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Réponse de Mgr l'évêque d'Orléans a M. le baron Molroguier

Un journal, par la publication la plus inattendue et la moins heureuse , m'a opposé nn acte d'un de mes prédécesseurs ; et après s'en être fait une arme contre l'Eglise, il a provoqué ma réponse. J'ai eu la douloureuse obligation de dévoiler les faiblesses qui avaient inspiré cet acte ; et , rencontrant dans le même temps, dans le même diocèse, sur l'application des mêmes principes , un autre exemple funeste qu'on aurait pu aussi un jour invoquer contre nous, j'ai cru devoir en détruire à l'avance l'autorité; réunissant à dessein les tristes conséquences d'une obéissance servile au pouvoir temporel, et d'une désobéissance grave à la puissance spirituelle, double prévarication qui est en tout temps le péril de la dignité et delà conscience sacerdotale.

Les questions de personnes sont peu de chose, il le faut avouer, au prix de l'utilité et de la nécessité souveraine de semblables enseignements.

Cependant, que des hommes honorables, parents de ceux dont on m'oblige de discuter la vie et les actes, s'émeuvent, je le comprends, et j'honore en eux cette légitime susceptibilité ; je respecte même les expressions les plus vives, les plus injustes de la peine que je leur ai causée malgré moi.

Vous m'avez écrit, monsieur , que, sans le vouloir, j'avais calomnié M. votre grand-oncle, et vous m'avez demandé une réparation pour sa mémoire.

J'aurais eu l'honneur de vous satisfaire immédiatement, si j'avais pu reconnaître que je m'étais trompé.

Xaurais été trop heureux de vous avouer simplement mon erreur, si la vérité me l'eût permis , et d'offrir ainsi à M. votre grand-oncle l'hommage que vous souhaitez, en même temps que la réparation que je lui aurais due; et la communication de la preuve écrite que vous dites avoir m'y eût aidé peut-être, si vous aviez jugé convenable de la donner, soit au public, soit a moi-même.

Malheureusement, pour vérifier de nouveau, autant que vous le pouviez désirer, et qu'il dépendait de moi, un fait dont j'étais assuré d'ailleurs par les preuves les plus certaines, j'ai été condamné à compulser tous les actes de l' administration diocésaine d'Orléans, de 1810 à 1818 ; et ce travail, survenu au milieu de bien d'autres travaux, m'a été d'autant plus pénible qu'il ne m'a

pas amené à pouvoir faire pour vous, monsieur, ce qu'un sentiment bien naturel vous a porté à me demander, et ce que ne demandait pas moins de moi mon ancien attachement pour votre famille, en môme temps que mon désir de rendre justice.

Votre lettre a été publiée dans le Constitutionnel et immédiatement reproduite par d'autres journaux, dont plusieurs fort hostiles au Souverain Pontife : on en a abusé contre moi, ce qui est peu de chose, mais aussi contre l'Eglise, ce qui est tout autrement sérieux. J'éprouve donc le très-grand regret d'être obligé de publier ma réponse et d'insister sur des choses qui ont pu être réparées dans la suite, mais qui n'en furent pas moins déplorables.

11 y a, monsieur, une grande question impliquée dans la réclamation que vous élevez, et je n'ai pas seulement à discuter ici un fait, mais des principes. — Il est d'une importance suprême pour l'Eglise, si des circonstances aussi délicates que celles où s'est trouvé M. votre grand-oncle venaient à se reproduire, que l'on sache, sans qu'il soit possible d'hésiter, quelle conduite un prêtre qui a toute la conscience de ses devoirs doit tenir et quel jugement il en restera dans l'histoire, car vous avez tout à fait raison de le dire, monsieur, tout ceci appartient à l'histoire et surtout à l'histoire de l'Eglise ; et voilù pourquoi il y a bien autre chose ici qu'une polémique personnelle.

Je vais donc, quelque pénible qu'il soit pour moi de revenir sur ce sujet, rappeler brièvement les principes qui importent ici avant tout, et sans lesquels il serait impossible d'apprécier, dans toute sa gravité, le fait que j'ai avancé, et que la vérité me condamne à maintenir.

Ces principes , les voici : C'est qu'un évêque simplement nommé par la puissance temporelle ne peut, d'après les prescriptions formelles du droit, administrer le diocèse pour lequel il est désigné, sans avoir reçu du Souverain Pontife l'institution canonique: le titre de vicaire capitulaire ne suffit pas pour lui conférer des pouvoirs.

Cette discipline est exprimée nettement dans le célèbre canon du second concile œcuménique de Lyon, avaritiœ cœcitas (1276); confirmée par les DécrétalesdeBoniface VIII, Alexandre V, Jules II, Clément VII et Jules III, et par le concile de Trente.

Voici le canon du concile de Lyon :

« Une aveugle cupidité et une damnable ambition s'emparent de certaines âmes, les poussent à cette témérité de travailler à usurper, par artifice et par fraude, des droits qu'ils savent bien leur être interdits par les lois... Ainsi, quelques-uns étant élus pour gouverner les églises, et ne pouvant, a cause de la défense qui

leur en est faile par les lois, s'ingérer d'eux-mêmes, avant que leur élection soit confirmée, dans l'administration des églises qu'ils sont appelés à gouverner, se font donner cette administration sous les titres de procureurs ou d'économes. Mais comme il ne faut point conniver à la perversité des hommes, nous décrétons, par cette constitution générale, que personne désormais ne présume de prendre ou de recevoir, soit au spirituel, soit au temporel, par soi-même ou par autrui, à titre d'économat ou de procuration, « ou sous tout autre titre ou tout autre couleur quel- « conque, » l'administration de la dignité à laquelle il est élu, ou de s'y immiscer, avant que sou élection ait été confirmée , sous peine, pour tous ceux qui enfreindront la défense, de perdre par là même tous les droits qui leur étaient acquis par l'élection. »

A cette autorité d'un concile œcuménique , il faut ajouter les Décrétalesde Boniface VIII, d'Alexandre V, Jules II, Clément VII et Jules 111, qui ont défendu, sous les peines les plus graves, a tous ceux « qui étaient nommés à quelque Église ou quelque bé- « néfice, d'en prendre possession, avant d'avoir reçu les lettres « du Saint-Siège qui contiennent leur promotion et leur confir- « mation. »

Ces Décrétales ont été reçues par l'Église universelle, et sont devenues la base de la discipline de l'Église jusqu'à nos jours.

Celle grave discipline est encore reproduite et couurmée par le concile de Trente qui prend soin d'expliquer très en détail, que tout le pouvoir du chapitre à la vacance du siège est d'élire, dans la huitaine, le vicaire général capitulaire; que, l'élection une fois faite, le chapitre a épuisé ses pouvoirs; que l'évêque nommé et le vicaire capitulaire sont deux personnes nécessairement distinctes, etc.

Eh bien, ce sont précisément ces lois si importantes , qui , à l'époque môme où M. Raillon fut nommé par l'empereur Napoléon I e ' à l'évêché d'Orléans, en 1810, furent rappelées et appliquées par le pape Pie VII, alors prisonnier à Savone , dans trois brefs célèbres adressés au cardinal Maury , à l'abbé d'Astros, vicaire général de Paris, et depuis cardinal , et à M. Corboli, vicaire général capilulaire de Florence.

On conçoit du reste la raison puissante de celle discipline ; sans elle, le gouvernement de l'Église échapperait au Chef suprême de l'Église, et il pourrait dépendre du pouvoir temporel d'éluder les résistances du Pape à des choix funestes, et d'imposer de mauvais pasteurs aux diocèses.

11 faut le dire de plus : de tous les moyens que les Papes avaient autrefois en leur pouvoir pour ramener à l'obéissance les rebelles, un des principaux qui restent a leur disposition dans le cours ordinaire des choses, c'est le droit d'institution canonique. C'est en suspendanteelte institution, lorsquede très-graves raisons l'exigent, que le Siège apostolique peut arrêter des entreprises illégitimes

et sacrilèges, et opposer une résistance pacifique avec laquelle on est obligé de compter, sans qu'il y ait moyen de se passer du Pape pour le gouvernement des Églises.

Ces graves raisons me déterminent à insérer ici quelques passages des brefs du pape Pie Vil.

Au vénérable Frère le cardinal Jean Maury, évêque de Monte fias-

coneet de Corneio, à Paris.

« Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

« Il y a cinq jours que nous avons reçu la lettre par laquelle vous nous apprenez votre nomination à l'archevêché do Paris, et votre installation dans le gouvernement de ce diocèse. Cette nouvelle a mis le comble à nos afflictions et nous pénètre d'un sentiment de douleur que nous avons peine à contenir, et qu'il est impossible de vous exprimer. Vous étiez parfaitement instruit de notre lettre au cardinal Caprara, pour lors archevêque à Milan, dans laquelle nous avons exposé les motifs puissants qui nous faisaient un devoir, dans l'état présent des choses, de refuser l'institution canonique aux évêques nommés par l'empereur. *

« Vous ne rougissez pas de prendre parti contre nous dans une lutte que nous ne soutenons que pour défendre la dignité de l'Église. Est-ce ainsi que vous faites assez peu de cas de notre autorité pour oser en quelque sorte, par cet acte public, prononcer contre nous, à qui vous deviez obéissance et fidélité î Mais ce qui nous afflige encore davantage, c'est de voir qu'après avoir mendié près d'un chapitre l'administration d'un archevêché, vous vous soyez, de votre propre autorité, et sans nous consulter, chargé du gouvernement d'une autre église, bien loin d'imiter le bel exemple du cardinal Joseph Fesch, archevêque de Lyon, lequel, ayant été nommé avant vous au même archevêché de Paris, a cru si sagement devoir absolument s'interdire toute l'administration spirituelle de cette église, malgré l'invitation du chapitre.

« Où veut-on en venir ? On veut introduire dans l'Église un usage aussi nouveau que dangereux, au moyen duquel la puissance civile puisse insensiblement parvenir à n'établir, pour l'administration des sièges vacants, que les sujets qu'il lui plaira. Et qui ne voit évidemment que c'est non-seulement nuire à la liberté de l'Église, mais encore ouvrir la porte au schisme et aux élections invalides ?..

« Quittez donc sur-le-champ cette administration ; non-seulement nous vous l'ordonnons, mais nous vous en prions , nous vous en conjurons, pressé par la charité paternelle que nous avons pour vous, afin que nous ne soyons pas forcé de procéder malgré nous, et avec le plus grand regret, conformément aux saints canons.

« Donné à Savone, le 5 novembre 1810. »

Voici maintenant quelques passages du bref adressé a M. Corboli:

« Le vénérable frère, évéque de Nancy, nommé depuis peu à l'archevêché de Florence... peut-il être, par le chapitre métropolitain de Florence, délégué et élu comme vicaire capitulaire ou administrateur de cette église, après votre démission ? Peut-il, en vertu de cette délégation ou élection, être revêtu validement de quelque faculté, pouvoir ou juridiction?»

Après avoir rappelé le canon du concile de Lyon et les Décrétâtes des Papes, le Saint-Père expose ainsi les dispositions du concile de Trente :

« Ce concile, qui a déterminé et fixé les devoirs des chapitres cathédraux, lors de la vacance du siège, bien loin de déroger en rien au canon de Lyon et à tant de décrets des Souverains Pontifes, au contraire les suppose évidemment, quand il déclare que les chapitres n'ont d'autre fonction, et par conséquent d'autre pouvoir que celui de choisir, dans la huitaine, un ou plusieurs économes avec un officiai ou vicaire capitulaire.

« D'où découlent deux conséquences évidentes : la première que les officiaux une fois établis, l'exercice du gouvernement ecclésiastique ne réside plus entre les mains du chapitre, mais entre celles des premiers; la seconde, que cet officiai capitulaire doit nécessairement être une personne distincte de l'évêque qui sera promu.

« Ainsi donc, d'après les sanctions canoniques et pontificales, d'après la discipline qui est en vigueur dans l'Église, et contre laquelle il ne peut exister aucune délégation légitime, le vénérable frère, évêque de Nancy, dont il est question, est absolument inhabile aux fonctions de vicaire ou officiai capitulaire de l'église métropolitaine de Florence, par là même qu'il a été nommé archevêque de cette Église... En cela, on attenterait aux plus saintes lois de l'Église et à sa discipline ordinaire, et ce serait tendre évidemment à obscurcir et détruire les principes de la mission légitime, à mépriser et anéantir l'autorité du Siège apostolique.

« Donné à Savone, le 2 décembre 18t<>, la onzième année de notre pontificat « P. P. Vif. »

Du reste, monsieur, il ne faudrait pas croire que de tels brefs fussent considérés alors comme chose de peu d'importance : ni que le clergé ne fût pas au courant de la gravité des questions soulevées par les adversaires de l'Église et résolues par le Pape. La publicité de ces brefs donna lieu a de nobles protestations, et à un redoublement de persécutions religieuses, dont toute la France retentit.

Le 1 er janvier 1811, M. l'abbé d'Astros, vicaire général de Paris, fut arrêté et mis à Vincennes (1).

(I) Après un interrogatoire où l'on voulut le forcer à donner; sa démiseion, ou à

Plusieurs ecclésiastiques, soupçonnés d'avoir connu ou fait connaître le bref, furent emprisonnés ; des visites domiciliaires furent faîtes. Les cardinaux Gabrielli, di Pietro et Oppizzoni furent envoyés au donjon de Vincennes, ainsi que Mgr de Gregorio, depuis cardinal, et le père Fontana, général des Barnabites.

Le supérieur du grand séminaire de Gand fut renfermé également à Vincennes; deux des professeurs furent déportés, et les séminaristes incorporés dans des régiments.

Pie VII lui-même, depuis la fin de 1810 et le commencement de 1811, fut traité avec plus de rigueur. On fouilla les appartements, on visita et enleva ses papiers, on exila ou emprisonna ses serviteurs.

Du reste, cette question a été complètement traitée alors par les savants écrits qui furent publiés sur la matière ( Muzarelli , Mgr d'Astros, etc., etc.), et c'est là un point de droit incontestable, comme l'a de nouveau déclaré, au sujet des Églises d'Espagne, le pape Grégoire XVI, dans l'allocution aux cardinaux du i" mars

Eh bien, monsieur, je suis obligé de vous le dire, et ici commence malgré moi la parlie très-pénible de ma tâche; mais vous m'y contraignez en m'accusant aussi gravement que vous le faites, et me sommant de m'eipliquer avec vous devaut le public.

C'est contrairement à ces lois de l'Église , contrairement à ces prescriptions des Papes , et à l'époque même où la volonté du Saint-Père sur le refus de l'institution canonique s'exprimait si énergiquementpar les trois brefs du 5 novembre, des 2 et 18 décembre 1810, c'est alors que Mgr Raillon, après la mort de Mgr Rousseau , administra illégitimement le diocèse d'Orléans , et nullement en vertu des bulles qui ne lui furent jamais données. « Le Pape captif, vous le dites vous-même , refusa l'institution canonique. »

Voici les faits, dont le détail est ici nécessaire :

Mgr Rousseau était mort le 7 octobre 1810. Le chapitre cathédral d'Orléans se réunit le 9 et nomme des vicaires généraux capitulâmes. Aux termes des lois de l'Église, son droit était épuisé.

Le 22 octobre 1810, un décret impérial, daté de Fontainebleau, nomme à l'évêché d'Orléans M. Raillon, chanoine de l'Église de Paris.

Le 21 novembre suivant, M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes (1), adresse au chapitre la notification suivante : « L'intention de Sa Majesté est que les membres du chapitre s'assemblent

ommer la personne qui lui avait communiqué le bref, deu\ cIiosîs auxquelles il se usa également.

) M. Porlalis était mort en 1807 : M. Bitot de Préameneu lui avait succédé.

de suite , relativement aux pouvoirs qui sont dans leur attribution. »

Le môme jour le ministre adressait à M. Raillon la lettre

suivante :

« Monsieur l'évéque, — Sa Majesté a pensé que , dans les circonstances présentes, il valait mieux, pour le service de la religion et de l'État, que les évêques nommés n'attendissent pas l'institution canonique pour se rendre dans leurs diocèses. En allant résider, vous exécuterez autant qu'il est en vous le décret de Sa Majesté qui vous nomme évôque. « Si vous n'êtes pas encore in- « vesli de l'autorité spirituelle épiscopale , vos vertus et vos « lumières n'en serviront pas moins d'exemple et de guide pour « les peuples dont le soin vous est confié. »

« Il est dans les sentiments de ceux qui composent les chapitres, comme dans leur intérêt, d'honorer le prélat que la Providence a destiné pour être à la tête de leur église, afin défaire leur bonheur comme celui de tous les fidèles...

« Veuillez bien, monsieur l'évéque, m'accuser réception de cette lettre, et à votre arrivée dans votre diocèse, m'en donner avis.

« Agréez, monsieur l'évéque , l'assurance de ma considération distinguée. « Le ministre des cultes, Bigot de Prêaheneu. »

En conséquence de cette lettre du ministre , écrite le 21 novembre, le chapitre se réunit le 23, et malgré son incompétence, nomme M. Raillon, évêque désigné, administrateur capitulaire, le siège vacant.

Le 10 décembre, notification officielle est donnée au clergé et aux fidèles d'Orléans de la nomination de M. Raillon comme administrateur capitulaire.

Et dès ce mois-là même, M. Raillon, sous le titre de — « nom- « mé évêque d'Orléans, administrateur capitulaire, le siège va- « caut, » — administre le diocèse d'Orléans : tous les actes, pouvoirs de curé, dispenses, légalisations même, sont signés de lui seul et contre-signês par le secrétaire de l'évêché, non plus » par mandement de MM. les vicaires généraux capilulaires » comme auparavant ; mais simplement « par mandement. » Le mandement pour le carême de 1812 se trouve même contre-signe, « par mandement de Monseigneur ».

Tout cela, assurément, était aussi malheureux que possible, et absolument contraire aux lois de l'Eglise. Mais, dites-vous, tout cela était légitime, car « l'abbé Raillon se rendit à Fontaine- « bleau, aux pieds du Saint-Père, et lui demanda une règle de « conduite. Sa Sainteté lui donna l'ordre d'administrer le diocèse « d'Orléans. »

Mais d'abord, sur cette conduite du Pape à l'égard de M. votre grand-oncle, qui eût été si exceptionnelle, j'ai ici une difficulté à vous faire , et j'avoue que j'ai eu beau en chercher la solution, je ne l'ai pas pu trouver. C'est au mois de décembre 1810

que M. votre grand- oncle commence à administrer le diocèse d'Orléans, et ce n'est que le 20 juin 1812 que le Pape Pie VII est amené à Fontainebleau. Comment M. votre grandoncle a-t-il pu recevoir à Fontainebleau un ordre du Pape qui n'y était pas ? — Je vois bien une lettre de M. votre grand-oncle, à Ja date du 3 novembre 1810, où il est parlé d'un voyage inattendu qu'il dut faire à cette résidence impériale; mais à cette époque ce n'est pas le Pape, mais l'empereur, qu'il trouvait au palais de Fontainebleau, où huit jours auparavant sa nomination à l'évéché d'Orléans avait été signée par l'empereur. — Je suis donc obligé de conclure que, depuis le mois de décembre 1810 jusqu'au mois de juin 1812, M. Raillon administra le diocèse d'Orléans, non par ordredu Pape, comme vous le dites, mais, comme j'ai dû le dire, malgré le Pape, qui avait refusé l'institution canonique ; et évidemment ce ne fut pas aux pieds du Saint-Père qu'il alla chercher alors la règle de sa conduite.

Voilà donc, déj.'i, deux années d'administration illégitime, qui ne justifient que trop l'assertion démentie par vous.

Mais, monsieur, êtes-vous bien sûr du moins que le Pape captif à Fontainebleau a réellement donné plustard à M. votre grandoncle Yordre dont vous me parlez ? Quel qu'ait été le malheur des deux années précédentes, dans la suite au moins son administration n'eût pas été invalide.

Je suis forcé de vous dire , monsieur , que j'ai vainement cherché la trace de cet ordre; je n'en ai trouvé aucune : tandis que j'ai du contraire les preuves les plus fortes, qui ne permettaient, ni à moi ni à personne autour de moi, de soupçonner nième la possibilité d'une preuve opposée quelconque.

Car enfin, si M. Raillon avait reçu un tel ordre, si important pour lui et pour tous — car tous avaient besoin de le connaître — un ordre si propre à calmer les consciences et régulariser sa position, serait-il concevable qu'il l'eût soigneusement tenu caché à tout le monde? qu'il n'en ait pas dit, que l'on sache, le moindre mot à qui que ce soit?

Ni à l'empereur, si intéressé dans cette affaire ;

Ni aux autres évoques nommés, ses collègues, dont la position était aussi irrégulière et aussi malheureuse que la sienne;

Ni au clergé et aux fidèles d'Orléans dans les vives contestations qui s'élevèrent publiquement sur la légitimité et la validité de ses pouvoirs :

Ni au chapitre, à qui il importait si fort de connaître l'acte pontifical qui eût été une rectification pour l'avenir delà délibération capitulaire du 23 novembre 1810;

Ni aux autres vicaires capitulaires, dont, à partir du 13 août 1814 jusqu'au 22 avril 1816, on retrouve la signature jointe à la sienne au bas des mandements et des circulaires ? — preuve qu'on jugeait la sienne insuffisante.

Mais si M. Raillon administrait par ordre du Pape, comment donc se fait-il que les prêtres nommés par lui à des cures ou à des succursales dans le diocèse d'Orléans, après avoir reçu des pouvoirs signés de M. Raillon, allaient demander la signature d'un vicaire capitulaire, qui l'accordait? C'est ce qui est attesté par la notoriété publique, par des prêtres qui vivent encore, et enfin par le témoignage écrit d'un des vicaires capitulaires de ce temps-là.

Gomment se fait-il qu'une très-grande partie des ecclésiastiques d'Orléans, dans un écrit publié en 1814, attestent, sans rencontrer une contradiction, que tous les cardinaux qui ont passé par Orléans, en revenant de Fontainebleau, « et qui doivent être bien « informés de la pensée du chef de l'Église, se sont accordés à « décider que les pouvoirs de M. Raillon étaient invalides?»

Je le dirai même : lorsque, le 27 janvier 181A, le Pape passe à Orléans et y donne trois fois la bénédiction papale, à la porte Bourgogne, sur la place du Martroi, et à l'entrée du pont, comment expliquer que M. Raillon, administrant, comme vous le prétendez, par son ordre, l'église d'Orléans, n'ait pas été informé de son passage, ou, le sachant, n'ait pas été lui présenter ses hommages? Cependant M. Raillon était à Orléans, et le lendemain même, 28 janvier, il y publiait son dernier mandement pour l'empereur, et demandait, dans un sentiment de patriotisme que je ne puis ici qu'honorer, la protection de Dieu pour la France contre l'invasion étrangère.

Mais, si M. votre grand-oncle était investi par le Pape luimême d'une autorité légitime, comment voulez-vous que j'explique encore cette vive et longue guerre d'écrits faite par le clergé d'Orléans à cet administrateur apostolique du diocèse, guerre que d'un seul mot il pouvait éteindre? Mais ce mot, si nécessaire, M. Raillon ne le dit pas : cet ordre, si péremptoire, il ne le produit jamais.

Il parait en 1814 un mémoire intitulé : « Opinion des chanoines « d'Orléans en résidence à Blois, sur les prétendus pouvoirs de « M. Jacques Raillon, nommé à l'évéché d'Orléans, administra- « teur capitulaire, le siège vacant. »

Un partisan de M. Raillon, Pierre-Élie Senli, répond à ce mémoire par une brochure intitulée : Triomphe de la Vérité : là, il invoque bien les principes d'un gallicanisme si outré qu'il parut voisin du schisme ; mais de l'ordre du Pape, pas un mot. Aussi cet opuscule fut-il réfuté sans peine par la brochure de l'abbé Blandin, Y Erreur démasquée.

Ce n'est pas tout : Quarante ecclésiastiques d'Orléans font une adresse aux vicaires capitulaires, dans laquelle ils contestent la validité des pouvoirs de M. Raillon : l'adresse est suivie d'un opuscule intitulé : Justification de là conduite qu'une très-grande partie des ecclésiastiques d'Orléans vient de tenir à l'égard de H. Raillon nommé à l'èvêché d'Orléans.

Émus de toutes ces contestations, et sentant la nécessité de défendre M. Bâillon et de se justifier eux-mêmes, les vicaires généraux capitulaires s'assemblent. Certes, c'était le moment, ou jamais, de parler, ne fût-ce qu'à mots couverts, de ['ordre i\u Sainl- Père, ou de produire Ja preuve écrite dont vous parlez, si elle avait eu une valeur réelle ; mais de cet ordre du Pape, de cette preuve écrite, dans la longue délibération que j'ai sous les yeux, pas un mot.

Rien plus, M. Raillon lui-même, après avoir reçu communication de cette délibération, adresse une lettre au chapitre : pour appuyer son autorité, le mot si nécessaire, et si péremploirc, ce seul mot, le dit-il ? cet ordre, l'invoque-t-il ? Non ; il annonce seulement que, pour calmer toute inquiétude, « à l'avenir tous « les actes de juridiction qui émaneraient de l'administration dio- « césainc seraient revêtus au moins de la signature de deux via caires capitulaires; » mais de Vordre du Pape, ici encore, pas un mot.

La guerre d'écrits ne cesse pas : deux brochures ayant pour tilre : Suite de la justification ; Seconde suite de la justification du clergé d'Orléans, etc., paraissent encore : tels étaient, monsieur, les troubles , les inquiétudes que les funestes démêlés de l'empereur avec le Pape avaient jetés dans le diocèse; et toujours de Vordre du Pape, de cet ordre qui eût mis fin à toute dispute, et calmé toutes les consciences, pas un mot.

Enfin, vous ignorez peut-être, monsieur, que lorsque Mgr Raillon fut nomméévéque de Dijon en 1829, la conduite qu'il avait tenue à Orléans fit une grande et longue difficulté avec Rome : c'était bien le cas alors de couper court à toute difficulté en alléguant l'ordre du Pape; il n'en fut pas dit un mot.

Je suis donc, monsieur, trop autorisé à penser, du moins jusqu'à preuve sérieuse du contraire, que cet ordre du Pape, qu'on n'a jamais pu ni voulu produire, ne repose que sur une méprise. Toutes les pièces connues, tous les souvenirs authentiques, tous les documents certains, tous les raisonnements le démentent; et il faut avouer que, si cet ordre exista jamais, l'ignorance dans laquelle on a toujours laissé a cet égard le clergé et les fidèles d'Orléans, est une des choses les plus extraordinaires qui se puissent concevoir.

Vous dites : « Quand je n'aurais pas cette preuve, les faits parlent d'eux-mêmes. » Assurément, monsieur , « les faits parlent d'eux-mêmes; » il faut avouer que, jusqu'à présent, ils ont parlé bien contrairement à votre assertiou.

Les faits mêmes que vous alléguez manquent vraiment par trop d'exactitude: « La Restauration, dites-vous, lui laissa l'administration de ce même diocèse jusqu'en 1818; le gouvernement lui continua son traitement épiscopal jusqu'au jour où il l'appela luimême au siège de Dijon. » Si ces détails sont exacts, mousieur,

voulez-vous alors m'expliquer comment, dnns Y Ami de la Religion, non de l'année 1818, mais du 15 mai 1810, tome VIII, page 9, je lis les phrases suivantes : « Sa Majesté vient d'accorder une pension à M. l'abbé Raillon, ancien chanoine de Paris, et depuis nommé à l'évêché d'Orléans. En môme temps cet ecclésiastique a été invité à quitter celte dernière ville où sa présence était désormais inutile, et où il n'avait aucun titre pour résider. » — En effet, à partir de ce moment, la signature de M. Raillon ne se retrouve plus nulle part à Orléans.

Vous ajoutez : « Est-ce malgré le Pape qu'il fut sacré évôque de Dijon, institué archevêque d'Aix, qu'il reçut le;Paliium, etc.?» Permettez-moi, monsieur, de vous dire que, dans ma lettre du U février, il n'y a pas un seul mot de tout cela. — Seulement, vous m'obligez encore ici de le rappeler : ce ne fut pas sans grave objection que, treize ans après avoir quitté Orléans, M. Raillon fut élu, et recul du Pape l'institution canonique pour Dijon. — Mais j'ai dit, à sa louange, qu'il se réconcilia avec le Saint-Siège ; à mon grand étonnement, c'est là surtout ce qui vous blesse: «Ah! Monseigneur ; ceci est trop fort, en bonne conscience. En quelle occasion Mgr Raillon se réconcilia-t-il avec l'Église? » Probablement plus tôt, j'aime à le croire, mais certainement, monsieur, au plus tard à l'époque et à l'occasion de sa nomination à l'évêché de Dijon : vous pourrez trouver à la chancellerie romaine toutes les pièces qui prouvent ce que je dis ici à l'honneur de M. votre grand-oncle.

Il ne se peut, d'ailleurs, que l'on conclue de mes paroles , comme l'a fait votre logique émue, que Mgr Raillon n'est qu'un ancien apostat réconcilié ; ce n'est nullement d'apostasie qu'il est question dans ma lettre, mais de l'administration illégitime d'un diocèse.

Maintenant, monsieur, si j'ai eu la tristesse de parler de M. votre grand-oncle, et de le comparer, non pas à Mgr de Jarente, ce n'a jamais été ma pensée, mais à Mgr Rousseau, dans des termes qui vous ont attristé, c'est que, d'une part, je le répète, les doctrines professées en 1810 par celui de mes prédécesseurs qu'on m'opposait directement, et leur identité avec les principes qui furent appliqués la même année dans la nomination de son successeur, ne me permettaient pas de les séparer; et que, d'autre part, il faut l'avouer avec douleur, ce que M. Raillon a eu le malheur de faire, la complaisance à laquelle il n'a pas eu le courage de se refuser, est plus grave encore aux yeux de l'Église que ce qu'a dit ou fait Mgr Rousseau.

Ce que j'ai dit sur Mgr Rousseau suffit, je n'ai pas à y revenir : je n'ai voulu, dans ma lettre du k février, établir qu'une chose, c'est que l'évêque, dont on invoquait si imprudemment la doctrine et le nom contre l'Église, n'est pas une autorité ; que sa doctrine est, non pas conforme, mais contraire à celle de l'ancien épisco-

pat français; et que ses leçons, s'il nous en donnait, n'étaient pas celles d'un maître. Ces points importants, malgré tout ce qu'on pourra dire de moi, demeurent : et ce n'est pas l'Eglise qui me reprochera de les avoir constatés. —Ceux-là m'ont forcé à le faire qui les premiers ont remué la cendre des morts. — La plus grave injure qu'on puisse infliger à ceux qui ne sont plus, c'est de les évoquer contre l'Eglise; et la plus étrange des injustices, c'est d'accuser ceux qui, indignement provoqués, n'ont fait que la défendre.

Mais enfin, Mgr Rousseau fut évêque d'Orléans, il administra légitimement le diocèse d'Orléans. Il n'en fut pas de même de M. votre grand-oncle.

A une époque douloureuse, et dont il vaudrait mieux écarter que rappeler les tristes souvenirs; quand le Pape prisonnier était condamné à recourir à ces graves mesures du refus d'institution, dont son droit suprême l'arme contre la violence et l'iniquité ; quand les hommes fidèles à l'Église se serraient autour de lui ; quand des cardinaux, des évéques, des prêtres sacrifiaient leur repos à leurconscience,etque pour avoir publié ces mêmes brefs qui condamnaient ces prises de possession anticanoniques, ils se laissaient emprisonner, M. Raillon a trop fermé les yeux sur ce qu'il eût été de son devoir de faire. Voilà ce qui fut plus triste que des louanges exagérées et adulatrices. Non, monsieur, je ne condamne pas, comme on me l'a reproché avec peu de justice, je ne condamne pas, dans un ministre de l'Église, les agents du patriotisme ; mais je ne les confonds point avec ces excès d'hyperbole qui, alors, pendant la captivité du Pape, convenaient moins que jamais.

Vous dites qu'on « doit rendre à César ce qui appartient à « César. » Mais qu'est-ce qui appartient à César ? — La dignité de l'âme et les consciences ne sont pas choses qui appartiennent à César, ou à qui que soit sur la terre. — On peut rendre à César ce qui appartient à César et garder une mesure, une dignité dans la louange ; et quand on a dit d'un empereur debout des paroles que, par ménagement, je ne veux pas rappeler ici, il ne convient point, quelques mois après, quand cet empereur est tombé, je ne dis pas de faire un mandement pour le retour de son successeur, mais de publier, en parlant du souverain déchu et captif, la réserve que les éloges donnés hier commandent aux paroles du lendemain. C'est là, monsieur, tout le sens des rapprochements que j'ai faits; n'insistons pas davantage.

En résumé donc, monsieur, voici, d'après tous les faits connus, d'après tous les documents ayant une valeur sérieuse, la simple vérité: c'est que M. Raillon, qui était un homme d'esprit, un homme éloquent, un homme instruit, mais pas assez toutefois sur l'histoire et les lois de l'Église, s'est trouvé dans une situation malheureuse, où il aurait fallu un grand caractère; il en a manqué; et cette défaillance a fait que d'une part, nonobstant les lois

ecclésiastiques et malgré le Pape, il a administré, sans pouvoirs, un diocèse : ne l'eût-il fait que deux années, ce serait assurément un grand malheur, et j'ai cru important de détruire l'autorité d'un tel exemple ; d'autre part, M. Raillon amanqué également de mesure dans son langage, dans ses louanges comme dans ses blâmes.

Qu'il se soit fait illusion, je n'ai pas à l'examiner : qu'il ait, dans la suite de sa vie, réparé ses torts et laissé, à Dijon et à Aix, d'honorables souvenirs, je suis loin de le méconnaître -, mais, dans une cause où les plus grands principes sont engagés, et sur des événements historiques qu'il est d'une si grande importance de bien juger, je devais défendre et proclamer la vérité. Je vous devais mes raisons et mes preuves, monsieur; je les devais au public.

En tout cas, si malgré tant de preuves que j'ai dû croire décisives, je me suis trompé; si vous avez des pièces nouvelles, des renseignements inconnus et sûrs à me présenter, je serai heureux d'en donner connaissance au clergé d'Orléans, de les consigner dans nos archives, et d'effacer ainsi dans mon diocèse de regrettables souvenirs.

Il y a du reste ici une alternative bien simple :

Ou bien vos preuves seront détruites par les miennes, et vous en conviendrez sans difficulté et aussi sans trop de regret, puisque M. votre grand-oncle eût-il été en faute, cette faute ne fut pas celle de sa vie entière.

Ou bien vos pièces infirmeront les miennes, et je le déclarerai sans remords, puisque mes preuves établissent ma bonne foi; et aussi sans chagrin, car je serai ravi d'avoir à décharger la mémoire d'un évêque des taches qui peuvent ternir sa bonne renommée.

Ainsi sera clos un incident que je ne regrette pas, puisqu'il en doit sortir ou la justification d'un innocent, ou la confirmation d'une importante leçon.

Permettez-moi , monsieur , en finissant , de rappeler un autre souvenir dont mon âme a besoin, et des paroles, il est vrai, trop grandes pour moi, mais qui ont été rendues nécessaires.

Bossuet autrefois, repoussant les imputations qu'on affectait de répandre sur ses motifs et sur ses procédés, disait avec une noble fierté : « Quant â ceux qui ne peuvent se persuader que le zèle de défendre la vérité soit pur, ni qu'elle soit assez belle pour l'exciter toute seule, ne nous fâchons pas contre eux. Ne croyons pas qu'ils nous jugent par une mauvaise volonté, et après tout, comme dit saint Augustin, cessons de nous étonner qu'ils imputent à des hommes des défauts humains. »

Je n'ai pas le droit de parler ici après Bossuet; mais puisque, malgré ma faiblesse , j'ai été appelé à défendre une cause sacrée contre des attaques violemment réitérées, je puis du moins le dire en empruntant quelque chose du langage de ce grand évêque : « J'ai voulu défendre la vérité et l'honneur de l'Église, par des

paroles qui n'ont semblé rudes peut-être queparce qu'elles liaient propres, et qui n'ont été employées qu'à cause que l'expression était nécessaire. Si j'avais affecté des délicatesses, on ne m'aurait pas entendu, et j'aurais trahi peut-être la cause que je devais défendre. »

Nous pouvons tout souffrir; mais nous ne pouvons souffrir qu'on biaise pour peu que ce soit sur les principes de la religion. Ce n'est qu'à l'extrémité que j'ai dû en venir là, quand l'erreur semblait devoir triompher. Si j'ai fait autre chose, qu'on me le montre: si c'est là ce que j'ai fait, Dieu sera mon protecteur contre les attaques des ennemis de l'Église , etc. , s'il le faut aussi, contrôles mollesses du monde et ses vaines complaisances.

Quant aux tristesses des vrais chrétiens, sur ce point et sur beaucoup d'autres, je les comprends et je les partage. Ce qui les consolerait, ce ne serait pas l'abandon du Saint-Siège par ses naturels et sincères défenseurs : c'est le dévouement unanime de nos âmes à la cause et aux douleurs du Vicaire de Jésus-Christ.

Mais c'est assez, revenons enfin au vrai et grand débat qui émeut tous les catholiques, et qui, malheureusement, n'est pas terminé; et autant qu'il dépendra de nous, ne nous laissons plus détourner par les diversions. Qu'on cesse désormais d'opposer l'exemple des morts à la conduite des vivants, qui est, grâce à Dieu, ce qu'elle doit être, courageuse, active, vigilante, l'expression enfin du zèle le plus légitime et d'une passion dont nous ne chercherons pas à nous excuser, car c'est la grande et noble passion du bien, l'amour pour l'Eglise et pour la société, dont les destinées, menacées par les mêmes coups, sont inséparables, et dont les fondements, je l'espère, demeureront unis dans ces profondeurs où la main de Dieu les porte, pour la sécurité des âmes et pour la paix du monde.

Veuillez agréer, monsieur le baron, l'hommage de ma considération distinguée.

f Félix, évôque d'Orléans.

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