SUR LE
" MEMOIRE APPUYANT LA DEMANDE D'UNE ECOLE NOR- MALE DANS LA VILLE DES TROIS-RIVIERES."
Intervention Inattendue et intéressée de Mr l'Abbé Yerreau en cette affaire.
Dans le cours de Février dernier, FEvêque des Trois- Rivières, ses Conseillers diocésains, le Maire et les Conseillers de la ville, les Inspecteurs d'école du district et un nombre considérable des citoyens des plus éclairés, ont adressé une requête à Son Honneur le Lieutenant-Grouverneur de Québec, pour le prier d'établir une Ecole Normale aux Trois-Rivières, parce que le besoin s'en fait sentir depuis longtemps dans le diocèse, surtout pour les écoles élémentaires ; car les autres écoles en général sont bien tenues. Il eut été facile de faire couvrir cette requête par des milliers de signatures, en la faisant circuler dans les diiférentes paroisses des districts intéressés, mais nous avons cru c[u'il suffisait de constater les besoins existants au sujet de ces écoles par un petit nombre de personnes compétentes pour en bien juger, et désintéressées personnellement en cette aifaire.
Un mémoire exposant plus au long les motifs de cette rec[uête, et faisant voir les avantages et la facilité d'une telle fondation accompagnait cette recj[uête Ce document sans être confidentiel, n'était cependant pas destiné au public, afin de prévenir des discussions qui ont toujours quelque chose de regrettable en des matières aussi délicates. Nous nous étions contenté d'en adresser un exemj^laire à chacun des membres du gouvernement et du comité catholique du conseil de l'instruction publique qui devaient naturellement prendre connaissance de cette demande pour aviser ensuite son Excellence. Il y avait assurément asse-
de sagesse et de lumière dans ces honorables membres pour apprécier à leur juste valeur les allégués de ce mémoire, et juger sûrement des avantages que pouvait offrir cette mesure, et aviser ainsi prudemment Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur.
Cependant, M. TAbbé Yerreau, Principal de l'Ecole Normale Jacques-Cartier à Moiitréal, en a jugé autrement. Il n'a pas hésité à croire qu'un prêtre entièrement étranger à un diocèse pouvait juger plus sûrement des besoins relatifs aux écoles de ce diocèse que l'Evêque lui-même, renseigné par son clergé, aidé de ses Conseillers et des hommes les plus éclairés et les mieux renseignés sur le sujet. Il a pensé aussi qu'il pouvait convenablement, sans y être invité, venir de l'avant et se poser en aviseur des membres du comité catholique, composé de l'épiscopat de la province et des laïques les plus compétents en matière d'instruction, en leur passant ses remarques sur ce mémoire.
En lisant cette prétendue réfutation, on y découvre facilement un plaidoyer aussi futile que mal déguisé "■ pro doino suây C'est à notre avis une démarche regrettable et présomptueuse dont M, l'Abbé, dans sa position, devait plus que tout autre s'abstenir. Il est visible cjue sans s'en douter, il a cédé à un intérêt de clocher, et qu'il a cru voir dans la modeste Ecole-Normale que nous demandons d'établir aux Trois-lvivières, pour subvenir aux besoins des écoles élémentaires surtout, une rivale aux somptueuses Ecoles-Normales actuelles. Pourtant il n'en est rien ; et ce Monsieur n'a pas à craindre que l'on songe à élever ici rien qui approche des édihces princiers érigés ailleurs pour cette fin et y réunir un personnel aussi disx)endieux. Que le Seigneur nous préserve d'une telle tentation ! ! En faisant cette demande nous n'avons fait qu'obéir à une injonction de notre conscience, et remplir un devoir impérieux de notre charge pastorale, celui de dcnner aux plus petits et aux plus pauvres enfants de notre diocèse, aussi bien qu'aux autres plus fortunés, le pain de l'intelligence et du cœur, par une bonne éducation, en leur procurant des écoles mieux tenues et plus en rapport avec leurs besoins. Nous avons toujours lu avec douleur ces lamentables paroles du prophète Jérémie : " Varvuli petierunl panem, et 7um erat quifrangeret e/.s." Les petits enfants on demandé du. pain et il n'y avait person^ne pour leur en distribuer."
Si M. l'Abbé Verreau avait connu comme nous la gêne ou se trouvent tant de familles dans la plupart de nos paroisses, et surtout dans celles qui sont nouvelles, le dénûment d'un si grand nombre de colons qui défrichent avec tant de courage et de peine nos épaisses forêts, mais qui n'en ont pas moins à cœur la bonne éducation de leurs chers petits enfants, il ne leur reprochernit pas avec tant de sévérité, de ne pas rétribuer assez , largement les pauvres maîtresses qui se dévouent à la pénible tâche de leur apprendre au moins le peu qu'elles savent elles-mêmes. Son cœur de prêtre, et son zèle pour la bonne éducation l'engageraient sans doute à se joindre à nous pour mettre à la portée de ces humbles insl^itutrices un enseignement pédagogique, qui leur permettrait de s'acquitter avec plus d'avantages et de succès de leurs modestes et utiles fonctions envers ces pauvres enfants, sans cependant exiger audelà des faibles moyens de leurs courageux parents qui ont déjà tant de difficultés à leur procurer la nourriture corporelle et le vêtement.
Nous regrettons sincèrement que M. l'Abbé, si bien rétribué, et si somptueusement logé pour conduire son Ecole- Normale, n'ait pas compris cela, et qu'il ait traité d'utopie les écoles à bon marché. Nous regrettons surtout qu'il ait traité avec tant de légèreté certains points forts délicats de notre mémoire qu'il n'a pas compris et que nous avions laissés un peu dans l'ombre pour éviter certains froissements, et ne point provoquer des discussions que nous désirions éviter. Mais puisqu'il nous y contraint nous dirons toute notre pensée sur ces points, et nous les mettrons dans une lumière suffisante pour les faire bien comprendre aux personnes désintéressées, et aux amis sincères du véritable progrès de l'éducation. Nous espérons aussi que cet exposé de nos vues sur les institutions d'éducation supérieure, aura son utilité, en attirant l'attention du gouvernement et du conseil de l'instruction publique sur certaines réformes qu'il serait à propos de faire pour rendre plus efficace notre système d'Ecoles-Normales, et faire bénéficier davantage la population des sommes considérables que la législature alloue, chaque année, avec tant de générosité pour ravancen¥ent de l'éducation dans les écoles, surtout dans les j)etites écoles qui sont le plus en souffrance.
Utilité des écoles-normales quand elles sont conduites d'Après un bon système.
Nous avons commencé par affirmer dans ce mémoire l'utilité des écoles normales en principe, afin de repousser .une accusation fausse c[ui a été portée contre nous l'automne dernier, et dont M. l'Abbé Verreau a dû avoir quelque connaissance. On a ré^iondu le bruit à Montréal et à Québec que nous voulions da suppression des écoles normales, et même que nous étoins à la tête d'un parti formé dans ce but. Nous avons dû protester contre cette rumeur erronnée, et peut-être répandue à dessein pour donner le change à l'opinion publique sur ce que nous pensons avec un grand nombre d'hommes éclairées, sur le système défectueux suivi dans ces écoles depuis leur fondation. Non, nous ne voulons point la suppression des écoles-normales, et nous ne connaissons point de parti formé pour travailler à les faire disparaître. Voilà ce cjue nous avons déclaré dans la réunion du Comité catholique où cette question a été posée. Bien loin de là, nous pensons qu'il faudrait en augmenter le nombre pour répondre efficacement aux besoins réels et nombreux cjui se font sentir en tant d'endroits, d'avoir des maîtres et des maîtresses bien qualifiés pour tenir de bonnes écoles. Pour être en faveur des écoles-normales en principe, il suffit de savoir que l'origine en remonte au Vénérable J. B. de Lassalle, l'Illustre Fondateur de l'ordre des Frères des l'écoles chrétiennes. C'est par ce principe de l'art d'enseigner, ou de l'enseignement pédagogique, sagement appliqué à tous les membres de son institut, que ce grand Instituteur a réussi à former des maîtres si habiles, et qui ont marché partout depuis à la tête de l'enseignement primaire et secondaire. D'ailleurs quand môme nous n'aurions pas d'aussi grandes autorités,et une expérience aussi longue et aussi complote que celle de nos communautés religieuses eeseignantes, de Frères et de Sœurs, en faveur de l'e^jiseignement normal, le simple bon sens ne suffit-il pas à démontrer à l'évidence qu'un instituteur qui aura été formé avec soin à l'art d'enseigner et de bien tenir une école, réussira mieux que celui c[ui n'aura ]3oint reçu cet avanta-
ge, bien que d'ailleurs il ait les mêmes talents ? Voilà ce que M. l'Abbé aurait dû comprendre en nous voyant affirmer le principe des écoles normales en tète de ce mémoire, au lieu de nous prêter le raisonnement ridicule qu'il fait à ce propos et dont nous lui laissons tout le mérite ; car c'est sur des faits indéniables que nous appuyons la nécessité d'une école normale? aux Trois-Rivières, et contre lesquels les distinctions futiles et les^assertions et dénégations gratuites qu'il fait, ne pourront rien et resteront sans effet, puisqu'il n'en demeurera pas moins vrai que les écoles normales de Québec et de Montréal ne sont d'aucune utilité pour le diocèse des Trois-Rivières et qu'elles ne lui donnent pas dix naîtres et maîtresses pour ses 460 écoles, après 25 ans d'existence.
Mais si nous sommes en faveur des écoles-normales conduites d'après un système convenable et réellement effi- • cace, nous n'hésitons pas à dire avec un très grand nombre d'hommes les plus compétents pour en juger, tant parmi les laïques que dans les rangs du clergé, que le système suivi dans les écoles-normales Jacques-Cartier et Laval est défectueux et d'une bien médiocre efficacité, comme le prouvent les documents officiels. Nous n'avons point à nous occuper ici de l'école-Normale McGrill, qui est sous le contrôle du comité protestant du Conseil de l'Instruction publique. Nous avons surtout trois choses à reprocher à ce système, c'est que 1^. Ces écoles coûtent trop cher ; 2^^. Elles visent à un enseignement trop élevé et quasi-classique : 3°. Elles sont trop centralisées et inaccessibles à la grande majorité des personnes qui Acculent se livrer à l'enseignement, et qui . sont trop éloignés, de Québec et de Montréal. C'est ce que nous allons démontrer fatalement dans les paragraphes suivants.
CouT DES Ecoles-Normales actuelles depuis leur fondation, EN 1856 jusqu'à 1880.
Nous devons d'abord déclarer ici que le système défectueux de ces Ecoles-Normales nous a été signalé par des laïques éclairés qui s'occupent activement de ce qui peut être utile à nos instutions d'enseignement et en assurer le
succès, et non point par des membres du Clergé. Ce sont des hommes haut placés dans les régions politiques qui nous ont les premiers signalé les dépenses excessives qui se font dans les écoles, et le médiocre résultat auquel elles sont arrivées après une période de 25 années. Les statistiques qu'ils nous ont communiquées pour justifier leur opinion, nous ont réellement surpris, et n'ont fait que nous confirmer dans ce que nous soupçonnions déjà sur ce sujet.
Sans être officielles, ces notes et ces statistic^ues nous ont paru jouir d'une assez grande autorité pour les soumettre aux Evêques de la Province, et en saisir le Comité Catholique, s'il y avait lieu, afin de le mettre en mesure de s'assurer si ces écoles fonctionnent bien, et si elles atteignent réellement le but que le gouvernement a eu en vue en les fondant ; c'est à dire, si elles forment, en nombre suffisant, des maîtres et des maîtresses bien qualifiés pour tenir sur tm bon pied les écoles primaires et secondaires de la province. La disproportion que ces statisques accusent entre les grandes dépenses faites par le g'ouvernement, pour la fondation et le bon fonctionnement de ces écoles d'un côté, et de l'autre, le mince résultat auquel elles sont arrivées après 25 ans, prouvent à l'évidence qu'il y a quelque chose de défectueux dans le système suivi.
Mais M. l'Abbé Verreau qui prétend C[ue le système des écoles à bon marché est une utopie, ne s'est pas laissé embarrasser par un aussi faible argument. Ayant eu communication de ces statistiques, il en a contesté l'exactitude, et il en a fait une réfutation que nous n'avons pu nous procurer malgré les démarches faites pour cela. Nous avons dû alors prier M: le Surintendant de faire préparer pour l'information du comité Catholique un état complet des statistiques sur ces écoles, depuis leur fondation jusqu'à ce jour, qui pût permettre de juger avec exactitude et sûrement de leurs dépenses, de leur fonctionnement et de leurs résultats. Car le gouvernement qui subventionne si généreusement ces écoles et qui en a confié la surveillance à ce Comité, doit être informé avec soin de leurs résultats, pour qu'il puisse juger si réellement elles atteignent bien le but qu'il s'est proposé en les fondant.
Ces statistiques ont été préparées par MM. les Principaux des écoles normales, et elles se trouvent au N*^. 3, des pièces justificatives. Nous avons été désappointé en les trouvant aussi incomplètes et même inachevées, comme on
peut s'en convaincre en les examinant. Les lacunes qui s'y trouvent les rendent tout à fait impropres au but que nous avions en A'ue, de connaître exactement le coût de ces Ecoles-Normales, leur fonctionnement et les résultat auxquels elles sont arrivées après 25 ans d'existence. C'était le moyen régulier de nous assurer si les accusations portées contre elles au sujet de leurs grandes dépenses et de leurs minces résultats étaient fondées ou non. Messieurs les Principaux de ces Ecoles avaient donc un intérêt tout particulier à donner au Comité-Catholique les renseignements démandés, avec toute l'exactitude possible, et de la manière la plus complète, «,fin de réfuter les graves accusations portées contre ces établissements qu'ils dirigent, et de prouver que ces Ecoles ont véritablement répondu au but que le gouvernement avait en vue en les fondant, de procurer à la Province des instituteurs et des institutrices bien qualifiés pour donner l'instruction primaire et secondaire dans les écoles publiques.
Nous le disons avec regret, ces Messieurs ne l'ont point fait. Dans leurs statistiques imcomplètes que M. le Surintendant a communiquées aux membres du Comité-Catholique, il n'y a guère que le chiffre des revenus x^ropres de ces Ecoles, venant des pensions des élèves-maîtres, des contributions des écoles-modèles annexes etc., qui nous a été de quelqu'utilité. Cependant, ce chiffre même est incomplet pour l'Ecole Laval, puisqu'il y manque 15 années qui auraient dû. donner au moins 50 mille piastres, puisque les dix années comptées ont produit $47,870.72-
Nous avons été forcé de nous adresser ailleurs pour savoir au juste ce qu'ont coûté ces Ecoles-Normales, et le nombre d'instituteurs et d'institutrices qu'elles ont donné à l'enseignement primaire et secondaire depuis 25 ans. Cette fois nous avons été plus heureux, surtout pour la partie financière.
Un Honorable membre du gouvernement a eu l'obligeance de nos procurer deux documents officiels de la plus haute importance pour établir le montant des dépenses faites pour ces Ecoles, et Nous le prions d'en agréer ici nos meilleurs remerciments.
Le premier est une liste complète des sommes payées depuis 1856 à 1880 inclusivement, pour le soutien et le fonctionnement des Eooles-Normales, en vertu des subventions allouées chaque année par la législature. Elles s'élèvent à
$870,594,23. Cette liste est certifiée par M. l'Auditeur des comptes de la Province de Québec.
Le second est un tableau complet des sommes payées par le département de l'Agriculture et des travaux publics pour les terrains, bâtisses et ameublement formant le fonds de construction des Ecoles Normales, et pour l'entretien de ces propriétés. Ces dépenses s'élèvent à $200,896.21. Ce document est signé par M. le Secrétaire du département de l'Agriculture et des Travaux publics.
Enfin les statistiques dressées par MM. les Principaux des Ecoles-Normales, et remises aux membres du Comité Catholique par M. le Surintendant, en Février dernier, tout incomplètes qu'elles sont, nous ont cependant donné un chiffre bien important, qu'il nous était impossible de trouver ailleurs, pas même dans les rapports annuels de M. le Surintendant de l'instruction publique où l'on en trouve à peine quelques traces : c'est celui des revenus propres des Ecoles-Normales par les pensions des élèves-maiires, les contributions des Ecoles-modèles annexes, et par quelques autres petits revenus non spécifiés : ils s'élèvent à 1158,316.82.
Nous devons cependant faire remarquer que ce montant est incomplet. L'Ecole l^aval n'y est porté que pour dix ans pendant lesquels elle a reçu de cette source $47,870.72 et il manque les 15 premières années qui ont dû produire au moins $50.000.00. Mais nous n'eïi avons pas tenu compte, afin de n'établir nos calculs que sur des chiffres positifs et officiels.
En faisant la somme de ces trois sources de revenu, il ajopert que la recette totale des trois Ecoles Normales, depuis leur fondation en 1856 jusqu'à 1880 inclusivement, a été de $1,319,807.26, dont il faut retrancher $49,820.36 pour remises faites au gouvernement sur les revenus propres des Ecoles. Ce qui laisse une balance réellement dépensée pour les trois Ecoles-Normales de $1,269,986 90.
Ainsi les trois documents officiels ci-dessus mentionnés et reproduits aux pièces justificatives. Nos. 1, 2, 3, constatent que les Ecoles-Normales actuelles ont coûté plus de un million deux cent soixante-neuf mille i^iastres ($1,269,000) dans les 25 années de leur existence.
Sur ce montant le gouvernement a payé $1,111,670.08,
et les revenus propres des écoles-Normales ont fourni la balance qui est de $158,316.82.
Ces dépenses se classent comme suit :
1*^. Les dépenses c/«/-/aw^.s' de construction comprenantl'achat des terrains, la construction des édifices, leur ameublement. Elles s'élèvent à $269,535.80, et forment un capital dont l'intérêt à 5'^/<5 s'élève à .$13,476.17, que le gouvernement paie annuellement. Nous n'avons pas tenu compte de cet intérêt dans l'aperçu du coût général des écoles pendant les 25 années écoulées ; mais nous l'avons fait entrer en liu'ue de compte dans l'aperçu du coût de ces Ecoles pendantles trois années 1878,1879 et 1880.
2o. Les dépenses pour le soutien et \<à fonctionnement des Ecoles-Normales. Elles s'élèvent à $1,000,451.10, pour les 25 années. Ce qui donne une moyenne annuelle de $40, 018.04.
Or la moyenne annuelle des élèves qui ont fréquenté ces écoles pendant ce temps étant de 231, il s'ensuit que chaque élève a coûté $173.24 par année. C'est plus de deux fois la x^ension c[ue paient les élèves dans les Collèges- Classiques qui est en général d'environ $80 ; avec la différence importante cependant, que ces $80, sont payées par les parents ou les protecteurs de l'élève des Collèges- Classiques, tandis que les $173.24 de l'élève des Écoles-Normales sont payées par le gouvernement.
Mais dira-t-on, les Collèges-Classiques ont aussi eux reçu des subventions annuelles du gouvernement ! C'est vrai, mais ces subventions ont surtout été employées à fonder peu à peu ces Collèges. Voici d'ailleurs dans quelles proportions ces allocations ont été faites depuis 25 ans à ces établissements. Le gouvernement a donné pour [a fondation et le soutien des Eco/ es- Normales $1, 111,670. 08,ce qui fait $192.19 par élève, puisque ces Ecoles ont été fréquentées par 5,784 élèves pendant ces 25 années. Pendant le même temps, il a donné aux Collèges-Classiques $344,652.00. Ce qui fait $6,83 par élève, puisque ces Collèges ont été fréquentés pendant ce temps par 50,460 élèves. C'est-à-dire qu'il a donné 28 fois plus aux Ecoles-Normales qu'aux Collèges- Classiques, eu égard au nombre des élèves qui les ont fréquentés. Yoilà certes des chiffres qui ont leur éloc|uence et leur logique pour prouver que les Ecoles-Normales coûtent cher ! (Voir le No 4 des pièces Justificatives.)
Mais on aimera peut-être à savoir quelle a été la part de chaque Ecole-Normale dans ces recettes et ces dépenses. Nous renvoyons ceux qui aimeraient à avoir des détails, au No 4 des pièces justificatives, où nous avons récapitulé ces chifï'res. Nous nous contentons de dire ici que la moyenne annuelle des dépenses de chacune de ces écoles seulement pour leur soutien et leur fonctionnement, et sans y comprendre rien du fonds de construction, a été comme suit :
lo. Ecole Jacques-Cartier $13,514.05 Cts
2o. Ecole Laval 13,357.51 "
3o. Ecole McGill 13,146.48 "
Donnant pour les 3 écoles une moyenne de... $40,018.04 Cts
Ainsi la plus forte dépense pour le fonctionnement de ces écoles a été faite par rp]cole de Jacques-Cartier et la plus faible par celle de Mctfill.
Voici maintenant la moyenne annuelle des élèves qui ont fréquenté chacune de ces écoles j^endant ces 25 ans.
lo. Jacques-Cartier 48 élèves
2o. Laval 96 "
3o. Mcaill 8Y "
Moyenne des trois Ecoles 231 élèves
Ce cjui donne pour chaque élève de ces écoles la dépense annuelle moyenne qui suit :
lo. Jacques-Cartier $281.54 Cts
2o. Laval 139.14 '•
3o. McGill 151.11 "
Ceci peut expliquer pourquoi M. 1" Abbé Verreau trouve ques les écoles à bon marché sont une utopie. Mais continuons, et voyons ce qu'ont coûté les Ecoles Normales dans les trois dernières années 1878, 1879 et 1880.
CouT DES Ecoles-Normales pendant les trois dernières ANNEES 1878, 1879 ET 1880.
La marche ascendante des subventions annuelles du Gou.vernement pour le soutien et le fonctionnement des Ecoles Normales, démontre que les dépenses de ces institutions ont aussi augmenté dans la même proportion, de sorte que les dernières années ont dû entraîner des dépenses bien plus considérables que les premières. Par conséquent, l'exposé que nous venons de faire de la dépense moyenne de ces écoles pendant 25 ans est insuffisant i^our nous faire juger sûrement de ce qu'elles coûtent aujourd'hui.
Il faut donc, si l'on veut avoir une connaissance exacte des dépenses qu'entraîne actuellement le fonctionnement de ces écoles, prendre la dépense moyenne des dernières années. C'est ce que nous allons faire présentement en suivant la méthode que nous venons de voir. Nous renvoyons aux pièces justificatives, No. 7, ceux qui aimeraient à connaître les détails de ces dépenses pour chaque école. Nous avons porté à la charge de ces dépenses l'intérêt que le gouvernement paie chaque année pour le fonds de construction. La dépense totale de ces trois années a été de $204,039, 40cts, donnant une moyenne pour les trois écoles de $68,013.13, ce qui donne pour chaque élève une dépense de $213.20 cts.
Ainsi dans les trois années qui viennent de s'écouler, chaque élève des Ecoles-Normales a coûté en moyenne $213.20 cts par année.
Voici la part de chaque école dans cette dépense :
1 Jacques-Cartier $25,032.26 cts et par élève $385.11 cts
2 Laval 21,975.27 cts " " 199.77 cts
SMcGill 21,001.59 cts " " 146.86 cts
Yoilà réellement ce que coûtent actuellement chaque année le soutien et le fonctionnement des trois Ecoles-Normales !
On remarquera avec surprise que le coût d'entretien et de fonctionnement de l'Ecole Jacques-Cartier est plus élevé que celui des deux autres en la comparant au nombre de ses élèves. Cela est dû surtout à deux cau.ses, la première est sa large part de l'intérêt sur le fonds de construction, à rai-
son des plus grandes dépenses qui ont été faites pour ses édifices, et la seconde vient du petit nombre de ses élèves dont la moyenne pour les trois années n'est que de 68, tandis qu'elle est de 110 pour Laval et de 144 pour McGrill ; car il est évident que dans le partage d'une somme, les parts sont d'autant plus grandes que les partageants sont en plus petit nombre.
Causes de ces grandes dépenses.
Mais on demandera pourquoi ces Ecoles-Normales coûtent si cher ? et pourquoi leurs dépenses ont toujours été en augmentant depuis leur établissement, tandis que les Collèges Classic^ues des Prêtres, les Collèges industriels des Frères, et les Académies de filles tenues par les religieuses, ne recevant que de très faibles subventions du gouvernement, se soutiennent cependant, et arrivent presque tous, après quelques années, à un état de prospérité qui fait l'honneur de notre pays, et assurent l'avenir de l'éducation, et surtout de l'éducation supérieure ?
Cette différence si tranchée et si évidente de l'.administration économique de nos institutions ecclésiastiqvies et religieuses.et de l'administration dispendieuse des Ecoles-Normales, vient de la différence du principe sur lequel on a assis ces institutions. Dans les institutions ecclésiastiques et religieuses le principe qui est à la base, et au sommet de l'édifice, c'est le dévouement ! Dans les écoles normales au contraire, le principe qui règne dans l'institution du sommet à la base, c'est Vintérêt personnel. M. l'Abbé Verreau n'a pas hésité à le proclamer dans ses remarques sur notre mémoire, en disant que " les écoles à bon marché sont une utopie.'''
Non, Dieu en soit béni ! pour les pauvres et les déshérités de la fortune, les écoles à bon marché ne sont pas une utopie. Au contraire, elles sont une grande et consolante réalité qui a toujours fait l'honneur de l'Eglise Catholique, et de ses ordres religieux enseignants. Ce sont les écoles à bon marché et même gratuites des moines du moyen-âge qui ont instruit et civilisé les barbares de l'Europe. Ce sont les écoles à bon marché que S. Concile de Trente a près-
crites aux Evêqnes dans la formation des Séminaires pour le recrutement du Clergé, en leur enjoignant d'y recevoir gratuitement les enfants pauvres qu'ils croiraient appelés au sacerdoce. Ce sont les écoles à bon marché qui ont fondé dans notre heureux pays ces magnifiques établissements d'éducation que l'on appelle les Séminaires Classiques, les Collèges industriels, les Couvents, et qui font la joie de nos religieuses familles, l'honneur de la religion et la force de notre peuple. Ce sont ces institutions bénies qui assurent notre avenir national, en donnant à l'Eglise son sacerdoce, et à l'Etat, la classe dirigeante de la société. C'est ce qu'il est facile de prouver par la comparaison de l'efficacité de ces diverses institutions, qui ont eu une si faible part dans les largesses du gouvernement pour l'éducation, avec les minces résultats auxquels sont arrivées les Ecoles-Normales si largement rétribuées, après 25 ans de travail.
Le relevé, que nous avons fait faire dans les rapports sur l'instruction publique, des carrières embrassées par les élèves sortis des diverses institutions pendant la période de 19 ans, donne les résultats suivants : (No 8 et 9).
lo. Les écoles à bon marché, c'est-à-dire, les Collèges Classicjues, industriels et les Couvents ont donné à l'Eglise pendant ce temps 967 prêtres et 159 religieuses, formant un total de 1126 personnes consacrés au service de l'Eglise. (Les religieux n'ont pas été mentionnés dans ces statistiques.) Les mêmes écoles ont donné à l'Etat pendant le même temps, pour les professions libérales, le commerce et l'industrie, 422Y sujets, et pour l'enseignement : maîtres et maîtresses laïques, 1949, formant un nombre total de 6176.
2o. Les écoles à haut prix, c'est-à-dire les écoles normales, ont donné pendant le même temps à l'Eglise 26 prêtres et religieuses, et à l'Etat, dans les professions libérales, le commerce et l'industrie, 24 sujets, et dans l'enseignement 746, total 770.
En devix mots, les écoles à haut prix, pronées par M, l'Abbé Verreau, ont donné en 19 ans ipour le service de l'Eglise et de l'Etat 796 personnes, et les écoles à bon marché, qui ont coûté beaucoup moins que les autres, en ont donné
Ceux qui aimeraient à s'assurer de l'exactitude de ces calculs, peuvent voir les pièces justificatives. Nos 8 et 9, extraites des rapports annuels sur l'instruction publique.
Yoilà qui peut aider à juger avec connaissance de cause la valeur de ces deux systèmes d'éducation.
D'ailleurs rien n'est plus facile à démontrer en fait, et par des chiffres officiels, que le jyrmcipe du dévouement dans Vœuvre de Véd;ucation, est la véritable source de la prospérité de nos institutions classiques, commer'dales, indnstrieUes et académiques, confiées aux prêtres et aux ecclésiastiques, aux religieux et aux religieuses ; comme aussi le principe contraire de V intérêt personnel, qui fait de cette œuvre snhlime un métier, est la cause réelle des grandes dépenses qu'ont entraînées les Ecoles-Normales.
La seule différence que l'on constate entre les traitements des directeurs et des professeurs employés dans ces deux classes d'institutions, suffit à expliquer la prospérité des premières et les lourdes dépenses des dernières.
En effet les états financiers de l'instruction publique pour 1878-18*79-1880, font voir que le salaire des directeurs et des professeurs a été en moyenne de ^748 17 par année, (P. J. No. 10) tandis que celui des mêmes personnes dans les collèges-classiques n'est que de $180.00 ; en y comprenant la pension, et encore moins dans plusieurs de ces maisons.
C'est donc une différence de $568.17 par chacune de ces personnes, en faveur de ces dernières instirutions. En d'autres termes, c'est un présent annuel de $568.17 que chaque prêtre et ecclésiastique de nos maisons de haute éducation fout à leur Aima Mater tous les ans !
Or, dans nos collèges classiques, le nombre des directeurs et professeurs s'élève ordinairement à 16, et même audelà ; il s'en suit donc que ces maisons reçoivent de cette source inépuisable du dévouement, lajolie valeur de $9,088.00 qu'elles auraient été obligées de payer à ces prêtres et à ces ecclésiastiques, en suivant le système prôné par M. l'Abbé Yerreau. Après 25 ans, ces bienfaiteurs généreux ont donc la consolation d'avoir assuré à la maison de leurs affections, la belle fondation de $227,200.00 ! !
Voilà tout le secret de la vitalité et de la prospérité de nos superbes établissements de haute éducation, collèges classiques, industriels, commerciaux et académies de filles. Car ce que nous venons de dire des prêtres et des ecclésiastiques, doit se dire également des religieux et des religieuses dévoués à l'enseignement.
Aussi notre peuple, témoin de ces généreux dévoue-
.ments '^mi lui assurent de sï précieux avantages pour l'avenir de sa :JÉ5uiiesse, ne maa'que pas de les seconder de toutes ses force*, et d'aider efficacement à la construction des édifices nécessaires à ces diverses institutions.
Voy«&ns luainteuaut ce qu'a produit le système de prédilection'de M- TAbbé Yerreau, appliqué aux écoles normales depuis :2o ans,
Chaqïie directeur et professeur de ces écoles a donc reçu .annuellement en moyenne $568.17 de plus que ceux des collèges classiques, et comme ils sont au nombre d'environ .81, d'après lies états financiers de ces dernières années, il .s'en suit que ces écoles ont à leur payer, de plus que les collèges-classiques, la somme de |17,603.2t par année pour les 3 écoles, <ei après 25 ans la royale somme de $440,081.75^ (donnant à ckaque école $146,693.92.
Si le dévoilement provoque la générosité, comme nous le soyons pour nos collèges et nos couvents, nous pouvons dire que l'intérêt personnel produit l'efïet contraire. De laces dépenses extravagantes que nous avons remarquées sur <piel(|^ues points, et qui doivent voiler certaines spéculations qu'il itérait intéressant de connaître : telle que la dépense de .$24,949.77 pour l'ameublement d'une seule maison d'école ïiormaie fréquentée par une soixantaine d'élèves.
Un autre inconvénient de ce système est le trop grand nombre de ces professeurs pour le personnel des élèves. On ne se contente pas de les payer trop cher, on les multiplie inutilement. Les rapports sur l'instruction publique portent à 49 le nombre de ces professeurs pour 306 élèves que comptaient les trois écoles normales, ou un professeur par six élèves. C'est au moins trois fois plus que dans les collèges classiques. Nous n'avons pu trouver le salaire de ces 17 professeurs surnuméraires qui ne sont point mentionnés dans les états financiers.
Avec une telle prodigalité on ne doit pas être surpris que les trois écoles normales, après une existence de 25 ans, aient absorbé l'énorme somme de 1 million 269 mille 986 piastres, sur laquelle la province se trouve aujourd'hui grevée d'une dette de $269,535.00 pour le fonds de construction/ portant un intérêt annuel de $13,476.79 !
En compensation, la province reçoit aujourd'hui les services 416 maîtres et maîtresses d'école sortis de ces établissements !
Nous avions donc raison de dire dans notre mémoire, que c'était semer beaucoup pour récolter peu.
Et nous concluons, qu'à ce point de vue, le système suivi dans ces écoles normales est défectueux, et qu'il coûte trop cher.
Voyons maintenant quelle a été l'efficacité de ces écoles, et si elles ont atteint le but que se proposait le gouvernement en les fondant.
YII
Inefficacité des Ecoles-Normales actuelles.
Ce que nous venons de dire sur le coût des Ecoles-Normales démontre bien qu'elles coûtent cher ; mais coûtentelles réellement trop cher ? C'est-à-dire, les services qu'elles rendent à la cause de l'enseignement dans les écoles primaires et secondaires offrent-ils au gouvernement une juste compensation pour les grands sacrifices qu'il a faits pour les fonder, les wutenir et \eB faire fonctionner ? Aurait-il été possible d'obtenir un meilleur résultat en adoptant un système plus économique ?
C'est ce que nous allons examiner présentement. Malheureusement nous n'avons pas, pour cette seconde recherche, des documents aussi précis et aussi complets que ceux qui nous ont été communiqués pour la partie financière. Néanmoins ce que nous avons pu trouver dans les statistiques de MM. les Principaux sur ce sujet, dans le rapport annuel de l'Hon. Surintendant sur l'instruction publique, et dans le Guide de Sadlier pour 1880, suffira pour donner une réponse solide et concluante à ces questions.
Voici d'abord en quels termes le gouvernement a exprimé le but qu'il se proposait en décrétant l'établissement des écoles-normales eu cette province.
'• Le gonyernenr en conseil pourra adopter toutes les " mesures nécessaires pour l'établissement, dans le Bas-Ca- " nada, d'une ou de pkisieurs écoles-normales, renfermant " une ou plusieurs écoles-modèles, pour instruire les imtit?/.' " te?irs cféco/eK communes et les former à l'art de l'enseigne' " ment." S. li. B. C. p. 66.
Ainsi l'instruction des maîtres et des maîtresses d'écoles communes, primaires et secondaires, leur formation à l'art d'enseigner et de bien tenir une école, voilà le but précis que s'est proposé le gouvernement en décrétant l'établissement des écoles-normales.
Maintenant les écoles-normales ont-elles bien répondu aux vues sages du gouvernement, et ont-elles donné à l'enseignement depuis 25 ans un nombre de maîtres et de maîtresses bien formées, et proportionné aux grandes dépenses* qu'elles ont entraînées '^
Dans les statistiques de MM. les Principaux de ces écoles, le nombre total des maîtres et maîtresses laïques est porté à 3971, et celui des maîtres et maîtresses religieuses, d'après le Gruide de 8adlior et les renseignements reçus directement de quelques communautés elles-mêmes, s'élevait, en 1880, à 2114, donnant un grand total de 6,085 maîtres et maîtresses laïques et religieux. Or, de ce nombre, 416 venaient des écoles-normales, ce qui donne environ 7 par cent venant des écoles-normales, et 93 par cent venant des autres institutions. Comme on le voit, c'est peu ! (P. j. N°. 11)
Education Superieuke.
Voici un autre calcul extrait des rapports de l'instruction publique à l'article de l'éducation supérieure. Il y a nn tableau intitulé : " Carrière embrassée par les élèves sortis depuis deux ans." Nous avons fait extraire ce qui re-garde lo. Les collèges classiques, 2o. Les collèges industriels, 3o. Les académies de filles ou couvents. 4o. Les écolesnormales. (V. p. j. Nos. 8 et 9.)
Nous avons pris le nombre d'élèves indiqué à chaque année pour 4 carrières : lo l'état ecclésiastiques : 2o les professions libérales ramenées à un seul chiffre ; 3o l'enseignement ; 4o le commerce et l'industrie. Nous avons compris d'après l'expression " sortis depuis deux ans " que chaque chiffre représente les élèves de deux années qui ont embrassé la carrière indiquée, et pour avoir le nombre annuel, il faut diviser ces nombres par deux. Il y manque six années et la moyenne a été prise sur 19 ans.
Or, voici le bilan que ces tableaux nous ont permis d'établir. Pendant ces 19 années, les collèges classiques, les collèges industriels et les couvents ont donné à ces diverses carrières les sujets suivants :
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Bilan des Institutions d'Education supérieure subventionnées par le Gouvernement.
CoLLÉOKs Classiques, Collèges Industriels, Académies de Filles
Subventions. Elèves.
lo. 16 Collégos classiques $344,652.00 50,460