CHAPITRE V
d'une dissolution magnétique , placée dans un verre de montre mis sur le pôle d'un très-fort électro-aimant, ne reste pas horizontale, et prend une forme dépendante de la nature de l'action exer- 'cée; suivant M. Plucker, la surface se creuse si on emploie un liquide magnétique; elle se soulève au milieu, si c'est un liquide diamagnétique. M. Matteucci (19) a vu également qu'un liquide placé entre les pôles d'un électro-aimant dans une cuve rectangulaire de 8 à 9 millimètres de largeur, et le plus près possible de l'axe magnétique, se transporte vers la ligne des pôles, où il reste soulevé de plusieurs millimètres, si c'est un liquide magnétique, en donnant à la surface une courbure facile à déterminer ; si c'est un liquide diamagnétique, on trouve au contraire une dépression. Nous devons citer encore le fait annoncé par M. Quet (19') que l'élévation des liquides dans les tubes capillaires est tout autre en présence des électro-aimants que dans des conditions ordinaires.
Les gaz, comme les solides et les liquides, sont influencés par les aimants ; la première expérience faite dans celte direction date de 1840: M. Bancalari trouva que la flamme d'une lampe est repoussée par les pôles d'un aimant. M. Zantédeschi, en répétant cette expérience, montra que chacun des deux pôles repousse la flamme, et que cet effet est accompagné d'une dépression dans cette flamme.
M. Faraday (20) étudia ensuite l'action d'un électro-aimant sur des courants gazeux mélangés de fumée, qu'il faisait monter ou descendre près des pôles ; il observa des effets différents, suivant la température et la nature des courants gazeux, mais indiquant seulement si un gaz avait une action plus ou moins énergique que. l'air environnant, sans rien décider si ce gaz était magnétique ou diamagnétique par lui-même.
Ce n'est qu'en 1849 (21), en mesurant par la torsion les attractions des diverses substances plongées successivement dans le vide et dans différents gaz, et en partant de ce principe démontré plus haut, que l'effet produit est la différence des actions exercées sur un corps et sur le milieu déplacé, que M. E. Becquerel put déterminer l'action produite par un aimant sur une niasse gazeuse. Ce sont les expériences faites à l'aide de cette méthode qui l'ont conduit à la découverte du magnétisme de l'oxygène.
Il a trouvé par expérience que. dans l'air, un petit tube de verre est moins attiré par les aimants que dans le vide; de petits barreaux de soufre, de cire, sont, au contraire, repoussés plus énergi-
quement que lorsqu'ils sont, environnés de ce gaz ; ainsi l'air se comporte comme un milieu magnétique. L'hydrogène, l'azote, l'acide carbonique, soumis au même mode d'investigation, ne donnent un effet appréciable que lorsqu'on peut les condenser à l'aide de substances absorbantes; ils se conduisent alors comme repoussés par les aimants. L'oxygène, au contraire, manifeste les mêmes propriétés que l'air, et cela avec une intensité cinq fois plus considérable, ce qui prouve que c'est sa présence qui donne à l'air sa puissance magnétique.
M. E. Becquerel a pu également démontrer la puissance magnétique de l'oxygène en se servant de petits cylindres de charbon bien recuit, cette substance pouvant condenser un certain nombre de fois son volume de gaz : dans l'oxygène, un cylindre de charbon est attiré par les pôles magnétiques d'un électro-aimant, et oscillecntre eux comme une petite aiguille aimantée; mais vient-on à faire le vide autour de lui, alors cet effet cesse, et le petit cylindre est en général repoussé, mais est toujours moins attiré que lorsqu'il renferme de l'oxygène. Cette expérience curieuse réussit également bien dans l'air, mais avec une intensité moindre que dans l'oxygène.
Deux autres gaz partagent avec l'oxygène la propriété d'être attirâmes aux aimants ; ce sont : le deutoxyde d'azote et l'acide azoteux; les autres gaz tels que le chlore, l'ammoniaque, l'acide carbonique, le gaz oléfiant, etc., sont repoussés parles aimants.
D'après M. E. Becquerel , la puissance magnétique de l'oxygène est telle que 1 mètre cube de ce gaz, pris à 70 centimètres de pression, et supposé condensé de manière à avoir la même densité que le fer, agirait sur une aiguille aimantée comme un petit cube de fer du poids de o deds ,6. Un mètre cube d'air, d'après cela, a une action représentée par 11 centigrammes de fer, l'azote n'ayant qu'une action à peine appréciable. Si l'on réfléchit que la terre est. environnée d'une masse d'air équivalente au poids d'une couche de mercure de 76 centimètres d'épaisseur, et qui couvre tout le globe, il est aisé de comprendre qu'une pareille masse, soumise à des variations continuelles de température et de pression, doit intervenir dans quelques-uns des phénomènes dépendant du magnétisme terrestre. En effet, l'influence de cette couche d'air serait équivalente à une immense lame de fer, d'une épaisseur d'un peu plus de -jL de millimètre, et qui couvrirait toute la terre.
Depuis cette époque, l'action du magnétisme sur tous les corps n'a pas cessé d'occuper les physiciens, M. Faraday (22) est revenu