CHAPITRE III
Influence de la castration sur l'état général tuberculeux.
Un fait frappe tout observateur qui a examiné des malades après qu'ils ont subi la castration : c’est l'amélioration de l’état général. Cette rénovation de l'organisme apparait très rapidement après l’opération, bien plus vite que n'apparait d'ordinaire le retour à la santé après toute autre opération chirurgicale.
Ainsi, le malade qui fait l’objet de notre observation I nous disait que, quelques semaines après sa sortie de l'hôpital, il se mettait au travail plus fort, plus solide qu'avant la castration. Il mangeait bien
2/60 et trouvait que son poids augmentait de jour en jour.
Le sujet de notre observation II, lui aussi, a été surpris de son retour rapide à la santé. Avant l'opération, il avait de l’anorexie, ilavait maigri, il avait des sueurs profuses. Peu de mois après sa castration, il retourne dans son pays où on l'a vu amaigri et malingre; on ne peut croire à pareil changement, quelques-uns même de ses proches parents hésitent, nous dit-il, à le reconnaitre, tant il y a de difféférence entre son état général actuel et sa santé d'il y à quelques mois.
Même des neurasthéniques,quil'étaient déjàaavant la castration, comme le malade de notre observation IV, se trouvent transformés. Ainsi, l'opéré dont nous parlons s'attache au moindre détail, se plaint du plus petit malaise, mais il ajoute, comme conclusion, qu'ila pris de l’'embonpoint, qu'il dort bien, mange bien et se fortifie de plus en plus.
Telles sont, pour ne citer que ces trois là, les modifications heureuses rencontrées chezles malades vus par nous.
D'autres auteurs font les mêmes constatations; ainsi M. Albertin, dont nous reproduisons deux observations empruntées à la Province Médicale, insiste sur l'augmentation rapide du poids de ses malades après la castration etsur leur excellent état général, jadis presque désespéré.
. Terrillon constate aussi le fait que nous avons avancé : le retour rapide à la santé; ainsi notre observation X VITE, qui provient de Terrillon, en fait
RC foi. « Notre homme est bien portant, dit-il, il a engraissé et peut se livrer à toutes ses occupations qui sont très pénibles, car il est pharmacien et trés OCCupé ».
Comment peut-on expliquer cette action bienfaisante de la castration?
Si l'intégrité de l'organisme est parfaite, si la toxine tuberculeuse a respecté la prostate, le poumon, le rein, et cela arrive 14 fois pour 30 cas, dit Reclus, on peut comprendre que l’ablation d’un foyer purulent rende à l’organisme sa vigueur en lui enlevant une cause affaiblissante. Qu'on ouvre une collection purulente appendiculaire, le pus fait irruption à l’extérieur, la fièvre s'éteint et le malade reprend peu à peu des forces; il'en est de’même pour un malade atteint d’ostéite ou de sarcome, auquel on fait une résection, une amputation. Mais, dans ces cas, le malade revient lentement à la santé; il gagne peu pour le poids, Pembonpoint tarde à venir.
Ce fait, mis en parallèle avec le rapide rétablissement, à la suite de la castration, d'hommes tuberculeux, nous fait dire que l’ablation du testicule est une cause de surnutrition. Pour employer d’autres termes, disons que la castration change la direction des forces nutritives chez l’homme; l'appareil génital ayant été supprimé à moitié ou complètement ce qui servait à le nourrir est utilisé pour le reste de l'organisme. Du fait même de cette nutrition exaltée, la phagocytose est plus active, les leucocytes, en grand nombre, triomphent des bacilles de Koch
SNGSE et l'individu ressent tous les effets de cette victoire. Une amélioration rapide de son état général, souvent trés défectueux avant l'opération, en est la meilleure preuve.
Le mécanisme intime de cette modification, accomplie dans l'être humain, aussi bien que dans le règne animal et végétal, par la castration n’est pas expliqué autrement que nous l'avons laissé entrevoir plus haut. Mais, tenons-nous en au fait expérimental pur et simple, à ce que l'expérience des éleveurs nous montre tous les jours. Veut-on avoir un cheval gras, docile, au poil luisant? On le castre et c'est le cheval hongre, presque exclusivement employé, qu’on obtient par ce procédé qui à transformé l'animal. La castration modifie aussi complétement un coq qui, par cet unique moyen, engrâisse et devient le chapon ; il en est de même du verrat et du lapin. Quelle différence encore entre un bœuf et un taureau? L'un est infiniment plus gras et plus robuste que l’autre, ce dernier n'ayant d'autre but que la reproduction.
Dansle règne végétal, les faits différent toutefois légèrement; la fleur castrée (et cela est difficile à faire complètement) est chétive, elle se fane et meurt, n'ayant même pas vécu un jour. Mais, du fruit il en est tout autrement; on retrouve chez lui ce que nous avons rencontré chezles animaux, un développement très augmenté. Si on enlève au moyen d'un emporte-pièce spécial, les graines d’une poire, d'une pomme ou d’un melon, le péricarpe, ou enveloppe charnue de ces fruits, prolifère d’une manière
Op parfois surprenante, comblant presque la cavité jadis occupée par les graines.
Ces analogies entre les différents règnes de la nature ont, du reste, éveillé l'attention des philosophes naturalistes. « L'influence de la castration pour l’engraissement des animaux est un enseignement pour l'espèce humaine » (Maquel). « La castration même a été employée sur l’homme, comme sur les chevaux etlestaureaux,avec succès » (Proudhon).
Bien loin de notre pensée de recommander l’abus de la castration, telle qu'on la faisait aux XVIe et X VITe siècle, ou comme on la pratique chez les Indiens ou les peuples d’'Extrème-Orient; ici, nous entendons son application dans les seuls cas pathologiques.
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