CC1.X
Je n’ai pas besoin de dire que ce Corps , qui, sans se corrompre chimiquement, ni se détraquer mécaniquement, accélère la mort de l’Individu par le désordre et par la volupté, qui est en combat avec l’Ame, qui la maintient dans un état de souffrance et la distrait des tendances salutaires et vertueuses ; que ce Corps n’est point un Agrégat Inanimé, mais bien un Être Vivant, qui a ses penchants propres, souvent en opposition avec ceux de l’Ame Pensante, ou du moins en opposition avec ses intérêts. Ainsi, toute la Medicina Mentis , dont ces Auteurs s’occupent dans leurs écrits, parle d’un sujet qu’ils trouvent composé de deux Puissances Métaphysiques associées. Il s’agit toujours des propensions contraires d’un Principe d’intelligence qui tend à s’élever vers le Ciel, et d’un Instinct qui demande des impressions voluptueuses sur les sens. Encore deux passages du livre de M. Fleury.
A la page 89 : « L’aspiration de l’Ame vers le Ciel, par oppo- » sition à la vie grossière et matérielle , revient à chaque » instant sous la plume de Sénèque. Un jour viendra qui doit x> te débarrasser de cette sale et dégoûtante association que » t’impose ton ventre. Élève-toi tant que tu peux vers ce » sublime séjour. L’antithèse, de même que le tour enthousias- » tique (sic) de la pensée, appartient à Saint Paul, qui compare » quelque part rabaissement des Ennemis de la Croix se faisant » un Dieu de leur ventre , à l’élévation des Ames pieuses dont » la pensée est dans les deux. »
A la page 40 : « Ce qui appelle pour le moment notre atten- » tion, c’est la mortification de la Chair professée par notre Sage, «l’une des idées morales les plus véritablement chrétiennes
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» que nous remarquions dans ses écrits. Le mot Chair lui-même, » Caro , transporté avec son sens biblique, au milieu d’une » phrase toute profane, à peu de distance des noms de Jupiter et » des autres Dieux de l’Olympe, a justement étonné la critique. » Nous venons de citer trois exemples de l’emploi de ce mot » par Sénèque : In vivis Caro morticina. — Cum Carne gravi » certamen est. — Non me ista Caro compellet ad metum. »
Il est certain que dans ces cas le mot Caro n’est employé ni dans un sens physique, ni dans un sens intellectif : il s’agit toujours d’une Puissance Vitale qui est capable de nuire à l’Ame Pensante, en la rendant triste , en l’exposant à des oppositions incertaines , en la portant à la crainte. Dans le sens de la Philosophie Naturelle qui procède à la recherche des Causes Invisibles, ce ne peut être ici qu’un Instinct Humain. Or, dans les maximes correspondantes de Saint Paul , la Cause est exprimée par le mot de Caro.
De pareils Personnages s’entendant si bien par rapport au Principe de la Dualité du Dynamisme Humain, comment le P. Ventura a-t-il pu se prononcer d’une manière si absolue en faveur d’une pure opinion opposée ?
LIX. Puisque la Morale Publique s’accommode du Principe de la Dualité ; puisque l’Autorité Ecclésiastique ne croit pas devoir s’en mêler ; puisque des Théologiens du plus haut rang ont accepté cette pensée dans leurs ouvrages didactiques; le P. Ventura devait être ou moins impérieux, ou plus attentif à nous faire voir ses motifs de préférence dans une discussion depuis long-temps agitée contradictoirement.
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J’ai fait mon humble confession, pour Moi et pour mes Confrères, de n’avoir pas assez consulté les Théologiens quand il s’agissait d’établir la Doctrine de la Constitution de l’Homme. Nous pouvons nous attendre à un pareil acte de repentir et d’humilité de la part du P. Ventura , d’avoir si impitoyablement condamné un point de notre Enseignement, sans avoir discuté la question avec des Hommes, ses Confrères en Théologie, qui avaient étudié médicalement la Nature Humaine.
Je n’ai ni l’intention ni le temps de mettre ici le tableau des Médecins Théologiens qui ont voulu s’inscrire en faveur du Principe de la Dualité du Dynamisme Humain. J’ignore si le labeur des recherches d’une Biographie spéciale de ce genre trouverait chez les Lecteurs un dédommagement suffisant ; mais je ne puis pas m’empêcher de remarquer qu’il existe des Personnes, de cette double condition, dont l’éclat ou la dignité ne permettent à qui que ce soit de parler contre leur sentiment, sans leur en dire la raison. Je n’en citerai que quatre exemples, que jè place par ordre chronologique.
Le premier est Levinus Lemnius, Hollandais, Auteur d’un ouvrage intitulé : Occulta Naturœ Miracula, en quatre livres. Il était né à Ziriczée en Zélande, en 1505. Il fut reçu Docteur en Médecine à Louvain. Il pratiqua l’Art dans sa patrie avec le plus grand succès. Ayant perdu son épouse, il se consacra au Sacerdoce, et fut fait Chanoine d’une grande Collégiale de Ziriczée. J’ignore s’il prit le grade de Docteur en Théologie, mais il est très-certain qu’il s’est pénétré de toutes les connaissances rationnellement attachées à ses dignités. Son Anthropologie est tout-à-fait Médicale, c’est-à-dire Hippocratique. 11 ne
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craignait pas d’enseigner les deux Causes actives renfermées dans le Corps vivant de l’Homme ; il contredit Saint Gvprien qui avait méconnu la Force Vitale, et, par contre, il trouve la Dualité de notre Dynamisme dans ce passage de Saint Paul (1 ) :
« Caro concupiscit adversùs Spiritum, Spiritus autem adversùs » Carnem; hæc autem inter semutuà adversantur, utnonquœ- » cumque vult Homo , eademfaciat (2).» J’entends très-bien ce qu’est une Chair vivante qui s’insurge contre l’Esprit, parce qu’elle est vivante et que sa tendance est contraire à la Raison ; je comprends tout cela quand je me rappelle l’envie de mordre des Hommes hydrophobes qui résistent à cet affreux appétit, et qu’en même temps je me souviens qu’il n’avait existé aucun combat interne semblable chez le Chien enragé, auteur des morsures contagieuses auxquelles ces malheureux ont succombé.
Un des Médecins les plus illustres dont l’Espagne puisse s’enorgueillir, est François Vallès , que les Savants appellent Vallesius , et qui, dans le Dictionnaire Historique de Chaudon et Delandine , est nommé Valesio , à l’imitation de Moreri et de Naudé. Né à Govarruvias, village de la Vieille - Castille, il devint Professeur de Médecine à l’Université d’Alcala de Hénarez. Il fut élevé à la place de Premier Médecin du Roi Philippe II, pour succéder à Louis Mercatus. Extrêmement laborieux , profondément savant et plein de sagacité, il commenta plusieurs Traités de la Médecine antique , et spécialement des
(1) Galat. 6.
(2) Occulta Naturœ Miracula: Lib. i , Cap. XII.
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Œuvres d’HiPPOCRATE et de Galien. Sa manière d ! interpréter ce dernier Auteur lui mérita le nom d 'Ame de Galien. Outre ses nombreux ouvrages sur la Médecine Pratique, il composa un livre très-remarquable qui a pour titre : De iis quæ scripta sunt physicè in Libris Sacris , sive de Sacrâ Philosophiâ , où se trouvent beaucoup de choses relatives à la Science de l’Homme.
Le Chapitre qui se rapporte le plus à notre Doctrine de la Dualité du Dynamisme Humain, est le Quatrième, qui est l’ensemblè des déductions que l’Auteur a pu tirer, sur cette matière, des Chapitres Premier et Second de la Genèse , et du XXXVII e de la Prophétie cPÉzéchiel. Je vais en traduire un passage, pour que l’on voie si notre Doctrine est différente de la sienne. Ne perdons pas de vue ce que le Personnage devait être sous le rapport de l’Orthodoxie. Il vivait en Espagne, à l’époque la plus fervente de l’Inquisition et des Âuto-da-fè, et il était le Médecin de prédilection de Philippe II...! On peut penser d’après cela s’il était Catholique.
Selon le récit de la Création de l’Homme, « nous sommes » obligés d’assurer que l’Ame de l’Homme ne découle pas du » pouvoir de la Matière ; qu’elle n’en est pas inséparable, mais » qu’elle est une certaine substance incorporée, séparable et «immortelle; que cette substance est la forme du Corps et » l’Ame par laquelle l’Homme sent. Cependant nous ne sommes «pas pour cela tenus de dire que cette forme est végétale; car » Moïse ne dit pas, à la manière d’ Aristote , que les Êtres qui » végètent sont vivants , et que la Puissance de leurs actions est » une Ame ; mais, à la manière des Stoïciens qui se rapproche
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» le plus du Sens commun de l’Homme, il appelle Êtres Vivants » seulement ceux qui sentent et se meuvent, et c’est pour eux » qu’il reconnaît une Ame constituant une forme. Les autres » sont pour lui des Êtres qui font des feuilles, qui produisent » des fruits, qui créent des semences différentes suivant leurs » espèces, mais il ne les nomme pas vivants (1 ). »
«D’après ces considérations , la Foi Catholique ne nous «ordonne pas de professer que la même Ame par laquelle » nous sentons , nous opérons des mouvements et nous formons » la pensée , est aussi elle-même le Principe de végéter, moins » encore de croire que cette même Ame est la forme et la pre- » mière Puissance créatrice des parties appartenant à ce même » Corps , comme des os, des parties molles, des nerfs , comme «l’affirment plusieurs, qui ne craignent pas de considérer » comme une absurdité de supposer dans le même Agrégat plu- » sieurs formes.
» Quant à moi, dirigé par une inspiration plus conforme à la » Raison et aux Oracles Divins, j’estime, je trouve qu’il est plus «congru, et j’affirme qu’il existe en nous, avant l’Ame (Pen-
(1) « Tenemur itaque asserere Eominis Animam neque fluxisse ex ma- » teriœ potentiâ, neque ab eâ esse inseparabilem , sed substantiam quam- » dam incorpoream, separabilem, et in posterùm œternam, eamdemque » esse Corporis formant , et Animam, quâ Homo sentit. Non tamen prop- » tereà tenemur etiam dicere eam esse formam yegetabilem ; non enim » Moses , more Aristotelico, vocat ea etiam, quæ tantùm vegetantur , » Tiyentia, et eorum actum Animam; sed , more Stoico , qui et communi »Bominum sensui propinquior est , ea solùm viventia vocat, quæ sen- » tiunt et moventur, eorum formam Animam ; reliqua vocat virentia , et » producentia fructum , ao semen secundùm genus suum, non tamen * yiventia. »
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» santé), des formes purement corporelles homogènes (de » nature convenable à la nature du système) , au moyen des- » quelles les os, les chairs , les nerfs diffèrent entre eux ( si mes » sens ne me trompent pas ), comme l’or, l’argent et le plomb ; »que quand ces formes sont convenablement tempérées , il en » résulte un ensemble approché de la perfection ; que ce ( tout » de formes ) est corporel, et doit être conçu comme une » nature meilleure (que j’aime mieux appeler ainsi que de la » nommer une Ame ) par laquelle toutes les parties sont nourries; que tous les actes découlent de la Matière (ainsi munie » de formes tempérées) ; qu’après ces préalables, vient de l’exrieur l’Ame, qui brille surtout par la puissance qu’elle pos- » sède de sentir et de penser (1). » <
« Car il ne faut pas s’imaginer que le Corps Humain, dans » lequel Dieu a insufflé la Puissance [ou le Dynamisme) de la »Yie, fût une statue de terre glaise, et qu’à l’arrivée de cette
(1) « Itaque Veritas Catholica non cogit nos asserere ipsam Animant » quâ sentimus , movemur et intelligimus, esse in nobis Principium vege- » tandi , nedùm et formam aetumque primum ipsarum partium Corporis » homogenearum, ut ossium , Garnis et nervorum , quod plurimi etiam « affirmant, putantes absurdum esse in eâdem substantiâ multas formas •aponere.
» Ego ver à sequutus quod et Rationi magis consonum , et Divinis etiam » Oraculis, ut ego eæislimo , congruentius est, affirmo esse in nobis antè » Ânimam formas merè corporales homogeneorum , quibus ossa, carnes » et nervi differunt , non minùs profectà ( nisi me meis sensibus credere » nolunt) quàmaurum , argentumet plumbum: his benè temperatis acce- » dere actum quemdam perfectiorem : corporalem eum quoque , et velut » naturam quamdam meliorem fità enim plaeet voeare potiiis quàm «Animam J quâ nutriuntur : omnesque hos actus educi ex potentiâ ma- » teriœ. Hispostremà accedere eætrinsecùs Animam, quœ nobis vim sen- » tiendi et intelligendi prœstet. »
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» Ame Pensante, la statue fût devenue charnelle et osseuse. 11 » n’en est point ainsi ; ce que l’on doit penser, c’est que ce Corps » composé d’os, de nerfs, de chair et de peau, n’était pas sec, «aride, mais qu’il était végétant, jouissant des facultés des » plantes, néanmoins immobile et privé de la sensibilité ; mais » qu’il a reçu tous les bienfaits de la Vie Humaine quand «l’Esprit y est entré.
«C’est ce qu’indique la Vision cTEzéchiel (Ch. XXXVII).
» Lorsque Dieu voulut montrer à ce Prophète la Résurrection » des Morts, il le plaça au milieu d’un champ couvert d’os secs, «desquels l’Esprit ne s'approcha point alors; Esprit qui, dans «d’autres circonstances, fournirait à tout ce qu’il faut pour l’ac- » tion delà Vie. Mais, préalablement, des os se sont approchés «d’autres os, chacun suivant les articulations qui leur conve- » naient; sur les os, les nerfs et la chair s’accrurent et végétèrent «dans les parties convenables; sur le tout s’étendît une peau » naturelle, et néanmoins ces Organes ne possédaient pas encore «l’Esprit. Enfin, l’Esprit pénétra ces Agrégats organisés, et «eux-mêmes exécutèrent la Vie Humaine et se mirent sur leurs «pieds. Ainsi, la Puissance Végétative des os, des nerfs, de «la chair et des autres parties, ne procède point de l’Esprit «Intellectif, qui provient d’ailleurs et qui est immortel; mais » cette Puissance provient des formes corruptibles et purement » corporelles qui impriment à la Matière des modes de disposi- » tion à l’Ame Pensante ;... c’est pour cela que l’arrivée de l’Ame » n’expulse pas ces formes : elles demeurent avec elle dans ce « même lieu, comme ses servantes ; elles la conservent autant «qu’elle le désire; et, par rapport au Corps, elles en servent
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» la teinpérie (ou la crase ) et la formation ( vraisemblablement y,les configurations de VEspèce) (1). »
Le Lecteur a pu se trouver arrêté un instant sur deux idées : 1° sur le parti qu’a pris Vallès de considérer la Force Vitale, d’une manière très-catégorique et absolue, comme une Cause Corporelle, Matérielle. A nos yeux, cette Corporéité n’est pas assez explicitement déterminée, pour que cette formule nous paraisse être nécessaire. Nous concevons jusqu’à un certain degré la différence qui existe entre un Corps et une Substance Intellectuelle ; mais la notion que nous avons de la Force Vitale ne nous présente pas une idée concrète de sa nature. D’après ses effets, elle n’est ni de la Matière ni de l’Intelligence. Mais qu’est donc le fait de cette Cause agissante? Je ne puis pas plus
(.1 ) « Non enirn intelligendum est illud Corpus Hominis, in quod spiravit » Deus spiraculum vitæ, fuisse statuant quatndam luteam , eamque ac- » cessione illius Spiritûs factarn esse carneam et osseatn, sed Corpus » quoddam ex ossibus , nervis , carne et cute , non quidem aridis , sed » floridis et virentibus, immobile tamen adhuc et sensus expers : et hœc , » accedente Spiritu , récépissé .
» Indical id Visio Ezechielis (Cap. XXXVII ). Cùm enim vellet ei Deus » ostendere Resurrectionem Mortuorum, dimisit in medio campi pleni aridis » ossibus , quibus non statim accessit Spiritûs, qui virorem et rcliqua omnia » prœstaret, sed primùm quidem accesserunt ossa ad ossa, unumquodque » adjuncturam suam, et super ea nervi et caro ascenderunt (virescen- » tibus scilicet jam partibusJ, et extenta est eis desuper cutis , et adhuc »Spiritum non habebant, usquedùm ingressus est in eâ Spiritûs , et «revixerunt, et- steterunt super pedes suos. Itaque esse ossis, nervorum » et carnis , et earum partium viror, non prœstatur ab Spiritu qui extrin- » secùs accedit atque immortalis est , sed à formis corruptibilibus et » merè corporalibus, quœ ad Ânimam quidem rationem habent disposi- » tionum Materiœ , et ob id Ànimce accessions non tolluntur , sed simul »cum eâ manent hâc in re servientes illi, quàd servant , quam ea desi- » derat , in Corpore temperiem et formationem. »
en concevoir l’essence, que celle des quantités irrationnelles ou sourdes, dont la réalité est incontestable, et dont il n’est pas possible d’exprimer numériquement la valeur. Les Forces Vitales sont divisibles et caduques : donc elles ne sont pas de l’Ordre Intelleetif; elles sont spontanées, contingentes et douées de finalité : elles ne sont donc pas Corporelles. — Depuis quelque temps, on sent combien il est difficile de placer absolument certains Impondérables dans l’Ordre Physique ou dans un ordre matériel où il n’y aurait ni unité ni finalité. On a trouvé à propos de formuler les lois de ces Causes, et de les coordonner de manière à ce que l’on puisse en faire des sciences pratiques, sans s’imposer l’obligation d’en déterminer l’essence, jusqu’à nouvel ordre.
La seconde circonstance qui a pu causer le désir d’un renseignement , c’est l’expression d’une source extérieure de l’Ame Pensante, qui fait allusion à certaines opinions contradictoires non encore décidées du temps de Saint Jérôme : « Si Dieu crée » les Âmes à-mesure qu’il les unit aux Corps ; ou.si elles nais- » sent par la propagation, ainsi que Tertulien , Apollinaire »et une grande partie des Occidentaux le croient; en sorte que d comme le Corps naît du Corps, l’Ame naisse aussi de l’Âme. » — Saint Augustin était en suspens: l’opinion de la. Propagation semblait l’emporter néanmoins, dans son esprit, sur celle de Tertulien , que Saint Jérôme aimait davantage. « Il penchait » quelquefois vers le sentiment de Saint Jérôme ; mais il n’osait » l’embrasser, trouvant la difficulté d’expliquer le péché ori- » ginel dans ce sentiment (1). »
(1) Voy. la Vie de Pelage , par le P. Patocillet : p. 117 et suiv.
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Vallesius était contemporain de Philosophes qui préféraient le Monotbélisme Anthropologique au Principe de la Dualité et il crut attaquer ses Adversaires dans ce même Livre, et spécialement dans le même Chapitre. La controverse nous présente un exemple de la polémique suivie au moyen de l’argumentation de la Théologie Scolastique, telle qu’elle était usitée à cette époque. Je n’ai pas cru devoir continuer ma traduction, parce que cette forme de la Dialectique est tombée en désuétude, et qu’on ne craint pas de la taxer d’ergoterie. Mais si le P. Ventura avait pris ie parti de descendre dans l’arène avec les Médecins , PArchiâtre eût pu servir de provocateur au premier, et de modèle aux autres.
Pour troisième Adversaire à vaincre, que notre Censeur aurait dû combattre, je citerai Thomas Willis, Professeur de Médecine d’Oxfort, au temps de Charles II, et postérieurement Praticien très-distingué de Londres et Membre du Collège de Médecine de cette ville. Quoique ce grand personnage ne soit pas en tout un modèle à suivre, la Science lui doit très-considérablement. Il trouva dans sa famille une bonne éducation. Parti pour Oxfort à vingt ans, il eut à se louer de ses relations avec ses Condisciples. Ses études religieuses l’auraient dirigé vers l’État Ecclésiastique; mais la tyrannie de Croihwel- maltraita si cruellement l’Église et les Prêtres, qu’il se tourna vers la Médecine. La balance où il s’est trouvé pendant quelque temps entre les deux professions, avait été l’occasion de l’étude complète qu’il fit de l’Homme. Après en avoir connu la Partie Psychologique, il fut aussi consciencieux pour la recherche de la Partie Anatomique : on connaît la valeur de son Anatomie
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du Cerveau. Mais celui qui veut être Médecin s’aperçoit bien vite que, dans l’Homme, il n’y a pas que l’esprit et les organes : il y trouva une Puissance d’un autre Ordre qui est commune à l’Homme et aux Bêtes. D’après cette considération, il chercha à la connaître dans les Êtres où elle n’est point enchaînée par l’Intelligence. Le résultat de ces recherches fut le Traité De Anima Brutorum. La comparaison des fonctions de cette Cause avec les fonctions naturelles de l’Homme amena des notions utiles sur les caractères de la Force Vitale Humaine, et sur l’analyse de diverses maladies, qui seraient inexplicables sans la connaissance des deux Puissances qui animent notre Corps
L’éducation complexe que Willis avait reçue, nous fait connaître ce qui a manqué à celle des Organiciens nos contemporains, et nous fait apercevoir combien une institution Libérale est nécessaire pour l’acquisition de l’Anthropologie Médicale.
Mais la considération de la vie et des ouvrages de cet homme remarquable nous fait voir que, sans la rectitude de la Philosophie Naturelle publique, la Science demeure stagnante, malgré une application continuelle et une intention consciencieuse. Willis devenu Professeur de Philosophie Naturelle à Oxfort, lors du retour de Charles II, aurait dû, ce nous semble, donner à l’Anthropologie une impulsion rapide et durable, au profit de la Médecine ; mais il ne sut se servir convenablement ni de ses connaissances sur la Constitution de l’Homme, ni de la position de sa chaire : pourquoi? C’est sans doute parce qu’il ne comprit pas le Novum Organum; que, nonobstant ses connaissances sur l’Ame des Brutes, et les notions générales sur
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l’Ordre Vital qui devait en découler, il fut saisi par l’esprit Cartésien d’hypothèse généralement répandu; qu’après s’être préservé du baroque Mécanisme des Animaux, il accepta en principe et en pratique la maxime de Descartes : que comme dans la Nature il n'est pas possible d’atteindre aux Vérités réelles de la Causalité, il faut se contenter de leur apparence, et regarder comme identiques ce qui s’est fait véritablement et ce qui a pu se faire. Ainsi, la Philosophie Naturelle, appliquée à l’Anthropologie, est encore demeurée dans ce triste état près de cent vingt ans. Willis était resté, assez souvent, aussi arbitraire dans ses théories que Van Helmont et François Sylvius. Il a fallu Barthez pour appliquer rigoureusement le Baconisme à la Physiologie Humaine, Science maîtresse de la Médecine.
Mais, au milieu de ces excentricités, Willis est resté constant dans la Doctrine Hippocratique de la Constitution Humaine. Ce principe s’est fortifié par ses liaisons intimes avec un Professeur de Théologie son collègue : ils ont dû se maintenir ensemble par les notions qu’ils tiraient de leurs sources respectives. Ce Professeur était Henri Hammond, homme trèscélèbre surtout par un savant Commentaire sur le Nouveau Testament. Willis cite une proposition textuelle de son Ami touchant le Dynamisme Humain. Après avoir fait mention dès Anciens qui ont eu des sentiments assez rapprochés du sien, en tant que cela se pouvait , en écartant de la Science ce que la Foi Chrétienne a joint à la Science Naturelle , il dit : « A ces » suffrages, ajoutons celui d’un Professeur de Théologie, le » Docteur Hammond , notre Ami, qui, expliquant le texte de
INTRODUCTION
«l’Épître Première de Saint Paul aux Thessaloniens (1), aux » mots : votre Esprit , votre Ame, votre Corps , dit que «l’Homme est composé de trois parties, savoir : 1° d’un » Corps , où l’on distingue la chair et les membres; 2° d’une y, Ame Vitale , qui est animale et sensitive, Ame Vitale qui est » commune à l’Homme et aux Brutes ; 3° et d’un Esprit , c’est- » à-dire de l’Orne Raisonnable , créée primitivement de Dieu ,
» qui est immortelle , et qui doit retourner à Dieu (2). »
Des Médecins aussi consciencieux, aussi désireux de connaître les vérités tant naturelles que révélées, ne meritaient-ils pas, de la part des Théologiens, de vraies Conférences libres, quand il s’agirait de propositions controversées; et une suspension de jugement,: quand il y aurait incertitude et qu’il n’y aurait pas de péril à la demeure? Des Conférences de ce genre ne seraientelles pas autant dans l’intérêt de l’Enseignement Théologique que dans celui de l’Enseignement Médical?
Enfin, un coup-d’œil pour le quatrième exemple que j’avais annoncé. Qu’on se souvienne bien du motif pour lequel je présente des hommes graves, dignes d’une grande considération : ce ne sont pas des Autorités réunies pour affermir la Doctrine; il s’agit seulement de faire voir que la Doctrine par nous enseignée est celle de personnes.. très-avancées dans la Science Théologique; que, par conséquent, la discussion de la question est étrangère à tout scandale, et que tout Monothélite doit être modeste, en songeant ce que sont certains de ses Adversaires.
(î) Thess. : Cap. V, y. 23.
(2 )■ De Anim. Brut. ; Cap. VIL
INTRODUCTION
ccxxm
J’ai sous mes yeux un Livre de Médecine écrit en castillan, et qui a pour titre : « Idioma de la Naturaleza, con el quai » se ensena al Medico como ha de curar con acier to los morbos » agudos. » — « Langage de la Nature, dans lequel le Médecin » apprend ce qu’il lui convient de faire pour le traitement des » maladies aiguës. » —Qu’est la Nature dont il s’agit ici ? C’est la Nature Humaine ^Hippocrate. — Qu’est ce Langage? Ce sont les symptômes que les pulsations des artères nous présentent dans les divers cas des maladies aiguës, symptômes qui deviennent les signes des modes actuels de la Force Vitale affectée.
Mais encore, la Nature dont il s’agit ici exprime-t-elle une Cause métaphoriquement désignée comme une existence spéciale, .mais réellement supposée comme une modalité? Voici comment l’Auteur du Livre s’explique sur cette matière : «Cette » Nature, peu d’Hommes la connaissent, quoique tous parlent » d’elle. Dieu la plaça dans la chaleur innée et dans l 'humidité » radicale des Mixtes, comme dans un trône où elle réside pour » gouverner et conserver les Corps. Cette chaleur innée et cette » humidité radicale sont une matière extrêmement subtile, dans «laquelle Dieu imprima une lumière, qu’il créa dès le com- »inencement, avec les lois nécessaires pour la Propagation, » pour la Nutrition et la Conservation des Mixtes, sans qu’elle « puisse cesser d’opérer suivant les conditions de ces lois, sans » qu’elle fasse défaut en aucune des choses auxquelles Dieu «avait prescrit leurs manières d’agir. Cette Nature est une » Entité physique et réelle, Principe de toutes les existences » naturelles, et de tous les mouvements et actions des Corps. ».
ecxxiv
INTRODUCTION
— « La Naturaleza pocos la conocen , aunque todos hablan »de ella. Dios la colocô en el câlido innato y humedo radical » de los Mixtos, como en trono en que résidé para gobierno » y conservacion de los Cuerpos. Este câlido innato y humedo » radical es una materia sutilisima, en que Dios imprimiô una » luz, que desde el principio crié con las leyes necesarias para » la Propagacion, Nutricion y Conservacion de los Mixtos , sin » que pueda dexar de obrar segun ellas, ni faltar à cosa •halguna de las queDios ordenôque exercitase. Es unaEntidad » fisica y real, Principio de todos los entes naturales y de » todos los movimientos y acciones de los Cuerpos (1). » — A cette définition est lié un certain nombre d’Autorités.
Cette manière d’exprimer la Force Vitale de l’Homme n’est pas la nôtre. La formule Barthezienne est plus correcte que toute l’autre ; mais, sans chicaner sur la rédaction, convenons que la Nature dont il s’agit est dans le fond celle ^Hippocrate et celle de notre Faculté.
Mais qui est l’Auteur qui a fait un tel Livre, et qui a parlé de cette manière touchant la Nature Humaine Hippocratique, c’està-dire touchant la Force Vitale partie du Dynamisme de l’Homme ? Je vais l’apprendre au Lecteur, en continuant de transcrire le reste du Frontispice. On se souvient que le titre est Idioma de la Naturaleza, etc. —« Descubierto por el Doctor d D. Francisco Solano de Lucqdes , en su Libro, que diô â luz ■opûblica, intitulado Lapis Lydos Apoelinis. Nuevamente comt> pendiado, anadido é illustrado por el Doctor Don Manuel
(1) Libro Primera; Preliminar i/, p. 28.
INTRODUCTION
»Gutierrez de los Rios, Presbitero, Medico en Cadiz, Doctor » del Claustro de la Universidad de Sevilla , Protonotario Apos- » tolico, Dignidad de la Santa Iglesia de Roma , amante de la » Salud publica .— Con licencia .— En Madrid... Ano de\ 790.»
Que pourrais-je désirer de plus pour que le Public ne pût pas avoir le moindre doute sur l’Orthodoxie de l’Anthropologie de Montpellier, et spécialement sur celle du Principe de la Dualité du Dynamisme Humain enseigné dans notre Faculté ? Chacun des titres de cet Auteur suffirait, à la rigueur, comme certificat
de Catholicité.Sujet de Sa Majesté Catholique ; à la fois
Prêtre, Médecin et Docteur du Cloître de l’Université, Protonotaire Apostolique , Dignitaire de l’Église Romaine.,., que de qualités 1 Après cela, nous voyons une licence, une permission de publier, qui, m’assure-^t-on, est le résultat d’un examen scrupuleux, tel qu’on l’aurait fait pour l’ouvrage d’un inconnu à qui l’on ne devait aucun ménagement. C’est dire que le Dualisme Hippocratique de notre Physiologie Médicale n’est en rien suspecte au Catholicisme.
Voilà quels sont les Hommes contre la science desquels on s’élève magistralement dans une Chaire Sacrée, sans s’être donné la peine de discuter leurs raisons.
LX. La Définition Bonaldienne de l’Homme est une expression claire, simple et heureuse du Principe de la Dualité du Dynamisme Humain, qui est une des vérités naturelles les plus importantes du fondement de la Médecine , vérité sans laquelle je ne conçois pas la possibilité de rédiger une Médecine Scientifique. Il y a long-temps que je me sers de cette définition,
INTRODUCTION
quand il faut énoncer les premières propositions des Éléments. J’ai été contrarié quand j’ai connu que le P. Ventura avait dit dans la Chaire d’une grande Paroisse de Paris, et assuré au Monde entier par l’impression , que cette même Définition est radicalement fausse. J’ai dû examiner le dispositif et les considérants de cette senteuce, et je n’y ai rien vu qui pût m’instruire. D’après cela , mes convictions restant toujours les mêmes, ma liberté théologique sur ce point n’étant nullement restreinte, mes droits et mes devoirs professoraux ne pouvant pas plus varier que la conscience , je n’ai rien changé aux formules de mon Enseignement.
Cependant une déclaration aussi solennelle doit produire un effet dans ee que Saint Augustin appelait la Cité de Dieu. Je sentais combien il importait de rassurer les Fidèles sur ce sujet, mais quel moyen avais-je pour m’adresser à eux ? Nonseulement les Auditeurs de l’Amphithéâtre de notre Faculté ne sont pas ceux de la Magdeleine de Paris , mais encore les Lecteurs du P. Ventura ne sont guère les miens, et, grâce aux Conférences du célèbre Théatin, ils le seront encore chaque jour de moins en moins, si la Providence ne s’en mêle pas. J’attendais tout de cette Puissance Infinie ; mais comme sa Justice est quelquefois tardive, je m’armais de résignation.
J’ignore si des Médecins élevés à notre Faculté, ou des Théologiens persuadés d’un combat entre me Chair vivante contre l'Esprit, tel que Saint Paue l’a décrit, se sont adressés à cette même Providence, pour demander que la réparation fût complète. Nous ne sommes pas dans la position où était la Cour de Louis XIV, ou les événements heureux inattendus étaient
INTRODUCTION
attribués aux prières d’une Ame innocente qui demandait le bonheur de la France toute réunie dans son Chef. Lorsque, dans l’Oraison Funèbre de la Reine Marie - Thérèse d’Autriche, Bossuet a voulu faire connaître le pouvoir de la Prière adressée à Dieu, et les dispositions justes et saintes du Cœur d’où elle doit partir, il parle ainsi de la piété de cette Princesse, et des grâces qu’elle impétrait : «Quand tout cédait à Louis , et que » nous crûmes voir revenir le temps des miracles, où les mu- » railles tombaient au bruit des trompettes, tous les Peuples «jetaient les yeux sur la Reine, et croyaient voir partir de son » oratoire la foudre qui accablait tant de villes. » — Mais, soit que les prières aient été secrètes, soit que la Providence exerce spontanément la Justice distributive, la Réparation a été faite à notre grande surprise. Une Prédication solennelle pour une Octave entière de la Pentecôte à été prononcée à Montpellier, dans l’Église des Pénitents-Blancs, par un Docteur en Médecine, Docteur en Théologie Catholique , gradué dans la Faculté des Sciences , Professeur de Philosophie , Prêtre, Yicaire-Général de Paris....... Je n’ai pas besoin de dire que ce Prédicateur
est M. l’Abbé Bautain , car je ne pense pas qu’il y ait plusieurs Prêtres à la fois décorés de tant de titres et de tant de célébrité. Le sujet général de ces huit Sermons se rapportait aux règles de la Vie Éternelle ou Surnaturelle de l’Homme, en tant que la première portion de cette Vie, qui se passe sur la terre, puisse répondre aux désirs que nous avons touchant la seconde. L’Orateur a souvent eu lieu de rappeler la Constitution de l’Homme; il n’a pas pu la montrer autrement que ne nous la manifestent la Science Naturelle, et surtout la Médecine. Si la