‹ Résume ́de l'histoire de l'électricité et du magnétisme, et des applications de ces sciences à la chimie, aux sciences naturelles et aux artsChapitre 16 sur 103 · CHAPITRE 11. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. U

pire de la vie. Rien de semblable n'avait lieu sur l'homme après la mort naturelle, les fonctions de vie s'éteignant peu à peu.

En même temps que l'on s'occupait de recherches physiologiques, on tentait d'appliquer le galvanisme à la médecine. Galvani fut un des plus ardents à se livrer à ces recherches. Suivant lui , dans la manière d'appliquer l'électricité au corps humain, il fallait avoir égard à trois circonstances principales : 1° à la force avec laquelle elle agit violemment sur l'économie animale, connue dans l'expérience de la bouteille de Leyde ; 1° à son action lente et successive, comme lorsqu'on administre des bains électriques; 3° à l'espèce d'électricité que l'on retire du corps. Il s'attacha ensuite à démontrer que , dans les maladies convulsives, rien n'est plus important que de déterminer laquelle des deux électricités devait être employée; que l'état électrique de l'atmosphère pouvait influer sur l'électricité animale : aussi recommandat-il , avant d'entreprendre le traitement , de reconnaître avec des électromètres l'état électrique des nuages. Suivant Galvani, le moyen préférable à tous les autres, dans l'application de l'électricité négative, était de faire communiquer celle qui réside dans les muscles avec les nerfs de la partie malade. Il indique ensuite les avantages que l'on pouvait retirer de l'application de l'électricité atmosphérique. Il se trouva d'accord en cela avec Mauduit , qui avait annoncé que l'influence de l'électricité artificielle et atmosphérique était plus grande sur l'économie animale qu'on ne l'avait pensé (35) . On n'en est pas plus avancé aujourd'hui à cet égard qu'il y a plus de cinquante ans.

Crèves s'est servi du galvanisme pour distinguer la mort vraie de la mort apparente ou l'asphyxie. Quand les fibres se contractent, c'est une preuve que l'irritabilité n'est pas entièrement détruite ; dans ce cas, on ne peut encore décider que l'homme soit véritablement mort.

Pfaff proposa le galvanisme dans la paralysie du nerf optique, comme Magendie l'a appliqué quelquefois avec succès il y a une vingtaine d'années.

Des expériences furent faites à l'Ecole de médecine de Paris sur le traitement des maladies par le galvanisme; la commission qui en rendit compte crut pouvoir conclure des observations dont elle lut témoin : que les effets de l'appareil voltaïque pénètrent et affectent l'organe nerveux et les organes musculaires plus profondément que les machines électriques ordinaires; qu'ils provoquent de vives

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contractions, des sensations fortes de picotements et de brûlures dans les parties que leur état maladif rend insensibles aux étincelles et aux commotions; que la durée de cette action est telle qu'elle semble autoriser l'espoir de posséder dans ce moyen un excitant efficace et capable de concourir avec succès au traitement des maladies. Ces conclusions, comme on le voit, ne donnnent rien de positif sur l'application de l'électricité à la médecine; mais elles laissent entrevoir la possibilité d'en obtenir de bons effets, quand il s'agit de stimuler un muscle ou un nerf qui est dans un état d'inertie, résultat qui est peut-être le seul qu'on ait obtenu jusqu'ici.

Grapen Gieser (36), collaborateur de M. de Humboldt, publia en allemand un ouvrage sur l'emploi du galvanisme dans le traitement de quelques maladies. L'auteur assure que le galvanisme peut, non-seulement servir à reconnaître les nerfs dans les tissus, mais encore à indiquer leur distribution superficielle. Il pense que les effets varient selon la nature des pôles mis en contact avec les parties malades. Si l'on prend, par exemple, une plaque de zinc et une plaque d'argent , que cbacune soit mise en contact avec une plaie de vésicatoire , la plaie correspondante au zinc sera la première à fournir de la sérosité, et il se formera bientôt une escarre.

Le galvanisme, suivant lui, peut être utile dans les paralysies des extrémités, telles que la compression du cerveau; dans la faiblesse de la vue et dans la goutte sereine, due uniquement à l'inexcitabilité du nerf optique ; dans les surdités dépendant de l'affaiblissement nerveux ; dans l'enrouement et l'aphonie ; dans la paralysie du sphincter de l'anus et de celui de la vessie. Il décrit ensuite les diverses manières d'appliquer ce moyen médicamenteux. C'est enoore dans ces différents cas que l'on applique aujourd'hui l'électricité voltaïque.

Lebouvier-Desmortiers envisagea la question sous un autre point, de vue : il s'attacha à signaler, dans un mémoire qu'il communiqua à la Société des observateurs de l'homme, le 28 floréal an ix, le danger du galvanisme dans le traitement des maladies. Il pose en principe qu'avant d'appliquer ce traitement aux corps vivants, il était nécessaire de reconnaître, par expérience, les altérations qu'il peut produire dans les différents principes de la vie ; c'est une considération à laquelle les expérimentateurs qui l'ont précédé n'ont pas eu égard; on peut adresser le même reproche à la plupart des praticiens actuels. Il rapporte un fait remarquable, qui tend à prouver que les effets du galvanisme ont peu de durée : il appli-

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qua deux fois sur ses tempes les conducteurs , et ressentit deux fortes commotions. «A la suite , je m'aperçus, dit-il, que mes «yeux, qui habituellement sont très -fatigués , et dans lesquels je « sens presque toujours de la chaleur et des tiraillements, n'éprou- « vaient plus ces petites incommodités. Mais cette espèce de guéce rison subite ne dura guère , et fut bientôt suivie d'une sorte « d'alourdissement , d'un léger mal de tête, qui ne se dissipa qu'à « la fin de la journée (37). » Le même expérimentateur est le premier qui ait soumis les calculs urinaires à l'action du galvanisme. Un gravier rond très-dur et pesant un grain fut totalement dissous en vingt-quatre heures.

Un grand nombre de recherches furent faites sur l'application du galvanisme à l'art de guérir ; mais le succès ne répondit pas toujours à l'attente des expérimentateurs.

§ V. Découvertes de Davy, depuis 1806.

Les travaux de Davy, avant 1806, n'avaient pas acquis l'importance qu'ils eurent ensuite, comme on en a la preuve dans les deux mémoires remarquables dont nous allons essayer de donner une idée {38). Si l'on ne trouve pas toujours dans ses expériences la rigueur mathématique que les physiciens exigent en général dans les recherches, s'il a négligé des faits de détail qui lui paraissaient de peu d'importance, on en est amplement dédommagé par les découvertes originales et capitales auxquelles il fut conduit, et les vues philosophiques qui en découlent. D'un autre côté, dans les travaux de Davy, on trouve toujours une grande pensée, et l'application suit la découverte d'un fait : c'est là le caractère du génie.

Les phénomènes de décomposition étaient encore enveloppés de beaucoup d'obscurité; on ne pouvait expliquer, par exemple, pourquoi, en opérant la décomposition de l'eau distillée avec la pile dans des vases de verre, on avait de la soude au pôle négatif et du chlore au pôle positif. Cette question avait besoin d'être étudiée de nouveau, et Davy en fit l'objet d'un mémoire (38).

Desormes (39) avait tâché de reconnaître par l'expérience la nature des substances qui se produisent dans l'eau distillée aux deux pôles d'une pile. Il annonça que c'était de l'acide chlorhydrique et de l'ammoniaque. Brugnatelli soutint la production d'une substance nouvelle, qu'il appella acide électrique. En Italie, on crut avoir produit du chlorure de sodium. Dès 1800, Davy avait annoncé qu'en soumettant à l'action de la pile, par le moyen de fils d'or, de

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l'eau distillée contenue dans deux tubes de verre communiquant ensemble par une substance animale ou végétale humide, on avait une dissolution de chlorure d'or dans le tube positif; il s'assura bientôt après cpie l'apparence de l'acide chlorhydrique était due aux substances animales et végétales qui avaient été employées, puisqu'il n'obtint aucun effet en employant des filaments de coton lavés dans une faible solution d'acide nitrique.

Dans le cas Où il obtenait beaucoup de soude, le verre paraissait fortement corrodé au point de son contact avec le fil métallique. Il en conclut, et avec raison, que la production de l'alcali était due à la présence de cette substance dans le verre. 11 fut confirmé dans cette opinion , en observant que l'on n'obtenait la décomposition d'aucune substance saline en opérant dans des vases d'or. De semblables conclusions à l'égard de l'apparence de l'acide chlorhydrique avaient été tirées par la Société galvanique de Paris, le docteur Wollaston et MM. Biot et Thenard (40).

Davy opéra cette fois dans des petites coupes d'agate remplies d'eau distillée, qu'il mit en communication au moyen d'amiante très-blanche, lavée dans l'eau distillée, avec la pile, par l'intermédiaire de deux fils de platine. Les apparences acides et alcalines furent encore très-prononcées ; c'était de la soude, de l'ammoniaque et de l'acide chlorhydrique. Il fut étonné de ce résultat, car il croyait avoir rempli toutes les conditions nécessaires pour éviter l'emploi de substances qui pouvaient contenir du sel marin. Il répéta un grand nombre de fois cette expérience, et se convainquit que le peu de matière saline qui existait dans les coupes d'agate avait fourni l'acide et l'alcali trouvés. S'étant débarrassé de cette cause d'erreur en opérant dans des vases d'or, il obtint encore des réactions acides et alcalines. Il vit alors clairement que l'eau ellemême était capable de fournir de l'alcali fixe; cependant cette eau paraissait pure en employant les réactifs ordinaires : il restait à savoir si la substance saline était transportée pa« la distillation, ou s'il fallait attribuer l'alcali au gaz azote, dont il existe une petite quantité dans l'eau exposée à l'air. Ayant fait évaporer de l'eau très-lentement dans un alambic d'argent, il resta une substance saline à la présence de laquelle il attribua les réactions acides et alcalines qu'il avait trouvées. Il soumit ensuite à l'expérience l'eau distillée, et cette fois il n'obtint aucune réaction acide ou alcaline: l'alcali provenait donc, soit des matières solides employées, soit de celles qui existaient dans l'eau.

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