SCÈNE PREMIÈRE
QUATRE SERGENTS DE VILLE, dans le bureau. UN AUTRE auprès de la porte du fond. — Les sergents de ville fument des cigarettes et écrivent des rapports. DEUX AUTRES se promènent de long en large ; puis L'OFFICIER DE PAIX.
l'^'' AGENT, en marchant.
Pas chaud? [Ils vont jusqu'au fond et reviennent.)
Non. [Ils vont jusqu'au fond et reviennent.)
La Seine va être prise, si ça continue. [Ils vont jusqu'au fond et reviennent.)
Cane serait pas la première fois.
Si on remettait du charbon clans le poêle? [Ils s'arrêtent. Un temps.)
C'est une idée. [Le i'-''" agent va remettre du charbon. Son compagnon va regarder écrire ses camarades.)
Comme ça, il fera plus chaud.
Ce que tu es bavard!... Quand on est de service avec toi... tu parles tous les cent mètres. C'est embêtant.
l*^'' AGENT
Pourquoi ?
C'est embêtant, parce qu'alors on est forcé de penser à quelque chose.
A propos... L'autre soir, j'ai entendu un bourgeois qui en a dit une bonne.
3'-' AGENT, s'arrétant décrire.
Si on parle tout le temps, il n'y a pas moyen de
rédiger son rapport. V'ià quatre fois que je recommence celui-là!... Voyons. (// lit.) « Cette fille nous a traités, mon collègue et moi, de v..., de m..., de s... de t..., de c..., de b... et d'un autre vocable que nous n'avons pas entendu. »
Mince, alors ! Elle va rien être salée ! Qu'est-ce qu'il disait, ton bourgeois?
l'^'' AGENT
Il disait : « Je me demande à quoi peuvent penser les sergents de ville pendant les rondes. » Est-il bête!... Comme si on était forcé de penser à quelque chose ! [Hilarité générale.)
TOUS
Sûr qu'il est bête !
5® AGENT, à la porte, annonçant.
Monsieur l'oflicier de paix. [Entre l'officier de paix en civil, très ganté. Tout le monde se lève. L'officier de paix porte la main à son chapeau, va au bureau, signe sur un registre et sort.)