SCÈNE IV
Les Mêmes, L'HUISSIER, LE COMMISSAIRE DE POLICE
l'huissier
Voici le commissaire de police.
LE COMMISSAIRE, Irc's boTi enfant, sortant un bout d'écliarpe de sa poche.
Eh bien, voyons, mes enfants, vous ne voulez pas vous en aller ?...
graxd'mère Où irions-nous ?
LE COMMISSAIRE
Alors, il faut payer votre loyer.
MADAME CHANTAUD
Nous ne pouvons pas... Mon fils est allé chercher de l'argent...
LE COMMISSAIRE
Oui, mais on ne sait pas quand il renti'era, ni si il en rapportera... A quoi ça vous sert-il de faire les
mauvaises têles ?... VOUS ne serez pas les plus forts... Alors ?...
MADAME CHAXTAUD
Nous ne pouvons pas pourtant coucher dans la rue.
CHANTATJD
Pourquoi pas ?... C'est bien assez bon pour nous... Nous coucherons clans la rue, et le logement restera vide... mais les droits de la propriété sei'ont respectés.
LE COMMISSAIRE, à Chaiitaud. Ecoutez, vous. Nous ne sommes pas ici pour parler politic[ue.
CHAXTAUD
C'est pas de la politicjue, ça, c'est de l'humanité.
LE COMMISSAIRE
Je ne discuterai pas. La loi est la loi. Vous ne payez jias votre loyer, il faut partir. Si vous ne voulez pas vous en aller de bonne volonté, je vais envoyer chercher deux agents qui vous prendront chacun par un bras et vous descendront. Je ferai ensuite emporter vos meubles... [A V huissier.) Le propinétaire laisse-t-il partir les meubles ? l'huissier
Le jDropriétaire est très humain. Il permet que ces gens emportent leurs meubles.
LE commissaire, à CJiaiilaud.
Remarquez qu'il aurait pu garder tout ce que vous avez, excepté la literie...
l'huissilh ... Laquelle literie aurait élé laissée sur le carreau, à votre disposition.
grand'jiîîre Monsieur, je vous assure que nous sommes de braves gens...
MADAME CHANTAUD
Mon fils va rapporter de l'argent... Ne nous mettez pas à la porte... Vo^'ons... qu'est-ce que vous voulez que nous devenions dehors, par le froid qu'il fait?... Vous auriez un chien que vous ne l'enverriez pas coucher sur le pavé, par ce temps-là... grand'mÈre, pleurant.
J'ai quatre-vingts ans, monsieur...
madame CHANTAUD
Et ma fille, monsieur... Elle travaille... Nous sommes des ouvriers honnêtes...
LE commissaire
Mais qu'est-ce que vous voulez ?... Ça ne me regarde jias... Il faut dire ça à votre propriétaire.
MADAME CHANTAUD
Nous ne le connaissons pas... Nous ne l'avons jamais vu.
l'huissier, au commissaire.
En effet, M. Gardillet, qui est très sensible, veut s'éviter la vue de semblables scènes, si douloureuses... et il fait toucher ses termes par un géi'ant. LE commissaire, après un silence.
Y a pas... Faut vous en aller...
MADAME CHANTAUD
Qu'on nous laisse un délai... Nous donnerons un acompte...
grand'mère
Mais ce n'est pas possible qu'on mette les gens dans la rue comme ça... Je ne connais pas la loi... mais ça doit être défendu quelque part.
CHANTAUD
Les lois, c'est les propriétaires qui les ont faites.
Je vous en prie, monsieur, je vous en prie...
LE COMMISSAIRE, à lui-même.
Rien n'est embêtant comme ces corvées-là... [A madame Chantaud.) Votre fils est allé chercher de l'argent... c'est bien vrai ?
grand'miîre Oui, monsieur.
madame CHANTAUD
Je le jure, monsieur, je le jure...
LE COMMISSAIRE
Attendez. [A l'huissier, quil entraîne dans un coin.) Vos ordres sont formels ?