‹ Résume ́de l'histoire de l'électricité et du magnétisme, et des applications de ces sciences à la chimie, aux sciences naturelles et aux artsChapitre 21 sur 103 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du magnétisme, depuis les temps anciens jusqu'en 1820.

§ I. Premières notions du magnétisme.

Les anciens connaissaient la propriété dont jouissent certaines mines de fer d'attirer les parcelles de ce métal placées à peu de distance.

Quelques auteurs grecs (I) ont appelé l'aimant hétaclée, du nom de la ville près de laquelle on le trouva; d'autres ont fait dériver le nom de magnèle qu'on lui a donné, et celui de magnétisme, de Magnesia, contrée de la Lydie, où il fut également découvert.

Pline (2) affirme que ces pierres, appelées aimants, reçurent ce nom de leur inventeur, le berger Magnés, qui en tit la découverte sur le mont Ida, selon Nicander, en faisant paître ses troupeaux: des parcelles de ces pierres s'étaient attachées aux clous de fer de ses chaussures et à la pointe de même métal de son bâton.

Pline rapporte encore que Dinocarès proposa à Ptolémée Philadelphe de bâtir à Alexandrie un temple dont la voûte, garnie de pierres d'aimant, soutiendrait en l'air une statue de fer de la reine Arsinoé. Saint Augustin fait aussi mention d'une statue suspendue en l'air, au milieu du temple de Sérapis , à Alexandrie.

Les propriétés de ces pierres parurent miraculeuses comme celles de l'ambre quand il est frotté ; aussi les anciens leur supposèrent-ils également une âme et plusieurs vertus médicinales. Hippocrate lui-même rangea cette substance au nombre des purgatifs.

Si les anciens ont connu le pouvoir attractif de l'aimant, ils ont ignoré sa polarité et sa propriété directrice; car, si elles eussent été connues, nul doute que des auteurs n'en eussent parlé (3), et notamment Claudien dans ses beaux vers sur les aimants :

S8 IIF. l'ÉLF.CTIUCITÉ ET DU MAGNÉTISME.

lapis est eognomine magnes,

Deeolor, obscurns, vilis, non Me repexam Cesaricm regum, etc.

D'un autre côté, on a voulu traduire le mot vorsoria (4), qui se (rouve dans deux passages de Plante, par aiguille aimantée; mais il parait plus probable que ce mot est un dérivé de vertere , et qu'il désignait une corde au moyen de laquelle on tournait les voiles.

Il faut aller jusqu'à Marcellus Empiricus (9), médecin de Théodose, pour avoir quelques notions sur la polarité de l'aimant; il dit que l'aimant, appelé antiphyson, « attire et repousse le fer. »

Les Chinois ont connu, dit-on, dès la plus haute antiquité, l'aimant, sa force attractive et sa polarité. Quant à l'emploi de l'aiguille aimantée pour se diriger sur mer, Klaproth dit que la description la plus ancienne d'une boussole qu'il ait pu trouver dans leurs livres ne date que d'une époque comprise entre 1111 et 1117 de Jésus- Christ. Mais il est probable, ajoute-t-il sansen avoir la preuve, que les Chinois en faisaient usage dans les troisième et quatrième siècles.

Duhalde (6) assure cependant que l'on se servait de la boussole en Chine pour voyager sur terre, plus de mille ans avant Jésus-Christ.

Le premier ouvrage français qui parle de la boussole est un poëme manuscrit du douzième siècle, en langage ancien, qui existe à la Bibliothèque impériale, et qui est attribué à un certain Guyotdc Provins. Il y est fait mention de la boussole, connue alors sous le nom de ?narinière. ou de manière (7).

« De nostre père l'apostoile [le pape] « Et en un festu l'ont ficliie

« Vousisse qu'il semblast l'estoile « En l'esve la meltent sans plus,

■< Qui ne se meut; moût bien la voient, « Et li festu la tient dessus;

« Li marinier qui si navoient [ainsi navi- « Puis se tome la pointe toute

guent]. « Contre l'estoile, si sans doute

« Par celé estoile vont et vienent « Que jà por rien ne faussera

« Et lor sens et lor voie tienent; « Et mariniers nul doutera.

« Il l'appellent la tresmontaigne, « Quant la mers est obscure et brune

« Celle est atachi et certaine : « Qu'on ne voit estoile né lune,

« Toutes les autres se removent , « Dont font à l'aiguille alumer ;

« Et lor leus escliangent et muevent , « Puis , n'ont-ils garde d'esgarcr.

n Mais celé estoile ne se meut. <• Contre l'estoile va la pointe ,

« Un art font qui mentir ne peut, « Por ce, sont li marinier cointe

« Par ta vertu de la manière (*). •• De la droite voie tenir,

« Une pierre laide et brunière , « C'est un ars qui ne peut faillir.

k Où li fers volontiers se joint , « Mont est l'estoile bêle et elère,

« Ont; si esgardent le droit point, « Tex devroitestre notre père, - « Puis qu'une aguille l'ait touchie

(*) Amanière ou manière, manète, la pierre d'aimant.

Page 1