‹ Reptiles et poissons de l'Afrique occidentale. Étude précédée de considérations générales sur leur distribution géographiqueChapitre 8 sur 57 · Crocodiliens · texte numérisé non relu

Crocodiliens

Le Muséum possède plusieurs Crocodiles originaires de la région dont je décris ici les Reptiles. Tel est d'abord le Crocodile vulgaire, Cuv., proprement dit. Sa présence dans les eaux du Sénégal d'où il a été rapporté par plusieurs voyageurs, et dans celles du Gabon, comme nous l'ont appris les présents de M. Aubry-Lecomte, donnent la preuve qu'il ne vit pas seulement à l'est. II

en est de même pour le Crocodilus suchus de Geoffroy (var. D du Cr. vulgaire, Dum. Bib. ), puisqu'il faut rapporter à cette variété le Cr. vert. d'Adansou pris par ce célèbre naturaliste sur les bords du Niger, et puisque des individus sénégaliens ont été déposés dans nos collections par MM. Banon, Heudelol et Delcambre.

La zone géographique de ces deux. Crocodiles a donc des limites aussi étendues que celle des Trionyx. mentionnés dans les pages qui précèdent.

Le Cr. à nuque cuirassée (Cr. cataphraclus), connu dans la science seulement par la description de Cuvier [Oss. foss., t. V, 2" partie, p. 58, pl. v, fig. 1 et 2) vil-il à l'ouest de l'Afrique? On semblerait autorisé à le supposer d'après les indications contenues dans YErpét. génér. On y trouve, en effet, rapportés à cette espèce : 1° un très-jeune individu donné à notre Musée par M. Sandré, de Bordeaux, et pris dans le grand Galbar, rivière qui arrose le territoire de Sierra -Leone; 2° un autre Crocodilien de petite taille, vu par Bibron dans le Musée de la Société zoologique de Londres et envoyé de Fernando-Po. Cependant, on ne peut pas considérer l'origine africaine du Cr.à nuqut cuirassée comme parfaitement démontrée, Cuvier n'ayant pas connu celle du type; en outre, il reste quelques doutes sur l'identité de ce type et du jeune animal que le Musée de Paris possède1.

Le Cr. à nuque cuirassée serait-il simplement une variété, comme M. Gray le suppose (Cal. ofTort. Croc, etc., p. 58), de l'espèce africaine dite Cr. leptorhynchus, Bennett?

Il est très-difficile d'admettre celte supposition, quand on compare les figures ci-jointes (pl. XIV, fig. 1,1a, Cr. lept., et fig. 2, Cr. cataphr., d'après Cuvier, loc. cit.); elles montrent des différences notables dans le nombre, ainsi que dans l'arrangement des plaques nuchales et cervicales. Chez le Cr. lept. d'ailleurs, et cette remarque a déjà été faite par Bennett (Proc. of zool. Soc, 1835, p. 129), le museau est plus étroit, plus effilé, et le rapport de la

1. Je trouve inutile, en raison des détails que le t. III de VErpét. génér., p. 127, renferme sur ce sujet, de signaler ici les différences qui distinguent ce petit Crocodile de l'animal conservé au Musée du Collège des chirurgiens, à Londres, décrit par Cuvier (Oss. foss., t. V, 2e partie, p. 58, pl. v, Cg. 1, 2), et dont tous les naturalistes, même M. Gray, ne parlent que d'après cet ouvrage. Même, en temnt compte des difficultés que présente la comparaison d'un spécimen long de 0m 44, avec un au re de 1 "50, notre jeune Crocodilien, sans qu'on puisse trouver cependant une identité parfaite a îz le Cr. lepturhyaqup, paraît lui ressembler plus qu'il ne ressemble au Cr. a nuque cuirassée.

ARCHIVES DU MUSÉUM

plus grande largeur de la tête à sa longueur est de 1 à 3, ciu lieu d'être de 1 à 2 \ /2, comme clans l'autre espèce.

Ces deux figures et les observations qui précèdent me dispensent donc de tout autre détail relatif au 'Cr. leptorhynque . J'ajouterai seulement que nos collections en renferment deux exemplaires longs de \m 50 environ. L'un des deux, donné par la Société zoologique de Londres, vient de Fernando-Po, et le second a été acquis avec quelques autres animaux originaires du Gabon.

Trois autres espèces de Crocodiles ont la tête très-longue proportionnellement à sa largeur : 1° le Cr. à museau effilé (Cr. acutus, Geoffroy). (Ann. du Mus., t. X, p. 79), et sous le nom de Cr. de Saint-Domingue (Id., t. II, pl. 37, fig. 1 ) ; voyez aussi dans l'atlas des Rept. (Hist. de l'île de Cuba, par R. de la Sagra, pl. 5); 2° le 6Y. de Morelet (Cr. Moreletii, A.Dum.), que j'ai décrit et fait figurer (Arch. du Mus., t. VI. p. 255, pl.xx). Je n'ai pas à comparer ces deux espèces au Cr. leptorhynque, puisqu'elles sont l'une et l'autre propres au continent américain ; 3° enfin, il faut citer le Cr. de Journu, Rory de Saint- Vincent (Cr. intermedius, Graves), dont l'origine est inconnue, et qui, trèsremarquable par la forme effilée de ses mâchoires, offre, par cela même, une certaine ressemblance avec le Cr. leptor., mais il y a clans le nombre et dans la disposition des plaques nuchales et cervicales des différences très-notables ; aussi m'a-t-il paru utile de le faire représenter sur la pl. xiv, fig. 31.

IL Caméléoniens.

Parmi les espèces de l'Afrique occidentale, il y en a cinq que le Musée de Paris ne possède pas : 1° Chamœleo cristatus, Stulchbury (Tr. of the Linn. Soc, t. XVII, p. 361, et Remarques de M. Martin, Proceed. zool. Soc., 1838, p. 63), de l'ile Fernando-Po; 2° Ch. tricornis, vel Owenii, G ra y 2 (Zool. miscell., p. 7,

1. Les analogies remarquables entre les Cr. leptor., cataphractus et Journei, ont été signalées par M. Gray ( Cat. Tort., Croc, and Àmph., 184-4, p. 57), où, sous la dénomination vulgaire de Faux Gavials, il forment un genre particulier : Mecislops, Gr. L'espèce dite Cr. acutus aurait pu également y prendre place, et si ce genre était adopté, j'y ferais entrer le Cr. de Morelet, mais, en raison du défaut de limites précises et bien tranchées, cette coupe générique n'est pas nécessaire.

2. Voyez, fig. 10, de la pl. XXII {Arch. du Mus., t. VI), où j'ai fait représenter, en outre (1" Mém. sur les Rept. no';reaux ou imparfaitement connus de la colfect. du Mus. d'hist. nat. de Paris), quatorze autres tètes de Caméléons; ce qui, avec les deux fig. de la pl. XXI du même recueil [Ch. calyptratus, A. Dum., et Ch. balteatns, Id.), permet de saisir facilement les différences caractéristiques les plus importantes de 17 espèces de ce genre, où l'on en compte environ 22.

pl. 4), de Fernando-Po ; 3° Ch. Bibroniî 3 Martin, (Proceed. zool. Soc, 1838, p. 65) de même origine. Variété du précédent? 4° Ch. Burchelli, Hallowell [Proceed. Acad. nat. scù, Philadehphia , 1856, p. 147), de Fernando -Po; 5° Ch. granulosuSj Haïlow. (/cf., p. 147) où le zoologiste américain émet l'opinion que ce Caméléon n'est peut-être qu'une variété ou simplement un individu mâle de l'espèce dite Ch. Senegaîensis , de l'Afrique occidentale1.

On en a trouvé, en outre, trois autres à l'ouest, qui font partie de nos collections. On les a nommés : 1° Ch. Senegalensis, Cuv.; 2° Ch. dilepis, Leach; et 3° Ch. gracilis, Hallowell. Ils appartiennent au groupe caractérisé par un casque plat, non terminé en pointe en arrière.

1° La finesse des granulations de la peau ainsi que les fortes dentelures du ventre distinguent nettement le C. du Sénégal.

2° Les appendices cutanés de la région postérieure de la tête éloignent le C. bilobé de tous ses congénères.

Ces deux derniers fournissent un nouveau témoignage de la dispersion remarquable des Reptiles d'Afrique sur les divers points de ce continent. On les trouve sur la côte occidentale, au Sénégal et au Gabon, d'où M. Aubry- Lecomle a rapporté le C. bilobé, qui avait été pris déjà sur la côte, et un peu plus au Nord, dans le royaume d'Achanti, par M. Bowdich. Ils vivent aussi dans les régions australes : nous en avons eu la preuve par les collections de Delgorgue. En outre, le C. bilobé a été pris dans le Mozambique par M. Bianconi (Specim. zool. Mozamb., fuse. 1, p. 7) et par M. Peters [Monatsber. der Kœn. Preuss. Akad.y 1854, p. 614).

3° Enfin, le Ch. gracilis décrit et figuré par M. Hallowell [Journ. Acad. nat. sciences of Philad., t. VIII, part, h, p. 32i, pl. 18, 1842) représente une espèce distincte2. Il diffère du C. du Sénégal par le volume proportionnel des

1 . Nous n'avons jamais reçu de l'Ouest le C. vulgaire porté sur la liste de M. Gray.

2. M. Hallowell dit, à ce sujet, que d'après un dessin envoyé par lui à Bibron, cet habile naturaliste avait considéré le C. grêle comme nouveau. — A la suile de sa description, le zoologiste américain donne des détails intéressants sur les remarquables changements de couleur qu'il eut occasion d'observer chez un individu femelle, rapporté du Liberia, et qui, au bout d'un mois environ de captivité, succomba après avoir pondu vingt œufs à la suite des manœuvres si bien décrites par Valisnieri {Istoria del Cainaleonte, § i6, p. 49), et qui précèdent la sortie des œufs pour lesquels la mère cherche à creuser une fosse qu'elle recouvre ensuite de sable. J'ai donné des détails Mir cet instinct singulier dans ma Notice sur la Ménagerie des Reptiles ( Arch. du Mus., t. VII, p. 210 , où nous avons plusieurs fois assisté, mon père et moi, à cette ponte laborieuse.

ARCHIVES DU MUSÉUM

granulations de la peau et par le peu de longueur des dentelures du ventre et du dos.

C'est au C. bilobé qu'il ressemblerait le plus, si l'on ne s'attachait qu'à la comparaison de ces granulations et de ces dentelures, mais l'absence des lobes de peau à l'arrière du crâne, chez le C. grêle, en est le trait essentiellement distinctif. Notons d'ailleurs, avec M. Hallowell (Proçeed. Acad. ofnat. se. Philad. 1854, p. 99), qui d'abord avait cru le contraire, que les prolongements cutanés ne constituent pas un caractère propre seulement aux femelles du Caméléon bilobé.

Les analogies et les différences que je viens de signaler entre les C. grêle et bilobé sont donc suffisantes avec l'indication des dissemblances qui les éloignent ud C. du Sénégal, pour éviter toute confusion.

Parmi les espèces à casque plat, il s'en trouve une qui n'a encore été vue, il est vrai, que dans l'île de Madagascar (Ch. balteatus, A. Dum., Ârch. du Mus., t. VI, p. 260, pl. xxi, fig. 2), mais dont la ressemblance avec le C. grêle est assez marquée. La distinction cependant est très-facile : la région médiane du ventre, chez le Ch. balleatus ne porte ni carène dentelée, ni même d'écaillés d'une forme spéciale ou plus grandes que les granulations environnantes.

Page 1