‹ Réponses aux observations faitesChapitre 4 sur 4 · DANS UNE BROCHURE INTITULÉE · texte numérisé non relu

DANS UNE BROCHURE INTITULÉE

Quelques mot» sur U nouvelle Pharmacopée belge de 1856.

H nous eût étonné, pour plus d'une raison, que l'exemple donné par M. L... fût resté sans imitateurs; car, en certains moments comme en certaines choses, la critique a des attraits que les hommes d'expérience s'expliquent facilement.

M. le répétiteur du cours de pharmacologie à l'École vétérinaire de Cureghem, a donc aussi voulu censurer la Pharmacopée nouvelle. Soit; mais, nous nous devons, tout en lui sachant gré des formes convenables dans lesquelles il s'est tenu, d'exprimer toute notre pensée dans l'examen que nous allons faire de son travail.

Chose singulière! M. L... considère comme inutiles les pages que nous avons cru devoir consacrer au poids médicinal, à l'emploi du thermomètre et de l'aréomètre, aux règles à suivre dans la récolte des plantes et dans les préparations pharmaceutiques principales, etc., et M. Gille vient, au contraire, nous gourmander de ne pas nous être suffisamment étendus dans quelques points de ces considérations générales. Il nous reproche notamment de n'avoir rien dit de la conservation des médicaments simples ; de n'avoir point parlé de la recohobatian! de n'avoir pas donné « le3 préceptes à suivre

pour pouvoir introduire convenablement dans les électuaires, certains médicaments qui, dit-il, embarrassent souvent l'opérateur peu habile, etc. • Que devions-nous donc faire? écrire un Traité de pharmacie, ou rédiger un Codex en suivant , comme nous lavons fait, la marche qui est depuis longtemps tracée pour la confection des ouvrages de ce genre, et en tenant compte des connaissances dont les pharmaciens ont fait preuve pour obtenir leur diplôme? Comme M. L..., M. Gille se trompe souvent parce qu'il n'a pas lu notre Dispensaire avec l'attention nécessaire, et qu'il s'est abstenu de consulter les ouvrages auxquels il aurait dû recourir avant de nous critiquer.

Ce professeur est puriste, pour ne pas dire plus. Son faible à cet égard est au moins exagéré, car il se révèle pour ainsi dire à chacune de ses pages. Nous ne lui faisons pas un crime de la chose; aussi ne le suivrons-nous pas sur ce terrain, non que nous craignions de nous y engager, mais parce que nous ne voulons ni perdre du temps, ni ennuyer nos lecteurs en dissertant sur des futilités. Pouvons-nous, en effet, ne point considérer comme telle l'observation que nous aurions dû nous écarter des usages généralement reçus, en désignant, chaque fois, les diverses parties et dépendances de la fleur par leur nom scientifique; en mentionnant que les fleurs du tilleul doivent être employées avec leurs pédicelles et leur bractée, ce qui se trouve indiqué, du reste, à la matière pharmaceutique; en remplaçant le mot racines par celui de parties souterraines des plantes, afin d'éviter qu'on ne confonde les rhizomes avec les racines; en employant constamment l'expression de strobiles au lieu de celle de baies de genévrier; en nous servant du mot akènes au lieu de celui de semences, pour exprimer les fruits du fenouil...?

M. Gille s'attache, comme M. L...,à faire complaisamment ressortir les erreurs typographiques et les incorrections de traduction qui se sont glissées, en petit nombre, dans le texte français de la Pharmacopée, et qui ont toutes été corrigées par

des cartons et par l'erra tura que ce professeur n'a pas encore reçus. Nous lui demanderons ici, puisqu'il avait annoncé que ses observations seraient faites avec bienveillance, à quelle intention il rappelle la traduction incorrecte d'une phrase qui a depuis longtemps disparu du texte du Codex? • Le nouveau feuillet du livre fut, dit-il , immédiatement réimprimé et mis à la place de celui qui forme les pages xvu et xvm. > Nous n'aurions pas à nous justifier sur ce point, si nous avions été prévenus à temps de la mise en vente de la Pharmacopée, car nous avions déjà reconnu, avant ce moment, les petites incorrections dont on fait tant d'étalage. Quoi qu'il en soit, pour en revenir à la phrase dont il s'agit, nous disons dans le texte latin : « Floribus aut herbis aromaticis superaflundatur aqua? copia circiter tripla pondère aquœ destillatae colligendœ, » phrase qui devait se traduire ainsi : Versez sur les fleurs et les herbes aromatiques à peu près le triple de la quantité d'eau à recueillir par distillation ; or , on avait mis , par mégarde : « Versez sur les fleurs et les herbes aromatiques le triple de leur poids d'eau distillée. » Cette méprise a été immédiatement rectifiée.

M. Gille ne partage pas, en plusieurs points, les opinions critiques que M. L... émet sur notre Dispensaire. Il pense notamment, et avec raison, que c'est au médecin praticien et non au pharmacien qu'il appartient d'apprécier les modifications que nous avons faites à un certain nombre d'anciennes formules, dans l'intérêt de la thérapeutique et à l'exemple des rédacteurs de plusieurs Pharmacopées étrangères justement estimées. Toutefois , il en appelle à l'expérience , en disant que les pharmaciens sont les meilleurs juges pour apprécier la bonté d'un médicament, relativement à sa stabilité. Nous ne doutons nullement que le temps ne fasse prompte justice des suppositions ou des reproches qu'on articule sur ce point et sur d'autres , si nos formules sont convenablement appréciées par les médecins et exécutées par des expérimentateurs habiles et consciencieux. Rappellerons-nous ici , en pré-

sence d'une réflexion que M. Gille reproduit d'après M. L... * que le texte latin de la Pharmacopée nouvelle fait foi que nous n'avons pas entendu considérer notre vinaigre aromatique comme un succédané du vinaigre des Quatre Voleurs proprement dit, préparation dont les vertus, comme médicament interne, sont, du reste, tout aussi contestables que celles que l'on assigne à l'eau anbaltine et au baume de Feuillet, qui sont également, comme on l'a dit, de véritables encyclopédies pharmaceutiques. En introduisant ces derniers composés médicamenteux dans notre Codex , avec quelques autres qui sont tout aussi surannés, nous n'avons fait qu'obéir à des demandes qu'il ne nous était pas permis d'écarter.

Les indications que nous avons données sur la récolte des plantes et sur la conservation des médicaments ne plaisent pas à M. Gille. On y remarque, dit-il, plusieurs lacunes qui semblent montrer qu'on a considéré ces indications comme très-accessoires. Cette appréciation est parfaitement exacte, car il nous a paru inutile de grossir notre livre de données purement élémentaires. Si nous avions fait autrement, on n'eût pas manqué de nous accuser d'avoir voulu ravaler les pharmaciens, en les ramenant aux premières leçons qu'ils reçoivent dans les écoles, et en ne laissant rien à leur intelligence. Peut-on admettre, par exemple, pour répondre au re^ proche que nous fait ailleurs M. Gille, «de n'avoir pas indiqué les différences que l'on observe entre les eaux récemment distillées et celles qui ont été préparées depuis quelque temps, » qu'un pharmacien puisse ignorer que les hydrolats s'altèrent très-vite, qu'il est nécessaire de les filtrer au bout de quelque temps, qu'il faut les renouveler fréquemment, et, qu'en se décomposant, ils perdent de leur odeur et laissent déposer des flocons, indices de leur altération prochaine ou déjà réa* lisée ?

Suivant M. Gille, les préceptes que nous donnons pour la récolte des racines sont vagues, insuffisants et parfois vicieux.

Ce critique se montre-t-il plus clair, plus explicite et plus exact que nous? Nous nous permettons d'en douter. C'est ainsi qu'il avance que nous aurions dû dire que les tubercules, les bulbes, les pseudo -bulbes, les rhizôraes des plantes vivaces, etc., doivent se récolter la première année î II nous peine d'avoir à le faire observer, mais en voulant redresser un de nos préceptes, notre contradicteur commet une erreur inconcevable. Comment î nous aurions dû prescrire de récolter, dès la première année, le bulbe de la scille et celui du lys, c'est-à-dire alors que l'un et l'autre de ces bulbes ont à peine la grosseur d'une noisette? Et puis, qui ne sait que, dans la première année de la croissance de la fougère mâle , l'épaisseur du rhizome de cette plante n'excède guère celle d'une plume d'oie?

La règle que nous avons posée pour la récolte des herbes aromatiques et des âcres , est mal formulée , dit notre contradicteur, « en ce qu'elle laisse une part trop large aux exceptions qui ne sont point mentionnées. » Sa critique se rapporte surtout à l'époque du développement des plantes où il convient de récolter les feuilles ; car, ajoute-t-il, « ceux qui ont observé la stramoine et la morelle noire, savent que ces plantes commencent à fleurir lorsqu'elles ont à peine huit centimètres de hauteur, et que ce n'est certainement pas alors qu'il faut les recueillir. » Nous sommes à nous demander comment M. Gille n'a pas remarqué que nous disons explicitement, dans ces mêmes règles générales, que la récolte des feuilles doit se faire quand elles ont acquis tout leur développement. Ensuite, comment oublie-t-il que les auteurs, parmi lesquels nous ne citerons que MM. Henry et Guibourt, placent la stramoine et la morelle au nombre des plantes qu'il faut récolter au commencement de la floraison ? Les prescriptions de ces pharmaciens s'étendent à toutes les autres plantes narcotiques, ainsi qu'à celles dites aromatiques, au sujet desquelles ils s'expriment ainsi : « Une fois la floraison arrivée, l'augmentation des principes actifs n'a plus lieu, et même bientôt la quantité ne tarde pas à en diminuer; c'est ce

qu'il faut prévenir (1). » Que dit M. Soubeiran sur ce point? « On récolte les feuilles quand la végétation est dans toute sa force, au moment où les organes reproducteurs commencent à poindre (2). » Nous avons réellement peine à comprendre le légèreté dont M. Gille a fait preuve ici et ailleurs.

D'après nous, comme d'après les auteurs, il faut que les fruits soient récoltés bien mûrs; mais, nous ajoutons que les fruits charnus, tels que les framboises, les mûres et les groseilles, ne doivent pas être trop avancés dans leur maturité. Cependant, objecte M. Gille, « les groseilles destinées à faire la gelée ne sont pas moins bonnes lorsqu'elles sont parfaitement mûres; la pectose est alors changée plus complètement en pectine sous l'influence de la pectase, et l'acidité a diminué pour faire place à une saveur sucrée. » Nous regrettons d'avoir encore à faire observer à M. Gille que, dans les groseilles trop mûres, la pectine, qui forme la base de la gelée, a diminué et s'est transformée partiellement en sucre, par l'action des acides végétaux qui l'accompagnent.

« Ce que le nouveau Codex renferme sur la conservation des médicaments est inutile ou dangereux, suivant notre contradicteur : inutile pour celui qui sait, dangereux pour celui qui ne sait pas : » et, en partant de cette réflexion, il nous reproche < de ne pas avoir énuméré les causes qui font modifier ou altérer les médicaments, telles que l'influence du calorique, de la lumière, de l'humidité, de l'air, des larves d'insectes, de la poussière, etc. » Chacun de ces agents devait avoir une mention particulière, « non-seulement pour les drogues simples, mais encore pour les médicaments composés. » Nous répétons de nouveau, au risque d'ennuyer nos lecteurs, que nous avions à écrire un Codex et non un traité spécial de pharmacie et d'histoire naturelle médicale.

En examinant les règles générales relatives aux principales

(1) Pharmacopée raisonnec, etc., \t. 12 cl 13.

(2) Traite de pharmacie, etc. , p. 41 .

opérations ou préparations pharmaceutiques , M. Giile fait remarquer que nous n'avons point spécifie dans le mode de préparation de quelques eaux distillées dites aromatiques, s'il faut employer les feuilles et les fleurs fraîches ou récemment séchées; et il ajoute, ailleurs, que le doute dans lequel nous laissons ici les pharmaciens « expose les malades, quand les formules médicinales doivent être exécutées par des hommes qui ne sont pas suffisamment expérimentés. » Les hydrolats dont il s'agit sont ceux de camomille, de menthe poivrée, de tilleul, de sureau et de pariétaire. En s'exprimant comme nous venons de le rapporter, M. Gille montre, une fois de plus, qu'il a peu de confiance dans l'intelligence et le savoir de ses confrères; et puis, ignore-t-ii réellement que la plupart des eaux distillées n'ont que des propriétés médicinales peu marquées, et qu'il en est plusieurs dans la préparation desquelles on peut indifféremment employer les plantes fraîches ou les plantes récemment séchées, prises à poids égal? C'est ce qui ressort de la lecture de diverses Pharmacopées. M. Gille ne partage pas cette opinion, et il cite l'hydrolat de sureau comme présentant « des différences bien connues, » suivant qu'on le fait avec les fleurs fraîches ou avec les fleurs sèches. Cet exemple n'est pas heureux, car après avoir dit que les pharmaciens préparent ordinairement cet hydrolat avec les fleurs sèches, M. Soubeiran ajoute « que, quand on compare les deux produits, on trouve qu'ils sont si peu différents, qu'on n'a réellement pas de raison pour préférer l'un à l'autre (1). » Quoi qu'il en soit, comme la plupart des hydrolats peuvent difficilement se conserver pendant une année entière, les pharmaciens sont forcés d'en préparera une époque où ils ne sauraient se procurer les plantes fraîches. Au demeurant, nous recommandons de prendre les plantes fraîches pour toutes les préparations où nous avons jugé la chose nécessaire. D'un autre côté, nous demandons,

(i) Traité de pharmacie; 4 e éd., t. I, p. 591.

par suite d'une observation que fait encore notre contradicteur, si le Codex français et la Pharmacopée belge de 4823, ainsi que d autres Dispensaires officiels, disent que la racine de raifort à employer dans la préparation de l'alcool de cochléaria composé, doit être sèche ou fraîche?

Fidèle au plan qu'il s'est tracé, M. Gille substitue un précepte nouveau à celui que nous avons donné au sujet des vases à employer pour faire les décoctions. Le nôtre est, dit-il * trop absolu. Le sien est, pour nous, trop général ; car, en se bornant à dire avec lui que « les vases doivent être de nature à n'exercer aucune influence sur la composition du décocté, » le pharmacien peut parfois se tromper en se servant d ustensiles qu'il croit inaltérables et qui pourtant ne le sont point. M. Gille est-il bien certain que la fabrication des vases en fer émaillé, dont il recommande l'usage, soit arrivée au degré de perfection nécessaire, pour permettre de substituer cette sorte de vases à ceux en verre ou en porcelaine? West- il pas à craindre ici, que les substances dangereuses qu'on rencontre souvent dans les couvercles des vases émaillés, pourraientpasser dans quelques-uns des médicaments que l'on prépar rerait dans ces vases ? On le voit, M . Gille n'est pas conséquent avec lui-même : tantôt il veut que nous entrions dans des détails descriptifs qui feraient injure aux pharmaciens , et tantôt il voudrait nous faire admettre, chez ces praticiens, certaines connaissances qu'ils n'ont pas et qu'ils ne peuvent avoir jusqu'ici. Est-il plus raisonnable quand , en parlant des décoctions , il suppose que tous les pharmaciens ne sauront point que la racine de réglisse et celle de sassafras doivent être convenablement divisées avant d'être soumises à l'action de l'eau? Nous n'en dirons pas davantage sur ces sortes d'observations, dont notre censeur se montre si prodigue.

En s'occupant de ce que nous avons dit de la préparation des électuaires, M. Gille s'étonne que nous n'ayons pas indiqué, « pour servir les opérateurs peu habiles, • les préceptes à suivre pour introduire convenablement dans les

électuaires, l'opium, les gommes-résines et certains extraits; et, en parlant un peu plus loin des emplâtres, il exprime, . apparemment par le même motif, le regret que nous n'ayons pas été plus explicites relativement à l'association des résines avec les corps gras proprement dits, et surtout que nous nous soyons abstenus de parler des difficultés qui, selon lui, « sont inhérentes à l'introduction des gommes-résines dans les masses emplastiques. > Devions-nous donc , nous le demandons encore, transformer notre Dispensaire en un véritable traité de pharmacie pratique?

A l'occasion des préceptes que nous donnons pour la préparation des extraits, M. Gille s'étonne à bon droit, dit-il, que nous n'ayons pas consacré un article spécial à la lixiviation. La lixiviation ne constitue ni une préparation pharmaceutique, ni un médicament officinal : c'est, comme on le sait, un simple procédé opératoire au moyen duquel on enlève aux substances complexes les principes solubles qu'elles contiennent. Nous pensons, quoi qu'en dise M. Gille, que les lignes que nous avons accordées à la lixiviation sont bien suffisantes, à moins qu'on ne prétende encore une fois, que nous aurions dû ramener les pharmaciens aux éléments des branches d'études dont ils se sont occupés dans les écoles.

Nous recommandons de conserver les poudres à l'état sec et dans des vases bouchés , afin de les préserver de l'humidité de l'air. M. Gille reconnaît que ce précepte est utile pour la plupart des poudres, mais il ajoute qu'il ne convient pas pour celles qui contiennent des huiles essentielles ou des huiles grasses qui leur donnent un aspect humide. Ces dernières poudres ne doivent pas être plus aqueuses que les autres , et , si elles ont un aspect huileux, il ne faut pas moins qu'on les mette à l'abri de l'humidité quand on veut les conserver en bon état.

En nous lisant avec plus de soin qu'il ne l'a fait, notre contradicteur aurait vu que notre intention n'était pas , en écrivant les règles générales qu'il s'applique tant à critiquer,

-iode poursuivre ie travail pour toutes les préparations pharmaceutiques. Nous avons en effet pensé que les cérats , les mellites , les pommades , les vins et les vinaigres médicinaux sont des composés médicamenteux d'une préparation trop simple pour exiger des recommandations spéciales. Devions-nous dire, par exemple , à l imitation du Codex français dont, nous rapportons ici les termes : « que les cérats ont pour base un mélange de cire et d'huile et qu'ils servent aux pansements ; que les sirops préparés avec le miel portent le nom de mellites, et qu'on les prépare à peu près de la mêmemanière que les sirops ; que les pommades sont des médicaments dune consistance ordinairement molle et ayant pour base la graisse de porc ou un mélange de corps gras ; que les vins médicinaux sont des médicaments qui résultent de l'action dissolvante du vin sur une ou plusieurs substances organique» ou inorganiques, et enfin, que les vinaigres médicamenteux doivent être préparés par macération? » De pareilles indications ne sont-elles pas oiseuses? 11 est regrettable que M. Gille, que nous ne connaissons pas, mais que nous prenons pour un homme sérieux , ne sache pas que les Codex s'adressent aux pharmaciens et aux médecins qui savent, et non à ceux qui doivent tout apprendre. € Probe enim id tenendum est Pharmacopœam lege sancitam non esse librum tironibus dicalum, sed artis pharmaccuticaepcrilis. Idemquoque dicendum est de modis medicamina componendi et conficiendi , nam iis tantummodo scripta est Pharmacopœa , qui hasce operationes perficere callent. » Si notre censeur avait eu plus tôt sous les yeux ces paroles des savants rédacteurs du Dispensaire prussien, il eût sans doute été plus avare de ses remarques. Nous n'avons pas été les premiers à voir qu'il en est plus d'une qu'il aurait dû s'abstenir de faire, dans son intérêt propre. Dans son ardeur à vouloir nous mordre, il ne s'aperçoit pas que, le plus souvent , ses critiques s'adressent moins à nous qu'à ses confrères, car il fait clairement supposer qu'il en est qui sont inhabiles à exécuter les prescriptions médicinales les plus

simples. Nous lui épargnons de rapporter ici les passages de sa brochure qui nous autorisent à parler de la sorte.

Selon M. Gille, le texte français de la Pharmacopée nouvelle n'a pas été rédigé avec le même soin que l'autre . Une de ses critiques porte sur ce que nous avons ponctuellement suivi, dans la traduction des règles générales du premier de ces textes, Tordre alphabétique, que nous avons adopté pour le texte latin. Notre censeur voit en cela du désordre , car il se fait un fantôme des plus petites choses. Nous lui apprenons, s'il ne le sait pas déjà, que nous nous sommes personnellement montrés contraires à la mesure qui a été prise défaire rédiger le nouveau Codex en latin et en français. Pour nous, ce dernier texte ne doit servir qu'à faciliter, au besoin , l'intelligence de l'autre, que la loi rendra sans doute seul officiel. Nous avons, du reste, constamment cherché à mettre, autant que possible, les deux textes du recueil en parfaite concordance ; or, la concordance n'existerait pas au même point, si nous avions interverti l'ordre adopté dans le texte latin.

Les reproches les plus graves que M. Gille articule contre la Pharmacopée nouvelle seraient , s'ils étaient vrais , ceux qu'il exprime en ces lignes : ■ 11 résulte des termes de quelques formules , que le pharmacien reste libre de se servir des substances sèches ou des fraîches, pour préparer certains médicaments ; d'employer, pour certaines drogues, la qualité inférieure ou la qualité supérieure. »

Nous avons déjà répondu au premier de ces reproches. Quant au second , la critique dont il s'agit est bien certainement la dernière de toutes les observations auxquelles nous pouvions nous attendre , car les rédacteurs de la plupart des Codex officiels n'ont évidemment pas spécifié, mieux que nous, les caractères que doivent présenter les drogues à employées dans les officines. Mais, M. Gille déclare qu'il ne s'occupera pas, pour le moment, de la matière pharmaceutique, cette branche de connaissances ne rentrant pas dans ses attributions professorales. Nous inférons de ces paroles qu'il

n'a pa9 lu cette partie de notre travail . En la parcourant quelquepeu, il aurait facilement vu qu'après avoir indiqué dans cette section de l'ouvrage, la qualité des drogues simples et les parties des plantes qui doivent entrer dans la confection des médicaments composés, il était mutile de répéter ces choses dans les formules de préparation de ces médicaments.

Quant à l'emploi des drogues , considérées relativement à leur qualité inférieure ou supérieure, il est pénible de voir que ceux qui nous critiquent ne se soient pas donné la peine de nous lire convenablement. Pourquoi devonsnous faire remarquer à M. Gille, en réponse à ce qu'il dit de l'alcoolat aromatique, d'une part, que nous indiquons à la matière médicale que le pharmacien ne doit donner la cannelle de Chine que dans les cas où elle lui est expressément demandée, et, d'autre part, que l'humanité est réellement à plaindre si tous les pharmaciens ne savent pas que la cannelle de Ceylan est la seule qu'on emploie dans les préparations galéniques. Aux articles Garou et Grenadier de la même section de l'ouvrage, ne disons-nous pas nettement, tant par nos descriptions que par les intitulés de ces articles , que l'écorce de garou et celle de la racine de grenadier sont les seules parties de ces végétaux usitées en médecine? Quant au castoreum , nous en décrivons deux espèces : le castoreum de Sibérie et celui du Canada ou d'Amérique ; ensuite, nous ajoutons que le premier se rencontre rarement dans le commerce ; d'où il suit, pour nous comme pour ceux qui n'épiloguent pas, que le castoreum du Canada peut être employé partout où celui de Sibérie n'est pas expressément désigné. Les erreurs que M. Gille redoute ici sont elles donc présumables? Quel est d'ailleurs le pharmacien qui emploiera ou donnera le castoreum de Sibérie, quand cette espèce de médicament» qui est rare et d'un prix toujours fort élevé, ne lui sera pas expressément demandée ou prescrite?

« A la page 209 du texte français du Codex belge, se trouvent, dit M. Gille, les renseignements pour la préparation

des extraits alcooliques. On commence par expliquer comment il faut procéder pour obtenir l'extrait d aconit napel, et on ajoute ensuite : on prépare de la même manière ceux de belladone (herbe), ciguë, jusquiame (herbe), laitue cultivée, laitue vireuse, rhus radicans, stramoine (herbe), etc. » Notre censeur feint de ne pas comprendre pourquoi nous plaçons Je mot herbe entre parenthèse, à la suite des mots belladone, jusquiame et stramoine , tandis que nous ne le faisons pas pour les autres plantes. Faut-il en conclure, se demande-t-il, que, pour trois de ces substances , il faut employer toute la partie herbacée, et que, pour les autres, on ne doit pas employer les mêmes parties? Non, M. Gille, ce n'est point cela; la déduction de nos indications est beaucoup plus simple pour ceux qui savent, comme vous, qu'il existe deux espèces d'extraits alcooliques de belladone , de jusquiame et de stramoine, qui se préparent, les uns, avec Y herbe ou les feuilles de chacune de ces plantes, et, les autres, avec leurs graines. Sommes-nous donc en tort , comme vous voudriez bénévolement le faire croire ?

D'après notre censeur, nous devrions faire à l'article térébenthine, un erratum ainsi conçu : « On emploiera la térébenthine de Venise, chaque fois que la formule portera térébenthine, sans autre indication. » Nous nous garderons certainement de suivre ce conseil, car il est directement contraire à nos intentions. En ouvrant le Codex français à l'article emplâtre de Vigo avec mercure, M. Gille verra que le mot térébenthine est simplement traduit par celui de terebinthina y parce que les rédacteurs de ce Dispensaire veulent qu'on emploie de la térébenthine ordinaire dans la confection de cet emplâtre. Partout ailleurs où ils recommandent l'emploi de la térébenthine de Venise, ils ajoutent au mot terebinthina, l'épithète de laricis. Nous avons fait comme le Codex français ; là où nous demandons que l'on se serve de la térébenthine de Venise, nous l'avons dit; là où il faut faire usage de la térébenthine commune, nous avons mis

simplement térébenthine. Les préparations dans lesquelles nous prescrivons l'emploi de cette dernière térébenthine, sont: l'emplâtre aromatique, l'emplâtre gommeux, les emplâtres vésicatoire , diachylon , oxycroceum , le baume de Fioravenli, etc. Si M. Gille veut connaître la raison pour laquelle nous prescrivons d'exécuter ces formules en employant la térébenthine commune, nous le renvoyons aux Pharmacopées de l'Autriche, de la Prusse, de la Bavière, du Hanovre, du Danemark, etc., car ceux qui s'érigent en critiques ne peuvent pas ignorer l'état de la science dans les différents pays.

Parmi les observations de M. Gille, il en est encore deux dont nous dirons quelques mots. Suivant lui , l'expression « fécule verte » que nous employons à l'article extrait d'aconit non déféqué, n'est pas scientiGque ; et, ensuite , nous mettons les pharmaciens en doute sur ce qu'ils doivent faire, en nous servant du mot morelle pour désigner le solanum nigrum. Notre contradicteur qui a écrit, sans lire les ouvrages qu'il aurait dû consulter avant de prendre la plume, ignore que nous avons encore fait ici ce qu'a fait le Codex français. C'est ce qu'il peut facilement voir en consultant l'article de ce recueil relatif à la préparation des extraits narcotiques, la nomenclature des drogues simples qui se trouve en tête de l'ouvrage, et la formule du baume tranquille. La confusion qu'il craint pour la morelle est d'autant moins possible que c'estsous le nom de douce amère seul que nous avons désigné \e8olanum dulcarnara. Quant aux mots « fécule verte,* ils sonnent mal à l'oreille de M. Gille ; ils ne sont pas scientifiques, dit-il. 11 a raison, mais qu'en pouvons-nous? L'usage est un tyran contre lequel il est souvent difficile de lutter.

Avant de terminer la série de ses observations, M. Gille les résume en actant les fautes typographiques qu'il a rencontrées dans le recueil, ainsi que les modifications qu'il désire voir apporter dans quelques termes dont nous nous sommes servis. Il voudrait, dans son purisme, que nous remplacions par le mot épisperme , le mot pellicule que nous

avons employé avec la généralité des auteurs, pour signifier la membrane qui recouvre le noyau de l'amande; il voudrait aussi que le baume de copahu reçut la dénomination d'huile-résine de copahu ; que l'expression pointes d'asperges fut remplacée par celle de lurions d'asperges ; que nous substituions le mot fruits à celui de semences que nous avons adopté parfois pour nous conformer à l'usage. Pouvons-nous considérer de pareilles demandes comme sérieuses? Quant aux autres observations, nous croyons y avoir suffisamment répondu dans les pages que nous venons d'écrire.

Que reste-t-il maintenant de cet échafaudage de critiques élevées contre la Pharmacopée nouvelle, et surtout du reproche qu'on nous a fait d'exposer la santé publique, en laissant les pharmaciens libres d'employer légalement des drogues de qualité inférieure? quelques mots sans importance, omis dans l'impression de l'ouvrage, et quelques erreurs typographiques, comme il s'en glisse dans tous les livres. Ces fautes ont été rectifiées par des cartons ajoutés au recueil après sa mise en vente, et que M. Gille recevra comme tous les pharmaciens qui l'ont actuellement en mains.

On nous permettra , sans doute , de garder dorénavant le silence , s'il ne surgit point de critiques plus sérieuses que celles auxquelles nous venons de répondre. Nous croyons, en effet, qu'après nous avoir lus, les hommes compétents et non prévenus diront, avec nous, qu'on a voulu faire de la critique quand même, sans se pénétrer d'abord de l'état de la science et de l'esprit de l'ouvrage.

Bruxelles, 40 mai 1857.

J. Mareska, IL Martens, D. Sauveur.

Goctle

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