CHAPITRE XXVIII
De la science du monde et de l'empire du Cierge.
Vous parliez sans cesse de sciences à l’Eglise; pensiezvous lui tenir un très-haut langage? Supposons-les toutes vraies ; mettons que le génie soit du côté de l’homme, la vérité n’en a pas besoin : elle ne songe qu’à la vertu. La terre compte ses grands hommes, l’Eglise lui montre ses saints 1
Et si l’on disait que vos sciences sont toutes fausses... dès que vous ne les rapportez plus à Dieu ! Si l’on disait que toute cause seconde se tourne vers la cause première, et que vos yeux les ont toutes vues dirigées vers la terre ! Que penser de lumières qui pour vous ont obscurci le Ciel? Est-ce donc là cette vérité qui va illuminer la terre? Quoi! le savoir donnerait au monde une longue compagnie d’athées , il aboutirait à l’erreur absolue 1. S’il est un chemin de l’ignorance, c’est assurément celui qui éloigne de Dieu ; et c’est par là que vous désiriez voir l’Eglise passer à votre suite 1
Depuis que vous avez touché à la science, le Clergé n’a plus pu s’en servir. Que lui restait-il de l’homme après que vous en eûtes obstrué la raison, l’observation, le jugement, la mémoire et l’imagination? La Foi doitelle briller au cœur d’un automate? Vous ne laissâtes pas à l’homme une seule faculté, et c’est dans cet état que les jeunes générations et le clergé même furent livrés à la pratique de la vie.
Combien on doit être en admiration devant la Foi qu’a su conserver le Clergé! Mais, bien qu’il renferme ce qu’il y a de plus digne, de plus éclairé, de plus vertueux, de plus charitable, de plus doux, de plus élevé, de plus consolant parmi nous, il est homme cependant. Pouvonsnous être submergés dans l’erreur, sans qu’il soit même effleuré par l’illusion ? Comment vivre au milieu des hommes, les aimer, prendre part à leurs pensées, entrer dans leur propre langue, eh quoi ! sortir de leurs mœurs, de leur sang, sans passer par leurs émotions et voir un peu avec leurs yeux?
Le monde envahissait tout; on voulut faire la part du feu. On crut qu’on pouvait saisir l’âme sans avoir le reste