SCÈNE IV
MADAME CHANTAUD, GRAND'MÈRE, CHANTAUD, AUGUSTE, puis JULIETTE.
madame CHANTAUD, allant à lui.
Te voilà revenu chez toi... Ne t'en va plus, mon mari i... [Il V embrasse .]
JULIETTE, entrant, et allant se jeter dans ses bras. P'tit père ! P'tit père !...
CHAXTAUD
Mon cnfanl. .. [Un grand temps.] Mais... on m'a inenli... Tu n'es pas malade.
JULIETTE
Oui... c'est moi... c'est moi qui ai inventé ça... Je devais rester là... cachée... jus(|u'à ce qu'on t'ait expliqué... Seulement, quand j'ai senti que tu étais là... j'ai pas pu attendre... Tu ne vas pas me gronder parce que je ne suis pas malade... D'abord je l'ai été... Pas vrai, Grand'Mère ?... Laisse que je te )"egarde. [Elle lui lire un des bouts de sa cravate.) On voit bien que c'est toi qui l'as fait, ce nœudlà ! [Elle le lui refait.) Maintenant, assieds-toi... mais non... à ta place. [Chantaud se laisse faire.) Tu n'as pas pris ton café... [Madame Chantaud va dans la cuisine, en rapporte une cafetière, et verse le café.)
CHANTAUD
Alors... Il paraît que vous avez besoin de moi.
MADAME CHANTAUD
Oui. Victor est parti...
GHANDMiiRE
Il faut que tu reviennes...
JULIETTE
Demain, il faudra que tu ailles voir le propriétaire.
CHANTAUD
Moi?
JULIETTE
Dame... c'est toi le locataire...
CHANTAUD
C'est moi...
MADAME CHANTAUD
Je ne pouvais pas mettre le loyer à mon nom...
CHANTAUD, à voix basse.
Je suis chez moi, alors ?
JULIETTE
Evidemment tu es chez toi!... oui... fauch^ay aller demain parce que la cheminée fume.
CHANTAUD .
Demain...
JULIETTE
As-tu du sucre ?
CHANTAUD
Je ne sais pas...
Attends. (Elle go il te le ca/é de son père.) Non. [Elle remet un morceau de sucre, remue et regoûte.] Là... Il est bon. [Chantaud boit.)
grand'mère Et puis il faudra que tu écrives pour réclamer au sujet des contributions...
JULIETTE
Ah ! oui!...
CHANTAUD
Pourquoi ne le fais-tu pas ?
JULIETTE
Il faut que ce soit toi...
RÉSULTAT DKS COURSES ! 213
CHAXTAUD, content.
Il faut que ce soit moi... Si je n'ai pas le temps...
JULIETTE
. F'audra le trouver. Tu comprends, on ne peut pas rester ici avec une cheminée qui fume, et payer des contributions comme ça... Tiens, voilà la feuille. [Elle la lui donne.)
CHAXTAUD, la regardant.
Ils en ont de l'aplomb... Vous n'avez pas payé, au moins ?
JULIETTE
Nous allions payer.
Vous alliez payer !...
JULIETTE
Des femmes toutes seules, ça ne sait pas se défendre.
CHAXTAUD
On obtiendra une diminution...
JULIETTE
Trois ou quatre francs au moins.
CHAXTAUD
Trois ou quatre francs !... Dix francs ! J'obtiendrai dix francs, moi.
JULIETTE
Tu crois?
CHANTAUD
Tu verras... (// boit.) Il est bon, le café.
2i4 RÉSULTAT DES COURSES !
JULIETTE
On l'a fait à ta manière...
CHANTAUD, regardant autour de lui.
lime semble que je me réveille d'un cauchemar... [Apercei'ant Auguste.) Auguste... Qu'est-ce qu'il fait là, celui-là ?...
JULIETTE
C est raccommodé.
AUGUSTE
Oui, on a voulu me casser la... on m'a expliqué... mais je serais venu tout seul...
CHANTAUD
On t'a expliqué ?...
AUGUSTE
Oui, Victor... {Silence.)
CHAXTAUD, (i Juliette.
Alors, tu as été malade ?
MADAME CHANTAUD
Elle est restée deux mois au lit.
CHANTAUD
Il y a combien de temps ?
MADAME CHANTAUD
Elle a recommencé à travailler le premier.
CHANTAUD
Ah!... [A Grand' Mère.) Tune fais plus déménages, Grand'Mère ?
grand'mère Non,
CHANT AU D, à sa fcninie.
El loi, lu n'as pas pu travailler pendant la maladie de Juliette ?
MADAME CHAXTAUD
Non,
CHANTAUD, à Grand'Mère.
Alors... qui est-ce qui le donnait l'argent que tu m'apportais ? ( Grand' Mère regarde tout le inonde et ne sait que répondre. — • Un long silence.) Il le savait ?
grand'mere
C'est LUI qui m'envoyait.
CHANTAUD
Ah!... {Silence.)
JULIETTE
Tu as VU Mistigris ?
CHANTAUD, souriant.
Oui.
JULIETTE
Il te reconnaît... Ça connaît très bien, ces bêteslà...
CHANTAUD
Oui. (// le regarde.) Tiens... il a une mangeoire. Qui est-ce qui la lui a faite ?
JULIETTE, at^'ec aplomb C'est moi...
CHANTAUD
Tu t'y entends...
Tu ne fumes pas ?
CHANTAUD
Si.
JULIETTE
Tiens... (^Elle lui passe la pipe))
CHAXTAUD
C'est toi aussi qui l'as choisie?...
JULIETTE
Oui...
CHANTAUD
Qui y a mis la ficelle ?...
JULIETTE
Oui.
CHAXTAUD
Mais ce n'est pas toi qui l'as fumée, tout de même...
Silence.) Donne-moi une cigarette, Auguste. [Il pose
la pipe. Auguste lui donne une cigarette qu'il allume.
— Gène générale. Tout le inonde regarde CJiantaud
qui fronce le sourcil.)
JULIETTE
Il y a une lettre pour toi... La voici... [Elle la lui donne.)
C'est de M. Lesterel... Qu'est-ce qu'il me veut?
JULIETTE
Je ne sais pas...
CHANTAUD
Tiens, j'avais mal lu... Ancienne maison Lesterel... Lesterel et Victor Chantaud, successeur...
JULIETTE Oui... Eh Lien, lis...
CILVNTAUD, très ému.
J'ose pas.
JULIETTE
Je crois que c'est M. Leslerel qui te demande de rentrer chez lui. 11 n'a pas pu te remplacer pour la ciselure.
CHANTAUD, Ouvrant la lettre.
Oui... c'est bien ça... [Un papier est tombé de feni'cloppe. Juliette le ramasse et le lui donne.)
JULIETTE
Tiens. Il y avait ça dans la lettre... CHANTAUD, lisant.
« Je soussigné, Arsène Chanlaud, reconnais avoir V... » (Il regarde tout le monde et se caclie la figure dans ses mains. Juliette va à la porte du fond et fait entrer Victor.) Qui est-ce qui a payé ?... [Victor descend en scène. Cliantaud le \'oit. Un silence.) C'est toi ?
CHANTAUD, sc levant.
Viens, mon gosse, viens, embrasse-moi.
jNOTES
Pag-e 07. — La scône II peut être couju'-e à la représentation.
Page 158. — M'-" Ghantaud dit tout bas à Grand'Mèie : « et rapporter l'argent. Si je rencontre Victor, je vais lui dire de venir le prendre et d'aller le porter. [Elle met l'argent dans
le tiroir, en prenant garde que Chantaud la l'oie. Mais celui-ci. pendant qu'elle a le dos tourné, jette un regard rers elle et comprend tout.)
Page 159. — La scène X est coupée et remplacée par ces mots de Chantaud :
cnAXTAun, seul
Ce serait chic, tout de même, de leur rendre tout ce que je leur ai pris... et un peu plus... de ramener le bonheur ici... Cette fois, c'est sûr.
Page 164. — Les scènes XII et XIII sont coupées.
Page 199. — Le rideau baisse après la réplique de Chantaud : « C'est vrai. Mais ce qu'on demande aux autres, à ses supélieurs, c'est quelque chose de mieux que ce qu'on aurait l'ait soi-même. •