A COLIN-MAILLARD
[C est Gourdifot qui a les yeux bandés.) MADAME CHANTAUD, très gaie.
Gourdiflot! Gourdiflot !
GRAND'Mi:RE, Ic poussant dans le dos.
Gourdiflot ! Gourdiflot !
MADAME soLiilS, le chatouillant.
Gourdiflot ! . . .
GOURDIFLOT
On m' chatouille... J' veux pas qu'on m' chatouille... C'est madame Soliès...
MADAME SOLIÈS
Oui, c'est moi !
GOURDIFLOT
Si je vous attrape, je vous embrasse.
MADAME SOLIÈS
J' veux bien ! [Auguste tient Juliette par le bras et
court avec elle. )
ANNA, vieille fille.
Il ne court jamais après moi.
MADAME CHANTAUD, poussant GourcUflot vers le père Jules.
La voilà, madame Soliès. [Elle le chatouille.)
GOURDIFLOT, saisissant le père Jules.
y la tiens ! (// l'embrasse, à la grande colère du
père Jules qui Jette un cri. — Gourdiflot abat son
bandeau.) C'est le père Jules ! J'ai embrassé le père
Jules. {Gaité générale.)
(Fin de l'ensemble.)
[Pendant ce temps, madame Benoit s'évente au pied de l'arbre en répétant : « Dieu ! que J'ai cliuud ! etc. » A la table de droite, Victor, Lucie et le père Jules causent en regardant les Jeux... Au loin, la musique d'un orgue de Barbarie. — Madame Desponts, sur la balançoire , Jette des cris et demande : « Plus haut! Plus haut ! » Pendant ce qui suit, les Jeu.v deviennent insensiblement moins bruyants, et les répliques qui sont indiquées doivent seules parvenir auv oreilles du public.''
LE PÈRE JULES
J'aurais mieux aimé que ce soit une jolie feiume.
[Rires.)
GOUIÎDIFLOT
Moi aussi... Ça piquait; j'ai cru que c'était mademoiselle Anna.
MADEMOISELLE ANNA, furieilSC .
Monsieur Gourdiflot, je vous défends de me manquer de respect. C'est pas une raison parce que vous faites vos vingt-huit jours !...
GOUTTE-DE-ROSÉE, à Gourdiflot.
C'est toi qui paieras l'absinthe, ma vieille !
GOURDIFLOT
Moi^ je ne joue plus à ça... Il fait trop chaud.
MADAME SOLliiS
Moi non plus...
GOURDIFLOT
On va boire un coup I Les joueurs de Colin-Maillard se réunissent autour de la table du milieu. Gourdiflot i'crse.)
ÉMERANCE, aux quatre coins, à Ver~de-Vasc qui V embrasse.
Voulez-vous finir ! Je 1' dirai à grand-père !
BERTHE, à Ver-de-Vase.
y te défends d' l'embrasser... [Elle le pince.)
GOURDIFLOT, au père Jules.
Allons, père Jules, venez boire un coup.
LE pi-; RE JULES
Non.
GOUr.DIFLOT
Mais si, mais si. C'est pas tous les jours la fête du patron.
MADAME CHANTAUD
Ni qu'on reçoit la médaille du travail...
LE piîRE JULES
Après cinquante ans dans la môme maison.
MADAME BENOÎT
Moi, j'ai soif!
GOUUDIFLOT
Eh bien, venez boire, marne Pied-de-Ghou.
MADAME BENOÎT
J' peux pas me relever.
AUGUSTE
Ah ! cette pauvre madame Benoît! (// va la prendre par un bras. Juliette prend Vautre. On la relève avec peine.)
MADAME BENOÎT
Y a pas d' danger que mon mari...
GOURDIFLOT
11 balance les dames...
MADAME SOLIÈS
C'est toujours la même ! M'sieu Pied-de-Chou, ra'sieu Pied-de-Chou ! [Elle va à la balançoire.) A mon tour... [Elle arrête la balançoire cpii n'allait plus très vite.)
MADEMOISELLE ANNA
Oh! moi, je ne bois pas de vin pur!... Merci...
Je ne comprends pas qu'on puisse boire entre ses repas. [Elle s'écarte et va regarder jouer aux quatre coins.)
J' le vas tuer!... Et vous, Gx^and'Mère?
grand'mère Une larme...
AUGUSTE
Hein, Grand'Mère, comme elle est gaie ! grand'mère
Je ne vivrai pas plus jeune... J'ai soixante-dixhuit ans. Faut me dépêcher... Enfin ! pourvu que le Bon Dieu me laisse vivre jusqu'à tant que je voie mes petits-enfants mariés... [Regard vers Lucie qui s'est levée.)
LUCIE
Ça ne tardera pas, Grand'Mère...
AUGUSTE
J' l'espère bien... Vous les verrez mariés et établis !
PIED-DE-CHOU, à madame Soliès.
Ah 1 ben ! balancez-vous toute seule ; moi, je suis fatigué !
MADAME SOLIÈS
Non, toute seule, ça ne m'amuse pas 1
ɻIERANCE
Oh ! la balançoire ! la balançoire !
JOSÉPHINE
La balançoire ! [Elles y courent toutes les deui.
Pied-de-Chou est descendu à gauche, après avoir bu. Madame Desponts, au fond, s" éponge. Madame Sanohre est sortie par la gauche.]
MADAME soLiÈs^ venant au milieu.
Vous n'êtes pas fatigués?
MADAME CHANTAUD Si.
MADAME SOLIÈS
Si on allait faire un rams...
grand'mère C'est ça.
MADAME BENOÎT
C'est ça Dedans, il fera moins chaud,.. [Grand -
Mère, madame Soliès, madame Benoît, madame Chantaud sortent par la droite au fond, les deux dernières après s'être arrêtées un instant auprès des joueurs de tonneau. Auguste, Juliette, Victor et Lucie causent tout bas à la table de droite. Le père Jules est avec eux.)
VER- DE-VASE, à Bcrthe.
Pas moyen de s'embrasser tranquillement.
BERTHE, a Ver-de-Vase, bas, à gauche.
Demande donc qu'on joue à cache-cache, bête.
VER-DE-VASE
Mais si c'est toi qui l'es...
BERTHE
Mais non, ça sera mademoiselle Anna.
VER-DE-VASE, à Anna.
Voulez-vous jouer à cache^cache, mademoiselle ?
MADEMOISELLE ANNA
Cerlaineinent, monsieur, avec plaisir.
BERTHE
Et vous, monsieur Piecl-de-Chou ?
PiED-DE-ciiou, (lui a remis sa jaquette. Ah! non!... [Sur un signe de madame Desponts.) Oui... madame Desponts en est...
MADAME DESPONTS
Certainement.
BERTHE, désignant f arbre du coin.
C'est là le but. On va compter. [Elle compte.) Am, sam, tram, pic et pic et collégram, bour et bour et ratatam... Mous... Tram ! C'est mademoiselle Anna! Cachez-vous ! (^Mademoiselle Anna se cache. Ver-dc- Vase et Bertlie s'en vont d'un coté, Pied- de -Chou et madame Desponts d'un autre.)
UNE VOIX, au dehors.
Glace à la vanille !... Voilai' plaisir, mesdames, voilà r plaisir 1 Glace à la vanille, deux liards le verre ! Demandez, pistache, la vanille !
ÉMEliANCE
Oh ! des glaces... T'en paies une ? [Elles arrêtent la balançoire.)
J'ai pas le sou.
Moi non plus.
JOSEPHINE
EMERANCE
JOSEPHINE
Va en demander à ton gi^and-père.
ÉMERANCE
C'est qu'il n'en a pas beaucoup, non plus.
JOSÉPHINE
Bah ! Aujourd'hui, il ne te refusera pas...
ÉMERANCE, au père Jules.
Grand-père... donne-moi deux sous pour aller boire des glaces...
LE piîRE JULES, bas.
Deux sous! Gomme tu y vas ! Enfin... c'est pas tous les jours qu'on reçoit la médaille du ti'avail. (// tire péniblement deux sous de son vieux porte-monnaie.) Tiens.
É.MERAiSCE
Merci, grand-père ! [Elle l'embrasse et court vers Joséphine.)
JOSÉPHINE
Combien qu' t'as ?
ÉMERANCE
Deux sous.
JOSÉPHINE
Oh ! quel bonheur ! On en prendi'a des panachées. [Elles sortent en courant par le fond.) DESPONTS, au fond.
Où donc est passée ma femme ?...
l'enflé Elle vient de sortir par là... [Desponts s'en va par le fond. Ramiclie va regarder au dehors sur le pas de la porte, et, après un moment, il disparait.) SANOBRE, à Roussac.
y te fais la belle au Zanzibar !
ROUSSAC
Ça va ! En trois coups additionnés, [fis sortent par la droite.)
GOURDIFLOT, au portiquc.
Mon vieux, j'en ai vu un qui faisait le rétablissement d'une seule main, à la foire aux pains d'épices... C'était un de la haute, un marquis, qui ne travaillait que masqué, à cause de sa famille... Si le père La Joie était là, il vous le dirait...