AVERTISSEMENT
Les Ouvrages de médecine populaire sont trop justement tombés dans le mépris, pour qu’on puisse seulement nous prêter l’idée d’avoir voulu offrir au public un livre de ce genre. Il faut laisser aujourd’hui à la foule ignorante et crédule de pareilles rapsodies , qui sont comme un tribut que la médiocrité intrigante perçoit sur ses faiblesses. A l’exemple du poète latin, n’écrivant que pour cette portion éclairée, réfléchie de la société, qui plaint ou ignore les sottises du vulgaire , l’auteur n’avait ni des passions à flatter, ni des erreurs à entretenir; aussi son but devait-il être différent. A quel esprit droit voudrait-on d’ailleurs persuader maintenant qu’il suffit d’avoir lu quelques centaines de pages et de s’être mis un certain nombre de formules dans la mémoire, pour être en état de pratiquer la médecine à peu près avec autant de succès que les hommes qui , après avoir passé la moitié de leur vie à étudier l’organisation humaine dans les amphithéâtres , les cours publics, les hôpitaux, en partagent ensuite le reste entre les travaux assidus du cabinet et les enseignemens difficiles de la pratique? Pour nous , trop de respect nous est inspiré par nos lecteurs , pour leur faire une pareille injure !
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Mais si votre livre n’enseigne pas , dira-t-on , à se traiter soi-même , et ne permet, en aucune manière , de se passer de médecin t à quoi peut donc être utile un Résumé de Pathologie à l’usage des gens du monde? Détruire des idées fausses et combattre des préjugés absurdes , serait sans doute déjà un but assez louable; mais on n’a pas dû se borner dans une aussi étroite sphère. Autant il convient d’interdire la partie essentiellement pratique de la science aux hommes qui ne sont pas exclusivement voués à son culte , autant ses principes , le dogme, s’il est permis de s’exprimer ainsi, gagnera à être de plus en plus connu de tout ce qui est capable de comprendre et d’apprécier les élémens d’une doctrine scientifique.
Jusqu’aux temps modernes, celles des médecins , fondées sur des vues purement métaphysiques , ou sur des hypothèses non moins frivoles , empruntées à des sciences voisines mais plus ou moins étrangères , n’étaient guères propres à jouir de cet avantage , dont les eût seul privées un langage obscur et barbare. Mais la médecine devait profiter à son tour de l’heureuse clarté qui rend aujourd’hui si simples et en même temps si féconds les principes de toutes les connaissances humaines. La Physique et la Chimie ne sont pas depuis bien longtemps ce que nous les voyons en ce moment , c’est-à-dire fixes dans leurs idées fondamentales , et sûres dans leurs résultats ; elles eurent aussi
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leurs illusions et leurs erreurs , à commencer par les rêves de l’astrologie et la folie du grand-oeuvre. Faut-il donc s’étonner que celle de toutes les sciences qui touche de plus près à notre bonheur, dont l’imagination modifie si souvent les élémens , ait plus qu’une autre éprouvé cette influence des passions ou des erreurs humaines ? Mais , parce que les médecins se sont égarés tant de fois à la poursuite de la vérité, devaient-ils renoncer à l’espoir de jamais l’atteindre ? Étrange manière de raisonner , que de vouloir enchaîner le présent au passé , sans tenir compte des changemens et des progrès que chaque jour introduit dans le domaine de l’esprit humain! En effet, les principes de morale et d’ordre social seuls sont immuables , parce que ce qui est bien quelque part ne peut être mal ailleurs, et que les idées du juste et de l’injuste sont les mêmes partout. Mais lorsqu’il s’agit de faits particuliers à recueillir , de phénomènes plus ou moins obscurs à observer, on doit nécessairement s’attendre à des modifications dans la manière de les interpréter, tant qu’on ne pourra pas dire que les faits connus ont été retracés avec pleine exactitude, ou contredits par de nouvelles découvertes. Ce qui ne variera plus , une fois arrêté sur des bases certaines, c’est l’art d’observer , ou les méthodes qui sont, comme on l’a dit, le levier le plus puissant pour l’exploration de la nature.
On est forcé de convenir que c’est tout ré-
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cemincnt que le véritable esprit d’observation a été introduit dans la médecine. Un tel aven n’attaque en rien l’importance des services que d’illustres praticiens ont rendus de tout temps à l’humanité , ni la gloire que des ouvrages justement estimés procurèrent à leurs auteurs. Le propre du génie , c’est de porter dans toutes ses productions un caractère de solidité que ne détruit point la rapide succession des âges. Il faut seulement observer qu’au milieu de tant de données précieuses , aucun frein n'avait été imposé à l’imagination ; ainsi que dans les sciences philosophiques, le sceptre médical était à la merci du plus ingénieux ou du plus habile. En rattachant tous leurs travaux et toutes leurs recherches à un terme aussi sûr que l’organisation dans l’état sain et malade, les médecins modernes ont considérablement rétréci le cercle des illnsions ou des hypothèses , et ont donné aux principes de leur art, la fixité, seul et véritable caractère scientifique.
Tel est le point de vue sous lequel on s’est proposé de considérer la Pathologie dans cet ouvrage. On conçoit qu’une description fidèle de toutes les maladies ne pouvait être comprise dans son cadre , car un pareil travail eut été aussi fatigant que superflu. Cependant il ne fallait pas non plus faire d’une exposition didactique un tableau abstrait et pour ainsi dire idéal, qui , n’étant basé sur rien , fût demeuré sans intérêt comme sans application. Les