GRANT HARBOUR
De Shecatica à Grant Harbour en passant par Vartectepee, rien de saillant, toujours le gneiss, en plans inclinés traversé par des basaltes et quelque fois interstratifiés de micachistes, avec pyrite et fer titané modu-
laire.
De Grant Harbour à l'ile Caribou, même disposition minérale.
Derrière la pointe Caribou recommencent les anses sablonneuses et les dépôts ferrugineux. De ce dernier point ia côte devient si mauvaise, la mer se fait si rude pour ma faible embarcation que je suis obligé de passer sans arrêt et de me contenter de la vue à distance des anciens rivages des mers pré-historiques, heureux d’atteindre les iles de la baie Bradore où je me mets, non sans difficulté, mais très à temps à l’abri en face de l'ile #
Perroquet.
BaïE BRADORE.
De la Baie Bradore à Blanc Sablon, le changement est radical. Les roches fossilifères font de nouveau leur apparition. De grandes masses planes de grès stratifiés reposent sur le gneiss rougeâtre. Tout ce qui parait rester des formatsons précédentes est le gneiss sous-jacent et le niveau bien marqué par les cailloux roulés des mers anciennes. L'ile au Perroquet appartient au régime minéral de la côte ferme. Elle est, à la saison, littéralement couverte de perroquets de mer ou puffins (grand macareux du Nord). Aux pieds des roches où nichent les oiseaux se sont amoncelées des masses de guano quelquefois assez pur, mais, le plus souvent mélangé de sable et de restes organiques végétaux. L'ile Greenly se trouve dans les mêmes conditions, peut-être même est elle plus riche en dépôts de ces matières que l'ile au Perroquet.
Quoiqu'il en puisse être des richesses relatives de ces deux iles, je ne crois pas que la matière animale accumulée, soit en assez grande abondance pour alimenter une exploitation soutenue.
Il résulte des faits qui précèdent et de ceux que j'ai eu l'honneur de vous exposer dans mon rapport de mai 1881, que la côte Nord contient certainement autant de richesses minérales que les autres parties de la province qui ont excité l'intérêt des capitalistes: ainsi
Le fer sous toutes ses, formes y existe en puissants dépôts.
Le sulfure de molybdène y parait plus abondant que partout ailleurs.
La galène et la plombagine s’y rencontrent en plusieurs localités.
Le cuivre ne lui est pas étranger. Les plus grandes probabilites plaident en faveur de la présence de l’or dans les roches et dans les alluvions.
Les argiles ferrugineuses et figulines y sont répandues partout.
Tout concourt à faire supposer avec vraisemblance l'accumulation des iles kaoliniques.
Les sulfates de baryte, les fluorines, les pierres meulières s'y rencontrent souvent.
Les calcaires compactes et dolomiens ainsi que les marbres y sont représentés par de puissantes formations.
En aucun autre endroit les pierres ornementales dûres, telles que granites, syénites, porphyres, et labradorites n'y atteignent un plus grand développement et n'offrent un choix plus varié de pierres a teintes riches et de grandes dimensions.
Enfin, j'ai la conviction, conviction appuyée sur des indices sérieux, que les gemmes les plus recherchées s'y rencontreront un jour et que déjà je les eusse mises en lumière, si les meyens d'action dont j'ai pu disposer jusqu'ici au lieu d’être les plus infimes, avaient été seulement les plus ordinaires.
(Signé,) H. DEPUYJALON.
Château-Richer, le 31 octobre 1881.