CHAPITRE VIT
on aperçoit une faible lueur phosphorique, en même temps que chaque partie séparée emporte avec elle un excès d'électricité contraire. Les deux mêmes lames rapprochées l'une de l'autre et pressées jusqu'à les faire adhérer légèrement, puis séparées rapidement, produisent les mêmes effets. Cette faculté se perd peu de temps après.
M, Becquerel a conclu de ses recherches que toutes les fois que l'on sépare deux corps en contact adhérant l'un à l'autre par la force de cohésion ou toute autre cause, ces deux corps possèdent toujours un excès d'électricité contraire. 11 a rapporté à cette cause les phénomènes lumineux produits dans les mers polaires quand des blocs de glace viennent à se heurter.
11 faut rapporter aux effets électriques de clivage, et par suite à la désagrégation, les effets observés par Gray en 173.'! (31 ) dans la solidification de certaines substances fondues, telles que le soufre, la résine, et ceux que l'on obtient avec le chocolat , l'acide phosphorique, etc., quand on les sépare des vases de verre où les matières ont élé coulées; le vase prend une électricité, et la matière l'autre. Kinnerslley étudia plus tard les mêmes effets, mais principalement Wilkc et ensuite CEpinus (32). Peut-être faut-il y rapporter encore les effets de phosphorescence observés par M. Henry Rose (33 dans la cristallisation de l'acide arsenieux, et dans celle des sulfates de soude et de potasse.
§ II. Dégagement de l'électricité dans les actions physiques.
Les principales actions physiques qui dégagent de l'électricité sont la chaleur, et l'induction produite, soit par l'électricité, soit par les aimants: ce dernier sujet ayant déjà été traité, nous n'y reviendrons pas; d'un autre côté, on a prouvé que le changement d'état des corps ne donnait lieu à aucun phénomène électrique; quant aux effets qui résultent des actions capillaires et étudiés par M. Becquerel (34', ils indiquent seulement que dans cette action moléculaire, comme lorsque l'équilibre des corps est troublé et qu'il y a travail produit, il y a manifestation d'effet électrique ou de la chaleur. Dans ce paragraphe, il ne sera donc question que du dégagement de l'électricité par l'action de la chaleur.
Cristaux pt/ro électriques. On a vu page 1 1 que la tourmaline jouissait de la propriété d'être électrique par élévation ou abaissement de température; d'autres substances possèdent également
l'<l de l'électricité ht du magnétisme.
cette faculté , entre autres la topaze (38), le zinc oxydé (86), la boracjte (37), la phrénite (38), la mésotype, le sphène, l'axinite, dont les cristaux, suivant Hauy, dérogent à la loi de symétrie, c'est-à-dire qui présentent cette particularité que les parties opposées correspondantes ne sont pas semblables; le sommet qui a le plus de facettes est positif par refroidissement.
M. Becquerel (39) a disposé un appareil avec lequel il a déterminé, à l'aide de la formule de pendule, les intensités électriques polaires successives d'une tourmaline oscillant librement entre les pôles contraires de deux piles sèches. Les observations recueillies montrent que l'intensité de l'électricité n'est pas en raison directe des variations de température, mais suit une loi très-complexe qui dépend particulièrement du pouvoir conducteur du minéral.
MM. Biess et G.. Bose (40) ont montré que, dans la plupart des cristaux pyro-électriques, il n'y a qu'un seid axe électrique, qui ne se confond pas toujours avec l'axe de cristallisation; mais il existe des cristaux qui ont plusieurs axes; l'axinite en a deux distincts des axes de cristallisation. La boracite, qui cristallise en cubes, a quatre axes électriques se confondant avec les quatre axes du cristal . Le docteur Hankel a annoncé que cette substance possédait trois autres axes se confondant avec ceux du cube : cette substance aurait donc aussi des pôles aux centres des faces; ce fait a été vérifié par MM. Biess et G. Roze.
M. Gaugain (40') a étudié les propriétés électriques de la tourmaline en mettant en communication l'une des extrémités du cristal avec un électroscope . l'autre avec le sol; il a obtenu pendant le refroidissement une quantité d'électricité plus considérable que relie que l'on avait obtenue jusqu'ici. En formant des piles de quantité, c'est-à-dire en réunissant un certain nombre de tourmalines par les pôles de même nom, il a pu condenser assez d'électricité sur un condensateur pour donner de petites étincelles. Contrairement aux observations faites avec des tourmalines isolées, il a reconnu que dans les échantillons de même teinte, les plus lim pides et les plus volumineux étaient ceux qui donnaient le plus d'électricité.
On s'est demandé d'où provenait le dégagement d'électricité dans les cristaux pyro-électriques? M. Becquerel a émis l'opinion qu'il s'opérait par l'action de la chaleur une dilatation, un clivage naturel qui dégage de l'électricité, comme cela a lieu quand on clive
CHWIïllli VII. 155
une lame de mica, Il se passerait donc là un phénomène semblable à celui que nous offrent les piles électriques formées par des condensateurs placés à la suite l'un de l'autre.
Courants (furwo-éleclrujves. Les circuits métalliques donnent aussi lieu à des phénomènes électriques quand la température n'est pas la même dans toutes les parties. M. Seeheck a découvert ces effets en 1823 (41) en montrant que, dans un circuit composé d'un barreau de bismuth et d'une lame de cuivre soudés bout à bout , si l'on chauffe l'une des soudures, il se produit aussitôt un courant électrique allant du bismuth au cuivre; avec l'antimoine et le cuivre, le courant est dirigé en sens contraire.
M.Yélin(42) montra qu'il suffisait de chauffer l'une des extrémités d'un barreau pour produire un courant, et que l'effet dépendait de leur forme et de la manière dont toutes les parties avaient été refroidies. M. Sturgeon ( 43) obtint des résultats plus précis encore avec des barreaux cylindriques ou coniques de bismuth ou d'antimoine. En chauffant uniformément l'une des extrémités d'un cylindre d'antimoine, il a constaté l'existence de deux lignes neutres dont il a déterminé la position.
M. Becquerel (44), dans plusieurs mémoires, a analysé les phénomènes thermo-électriques dans les circuits métalliques simples ou composés, en commençant par voir ce qui se passait dans un circuit où l'on ne pouvait supposer des défauts d'homogénéité provenant de la cristallisation ou de l'écrouissage. Un fil de platine, dont les deux bouts n'ont pas la même température, devient un couple vollaïque quand on les superpose l'un sur l'autre; le bout le plus chaud est négatif. On est porté à croire que le dégagement d'électricité est ici le résultat d'un mouvement moléculaire pendant la propagation de la chaleur.
M. Becquerel a lait une autre expérience qui conduit à la même conséquence : ayant fait un nœud dans un fil de platine formant un circuit fermé, il a montré qu'en chauffant à droite ou à gauche de ce nœud, il se produisait un courant allant de la partie chaude à la partie froide. Les effets sont encore les mêmes en coupant le fil en deux, superposant les deux bouts l'un sur l'autre et chauffant d'un côté ou de l'autre. M. Becquerel a inféré de là que lorsque la chaleur se propage dans une barre de métal, il s'opère une suite de décompositions et de recompositions d'électricité naturelle qui accompagnent la propagation delà chaleur; celle-ci rencontre-t-elle un obstacle, là où il existe il y a séparation des deux électricités.