‹ Restauration des tableaux du LouvreChapitre 1 sur 2 · H RESTAURATION · texte numérisé non relu

H RESTAURATION

plus était de penser que nous n'aurions jamais à interveiiir dans ces questions pleines d'actualité qui peuvent irriter ou blesser les personnes. Et cependant, malgré notre profonde antipathie pour tout ce qui peut ressembler à de la polémique, malgré notre inexpérience d'écrivain, qui nous rendait timide, tant de regrets, [tant de craintes nous préoccupent, que nous regardons comme un devoir d'élever notre voix, si faible qu'elle puisse être.

Bien des événements se sont passés, depuis quelque temps, dans notre Louvre, événements dont la critique ne s'est point assez émue. Dans plusieurs journaux même quelques éloges se sont produits, et, au moment où nous prenons la plume, apparaît un nouvel article de M. Frédéric Villot, dans \ Annuaire des Artistes et des Atmiteurs, pour prouver l'excellence des restaurations entreprises au Louvre. C'est à cet article que nous voulons répondre.

« Lorsqu'une * peinture se gerce, s'écaille, il faut, derrière la toile, en « appliquer une autre qui consolide le tout et arrête le plus souvent les (( progrès du mal. Cette opération s'appelle rentoilage.

« Si la peinture se détache de l'impression posée sur la surface de la « toile destinée à recevoir les couleurs , si elle menace de s'égrener en (( poussière, enfin si la toile est pourrie, il est indispensable de l'enlever (( complètement et de la remplacer par une nouvelle. C'est au moyen de (( l'enlevage qu'on transporte sur toile une peinture exécutée originairece ment sur un panneau, sur une muraille. L'enlevage, expérimenté pour (( la première fois vers le milieu du siècle dernier,, exige une main habile, (( patiente surtout. Ses procédés, dont on fit d'abord mystère, sont bien (( connus maintenant, et n'offrent guère plus de dangers que ceux d'un (( simple rentoilage. Que le tableau soit enlevé ou rentoilé, il faut abso- « lument le dévernir, le nettoyer, le restaurer s'il y a lieu ; car le vernis, « décomposé par les colles et les lavages, ne forme plus qu'une croûte « blanchâtre qui rend la peinture entièrement invisible. Ainsi lorsqu'un

1. Les phrases entre guillemets, dans le cours de ce travail, appartiennent au texte de M. Yillot.

« tableau éprouve de graves détériorations , il n'existe que cette alterna- « tive : ou le laisser périr de sa belle mort , sans tenter de le sauver « d'une ruine souvent prochaine, ou le traiter comme je viens de le dire. (( En pareil cas, peut-on hésiter un instant? »

A des paroles aussi sages nul ne saurait trouver à reprendre, et les avis sur ce point ne peuvent qu'être unanimes. Mais l'opération du nettoyage est délicate , et la majorité, dit M. Yillot lui-même, des hommes compétents votent obstinément pour l'abstention , persuadés que les tableaux courent grand risque d'y perdre. Il nous semble donc qu'il serait au moins opportun lorsqu'on doit entreprendre une tâche aussi difficile, dont la fin pourrait être si désastreuse, surtout lorsqu'il s'agit de tableaux d'une valeur inappréciable , de suivre la coutume des médecins forcés d'appliquer un remède qui pourrait compromettre la vie du malade. Le devoir, l'intérêt même des hommes auxquels échoit cette mission pleine de périls , est de mettre leur responsabilité à couvert derrière une commission , sérieusement consultée avant tout sur l'urgence des restaurations , et ensuite sur les moyens les plus propres à employer pour le faire avec sécurité. Or, nous le demandons, cette marche a-t-elle été suivie en ce qui concerne les chefs-d'œuvre du Louvre?

Mais contrairement à toutes les opinions reçues jusqu'à ce jour, l'auteur de l'article <( pose en principe qu'on n'abîme pas un tableau de maître « aussi facilement qu'on le pense généralement. » Nous avions toujours pensé qu'on ne pouvait poser en principe que des vérités universellement admises, et cependant, l'écrivain le reconnaît, la majorité des connaisseurs croit le contraire.

Si le principe « peut paraître étrange, dit 31. Villot, il est exact; » et il entreprend de nous le prouver.

En effet, les artistes du xv^ siècle peignaient avec un vernis huileux pour pouvoir « fondre les teintes plus à loisir, et assurer à la peinture une « dureté presque égale à celle de l'émail, et enfin ils versaient sur l'œuvre « terminée un vernis final plus siccatif encore, quoique de même nature, u appliqué sur l'ensemble, qui donnait de l'homogénéité aux différentes « couches, s'unissait intimement à elles et les protégeait comme aurait

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