‹ Résultat des courses; comédie en six tableauxChapitre 33 sur 73 · A COLIN-MAILLARD · texte numérisé non relu

A COLIN-MAILLARD

[C est Gourdifot qui a les yeux bandés.) MADAME CHANTAUD, très gaie.

Gourdiflot! Gourdiflot !

GRAND'Mi:RE, Ic poussant dans le dos.

Gourdiflot ! Gourdiflot !

MADAME soLiilS, le chatouillant.

Gourdiflot ! . . .

GOURDIFLOT

On m' chatouille... J' veux pas qu'on m' chatouille... C'est madame Soliès...

MADAME SOLIÈS

Oui, c'est moi !

GOURDIFLOT

Si je vous attrape, je vous embrasse.

MADAME SOLIÈS

J' veux bien ! [Auguste tient Juliette par le bras et

court avec elle. )

ANNA, vieille fille.

Il ne court jamais après moi.

MADAME CHANTAUD, poussant GourcUflot vers le père Jules.

La voilà, madame Soliès. [Elle le chatouille.)

GOURDIFLOT, saisissant le père Jules.

y la tiens ! (// l'embrasse, à la grande colère du

père Jules qui Jette un cri. — Gourdiflot abat son

bandeau.) C'est le père Jules ! J'ai embrassé le père

Jules. {Gaité générale.)

(Fin de l'ensemble.)

[Pendant ce temps, madame Benoit s'évente au pied de l'arbre en répétant : « Dieu ! que J'ai cliuud ! etc. » A la table de droite, Victor, Lucie et le père Jules causent en regardant les Jeux... Au loin, la musique d'un orgue de Barbarie. — Madame Desponts, sur la balançoire , Jette des cris et demande : « Plus haut! Plus haut ! » Pendant ce qui suit, les Jeu.v deviennent insensiblement moins bruyants, et les répliques qui sont indiquées doivent seules parvenir auv oreilles du public.''

LE PÈRE JULES

J'aurais mieux aimé que ce soit une jolie feiume.

[Rires.)

GOUIÎDIFLOT

Moi aussi... Ça piquait; j'ai cru que c'était mademoiselle Anna.

MADEMOISELLE ANNA, furieilSC .

Monsieur Gourdiflot, je vous défends de me manquer de respect. C'est pas une raison parce que vous faites vos vingt-huit jours !...

GOUTTE-DE-ROSÉE, à Gourdiflot.

C'est toi qui paieras l'absinthe, ma vieille !

GOURDIFLOT

Moi^ je ne joue plus à ça... Il fait trop chaud.

MADAME SOLliiS

Moi non plus...

GOURDIFLOT

On va boire un coup I Les joueurs de Colin-Maillard se réunissent autour de la table du milieu. Gourdiflot i'crse.)

ÉMERANCE, aux quatre coins, à Ver~de-Vasc qui V embrasse.

Voulez-vous finir ! Je 1' dirai à grand-père !

BERTHE, à Ver-de-Vase.

y te défends d' l'embrasser... [Elle le pince.)

GOURDIFLOT, au père Jules.

Allons, père Jules, venez boire un coup.

LE pi-; RE JULES

Non.

GOUr.DIFLOT

Mais si, mais si. C'est pas tous les jours la fête du patron.

MADAME CHANTAUD

Ni qu'on reçoit la médaille du travail...

LE piîRE JULES

Après cinquante ans dans la môme maison.

MADAME BENOÎT

Moi, j'ai soif!

GOUUDIFLOT

Eh bien, venez boire, marne Pied-de-Ghou.

MADAME BENOÎT

J' peux pas me relever.

AUGUSTE

Ah ! cette pauvre madame Benoît! (// va la prendre par un bras. Juliette prend Vautre. On la relève avec peine.)

MADAME BENOÎT

Y a pas d' danger que mon mari...

GOURDIFLOT

11 balance les dames...

MADAME SOLIÈS

C'est toujours la même ! M'sieu Pied-de-Chou, ra'sieu Pied-de-Chou ! [Elle va à la balançoire.) A mon tour... [Elle arrête la balançoire cpii n'allait plus très vite.)

MADEMOISELLE ANNA

Oh! moi, je ne bois pas de vin pur!... Merci...

Je ne comprends pas qu'on puisse boire entre ses repas. [Elle s'écarte et va regarder jouer aux quatre coins.)

J' le vas tuer!... Et vous, Gx^and'Mère?

grand'mère Une larme...

AUGUSTE

Hein, Grand'Mère, comme elle est gaie ! grand'mère

Je ne vivrai pas plus jeune... J'ai soixante-dixhuit ans. Faut me dépêcher... Enfin ! pourvu que le Bon Dieu me laisse vivre jusqu'à tant que je voie mes petits-enfants mariés... [Regard vers Lucie qui s'est levée.)

LUCIE

Ça ne tardera pas, Grand'Mère...

AUGUSTE

J' l'espère bien... Vous les verrez mariés et établis !

PIED-DE-CHOU, à madame Soliès.

Ah 1 ben ! balancez-vous toute seule ; moi, je suis fatigué !

MADAME SOLIÈS

Non, toute seule, ça ne m'amuse pas 1

ɻIERANCE

Oh ! la balançoire ! la balançoire !

JOSÉPHINE

La balançoire ! [Elles y courent toutes les deui.

Pied-de-Chou est descendu à gauche, après avoir bu. Madame Desponts, au fond, s" éponge. Madame Sanohre est sortie par la gauche.]

MADAME soLiÈs^ venant au milieu.

Vous n'êtes pas fatigués?

MADAME CHANTAUD Si.

MADAME SOLIÈS

Si on allait faire un rams...

grand'mère C'est ça.

MADAME BENOÎT

C'est ça Dedans, il fera moins chaud,.. [Grand -

Mère, madame Soliès, madame Benoît, madame Chantaud sortent par la droite au fond, les deux dernières après s'être arrêtées un instant auprès des joueurs de tonneau. Auguste, Juliette, Victor et Lucie causent tout bas à la table de droite. Le père Jules est avec eux.)

VER- DE-VASE, à Bcrthe.

Pas moyen de s'embrasser tranquillement.

BERTHE, a Ver-de-Vase, bas, à gauche.

Demande donc qu'on joue à cache-cache, bête.

VER-DE-VASE

Mais si c'est toi qui l'es...

BERTHE

Mais non, ça sera mademoiselle Anna.

VER-DE-VASE, à Anna.

Voulez-vous jouer à cache^cache, mademoiselle ?

MADEMOISELLE ANNA

Cerlaineinent, monsieur, avec plaisir.

BERTHE

Et vous, monsieur Piecl-de-Chou ?

PiED-DE-ciiou, (lui a remis sa jaquette. Ah! non!... [Sur un signe de madame Desponts.) Oui... madame Desponts en est...

MADAME DESPONTS

Certainement.

BERTHE, désignant f arbre du coin.

C'est là le but. On va compter. [Elle compte.) Am, sam, tram, pic et pic et collégram, bour et bour et ratatam... Mous... Tram ! C'est mademoiselle Anna! Cachez-vous ! (^Mademoiselle Anna se cache. Ver-dc- Vase et Bertlie s'en vont d'un coté, Pied- de -Chou et madame Desponts d'un autre.)

UNE VOIX, au dehors.

Glace à la vanille !... Voilai' plaisir, mesdames, voilà r plaisir 1 Glace à la vanille, deux liards le verre ! Demandez, pistache, la vanille !

ÉMEliANCE

Oh ! des glaces... T'en paies une ? [Elles arrêtent la balançoire.)

J'ai pas le sou.

Moi non plus.

JOSEPHINE

EMERANCE

JOSEPHINE

Va en demander à ton gi^and-père.

ÉMERANCE

C'est qu'il n'en a pas beaucoup, non plus.

JOSÉPHINE

Bah ! Aujourd'hui, il ne te refusera pas...

ÉMERANCE, au père Jules.

Grand-père... donne-moi deux sous pour aller boire des glaces...

LE piîRE JULES, bas.

Deux sous! Gomme tu y vas ! Enfin... c'est pas tous les jours qu'on reçoit la médaille du ti'avail. (// tire péniblement deux sous de son vieux porte-monnaie.) Tiens.

É.MERAiSCE

Merci, grand-père ! [Elle l'embrasse et court vers Joséphine.)

JOSÉPHINE

Combien qu' t'as ?

ÉMERANCE

Deux sous.

JOSÉPHINE

Oh ! quel bonheur ! On en prendi'a des panachées. [Elles sortent en courant par le fond.) DESPONTS, au fond.

Où donc est passée ma femme ?...

l'enflé Elle vient de sortir par là... [Desponts s'en va par le fond. Ramiclie va regarder au dehors sur le pas de la porte, et, après un moment, il disparait.) SANOBRE, à Roussac.

y te fais la belle au Zanzibar !

ROUSSAC

Ça va ! En trois coups additionnés, [fis sortent par la droite.)

GOURDIFLOT, au portiquc.

Mon vieux, j'en ai vu un qui faisait le rétablissement d'une seule main, à la foire aux pains d'épices... C'était un de la haute, un marquis, qui ne travaillait que masqué, à cause de sa famille... Si le père La Joie était là, il vous le dirait...

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