SCROFULES
scolastique, firent voir dans le développement des affections scrofuleuses , l’influence d’un tempérament et d’une constitution marqués par la prépondérance de l’un des systèmes organiques de l’économie. Mais il y avait une erreur plus grave à détruire ; c’était celle qui attribuait la production des scrofules à une prétendue faiblesse originaire ; et cette opinion prenait sa source , comme nous allons le voir, dans un principe également démontré faux, par la pratique et par la théorie.
La croyance générale voulait que l’organe le plus faible du corps , fût aussi le plus passible de maladie ; l’expérience a justement prouvé la certitude de la proposition contraire, et il est aujourd’hui bien reconnu, que c’est la partie la plus développée f la plus active , par conséquent la plus forte , par laquelle on est aussi le plus exposé à devenir malade. Citons quelques exemple; les maladies de poitrine, les hémophthisies ou crachemens de sang , affectent toujours de préférence les chanteurs , les crieurs publics , les avocats , les orateurs ; taudis que V apoplexie et les autres irritations cérébrales , sont le par-
78 PHLEGMASIES LYMPHATIQUES.
tage des écrivains , des penseurs , des philosophes; or, chez ces derniers, le cerveau, organe physique des facultés intellectuelles, est de beaucoup plus actif, plus développé, plus fort que tous les autres ; et la même observation se fait chez les premiers, à l’avantage des organes pectoraux et de la voix. Appliquant maintenant cette rectification à la constitution des personnes douées du re/npérament lymphatique , nous verrons que c’est la prédominance relative du système de ce nom , qui favorise la production de ses maladies particulières. Il est vrai que ce surcroît de développement s’allie toujours à l’état opposé des autres appareils organiques, par la même disposition qui , chez les femmes , donne au système sensitif une activité si notable au milieu de l’inertie, ou même de la débilité des autres parties de l’organisme. Ainsi, loin d’être un résultat de l'altération des fluides , comme on l’avait supposé, ou l’eflet de la faiblesse générale , comme on l’enseigna long-temps dans les écoles , il demeure bien prouvé que la nature des écrouelles , des maladies scrofuleuses , lymphatiques , tient essentiellement à une condition toute diffé-
ENGORGEMENS LYMPHATIQUES 79
rente , et qui la rattache aux affections sthéniques.
Ce n’est pas que l’irritation et la phlegma sie y soient marquées des mêmes caractères, et sur-tout aussi prononcés que nous les avons observés dans les parties où les 'vaisseaux sanguins prédominent. Une tuméfaction sans rougeur , sans chaleur et le plus souvent sans douleur , fait la base des engorgemens lymphatiques , dont la marche, extrêmement lente , trouble rarement les fonctions des autres organes, par une irradiation sympathique. M. Broussais crut que le mot sub-injlammation serait propre à exprimer la nature de l’altération de cet ordre de vaisseaux , ne faisant pas attention que celle-ci demeurait identiquement la même que dans r inflammation ordinaire , sauf la modification que la composition propre des tissus lui imprime. C’est par suite de cette dernière circonstance encore, que la suppuration a rareraentlieu dans \csphlegmasies lymphatiques , qui se terminent presque toujours par résolution ou par endurcissement t premier degré et sorte d’état intermédiaire à la dégénération canccreuse , terme funeste ou les deuxbran-
8o phlegmasies LYMPHATIQUES, ches de l’art de guérir , ne réunissent leurs principes et leurs moyens , que pour en mieux connaître trop souvent toute l’impuissance.
Il ne faut pas croire toutefois que la chronicité de l’inflammation , ait toujours pour résultat l' induration ou la dégénération cancéreuse des parties affectées. On la voit assez souvent suivre une autre marche ; alors les organes se détruisent plus ou moins rapidement, par une irritation d’une intensité variable qui , provoquant, la plupart du temps, une réaction sympathique continue de la part du cœur et de l’appareil circulatoire, fait périr les individus dans la consomption et le marasme.
Une des terminaisons les plus familières aux phlegmasies , ce sont incontestablement les hydropisies. Ainsi l’hydrothorax f ou hydropisie de poitrine , dont mourut le grand Frédéric , est fréquemment le résultat de la pleurésie ÿ l’ascite ou hydropisie du bas- ventre , succède souvent à l’inflammation du péritoine, et l’hydrocéphale aiguë , celte affection désastreuse du premier âge, est la suite de la phlegmasie chronique des membranes du
HYDROPISIES. <* 8t
cerveau ou de la méningite. Telle est la conséqueuce immédiate à déduire de l’observation générale, c’est que cette section , autrefois si obscure des hydropisies , est aujourd’hui bien appréciée dans sa nature, qui tient , comme nous venons de le voir , presque toujours à une inflammation chronique , et peut au moins , dans tous les cas, être rattachée aux affections irritatives.
On trouvera sans doute une grande distance entre les caractères primitifs que nous avons assignés à V inflammation , et l’aspect que présentent les altérations chroniques qui en dérivent. Mais cette difficulté n’en est pas une pour l’observateur attentif, à qui un examen réitéré a permis de constater leur identité de nature. La petite parcelle de mucus qui forme les premiers linéamens de l’embryon humain , ne ressemble certainement pas davantage à l’admirable assemblage d’organes qui en provient dans la suite (1). Pour acquérir des preuves irrécusables , il faut, en pareil cas , remonter toujours à la source , et ce précepte devient encore plus rigoureux, de même qu’en rao-
’ ( 1 ) Voyez le Résumé de phyiiolagie,
8a IR KIT AT IOI> S NERVEUSES,
raie et en philosophie, quand il s’agit d’opposer les moyens de la thérapeutique aux premières traces d’irritation, dans quelque point de l’organisme où nous avons vu qu’elle peut avoir des effets si déplorables (i).