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CHAPITRE XXXIX

Lu misère à l'égard de l'homme.

Déplorer la condition du grand nombre, serait faire le procès de Dieu. Vous voulez détruire la misère, c’est un bon sentiment, mais pourquoi ne pensez-vous pas aussi à détruire la douleur, puis la mort?

N’allons pas loin : pourquoi la faim? voilà une misère que porte notre propre existence, et qui ne la quitte qu’à la morK Ceci devait faire soupçonner qu’une condition de l’existence de l’homme pourrait bien être une condition de l’homme même. De là, on serait allé à l’ensemble du système, stérilité de la terre, fléaux, hivers, tempêtes,

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intempéries, guerres, famines, et maladies postées derrière chacun de nos organes.

Quelques hommes ont voulu dire que tous ces maux étaient des biens. Ils se sont à peu près fait croire comme cet ancien qui soutenait que la douleur n’est point un mal'.

Ouvrons les yeux : celte vie est un ensemble organisé pour tenir l’homme dans l’indigence, afin que l’homme lui oppose un ensemble de vertus pour en sortir. Dès que la lutte cesse, il entre dans la mort. L’homme nage; dès qu’il se ralentit, il se noie. Ne pas voir que toute la nature est en lutte contre l’homme, c’est bien vouloir fermer les yeux.

Les siècles ont gémi sur l’infirmité universelle de la condition de l’homme. Tant de créatures humaines portant du berceau à la tombe un si pesant fardeau, cherchant incessamment pour ce que notre âme a de plus cher, père, mère, époux, enfants, ce qu’il y a de plus pressant pour la vie, et ne le trouvant pas toujours, cela est, dit M. Guizot, très-douloureux à voir, très-douloureux à penser. — Oui, mais ce qu’il y a de plus douloureux, c’est de songer que Dieu soit obligé d’employer de tels moyens à l’égard de l’homme! Infirmité universelle de vos doctrines : ce qui est universel ne se rattache-t-il donc à aucune loi?

La misère, la faim est une loi reçue avec la vie.

(I) Savent-ils avoir dit si vrai? ce sont en effet tous ces maux qui conduisent au bien. Ces charmes de la vie et ces tendresses qu’on prête A la nature, sont les niaiseries des faux poëtes. Le moindre paysan conserve ici plus de bon sens. Questionnez-le sur les douceurs de la naturel sur ce qu’elle dit à son estomac s'il ne travaille trois cents jours A lui procurer du pain, et à ses membres s'ils ne se procurent des vêtements et une babitatiou 1 Trop de millions d'hommes souffrent sur la terre, pour qu'on eu plaisante ainsi.

Travaillons, dites-vous, à ce but magnifique : « l'abolition de la misère ! » il est heureux que des hommes de joie, d’orgueil et de cupidité se prennent de sympathie pour d’aussi bonnes questions 1 Mais ils les abordent en enfants qui croient les découvrir..

L’abolition de la misère ! c’est tout simplement l’abolition de la paresse et de la corruption : ce à quoi travaille tout simplement depuis dix-huit siècles le christianisme, malgré vous, qui l’entravez, qui l’insultez, qui l’expulsez et qui vous montrez tout surpris de ce que sa fuite vous laisse des honnêtes gens de moins et des pauvres de plus !

Vous apercevez donc pour la première fois que là est la grande question? que la misère vous étreint, qu’elle met eu question votre existence, votre avenir, vos biens, votre personne? 11 aurait fallu y penser lors des petits soupers sous Louis XV ; lorsque vous preniez les bras à à la terre pour les donner à l’industrie ; lorsque, en enlevant la Foi au peuple, vous lui offriez en échange vos écrits, vos mœurs, votre scepticisme de libéral, vos chansons sur Dieu, sur l’autorité, sur la vertu ; enfin lorsque votre avidité créait ce capital fictif qui dépréciait les sueurs de l’homme, pour le livrer plus lard à la faim... Enfants, vous creusez l’abime du mal; puis tout à coup levant la tète, vous criez : La grande question est là !

Le christianisme y a songé plus tôt. Demandez-lui comment il s’y prenait, premièrement, pour ne pas faire de pauvres; secondement, pour soulager ceux que vous -produisiez...

Parce que la charité privée ne suffit plus à vous sauver, vous parlez d’assistance publique!

l’ordre social.

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