CONSTRUCTION DES OUVRAGES DE DÉFENSE
plupart des cas, à égalité de stabilité, un barrage en maçonnerie sèche CDÙlerail au moins aussi clier qu'un mur construit d'après l'un dos deux autres systèmes. Il ne poutrail y avoir d'exception que si l'on employait des pierres dont le clivage est facile, comme le grès.
En ce qui concerne le passage des eaux et des boucs, il est hors de cloute i]uc si le mur fonctionne au début comme un crible, il suffit, par contre, de l'arrivée d'une lave pour colmater les joints. Les boues qui arrivent après resleut en amont, et l'etret du crible est détruit. On a d'ailleurs reconnu bien vite l'illusion dans laquelle on était tombé ; et dans les murs en pierres sècbes, comme dans les murs en mortier, on a dû ménager des aqueducs pour l'écoulcmenl dos boues liquides cl des matières terreuses de l'allerrissement.
Ajoutons que, par une grande lave, les pierres du couronnement, perdant une très grande partie de leur poids (voir l'article 22) sont 1res facilement entraînées parce qu'elles sont isolées; et une fois le couronnement parti, le mur est perdu. Si, au contraire, le barrage est fait en maçonnerie pleine ou en maçonnerie mixte, le couronnement forme un tout homogène, et s'il est ' ébréché, il sera bien facilement réparé.
S'il survient une crue pendant la construction d'un barrage, celui-ci sera totalement emporté s'il est en maçonnerie sèche ; dans le cas contraire, la partie nouvellement construite soûle sera enlevée, et elle ne constituera pas généralement un bien grand volume, vu qu'il est très facile, comme nous l'avons déjà fait remarquer, de se procurer dans les Alpes de la chaux à prise rapide.
Enfin la maçonnerie ordinaire ne nécessitant que l'emploi de petits matériaux, l'exécution en sera bien plus facile dans les torrents où la pierre de bonne qualité n'est pas abondante.
Concluons donc, avec M. Domonizey, qu'il ne faudra employer la maçonnerie sèche que dans les parties élevées où le transport de la chaux et du sable entraînerait des frais considérables: et ajoutons qu'il faudra en prescrire complètement l'emploi sur lo passage des laves.
II faudra les construire avec les plus forts matériaux possible ; et de plus l'arrangement de ces matériaux devra être fait avec le plus grand soin, de façon ù réduire au minimum les vides do la maçonnerie et à avoir des lits et des joints soignés principalement dans le parement, 17
238 CHAPITRE OlIIIS7li:ME
T«. DnrrngeMkaMiwcM Inclinée*. —M. l'ingénieur Robf^ lie Berne, a adopté un systfemc do barrages donl les assises sont inclinées vers l'amont, comme le représente la ligure 106.
Les avantages de ce système sunl les suivants :
1° Les extrcmîlés lies pierres dans le parement d'aval sont taillées à angles droits, au lieu de l'être à pan incliné, ce qui est plus économique.
2" La poussive tle l'eau ou des terres élanl une force horizontale w.' sera plus, comme dans les construclioas ordinairtrs, une force parallèle à la direction des assises et son action se trouvera dimiautte.
Fig. 106.
3° Entin l'assise inclinée provoque un alterrissement sur la cuvette, circonstance très favorable à la conservation de cello dernière.
La seule objection que l'on ail faite à ce système, c'est que le barrage pourrait tendre à glisser vers l'amont tant que l'atterrisscment n'est pas formé, (jette objection ne nous paraît pas sérieuse, car le glissement ne pourrait se produire que si le fruit était égal au coefficient de frottement, ce qnî est inadmissible. Du reste, on pourra conjurer complètement ce danger au moyen d'un atterrissement artiBciel.
7Î. Pondationa. — Il est nécessaire que les eslrémilés d'un barrage soient fortement enracinées dans les berges, afin qu'il ue puisse être tourné par les eau.\. Indépendamment des fonda-
CONSTRUCTrON DRS OtiVFlAGES DE DÏÎFENSE
lions & exécuter dans le Toiid rlu lit, il y fi donc lieu de considé- Ter celles à faire dans les berges.
Fondations dans h fond du lit. — C-os fondatinns seront ouvertes à une profondeur indiquée par des sondages préalables.
Si l'on trouve le roc ou bien nn terrain de transport au-dessous duquel le roc émerge à peu de profondeur, nn descendra les fondations jusqu'au rocher; si l'on a employé le système Rohr, OQ inclinera les assises vers l'amont, pour que le poids du barrage concourre à sa solidité.
Si la roche n'apparall que sur certains points, laissant entre cas des espaces terreux, on fera des fouilles enlre ces points rochenx, qui serviront de ciilt^es à de petites voûtes sons lesquelles on fera dos i;arnissages en g:i'os blocs posés à sec.
Si enfin l'on ne trouve pas de rocbc, on ouvrira les tranchées jusqu'au terrain dur que l'on pilotera au besoin et sur lequel on étendra une couche de hélon.
Nous n'avons pas k entrer ici dans les délaits de la constrnclîon de ces fondations qui n'offrent rien de spécial ; on pourra 'Consulter à cet égard les nombrt^uv ouvrages qui ont été écrits •Dr ce sujet..
Il nous semble inutile, au point de vue de la résistance, do pODsaer, comme on l'a fait quelquefois, le parement d'aval jusqu'au point le plus bas des fondations.
Fondations dans les berges. — Dans les berges les fondations seront exécutées par redans inclinés vers l'amont et à angles droits (voir fig. 97); cette inclinaison pourra varier de 5 à 10 p. 0/U. On poussera les fouilles jusqu'au roc on au moins jusqu'au terrain solide.
Il est bon de donner à ces fondaliuns des épaisseurs croissantes depuis le sommet de la cuvette jusqu'au pîed du barrage, car la poussée augmente de haut on bas.
Pour éviter les alTouillements des ailes, il est essentiel de ne pas établir de redans au-d'>s»us de la ligne horiitonlale qui passe par le point le plus bas de la cuvette.
9A. ■ndlern et «•mtreJmrraKei*- — Le radier est un mur enfoncé dans le .sol destiné :
1* A protéger le pied du barrage conire ralTonilloment des eaus ; 2° à recevoir le choc de« pii'rres qui passent par dessus la cuvette ; 3" à détruire ou au moins ù atténuer le plus possible 1» vitesse des eaux.
300 UliAPlTHK OLINZIKME
La longueur du radier, dans le sens du profil en long, i être calculée par la double condiLion qu'il doil recevoir toute la gerbe d'eau échappée de la cuvetLe el n'être pas aiïoulllé lui-même à l'aval. Ce calcul ne présentera aucune difliculté si l'on peut évaluer la vitesse masimum de l'eau claire qui pourra passer sur le courniiuement dans les fortes crues. Je n'insisterai pas sur celte question, et je renverrai tout simplement à la figure et au calcul (le l'article 55.
La largeur du radier devra être assez grande pour permettre à l'eau de se développer dans la section transversale sans attaquer les berges. — Enfin la profondeur devra être suffisante pour que l'ouvrage résiste aux chocs des pierres qui tomberoni du couronnement du mur.
Ajoutons que le profil cii long du radier doit être a. peu près horizontal, afin d'empêcher les eaus de reprendre trop rapidement leur vitesse après la chute.
Le corps du radier est généralement on pierres sèches; pour maintenir ces pierres on a fait usage, notamment dans les Ilaulcs- Alpes, de pièces de charpente entrecroisées et posées dans les fondations du barrage, ou bien maintenues en aval par des pieux fortement enfoncés dans le lit, elc. ; mais ces pièces de bois, exposées aux alternatives de sécheresse et d'humidité ne tardent pas à pourrir et à compromettre tout l'ouvrage.
Aussi, dans les travaux d'une certaine importance, est-il préférable d'employer ce qu'on appelle un contre-barraye ou mur de fjarde, c'est-à-dire un mur en travers dont les fondations reposent sur le terrai» solide et qui n'a, suivant l'axe du courant, qu'une faible saillie au-dessus du lit, afin d'éviter tout aiïouillcmcnl à l'aval.
Le barrage et le con(re-barrag;e seront réunis, dans le cas oh le sol serait all'ouillable, par une maçonnerie pleine ou par une maçonnerie sèche, mais formée, dans ce dernier cas, des plus gros matériaux que l'on pourra se procurer.
Le couronnement du contre-barrage sera fait comme celui du barrage; mais la cuvette devra avoir, à cause des remous, une section un peu supérieure à celle de la cuvette de l'ouvrage principal.
On peut disposer de deux manières différentes le contre-barrage par rapport au radier ; la première méthode consiste à établir son couronnement dans le prolongement du radier, la deu- . xiùme à établir ce couronnement en contre-haut du radier.