M. ÉMILE BEAU
Dessinateur.
Tous les Dessins sont faits d’après nature.
L’anatomie de l’honmie est la science qui a pour but l’élude de son organisation ; à ce titre elle doit occuper sans contredit le premier rang parmi les connaissances indispensables aux médecins comme aux chirurgiens. «Je ne sais, disait Diemerbrock, si je dois la nommer la science des médecins ou celle des philosophes; les uns et les autres s’v livrent avec tant d’ardeur, qu’il semble que sans elle ils marcheraient en aveugles dans le chemin des vérités qu’ils recherchent. » Cette science, qui , à l’époque où vivait ce grand anatomiste, semblait être la base de toutes les
connaissances les plus solides, fut cultivée avec une noble émulation par les médecins; elle les conduisit bientôt aux découvertes les plus utiles pour le soulagement de l’humanité. De nos jours, l’anatomie semble déchue du rang élevé qui lui avait été assigné; pour un grand nombre de médecins, elle n’est plus que la première des sciences accessoires de la médecine.
Pénétrés de l’importance de l’anatomie, ayant encore présentes à la mémoire les difficultés que son élude nous a opposées et la marche qu’il nous a fallu suivre pour les surmonter, nous avons pensé qu’un ouvrage iconographique, mis à la portée de tous, serait de quelque utijité pour les dissections, unique voie par laquelle il nous est donné de connaître la structure du corps humain. L’élève qui dissèque pour la première fois a besoin de notions précises à l’aide desquelles il puisse découvrir sûrement l’organe qu’il veut étudier, il doit donc avant tout en lire la description dans un ouvrage d’anatomie ; or, un livre n’est pas toujours un guide suffisant pour celui qui n’a jamais vu ou qui n’a jamais disséqué. Peu habitué au langage anatomique, arrêté par des expressions qui lui sont inconnues, il ne puise souvent dans la meilleure description, dans celle qui a été, pour ainsi dire, calquée sur la nature, que des renseignements vagues ou incomplets; une planche d’anatomie offrant à ses regards l’image de l’organe qu’il veut étudier le guidera plus sûrement dans la dissection. L’organe étant alors découvert, sa description en sera lue avec le plus grand fruit dans un ouvrage d’anatomie. C’est ainsi que les planches et les livres, se prêtant un mutuel appui, concourront ensemble à l’aplanissement des difficultés qui arrêtent souvent les élèves dès leur début clans la carrière.
Un autre moyen d’instruction accrédité par plusieurs personnes est offert aux élèves clans les préparations sèches que renferment les cabinets d’anatomie. Ces préparations, nous devons le dire, sont loin de présenter toutes les conditions nécessaires pour être d’une véritable utilité. Examinez en effet ce membre inférieur dont les vaisseaux ont été injectés, ces organes seuls ont conservé leur volume; les muscles, par la dessiccation, ont éprouvé de tels changements clans leur forme et dans leur situation qu’un œil exercé peut à peine les reconnaître : comment pourrait-on acquérir des notions précises sur les rapports des artères avec les muscles , source cVinductions pratiques si importantes? C’est surtout pour l’élude du système nerveux que ce moyen d’instruction nous semble tout à fait illusoire; ces belles pièces de nerfs font l’ornement des cabinets d'anatomie, elles font connaître l’adresse et l’habileté de celui qui les a préparées, mais elles ne sauraient être d’un grand secours pour les éludes anatomiques.
L’anatomie embrasse dans son ensemble une si grande quantité de détails, qu’elle est, de toutes les sciences médicales, celle que I on oublie le plus facilement. Le médecin qui exerce dans les villes trouve autour de lui tous les objets d’étude dont il peut avoir besoin , les amphithéâtres lui offrent les moyens de vérifier sur le cadavre les détails anatomiques qu il a pu oublier; mais le médecin qui exerce loin des grands centres d’instruction est privé de tous ces avantages. Bien qu’il ait rarement à pratiquer une opération, cependant dans certains cas il est obligé d’y avoir recours ; appelé pour combattre une hémorrhagie foudroyante, il reconnaît qu une artère principale a été ouverte, le devoir lui prescrit d’en faire sur-lechamp la ligature. Dans un moment aussi décisif, seul, abandonné à scs propres conseils, il interroge sa mémoire, qui lui fournit à peine quelques notions incomplètes; il ouvre un livre d’anatomie, son incertitude ne peut être dissipée : c’est alors qu’une planche d’anatomie, retraçant à scs yeux l’image d’objets étudiés autrefois sur la nature, lui fera connaître sur-le-champ la situation de l’artère qu’il veut lier et ses rapports avec les parties qu’il lui importe de ménager.
Lorsque nous avons entrepris ce travail qui est notre œuvre commune, nous n’avons point eu la pensée de rivaliser avec les beaux ouvrages iconographiques publiés en ce moment.
Notre but principal a été de faire un livre utile aux élèves pour les guider dans leurs études , et aux médecins-praticiens pour leur rappeler les connaissances qu’ils auraient pu oublier. Nous avons dû lui donner un formai qui rendit facile son transport d’un lieu dans un autre : nous avons choisi le format jésus in-8°, qui nous permet de représenter toutes les parties du corps humain à la proportion de demi-nature généralement adoptée dans des ouvrages beaucoup plus grands que celui-ci; mais nous les donnerons de grandeur naturelle toutes les fois qu’il en sera besoin pour leur entière démonstration. Ainsi nous pouvons annoncer à l’avance que les organes des sens, dont l’étude est si importante et en même temps si difficile, seront représentés de grandeur naturelle, et que nous suivrons cette dernière proportion toutes les fois que nous aurons à faire connaître la structure des organes compris dans la splanchnologie et dans la névrologie : dans celte dernière élude, nous aurons souvent recours à des grossissements assez considérables.
En regard de chaque planche se trouve un texte explicatif et raisonné; ce texte ne sera point une simple énumération des objets qui seront représentés, mais bien un complément à la description donnée par la planche elle-même. En tête nous indiquerons le mode de préparation qui aura été suivi toutes les fois que le besoin s’en fera sentir.
Quant h l’ordre d’exposition , nous suivrons le plan qui a été adopté par
M. Cruveilhier dans son Traité, d’anatomie descriptive. vragesera divisé en quatre parties :
Notre ou-
1° Appareil de la locomotion.
2° Appareils de la circulation.
3° Appareil de la digestion.
— de la respiration.
— génito-urinaire.
4° Appareils de sensation et d’innervation
1 Os.
i Articulations.
| Muscles cl aponévroses.
ICœur.
Artères.
Veines.
Vaisseaux lymphatiques.
I Organes des sens.
! Moelle épinière.
! Cerveau.
Nerfs.
ÎOstéologie.
Syndcsmologie.
Myologte elapouévrologie.
/ Angéiologie.
Splanchnologic.
Névrologie.
Toutes les dispositions , tous les procédés auxquels on doit avoir recours pour l’étude de l’anatomie, seront décrits dans un article spécial placé en tête de chaque partie : ainsi, avant de traiter des os, nous aurons soin de faiie connaître toutes les préparations relatives à l’étude des os; avant de tiailei des muscles, toutes les préparations relatives aux muscles. lien sera de même pour chacune des branches de l’anatomie.