ANNA
Ça ne fait rien... ce n'est pas convenable... J'étais là toute seule^ moi.
VER-DE-VASE
Oh! si j'avais su! [Bertlie lepince.) Aïe...
MADEMOISELLE ANNA
Comment ?
VEU-DE-VASE
Rien.
MADAME SOLIÈS, entrant par la droite.
Voilà M. Lesterel.
MADAME cnANTAUD, de même.
Vile. Il faut aller chercher tout le monde.
PIED-DE-CHOU
Où sont les camarades ?...
MADAME CHANTAUD
En face.
PIED-DE-CHOU
J'y cours. \Il sort par le fond. Entrent madame Benoît et Grand'Mcre.)
BERTHE
Je vais appeler madame Sanohre.
VICTOR
Où est-il, M. Lesterel ?
MADAME SOLIÈS
Il vient... Nous l'avons vu de loin. [Deux garçons de café entrent et disposent la grande table de droite, au milieu de la scène.)
MADAME sOLiîîS, à madame Chantaud.
Dites moi, ma chère, est-ce que je ne suis pas décoiffée ?
MADAME BENOIT
Et moi ! Et moi ! [Les dames se prêtent mutuelle-
ment leurs bons offices. Berthe et madame Sanobre sont entrées par la gauche ; Ver-de-Vase, Auguste et Juliette, par le fond de gauche.)
ÉMERANCE et JOSÉPHINE, entrant en courant. Voilà le patron... avec tout le monde...
MADEMOISELLE ANNA, à Ver-de-Vase.
Moi, je suis émue, monsieur.
VER-DE-VASE
Moi-z-aussi.
MADEMOISELLE ANNA
Depuis trente ans que je me connais, je n'ai pas assisté à une fête aussi. . .
JULIETTE, entrant, bas à Grand' Mère et à madame Chantaud, qui sont ensemble.
Mère ?...
MADAME CHANTAUD
Qu'est-ce qu'il y a?...
JULIETTE
Père est là...
MADAME CHANTAUD
Pourquoi ne vient-il pas?...
JULIETTE
Il a l'air tout drôle... Une veut pas qu'on le voie... Il veut vous parler à toi et à Grand'-Mère...
MADAME CHANTAUD
Qu'est-ce qu'il y a? {Elles sortent toutes les trois pendant ce qui suit. Brouhaha à la porte d'entrée.)
GOURDIFLOT, et les autres.
Après vous, patron... après vous...
LESTEREL
Non. Honneur au père Jules! [Entrent le père Jules, Lesterel, Gourdiflot, l'Enflé, Rocamhole, Boulloiiris et Ramiclie ; — puis, parla droite, Sanobre et Roussac.)
LE PÈRE JULES
Ah! monsieur Lesterel...
LESTEREL
Tout le monde est là?
GOUTTE-DE-ROSÉE
Oui, patron. Manque que le père La Joie.
LESTEREL
On pourrait l'attendre... [Regard à sa montre.) Oh ! non. Il n'était pas dans mon train; il n'arrivera que dans une demi-heure au plus tôt...
PIED-DE-CHOU
Alors...
LESTEREL, au.r gareons.
Vous pouvez déboucher... [Les garçons obéissent et remplissent les coupes que Lesterel, Victor et Lucie passent au.v ouvriers.)
BOULLOURIS
Silence, un peu, par là-bas. .
LESTEREL
Voilà... J'ai la médaille!...
TOUT LE xMONDE
Chut! Chut! Silence! Silence!
LE PÈRE JULES, très cniu.
Je VOUS demande pardon, m'sicuLesterel... C'est... c'est la fatigue... J'ai mes jambes qui tremblent... Je ne tiens plus debout...
PIED-DE-CHOU
Une chaise... Une chaise! (On se fait passer une chaise par-dessus les têtes.) Voilà!
LE PÈRE JULES, s'asseyant.
Merci... Merci... (M. Lesterel a sorti de sa poche lin écrin que le pcrc Jules regarde fixement, et un papier. Nouveaux cliut ! cliut!)
LESTEREL, Usant, un peu ému aussi.
« Mes chers amis, mes chers collaborateurs, je vous ai réunis aujourd'hui, vous et vos familles, pour assister à une fête de famille et aussi à l'apothéose de cinquante années de travail. Jules Réché, que nous connaissons tous sous le nom amical et res- ^lectueux de Père Jules, est depuis un demi-siècle dans la maison fondée... fondée par mon père et que je suis fier de diriger aujourd'hui. [Murmures flatteurs.) Depuis cinquante ans, il a donné l'exemple de l'exactitude, de l'honnêteté et du dévouement aux intérêts de ses patrons. C'est pourquoi je suis heureux d'avoir pu obtenir de M. le Ministre, ci la suite de démarches nombreuses et répétées, une médaille de bronze que j'offre avec la plus grande joie à celui qui s'en est rendu aussi digne... Jules Réché, voici votre médaille... » [Le père Jules se lève et va recevoir sa médaille. Poignée de mains.)
LE PERE JULES
Merci, monsieur Lesterel. Si j'ai été assez heureux...
LESTEREL
Attendez, je n'ai pas fini...
LE PÈRE JULES
Je vous demande pardon, monsieur Lesterel. LESTEREL, continuant de lire.
« La vie de notre cher Père Jules peut servir d'exemple à tous les travailleurs. Elle reçoit sa digne récompense... sa digne récompense... [Ah ! oui.) Elle est le glorieux couronnement d'une existence dont vous voudrez tous vous inspirer. Je vous invite à boire avec moi à la santé de Jules Réché en criant : Honneur au Travail ! Honneur à l'honnêteté ! Honneur à l'exactitude ! »