SCENE V VICTOR, LUCIE, CMND'MÈRE
(iitAND.MinîE, qui est descendue jusqu uupvcs de J'ictor cl de Lucie.
Ils sont gentils, hein !
VICTOR, surpris.
Oh ! Grand'Mère! Je ne vous savais pas là...
LUCIE
Oui, ils sont gentils.
grand'mère On vient de lixer la date de leur mariage... Ils se marieront dans un mois... (Elle prend une chaise et s'assied entre eux.) Et vous deux ?
VICTOR, d'un ton de reproclie.
Grand'Mère !
grand'mïîre Quoi... quoi... Grand'Mère!... Je ne dis pas de mal de personne... C'est pas vrai? Y a pas de projets comme ça ?... Alors, n'en parlons plus... C'est pas vrai ?...
LUCIE
Si, Gi-and'Mère.
grand'mère, à Victor.
Ecoute comme elle dit déjà gentiment : Grand'- Mère, la mâtine !
VICTOR
Ohl
gra^'d'mère Oui, la mâtine... C'est un mot d'amitié, vous savez, mademoiselle Lucie... Ça vous fâche ?...
LUCIE
Non, non.
GRAND.MÏÎRE
Ben alors, qu'est-ce qu'il a, ce grand ostrogoth-là, à me faire des yeux comme des je ne sais pas quoi?... Moi, je dis ce que je pense, mon petit Victor, tu le sais bien...
VICTOR, Joyeux.
Mais...
grand'mÈre, à Lucie.
Vous voulez bien de lui tout de même ?
LUCIE, souriante.
Ce n'est pas à moi de répondre la première.
grand'mÈre C'est juste. [A Victor.) Tu veux bien d'elle?
Si je veux?... Oh ! Grand'Mère !... Oh ! mademoiselle Lucie !...
grand'mÈre
C'est bon... c'est bon... On ne t'en demande pas tant... Vous, petite rouée, vous ne direz pas non, devant M. le Maire?...
LUCIE
Je dirai oui...
grand'mÈre Je comprends ça! Il est si brave garçon, mon Victor! Et bon cœur! Et courageux! Et puis il
m'aime bien, vous savez. Vous me trouvez bavarde, sans-gêne, hein ? Voilà : j'ai bu tout à l'Iaeure une flûle de Champagne... et ça m'a réchauffé le cœur. [Mouvement de Victor.) Mais oui, mais oui... je le dis parce que c'est la vérité... Allons, puisque vous vous aimez, dépêchez-vous de vous le dire et de commander la noce... Si vous n'êtes pas pressés pour vous... soyez-le pour moi. Je ne voudrais pas mourir avant d'avoir dansé à ce mariage-là... Je danse encore, vous savez ! Ah ! dame, pas comme à vingt ans, c'est certain... à vingt ans, dans mon village... Mais je vais en avoir quatre-vingts et, vous voyez, je n'ai plus beaucoup le temps d'attendre... Ah! si je pouvais voir... ne serait-ce qu'une fois... l'enfant de mes petits-enfants !... Mais ça, ilne faut pas demander trop au bon Dieu ! [Un temps.) Ben, maintenant, vous devez savoir quoi vous dire, hein ? Je m'en vais reprendre mon rams. J'ai gagné six sous. [Bourrade à Victor.) Et délie ta langue, toi, morveux! Ah ! de mon temps ! de mon temps ! [Elle sort.)