'un et de l'autre sexe , qui pendant leur longue servitude, ont amassé un petit pé« cule: , et qui s<* rackettent toujours à un prix ^9i au-dessus de leur valeur ( 1 ) , et qui B^I^t encore au fisc une grosse, somme Pour PPuv^ir jouir d'une liberté qu'ils ont payée, chèrement. Et voilà d'où provient le demi-million que M,. M— attribue à la généros,ité„ders cqlpns., pour mettre des esclaves en liberté, La, liberté ^acquiert de trois maïiières, f^g^;^ colonies ; et pour jouir de cliaeune on est obligé , comme je l'ai déjà <K§j de payer au fisc une très- forte somme. Voyons si ces trois espèces d' affranchis s e- ^e^t «ont dûs à la générosité de tous les colons nris collectivement, comme M. M— semble vouloir le faire entendre.
£g première classe d'affranchissement^ est celle des pères envers leurs e.n.fans , dpnt j'ai parlé ci-dessus. Maisr peut-on regarder cet affrancliissemeot comme une générosité?
k^gjgf, *ïu* C1<^e ufi is^M% PGur en ^aire
son esclave , n'est-il pas un mon stre?; N'es t-c@
(i.)Qn sent bien que ceux-là ne vivent pas long-temps»
et eju'iis ne peuvent guère augmenter la population libre.
( 57 ) pas un devoir sacré pour lui crue de l'affranchir ? Et puisque c'est un devoir , lui est-il du aucune reconnoissance? On n'en doit que pour des bienfaits , des services qu'on est libre de rendre ou de ne pas rendre. |
S'il y a de l'ingratitude ici , ce n'est pal dans l'enfant affranchi , mais dans ces pères , qui après avoir affranchi leurs enfans, veulent tracer une ligne de séparation entre eux , et les avilir ; car n'est-ce pas un crime que de déshonorer son sang ? Je renvoie , à cet égard , M. M— à la sublime apostrophe de. M. Clavière ( v. Adresse, zrc-40. p. a5) : Des hommes peuvent -ils procréer une espèce inférieure à la leur? etc.
Il arrive souvent que la mère de l'enfant n'appartient pas à son père ; celui-ci es£ obligé de payer l'enfant bien cher au maître de la mère. Celui-ci met un prix, non à la valeur de l'enfant , mais à la tendresse plus ou moins manifestée du père de l'enfant ; j'ai vu des enfans de cinq ans être, -vendus , à leurs pères, jusqu'à 6600 liv. des colonies. Cette cupidité est si grande delà part des blancs , qu'il y en a au Cap , qui tiennent chez eux de très jolies négresses pour provoquer les blancs , et qui « pour me
(58) servir de l'expression de M. Hiliard d'Aube teuil , tiennent une manufacture de mulâtres ( 1 ). )
Cette seconde espèce d'affranchissement tombe , par rapport au père, dans la première classe. — Mais vantera-t-on , avec jV!. M—, ïa générosité du maître de la négresse, qui exige du père un prix si haut à la vente de son enfant ? Et croit- on que celui -ci lui doive une grande reconnoissance ? On doit s'indigner et de ces spéculations atroces, et de leurs infâmes panégyristes , qui osent parler de reconnoissances ?
Quelquefois aussi les blancs affranchissent les négresses mères de leurs enfans. C'est une dette qu'ils acquittent ; ils soulagent d'un fardeau leur conscience.
Quant à la troisième esp'ce d'affranchissement , c'est celui des vieux esclaves dont j'ai parlé plus haut. Ceux-là se font aux dé~ pens , non des blancs , mais des noirs mêmes , et ils sont peu nombreux.
Il y a encore des affranchissemens dont M. M— ne parle pas. Mais voici ce qu'en
(i) ConsicL' a ions sur Saint-Domingue, pat H. D. , tom 2, discours 5.
(59) disoit le même Hiliard d'Auberteuil , clans son ouvrage écrit depuis 14 ans, et que je viens de citer.
ce On voit, dit-il, de vieilles mulâtresses libres prendre sur leurs besoins pour acheter des enfans mulâtres, que la mort, la négligence j, ou l'insouciance des? pères ont laissés dans l'esclavage , pour faire à ces enfans délaissés le don le plus cher, celui de la liberté. :»
D'après tout ce qu'on vient de lire, qu'on juge si l'on peut attribuer à la générosité, à
l'humanité de tous les blancs des colonies,
pris collectivement , la liberté même du petit nombre d'hommes de couleur qui sont Réellement affranchis. Qu'on juge de l'importance de ces colons blancs, qui ne cessent de faire retentir les mots d'affranchis et d'ingrats. Qu'on juge enfin de cet autre trait de mauvaise foi de M. M—. Il dit (ipage 5y ) \ que non-seulement les affranchis, proprement dits 5 rie doivent pas être assimilés aux blancs , mais même que leurs -descendans nés. libres ne doivent pas l'être ; parce que, dit-il , nous avons apposé à l * affranchissement desx conditions qui s'étendent sur la descendance. Il y a ici double mensonge et attr'ocité : mensonge , parce que , comme on l'a vu -, on
(6,0) doit peu daffranchissemens à la générosité des blancs ; mensonge encore , parce qu'il est faux qu'il y ait jamais eu des conditions: pareilles stipulées dansun affranchissement ; et l'on défie, M. M— d'en montrer un. Il y a atrocité de vouloir exercer une pareille féodalité sur des, hommes , lorsque la féodalité sur les çhosçs inanimées t a révolté tous l§s Français , que l'idée en. fait frémir 'd'horr§ur^ et elle ne/ peut être proposée que par ujie de. ces âmes fiscales, et dures , qui ne respirent que la tyrannie , tçut en parlant liberté.. , [] .•
Les argunaens tirés par MM, Glavièrç et Br.issot , de l'augmentation rapide de la popula-tio/n des mulâtres libres , pour engager rassemblée nationale à la favoriser encore 7, en leur accordant/ les droits de citoyens actifs- , a porté M. M— à contester les calculs. Il avance qu'elle n'est pas due à la, seufe propagation des.gens de couleur, libre s, cpi'elle, est due aux affranchissemens.
Dira - t- on, s'écrie - 1 -il , avec M. Vabbè G-réggire , que cette augmentation f qui surpasse toutes les possibilités , n'est due qu'à la propagation des gens de couleur ?
OuiJ? on le dira, qt Je m'explique. $£. l'abb^
(6i ) Grégoire , M. Clavière et moi } si je puis me nommer après ces hommes célèbres , nous avons dits que l'affranchissement journalier avoit peu contribué à l'augmentation du nombre des personnes de couleur libres. J'ai déjà expliqué les causes de cette augmentation ( 1 ). Les personnes de couleur libres ont produit entre elles ; elles ont produit entre filles libres et blancs ; elles produisent entre négresses libres et blancs ; elles produisent encore entre les hommes de couleur libres à un degré avancé , avec des négresses libres. Or, combien de chances pour reproduire les personnes de couleur ( 2 ) , et les blancs n'en ont qu'une. Voilà le sens dans lequel M. Févèque Grégoire a entendu que cette classe avoit 1110. tté à un nombre si consi- *able sans le secours des affranchis semens journaliers : ce que nous prouverons encore plus évidemment dans lin moment.
Le climat des Antilles , continue M. M—, interdit de pareils progrès , sur- tout à celui de
( 1 ) Voyez mes observations.
(1) J'omets encore une chance. Des noirs Avec les blanches qui naissent de mères libres, sont libres sans affranchii-
semenc.
Saint-Domingue , qui est très-peu favorable aux enfans.
Je ne connois et n'ai jamais entendu parler d'influence maligne particulière au climat .de St.-Doniingue, et qui nuise à la population. M. M— a-t-il voulu parler de la maladie des enfans , appelé mal de mâchoire. II sait que les enfans libres en sont peu attaqués j parce que des soins seuls et des précautions les en préservent , ainsi que tous les enfans nègres , quand ils sont soignésk, Pourquoi % poursuit M. M — , les seuls affranchis éprouveraient - ils des influences aussi bénignes , etc. ? En 1781 il y j^avoit quatre mille blancs à Saint-Domingue , et en 1790 , il ne s'en trouve que trente mille. Qu'elle est donc la foiblesse de l'intelligence de M. M —, pour ne pas concevoir des choses aussi simples et aussi naturelles? Eh bien , je vais tâcher de lui faire comprendre la cause de la supériorité en accroissement de la population des hommes de couleur sur celle des blancs , population mulâtre qui , dans vingt ans , sera bien plus considérable encore, sans la ressource des affranchissemens*
Des trente mille blancs qui sont dans ce
(63) moment à Saint-Domingue , il n'y en a pas la moitié de mariés avec des femmes blanches. De cette moitié de m: ries , plus d'un tiers le sont à de vieilles veuves hors d'â^e d'avoir des enfuis , et qu'ils n'ont épousées que pour leur fortune ; cela n'augmente pis là population, blanche. T us ces hommes qu. ne sont pas mariés , et tous ceux qui le sont avec des vieilles femmes , peuvent avoir et ont des enfans avec des iihes de couleur qu'ils ont pour gouvernantes, ou ménagères, pour me st rvir du terme usité. Voilà la cause à joindre aux différentes ci ances que j ai données plus h;mt, à quoi on doit atïnbuer le grand phénomène de l'avantage prodigieux de la population des personnes de couleur sur la blanche ; entendez - vous 9 maintenant , M. M ?
Je viens de donner la mesure de la conception de M. M - , je vais montrer sa logique et ses conuoissanees. «Si les blancs des colonies , dit-il , [ p (g. 56, ) continuellement recrutés par des émigrans dEuiope, ont pu arriver à peine a un peu plus du sextuple de leur nombre , comment se peut -il fa^re que les gens de couleur , qui ne sont pas recrutés , soyent arrivés à une population
(64) trente-cinq fois plus rapide ? — 'Comment M. M-—-, qui a rampé si long-temps aux pieds des ministres pour avoir Une intendance dans tes colonies , montre-t il au public aussi peu ûe connoissânces sur les causes et les effets des différentes populations du pays qu'il voudroit administrer ? Que veut-il crue le public pensé de lui , quand il comparera fcè que fe vais dire avec là conclusion qu'il & tirée , et que je viens de citer ?
H faut donc encore apprendre à M. M— comment ces émigrans d'Europe servent à augmenter beaucoup là population de couleur ; et servent peu à augmenter la blanche.
Posons d'abord un fait incontestable , c'est qu'il passe infiniment plus d'hommes que de femmes "d'ans les colonies. On ne Voit presque point dans ces émigrations de ménages , c'est-à-dire, mari et femme. D'après ces deux faits j et eh se rappelant avec quelle facilité on peut avoir négresses ou mulâtresses , et combien les blanches sont rares ; on s'explique comirîerit les émigrans augmentent la population rnélée , et n'augmentent point la Mânclie.
§°. On sait combien d'Européens périssent datis e'$s clhiiats \ ncm par ïel causes de la
malignité l
malignité , mais par d'autres causes , qu'il seroit trop long et supcriin de dire ic<\ Or\ ces hommes qui ne se sont pas rr ' ' des blanches et cpfci péris^ènl •' aucune augmentation à la ; che ; ils ont pu au contraire augmèttier/la population cle couleur libre, parce qu'il y en a beaucoup de cette classe qui vivent en concubinage avec des filles de couleur, libres.
5°. De tous ces hommes blancs non mariés qui passent dans les colonies, beaucoup reviennent garçons en France , après avoir fait leur fortune. Ceux - là n'ont point augmenté la population blanche , et ils ont augmenté la population de couleur \ parce que tous ont eu des gouvernantes de couleur libres , avec lesquelles ils ont pu avoir des enfans de couleur.
4°. Les hommes mariés en France qui , passant dans les colonies pour quelque temps , et laissent leurs femmes ici, peuvent augmenter la population de couleur, sans augmenter la blanche , par la raison qu'il n'y a qu'un très-petit nombre de filles blanches de France dans les colonies , et qu'il y a au contraire un très-grand nombre de filles de couleur libres.
5°. Enfin , la population blanclie , en général ? reflue en France par le retour des familles blanches , lorsqu'elles ont acquis de la fortune , au lieu que la population de couleur reste constamment dans les colonies.
Voilà les causes qui font et feront augmenter rapidement la population mêlée , tandis que la population blanclie est slationaire et déclinera bientôt. S'en étonner ,c'estmontrer son ignorance ; et s'opposer aux conséquences politiques qu'on en tire, pour favoriser les citoyens de couleur , c'est prouver sa perversité , sa vanité et sa résolution de lui sacrifier l'intérêt général , puisqu'il est maintenant démontré que la France ne peut conserver ses colonies qu'en encourageant, les liabitans indigènes , qu'en restituant aux mulâtres leurs droits de citoyen actif.
Ennemi de la philosophie , étranger à la vraie politique, M. M— se. garde bien de combattre ses adversaires sous ces points de vues. Son ignorance profonde et son impuissance lui faisoient la loi de garder le silence ; mais comme l'étude des lois lui est plus familière , il a puisé dans cet arsenal, quelques sophismes pour ôter aux mulâtres leurs droits de citoyen actif.
(67) Il est obligé cependant de reconnoltre l'article 69 du code de i685 , qui accorde auxaffrancliis les mêmes droits qu'aux blancs ; mais ensuite il cherche à torturer et à dénaturer cet article. Il nous oppose une confiscation de concubines ; et cette citation, confirme précisément ce que j'ai avancé sur la loi qui ordonnoit aux blancs de se marier avec l'esclave dont ils a voient eu des enfans. Il nous oppose des actes de la tyrannie de la part des gouverneurs et des intendans ,, comme si des actes tyranniques pouvoient détruire une loi ! Il soutient que ce fameux* article ne tombe que sur les droits civils % comme s'il étoit permis de restreindre une loi qui ne s'est pas restreinte d'elle-même ! Il nous défie de citer des exemples d'hommes de couleur avancés dans les places; je lui ai cité , dans mes observations , plusieurs exemples qui sont à la connoissance de tout SaintrD.ommgue , et qu'il n'a pas osé démentir.
En suivant M. Moreau dans sa pénible discussion sur les lois , on trouve donc qu'il n'a pas plus de logique , ni plus de bonne foi que sur les autres points. Par-tout il est injuste à l'égard des hommes de couleur.
restituer 2.rté pro-
Ah !' que l'assemblée rfîftjoïi protéger , et quelle veuille leur leurs droits ; et alors on verra la lil: duire en eux les mêmes eFfets qu'en Europe. On verra clans les colonies- la population-, s'accroître avec l'industrie j les défrichemens se -multiplier-, le commerce prospérer, ces denrées si nécessaires à la métropole devenant plus abondantes , se mettre à la portée des hommes les moins aisés. La France forte d'une population indigène , qui lui sera attachée par la reconnaissance', plus encoie que- par l'intérêt, n'aura plus besoin de dévouer u -la défense . des lies, cest-à-dire à imenrort certaine '-, 'des troupes européennes, incapables de supporter les chaleurs du climat des Antilles. Moins de dépense pour le trésor public \ plus de revenu pour les impots-, plus de sécurité sur ces possessions^ toïlk les grands avantages que la France trouvera dans le décret qui fera des gens de couleur , ce qu'ils sont , et ce qui est inconcevable qu*on leur conteste, des hommes
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