LXXXVI INTRODUCTION
pour la Faculté de Montpellier. Heureusement , îe Ministre de l'Instruction Publique, M. Cousin, persuadé que les vérités abstraites acquises par une Philosophie régulière , sont aussi nécessaires pour la connaissance de l'Homme vivant , sain ou malade , que peuvent l'être les vérités évidentes révélées par la dissection des cadavres, refusa de s'associer à cette nouvelle tracasserie, qu'il regarda, sans doute, comme aussi contraire à la Science, qu'injuste à l'égard de ceux qui la cultivent et propagent si consciencieusement. Au reste, il avait vu avec une grande satisfaction ce que M. Guizot avait fait quelque temps auparavant, pour accroître dans la même Faculté l'Élément Métaphysique , comme compensation de l'Élément Anatomique : on pense bien que je fais allusion à la création de la Chaire de Pathologie et de Thérapeutique Générales.
XXXII. Cette persécution ne nous fut connue qu'en 1847; mais, dès 1845, nous ne pouvions pas méconnaître un acte d'hostilité contre Montpellier dans le Congrès Médical imaginé à Paris , tenu et animé par des Docteurs de Paris , et dirigé par une majorité élevée à Paris. On y mit en question l'utilité de conserver notre Faculté. Qui aurait osé plaider logiquement et pertinemment l'affirmative? Il y aurait fallu deux choses : premièrement , un Orateur capable de présenter le service que doit rendre noire Enseignement au Public, en conservant et en perpétuant la seule Doctrine Anthropologique qui puisse ériger la Médecine pratique et la Médecine légale en une Science unitaire, dépouillée d'hypothèses , philosophiquement expérimentale et progressive, la seule qui puisse servir de sujet
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propre à recevoir et à faire prospérer les greffes de la Morale et de la Religion ; — secondement, — ce qui était aussi indispensable — , un Auditoire dont la majorité fût composée d'Hommes éclairés et impartiaux ; en état de bien entendre la matière et de comprendre la différence des diverses Doctrines. Or, pouvions-nous espérer que ces deux conditions se rencontreraient dans cette Assemblée ?
Nous savons bien que quelques voix généreuses se sont fait entendre pour leur Mère : mais elles se perdaient dans une réunion très-mal disposée , où nous ne pouvions trouver de sympathie ni dans les cœurs ni dans les tètes. Heureusement, le Ministre , M. de Salvandy, qui connaissait assez la réelle Constitution de l'Homme pour deviner la vraie Médecine, et dont l'Ame avait de l'aversion pour les intrigues perverses , s'expliqua ouvertement sur son estime pour notre Enseignement , et la persécution fut au moins suspendue.
Le Congrès Médical ayant mis en question l'utilité des Facultés de province, M. de Salvandy conçut une Loi relative à l'Enseignement et à l'Exercice de la Médecine. Une Commission fut nommée, à la fin de 1845, pour que les Médecins pussent préparer les discussions qu'elle devait occasionner dans les Chambres. Les questions proposées furent toutes administratives : on avait évité tout ce qui aurait intéressé la Science. Le Ministre fit apercevoir quelque sympathie pour Montpellier ; non-seulement il ne trouva pas d'écho dans l'Assemblée , mais il dut y apercevoir de la répulsion. Gela me confirma dans l'idée que nous n'étions nullement connus. Je m'en plaignis dans les Lettres qui furent imprimées en 1846, et qui étaient