XXX. Tilapie a grandes Épines, Tilapia macrocentra , A. Dum
Région dorsale assez fortement relevée au niveau de l'origine de l'épiptère, où se mesure la plus grande hauteur du tronc, et obliquement inclinée en bas au-devant de ce point; l'orbite est presque de nioeau avec le plan supérieur de la tête ; trois rangées d'écaillés à la région sousorbitaire; rayons épineux de l'épiptère, de l'hypoptère et des catopes volumineux, très-robustes et triangulaires ; teinte générale brune- Xi. 14-13; A. 3-10; C. 18; P. 10; V. 1-6.
La plus grande hauteur du tronc, 0m1l9, est contenue plus de deux fois dans la longueur qui, mesurée du bout du museau à l'origine de l'uroptère, est de 0m260. La hauteur de la tête, au niveau de l'œil, est de 0m071 ; il y a donc, dans ce point, 0°'048 de moins qu'au niveau du premier rayon de l'épiptère.
Ce Poisson se distingue très-facilement de tous ceux qui précèdent par le volume considérable des rayons épineux de ses nageoires, dont la force et l'épaisseur offrent le contraste le plus frappant avec ce qui se remarque dans les autres espèces. De plus, les écailles sont très-grandes.
Cette Tilapie provient du Sénégal. L'exemplaire est unique.
Parmi les Chromides à dents simples, non bifides, mais coniques et disposées sur un seul rang à l'une et à l'autre mâchoires, il y a un poisson de l'Afrique occidentale qui offre, dans la conformation générale du corps et dans la différence de longueur des dents, des caractères assez tranchés pour motiver une coupe générique distincte.
Chromichthe, Chromichthys ', Guich.
Conformation générale des Labres; museau protractile ; à la mâchoire supérieure, une seule rangée de dents coniques, à peu près d'égale longueur, à l'exception des deux médianes qui sont plus longues et plus fortes; rangée de la mâchoire inférieure composée de dents un peu plus courtes et laissant un espace libre au niveau de la symphyse ; point de dents au palais: ligne latérale interrompue ; tout le corps, à l'exception de la région sus-céphalique, qui est nue, recouvert d'écaillés cycloïdes, s' avançant sur la base de l'uroptère; point de dentelures, ni d'épines aux pièces operculaires.
La ressemblance avec les Labres se tire de la forme obiongue du corps; de la disposition du museau et des lèvres qui sont, il est vrai, peu développées; de la conformation de la nageoire unique du dos et de l'anale prolongées assez loin en arrière; de la présence des lambeaux membraneux de la portion épineuse de l'épiptère , et enfin de l'écaillure.
Les différences sont fondées sur l'interruption de la ligne latérale, avec cette conformation générale du corps, qui n'est pas celle des Labroïdes à ligne latérale interrompue. C'est cette interruption surtout qui, éloignant le nouveau Poisson des Labroïdes, permet de le rapprocher des Chromides, où i' devient, en raison même de la forme plus obiongue du corps, de la brièveté proportionnelle des pleuropes et de l'inégalité des dents sus-maxillaires, le type d'un genre spécial, qui tient des vrais Chromides par la forme conique des dents.
XXXI. Chrom!CHthe allongé, Chromichthys elongalus, Guich. Pl. XXII, fig. 3.
Ligne latérale commençant au-dessus et en arrière de l'opercule, se continuant jusqu'à l'extrémité de l'épiptère, et reprenant, au niveati de ce point, sur la ligne médiane du corps; cinq rangées d'écaillés à la région sous-orbitaire ; quatre lignes verticales noires occupant presque toute la hauteur de chaque flanc ; une cinquième «. la base de l'uroptère et se détachant sur un fond brunâtre. Longueur totale, 0m088; plus gronde hauteur, 0m 027.
L'exemplaire unique et en bon état de conservation sur lequel est fondée cette espèce a été rapporté du Gabon par M. Aubry-Lecomte.
Cyprinoïdes.
XXXII. Pécilie a dos plat, Pœcilia omalonota, A. Dum. Pl. XXII, fig. 7, 7a, 76.
Région supérieure, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de l'épiptère, présentant une
1. De y„po(j.i;, nom grec d'un Poisson indéterminé pris par Cuvier, et de ;•/>;, poisson. M. Guichenot, qui avait bien étudié celui dont il s'agit à l'époque où le Muséum l'a reçu, a voulu, par cette dénomination, rappeler ses rapports et en même temps ses différences avec les Chromis.
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ARCHIVES DU MUSÉUM
large surface plane; origine de l'épiptère correspondant à peu près au milieu de Vhypoptère, qui est plus longue; œil plus petit que l'espace qui sépare le bord antérieur de l'orbite de l'extrémité du museau où la mâchoire inférieure dépasse notablement la supérieure ; teinte générale d'un brun rougeâtre uniforme.
Le remarquable aplatissement de la région dorsale et l'allongement de la mâchoire inférieure distinguent cette Pécilie de toutes ses congénères. La plus grande largeur du dos, au-dessus de la base des pleuropes, est presque égale à la hauteur du corps dans ce point.
Comme dans les autres espèces du même genre, et ainsi que le montre la fig. 1b de la pl. xxii, les dents coniques et un peu recourbées en arrière forment, à chaque mâchoire, une rangée régulière derrière laquelle il y a d'autres dents plus petites, plus nombreuses et moins régulièrement disposées.
De nombreux, individus de cette Pécilie, dont la plus grande est représentée dans ses dimensions naturelles, pl. xxn, fig. 7, ont été adressés de Noss-Bé (Madagascar), par M. Boivin. Ses caractères remarquables ont motivé sa description dans ce travail, où j'ai à faire connaître en outre deux espèces de l'Afrique occidentale.
XXXIII. Pécilie a nuque tachetée, Pœcilia spilauchena , A. Dum. Pl. XXII, fig. 6, 6 a.
Région sus-céphalique plane, tuais ligne médiane du dos relevée, immédiatement derrière la téte, en petite carène surmontée d'une série d'écaillés impaires ; origine de l'épiptère correspondant cm niveau du tiers antérieur de Vhypoptère ; catopes insérés au-dessous du milieu des pleuropes; museau très-court et œil fort grand, de sorte que son diamètre est d'un tiers plus considérable que l'espace qui sépare le bord antérieur de l'orbite de l'extrémité du museau, où la mâchoire inférieure dépasse à peine la supérieure ; sur la téte, quatre taches noires; teinte générale uniforme.
Les caractères tirés de la forme du dos, de la position relative des nageoires, du nombre moindre des rayons, et le système décoloration distinguent suffisamment cette espèce de la précédente; elle s'éloigne également de toutes les autres par cette dernière particularité dont voici le détail : des quatre taches de l'occiput et de la nuque, l'antérieure occupe la moitié postérieure de l'espace interorbi taire; elle est presque le double de chacune des trois autres, qui sont égales entre elles; elles sont très-rapprochées de la précédente et la bordent en arrière. Entre les yeux, en avant, il y a des plis cutanés longitudinaux.
Trois individus ont été rapportés du Gabon par M. Aubry-Lecomte ; ils sont absolument semblables entre eux, et c'est le moins petit des trois qui est représenté de grandeur naturelle.
XXXIV. Pécilie a taches argentées, Pœcilia spilargyreia, A. Dum.
Téte et dos plats jusqu'au delà des épiptères, où la ligne médiane commence à former une carène obtuse, surmontée d'une série d'écaillés impaires ; origine de l'épiptère au-dessus du
milieu de l'hypoptère ; catopes insérés en arrière, car leur racine est à peine antérieure à l'extrémité libre des pleuropes; œil grand, dont le diamètre égale l'espace situé entre le bord antérieur de l'orbite et l'extrémité du museau qui est court et arrondi à son extrémité, où la mâchoire injèrieure ne dépasse pas la supérieure; à la région sus-céphalique, des taches noires et des taches argentées.
Quoique l'aplatissement de la région dorsale soit plus prononcé que dans l'espèce précédente, il l'est cependant bien moins que chez la P. omalonota, dont la P. spilargyreia se distingue en outre, par la brièveté et la rondeur du museau, le peu de longueur de la mâchoire inférieure, le diamètre plus considérable de l'œil, ainsi que par le système de coloration. Ce dernier caractère sert également, avec tous ceux que signale la diagnose, à l'éloigner de la P. spilauchena. Si elle est, comme cette dernière, tachetée à la nuque, on trouve encore, sous ce rapport, des différences notables, car chez la P. spilargyreia, cette région porte une assez grande maculature noire irrégulière, relevée de chaque côté, entre les yeux, par une tache argentée; une autre tache semblable, mais ronde, est située vers la limite postérieure de la maculature noire qui est bordée par une ligne demicirculaire, à même reflet métallique et à concavité antérieure. Derrière la lèvre supérieure, on voit un petit trait noir en fer à cheval, à convexité postérieure et placé entre deux lignes de même teinte, longitudinales, occupant chacune l'extrémité antérieure de la région sus-orbitaire.
Cette espèce a pour types deux individus parfaitement identiques, plus petits encore que les Pécilies précédentes, et dont le moins court ne mesure que 0m045. Ils ont été pris dans les eaux douces de la côte des Mandingues (Afrique occidentale) par il. Schill, capitaine de la marine marchande de Russie, qui en a fait présent au Muséum. Déjà, il avait donné à la Ménagerie un Python royal.
Clupéoïdes.
Les collections formées au Gabon par M. Aubry-Lecomte renferment une petite Clupée qui rentre dans le genre Pellone, Val. {Hist. des Poiss., t. XX, p. 300), dont elle présente tous les caractères. Tels sont : 1° la longueur remarquable de l'hypoptère ou nageoire anale étendue sous toute la queue, depuis l'anus jusque près de l'origine de l'uroptere ou caudale; 2° la saillie considérable de la carène des écailles du ventre; 3° l'extrême petitesse des catopes ou ventrales; 4° enfin, l'absence de dents au vomer, tandis que, outre celles des mâchoires et de la langue, il y en a sur les os palatins et ptérygoïdiens.
Cette Pellone n'appartient à aucune des espèces déjà décrites. L'une d'elles, il est vrai, Clupea a/ricana, Bloch (édit. franc., 12e partie, p. 36, pl. ccccvn), Pellone Iserti, Val. (t. XX, p. 307), a été recueillie sur la côte de Guinée, et la similitude d'origine pourrait porter à supposer l'identité spécifique. La comparaison avec l'animal dont nous connaissons seulement la figure que je viens de citer montre les différences suivantes :
XXXV. Pellone du Gabon, Pellona gabonica, A. Dum. Pl. XXIII, fig. 3, 3a.
La ligne du dos est beaucoup moins relevée; depuis la région postérieure de la tète jusqu'à 1 origine de l'uroptère, cette ligne est presque horizontale et offre ainsi un contraste frappant avec la
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ligne ventrale, qui est assez fortement convexe. La ligne latérale n'est point courbe, elle Suit une direction droite depuis l'opercule jusqu'au milieu de la queue, et partage la hauteur du tronc en deux portions inégales; la supérieure a partout à peu près la même élévation; l'inférieure, plus considérable, est moins haute en avant et surtout en arrière qu'elle ne^'est au milieu de l'abdomen.
La mâchoire supérieure présente, au milieu, une petite échancrure. Le système dentaire ne diffère pas de celui des autres espèces du même genre.
Cette description est faite d'après un exemplaire unique dont la longueur, sans y comprendre la nageoire caudale mutilée à son extrémité, est de 0,n07. Les couleurs sont altérées, mais il y a encore de beaux reflets argentés.
Pour les deux Anguilloïdes (xxxvi et xxxvn) représentés pl. xxhi, Thyrsoidea maculipinnis, Kaup, de Gorée, fig. <l , a, b, c, d, et Pœcilophis Lecomtei, Id., du Gabon, fig. 2, a, b, c, rf, je renvoie aux descriptions données par le savant zoologiste de Darmstadt {Ucbersicht der Aale in Archlv fiimaturgesch., 1856, t. I, p. 61 et 67), et dont ces dessins deviennent un complément utile.
Je termine ici l'énumération des espèces dont il m'a paru important de parler avec quelques détails. Je complète, d'ailleurs, la revue des Poissons trouvés jusqu'à ce jour dans l'Afrique occidentale par la liste suivante, qui en comprend cent quatre-vingt-cinq. Parmi ceux-ci, il y en a trente-trois, qui n'étaient point encore connus. Dans ce nombre, vingt-cinq sont décrits pour la première fois; les huit autres qui sont seulement nommés, représentent aussi des espèces nouvelles. Ce sont les suivantes : 72, Cybium altipinne, remarquable par l'élévation très-notable de sa première épiptère ; 89-91, trois espèces appartenant au genre si bizarre des Vomers, dans lequel on peut établir, d'après les individus de la collection du Muséum, et originaires de différents pays, huit ou neuf coupes spécifiques fort tranchées; 127, une Fistulaire; 133, un Bagre de Gorée et deux Echénéides (176 et 177), déjà signalées dans un Essai de classification des singuliers Poissons de ce groupe que j'ai publié en 1858 (Comptes rendus de l'Acad. des se, t. XLVII, p. 374). L'une, E. occidentalis, appartient par ses formes allongées à la division des Naucrates, et l'autre, plus ramassée, à celle des Rémores.
En réunissant les 193 Reptiles, et les 185 Poissons signalés ou décrits dans ce Mémoire, on voit que la science possède déjà des données précieuses sur la faune de la côte et des régions occidentales du continent africain.
Bien des découvertes, sans nul doute, y restent encore à faire, et dans peu d'années peut-être, faudra-t-il élargir beaucoup le cadre qu'il m'a semblé utile de tracer dès à présent, en raison des richesses considérables que renferme le Musée de Paris.
LÈPIDOCHONDRES OU ICHTHYOSIRÈNES