‹ Réponse de l'auteur de L'histoire de l'expédition de Russie, à la brochureChapitre 1 sur 2 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

à la brochure intitulée LA VÉRITÉ SUR L^mCENDIE D£ MOSKOU.

Le comte Rostopchin avait long-tems gardé, relativement au rôle qu'il joua en 1 8 12, un silence que l'on pouvait considérer comme une approbation tacite , sinon de tout ce qui avait été écrit sur son compte , du moins de cette assertion principale : qu'il avait préparé et fait ^.xécuter l'incendie de Moskou ; il n'était donc point nécessaire d'apporter de preuves à l'appui de faits que personne ne contestait , et d'ailleurs il serait trop long de tout prouver et d'indiquer toutes les sources où Ton a puisé. L'historien en est cru sans entrer dans tant de détails lorsque l'on est convaincu de sa bonne foi et qu'on, a bonne opinion de son Jugement ; il exerce , ainsi que le dit Mably , une sorte de magistrature.

Depuis que mon ouvrage a été publié, le comte Rostopchin a fait paraître une brochure intitulée : la T^ériié sur VIncendie de Moskou, dans laquelle il nie (|uHl ait prépstté et fait exécuter l'incendie de cette capitale, et conteste la véracité d^une partie de ce que j'ai publié à ce m^tX. le me vob donc contraint d'apporter des preuves à l'appui de cette partie de l'histoire de l'expédition de Russie. J'y serai conduit naturellement en examinant la brochure du comte ; elle peut se diviser en deux parties : la réfutation dès vingtième et vingt-et-unième bulletins , dont je ne m'occuperai point, parce que je forabe d'accord dû peu dé foi que l'on doit ajouter aox bulletins; et la réfutation de plusieurs faits rapportés dans mon ouvrage. C'est cette dernière partie que je vais examiner.

Le comte convient que le ilomitié Schmïdt, qui prétendait avoir trouvé le moyéii de construire des ballons, s'occupait à eil constnrire un , et , par esprit de charlatanêrie , exigeait le secret de son travail. Il ajoute qu'on a donné trop d'importance à l'histoire dé ce ballbfi afin de jeter du ridicule sur les Russes' , mais que Tes jocrisses sont rares parmi eux, et qu'oti n*aurait jamais persuadé à un habitant de Moskou

que et Schmidt détruirait Tarmëe française avec un ballon pareil à celui dont les Français se sont servis à la bataille de Fleuras.

Des plaisanteries ne sont point des raisons : toujours demeure-t-il constant qu'un nommé Schmidt , prétendant a^oir un secret pour détruire l'armée française , a été adressé , par le gouvernement russe , au comte Rostopchin ; <|ue ce dernier l'a installé dans le château de Worontzow, situé a environ huit wefstes de Moskou; qu'il a mis à sa disposition de l'argent , des ouvriers , de la poudre et d'autres matières combustibles ; qu'on ne laissait pénétrer personne dans les ateliers de Schmidt ; qu'il a d'abord trataillé à un grand ballon dont les Français ont trouvé l'a carcasse ; enfin , que l'unique but de l'une des proclamations que lé comte avait adressées aux habitas de Moskou , était de les avertir de ne point s'ilnquiéter des préparatifs qui se faisaient à Worontzow ; qu'on y construisait un ballon qui contiendrait cinquante hommes €t était destiné à porter la destruction au sein de l'armée française.

Ces faits me sont prouvés par l'unahiriiité Jes récits des persoirties qui habitaient Moskou avant l'incendie. Deux d'entre elles , émigrés fra^çai^ , fités actuellement en France , m*0nt

donné ces renseignemens par écrit : l'un , ecclésiastique très-instruit, était resté à Moskou pendant l'occupation des Français ; l'autre , qui avait quitté cette capitale pour se retirer à Wladimir, rencontra, pendant qu'il se dirigeait sur cette ville , les ouvriers et artificiers qui avaient travaillé dans le château de Worontzow. Tous deux ont vu , après le départ des Français , plusieurs agens de police qui avouaient avoir été employés à l'incendie de Moskou ; enfin , ils pensaient , et c'était une opinion généralement répandue parmi les habitans de Moskou , que les fusées et matières inc€ndiaires trouvées dans les maisons et entre les mains d'individus que l'on surprit mettant le feu avaient été préparées par Schmidt , et que le ballon dont on avait tant parlé n'était qu'un moyen de tromper les habitans de Moskou sur les travaux qui s'exécutaient au château de AVorontzow. Effectivement , si le comte a pu nourrir quelque tems l'espérance de nuire à l'armée française avec ce ballon, il a dû être prômptement détrompé.

2®. Quant aux pétards qui étaient dans un des tuyaux de poêle de l'hôtel du comte , je ne saurais prouver qu'il les y a fait mettre , mais je puis prouver qu'ils y ont été trouvés par

Taide de camp du comte de la Borde , qui de-* meurait alors dans cet hôtel ; c'est de lui-même que je tiens ce fait , et je connais quatre personnes qui peuvent l'attester. Les tuyaux dans lesquels on trouva ces pétards étaient de terre cuite , et d'un diamètre plus grand que ceux que l'on emploie ordinairement en France. Les pétards étaient oblongs , et avaient environ neuf pouces de longuet trois de diamètre au milieu.

3". Le gouverneur de Moskou remplissait , un devoir en emmenant le corps des pompiers ; mais dans quel but faisait-il emmener les qua^ tre-vingt-seize pompes et tous les instrumens destinés à arrêter les incendies , tandis qu'il abandonnait de la poudre , des munitions , de l'artillerie, des projectiles et. d'autres objets qui auraient été si utiles aux Russes , et qui étaient si précieux pour les Français ?

4®. Le comte Rostopchin raconte que trente Russes , qui avaient été arrêtés dans différens endroits , furent conduits , sous forte escorte , sur le boulevart, devant le couvent de Pétrowski , qu'on les rangea sur une seule ligne , et qu'après en avoir compté treize , par la droite , on les fusilla ; que les dix-sept autres furent renvoyés. Ces détails , dit-il , lui furent

doni)é$ par trois de ces derpiers, qu'U qiie$tionna séparément • lors à/d sqn retour à AJ[oskoq. Il termine par cette reflexion ; » Le récit » de ce$ gens ( s'il eirt vrai ) ferait croire q^e » personne ne le$ a interrogés , et que les treize » ont été fusillés par ordre suprême. ?>

Ces gens ont trpmpié le comte !^jpstppcl)inr Je ne me suis point contenté , pour détririre une imputation aussi grave ^ de consulter le jugement imprimé , ce qui a été écrit sur cette md tière , et la notoriété publique. Plusii^yrs des membres du conseil de guerre qui jugea h^ incaidiaires existent encore , et habitent différentes parties de la France. Je leur ai demandé des renseignemens , ik me les pnt transmis par écrit. Toutes ces recheriches m^pnt fait connaître que Napoléon , désirant donner au jugement des personnes accusées d'avoir incendié Moskou toute la solennité et toute )^ publicité possible dans les circpnstimces ou |'on se trouvait , ne voulut pas qu'ils fusf enit jug^C^ pré vôtalement , ainsi que cela deyait naturellement arriver. Il nomma une coHunission militaire , composée de six men[ibres, tous généraux ou officiers supérieurs ; h général de brigade comte Lauer j grand prévôt de l'armée , en était prudent , et un procu-^

reur impéridj!, le gépéral de brigade comtie Monthion , fut place près de cette commission ppujp veiller à ce que toutes les formalités fussent exactement remplies. Quoiqu^un asse;^ grand nombre 4^individus eussent été arrêtés , vingt-six seulement furent traduits pardevant la commission ; le désordre qu^oce^sionnait riaceadie fut cause qu^un plus grand nombre encore échappa ou fut confondu parmi des prisonniers, avec Ip &qqels quelque3-uns d'entre eux furent mêlés. Le soldat immola aussi , et sur le lieu même , plusieurs de ceux qu'il surprit en flagraut délit. Par suite du désordre , beaucoup des objets qui auraient ajouté à la conviction , tels que des mèches et autres nnatière^} incendiaires , ne purent être mis sous les yi^uii: de la cpiQr?f i^sipn ; mais il en fut question da^s les diéçlarations des témoins. Ou mit néai|nu>in3 sous ses yeux des espèces de nid3 , fprméj» dç paille çt d[ç chanvre , qui enveloppaieiitl: du soufre et de Tamadou. Ces nids à feu avaient été t^auvés au moment ou quelquesuns des accusés les plaçaient entre le toit et le plancher des greniers. Cela explique pourquoi Je jTeu commençait souvent à se manifester par les toits. Le chef d'escadron de la gard^ » Weber , qui remplissait les fpi^ctions de ra{^or-

teur de la commission , avait trouvé lui-même tin de ces nids , dans une maison voisine de plusieurs autres qui s^embrasaient par le toit^ quoiqu'elles fussent à plus de deux cents pas ^ au vent , de celles qui brûlaient , et quoique le vent soufflât alors avec violence. Les nids à feu, dont je viens de parler, furent le moyen que les incendiaires employèrent le plus communément.

La commission , chargée de juger les individus qui avaient été arrêtés comme incendiaires , se réunit dans le palais Dolgoruki ; toutes les formalités de la procédure furent remplies autant que le permettaient les circonstances et les embarras du moment. Si Ton en croit le»

déclarations des accusés , l'un d'eux était lieute* nant d'infanterie , plusieurs étaient soldats de police , les autres appartenaient aux dernières classes du peuple , un seul était du nombre des malfaiteurs que Ton avait mis en liberté la veille de l'arrivée des Français. Quelques-uns déclarèrent qu'ils avaient mis le feu par ordre , sans vouloir ou sans pouvoir s'expliquer davantage ; d'autres par ordre d'agens de police. Dix des vingt-six accusés furent condamnés à mort ; seize à être détenus , parce qu'il n'y avait point de preuves suffisantes , et en outre à assister à

Inexécution. Ce jugement fut rendu le 24 sep« tembre. Le lendemain , les condamnés extraits de la prison de la prévôté , qui était sur la place dite le Champ des Demoiselles , furent conduits près d'un grand couvent situé tout près de là ; leur sentence traduite en langue russe leur fut lue, et reçut ensuite son exécution. On attacha leurs cadavres à des poteaux , sur chacun desquels on plaça un écriteau avec ces mots en français et en russe : incendiaires de Moskou*

S^. Le comte Rostopchin affirme que les malfaiteurs détenus dans les prisons de Moskou furent envoyés à Nijnei Nowogorod.

Tous les habitans de Moskou auxquels j'ai parlé de ce fait , et qui en avaient connaissance , tombent d'accord qu'on fit partir une partie de ces malfaiteurs ; mais ils ajoutent qu'il en resta un assez grand nombre qu'on mit en liberté immédiatement avant l'arrivée des Français^

L'exil de quelques étrangers est encore plus facile à prouver parce que leurs compatriotes , comme eus habitons de Moskou, m'ont certifié ce fait ; ' il peut d'ailleurs être- attesté par ceux même qui essuyèrent cet exil , puisqu'une partie d'entre eux existe encore.

Ce que j^ai publié de l'affaire de Wérischadin est conforme à ce qu'en ont rapporté tou^

■;Vj> s \

1^ pgivrage^ où «e toouYe racontée 32^ fin tragi-qnif^ , et À M que m'en ont d^ ^^i^i mirs per^onoe^ qui habitiaient alons Moakou. Le 4:owte pi^tend « qpe le père dç ce jeune homme élait si indi- » gué 4e la conduiti^ de son fil^ qu'il voulait » )e tuer 4e /sa propre maip. » Gel^ n'e^t gi^ère d'aiçcprd avec ce qui m'a été dit et écrit • que ce père infortuné avait, après lis départ de^ Français , ^ompi^ juridiquei^nt le comte Ka$r lopchin de lui rqppr^epter spn fil^.

L'on m'oyait dit que le comt« *yait feit prévemp: quelqu^^ personnes de sa co^nav^sai^ee , qui semblaient vouloir rester à MoskQu , qu'om mcendjLerait cette capitale. Un muI f^it à Vappui de qette ^Si^ertion e^t venu à ma connaifisa^cc. Le SiQQdteur ^^^.fut prévenu aiipi^i 4e U part dn cpmtç par un ^oust-ofAcier de )a pojiice et quitta aussitôt Mosl^ou. Je tiens ce fait 4^ l'eçclépiafi-

tique dpnt j'ai p*rl« qni demeiv-^iti ^Iftps çfee?

4^e sénateur, ie, sais dWUenrs quQ|)l^i(4r9 personnes i^oneidérables, ignorant le yéirita^lf? ét»t

4e* chpseà et ie sort qui menaçât M^sl^pu^ ne quittèrent cette capitale que?la veille de l'arrivée dee Français 9 quelques-uns même dans la matinée seulement qui précéda cette arrivée, 6**, Aprèsavoir nie qu'il ait eu aucune participation à l'incendie 4^ Mpskou, le comte Ro^

topchin Tattribue an% ajccidens qui ré»^ltai^|: de la présence d'une iarmée àam une ville pre^sque abandonnée, et au dérouement des hal)itans <{ui mirent eMX-méme» le feu à leurs maisons*

Il y eut néeessairement des incendies qui résultèrent d'accidens ; mais avec les précautîidns que Ton avait prises et les ordrjçs qiii furent donnés pour la conservation dpMoskou, onse-r rait parvenu à se rendre maître du feii. Ce n'était pas le soldat qui mettait le feu à toutes les maisons d'une m^e rue à la fois, maisons souvent isolées et dont quelques-unes étaient de misérables chaumières qui ne contenaient rien qui pût tenter sa cntpidtté. Ce n'était pas aon plus le soldat qui mettait le feu aux hôtels occupés par des généraux qui prenaient, eùi et leur suite, toutes les précautions imaginsi^bli^s contre le feu. Ce n'était pas non plus les pro*priétaires qui brûlaient leurs maisons , car il n'était reslé ^e propriétaires que des étrimgçrs qui s'adonnai^t au commerce { et loin de brûter eux-rmémes leurs maisons , ce fut souvent par leurs soins et par ceux des intendans restés dans les maisons que furent arrêtés une partie des incendiaires. £n supposant qu'un homme ait été assez fou pour brûler sa maison , parce

qu^on prenait une voiture sous sa remise , on nepeut pas en conclure qu'il se soit rencontré un assez grand nombre de pareils fous pour mettre le feu à la fois à des milliers de maisons. Cette supposition est d'ailleurs détruite par ce fait, que pas un des incendiaires arrêtés n'était propriétaire. Quant au pillage méthodique , il ne fut organisé qu'après l'incendie ; et les recherches s'exerçaient dans les caves seulement, tous les bâtimens conservés étant alors occupés par des militaires qui défendaient ce qui s'y trouvait comme leur propriété»

Voici deux anecdotes qui viennent à l'appui de mes assertions : le second jour de l'incendie > un Français de ceux qui habitaient Moskou et étaient restés dans cette ville , vit dans la rue Pokrowka , alors déserte , un homme do peuple qui , en cassant des carreaux de vitre , introduisait dans les maisons ou dans les bâtimens qui en dépendaient des matières incendiaires. « A quoi penses-tu , malheureux , lui dit-U , de brûler toi-même ta ville et de ruiner ainsi ton pays? — Comment donc? répondit -il; cela est ordonné : Kac cie batuchka véléno. »

Une sage-femme allemande était restée dans une petite maison qu'elle avait acquise à la suite de longues économies ; un ramoneur ar-

rive et veut y mettre le feu ; elle le supplie de ne pas livrer aux flammés cette maison, qui contenait tout ce qu'elle possédât au monde.

Il fut inexorable et' y mit le feu , en lui disant : « Cela est ordonne'* »

Je tiens la première anecdote de la personne même qui apostropha l'incendiaire , et la seconde , d'une personne qui l'entendit raconter à la sage-femme ; ces deux personnes existent. J'aurais pu recueillir plusieurs anecdotes analogues à celles que je viens de raconter, mais, ne prévoyant point qu'elles pussent m'être un jour de quelque utilité, je ne m'en étais jamais occupé.

7" Abordons actuellement la question de l'incendie, question déjà résolue pour tous ceux * qui , comme moi , faisaient partie de l'armée de Moskou et furent témoins du désastre de cette capitale : j'espère porter la même conviction dans l'esprit de mes lecteurs.

Loin que Napoléon eût promis à son armée le pillage de Moskou , ainsi que le dit le comte Rostopchin , il prit toutes les mesures possibles pour conserver une ville sur la possession de laquelle reposaient alors les espérances d'une paix selon ses désirs; aussi, le jour où il arriva à Moskou y ignorant encore que la ville était

déserf e > il dit à ceux qui Tento uraient : « Avec une ville immense telle que celle-ci, on obtient ce qu'on veut. »

Par suite des mesures que Napoléon avait prises , les premières troupes qui pénétrèrent dans Moskou conservèrent beaucoup d'ordre , quoique ce résultat fût difficile à obtenir avec des soldats affamés qui se trouvaient au milieu d'une ville abandonnée. L'armée entière était pénétrée de l'intérêt qu'elle avait à la conservation de Moskou ; aussi les premiers incendies qui parurent répandirent-ils une sorte de stupeur générale. Napoléon , les attribuant à des accidens , en témoigna un vif mécontentement et ordonna d'employer les troupes à les étéin- <fre ; ce fut aioï'S qu'on apprit que les pompes , les seaux et tous les instrumens' à incendie aVaieïit été enmienés. On parvint néanmoins à saul^r une partie des caves du magasin aux eaux -de -vie; mais le nombre dffS incendies s'accroi^sant avec rapidité ^ il feUut renoncer à les éteindre.

L'enlèvement des pompes, là multiplicité des incendies , Tembrasement d'un grand nom^brè de maisons isolées , auxquelles le^ feu n'avisdt pu se communiquer , parce qu'elles étaient situées au véht des maisons embrafsées<: la re-

tïiarque que é^étaitlanuit, et paitiédiièreinieiit dans dés mâlisons abanddntiëes') qtyè àë ncm-^ veatt^ incendies se mànif^staiem et fto^Yei»t]^f les tùiu ; ce qu^avaiettt dit quelqtres Kusseë, peu avatit l'armée des Français ^ qu'on brÀteraôft k ca|)itale , ^'ife s'en emballaient ; toutes ceë cîTCdnstânces réunies^ conipainquireAt que l'incendie était le résultat d'uti^ plan ccMïcerté , qui s'exécutait avec aud^e et perséTérânce. Dès lors , une surveillance générale s'établit ; chae cun veillait à l'habitation où il s'était logé ; on arrêtait et l'on fouillait les individus inconnus que l'on voyait entrer dans les maisons^ eh sortii^ o^ï même rôder autour. Les habitàns étrangers, restés chez: eux^ y attirèrent des militaires ^ et exercèrent aittsi la mirveillanèé la plus active ; aussi le qùatt'tier qu'ils hàlûtaient fut-il presqu'entièrement conservé. Bientôt ori surprit uii grand nombre d'incendiaires en flagrant délit; jfwresque tous étaient soldats de police , Kosaques déguisés v ou appartenaiient aiix dei^ières classés de la société. QueSt^ q\ies-iind ,. alns» ^ je l'ai dit y tattsM traduits à unie coit)tmission utilitaire-; d'aufires y en pkis grand nôinbre , ftn-ent tictin^es de^ laf éolè^ë du^ Soldat ^ qui lèi^ munies suit le Keu même du délk^ J^ai en^tre les inains- àes ^éclarati^n& de

personnes dignes de foi , qui furent témoins de ces exécutions jnilitaires. Moi-même je vis percer de coups un de ces malheureux ; mais loin de m'arrêter, je détournai les yeux. Je ne me doutais pas alors qu'un jour , historien de la mémorable expédition de Russie , j'aurais à apporter les preuves de faits qui me semblaient matériellement prouvés , et dont je ne pensais pas qu'on ôsat jamais contester l'authenticité. Les incendiaires étant frappés de terreur , et les militaires , qui occupaient ce qui restait de maisons, y exerçant la surveillance la plus active , l'incendie s'arrêta enfin.

Que l'on juge actuellement si je ne devais pas croire que le comte Rostopchin avait préparé et fait exécuter l'incendie de Moskou, Etait-il présumable que la police de cette ville l'eût préparé sous les yeux du gouverneur et à son insu? Cette précaution d'enlever les pompes et les instrumens à incendie ; les pétards trouvés dans son hôtel ; sa maison de campagne embrasée par ses propres mains ; l'opinion, unanime des habitans de Moskou que c'était lui qui avait préparé et fait exécuter l'incendie ; toutes ces circonstances réunies ne conduisaient-elles pas naturellement à adopter l'opinion que j'ai émise? Aussi y a-t-il , dans \e^

historiens , beaucoup de faits que Ton ne conteste point , et à Tappui desquels on ne saurait apporter autant de preuves.

8". Presque tous les faits rapportes dans cette note et dans le texte de l'histoire de l'expédition de Russie , concernant le comte Rostopchin et l'incendie de Moskou , trouvent encore une confirmation dans la notice qu'avait écrite sur ces matières l'abbé Suruges , curé de l'église de Saint-Louis à Moskou. L'autorité de cet ecclésiastique, qui avait été témoin oculaire de presque tous les faits qu'il raconte , puisqu'il était resté dans Moskou , est d'un grand poids. Il avait laissé prendre des copies de sa notice à plusieurs personnes ; j'en possédais déjà une lorsqu'on la fit imprimer dans l'ouvrage intitulé : Trophées des armées françaises. Depuis , lorsque le comte Rostopchin publia sa brochure, on réimprima pour y répondre la notice de l'abbé Suruges , sous la forme de lettres au révérend père Bouvet. Ces lettres peuvent effectivement avoir été écrites , car je sais que l'abbé Suruges avait envoyé , dans ses lettres à plusieurs de ses amis , des fragmens de cette notice.

9^. Je terminerai par repousser un reproche que m'adresse le comte Rostopchin ; il prétend

que je n^ai ppiç^t été impartial en ce qui a rapport à lui et à rincendie , et il se plaint du jugement que j'ai porté de son caractère.

Il aurait pu dire que je me suis trompé ou que Ton m'a trompé , mais il ne peut raisonna* blement m'accuser de partialité ; car s'il y a une partie de mon ouvrage où je n'aie ^u aucun mérite à être impartial , c'est assurément cfeUe où il est question du comte et de Tincendie. Son reproche |ie saurait atteindre un auteur qui, servant dans l'arpiée française, a jugé^ avec une indépendance entière , les opérations que. dirigeaient alors plusieurs des chefs aotucjls de cette armée , et qui a été loué de son impartialité par àe$ personnes d'opinions entièrement opposées.

Quant au jugement que j'ai porté du. caractère du comte Rostopchia, il est vrai que jesuis sorti par inadvertance de la règle que je.m'ét^is tracée ; mais parle fait il a peu à se plaindre , car ^i je Iqi ai donné un caractère violent, je lui accorde de la résolution, qualité.rare.et laplus belle que puisse posséder un homme investi de haulieis fonctions dans des circonstances difficiles.

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