i4 BESUME
trahisons , de conspirations et de révoltes 9 deyait néeessaîrement causer l'oppression et le malheur de cette contrée (i). »
L'histoire impartiale ne doit pas seulement confesser cette grande vérité ; après avoir épuisé toutes les formules de l'indignation pour caractériser l'usurpation des trois puissances 9 elle est contrainte d'avouer que , sous une domination étrangère, la population polonaise, et particulièrement les classes inférieures , se sont trouvées plus tranquilles, plus ménagées que sous le gouyernenient national : l'Autriche abolit l'esclavage dans la plus, grande partie de ses nouveaux domaities ; la Russie l'adoucit sans l'abolir entièrement; en Prusse , le despotisme du trône, appesanti sur les grands seigneurs, laissa respirer le menu peuple; les paysans enfin parurent se trouver soulagés, sous la protection des cours de Pétersbourg, de
(i)De V Equilibre du powoir en Europe , par M. Gould Francis LecJûe, Traduit de Tanglais, pag. 3a4.
DE I'hISTOIRE de POLOGNE. 32 5
Berlin et de Vienne^ des souffrances que leur ayâît fait subir la longue tyrannie de leurs innombrables despotes.
Mais quelle balance entre ces avantages partiels et la perte de l'existence politique? Quels dédommagemens peuvent consoler l'orgueil national offensé?
Combien de maux, de périls , de sacrifices ne fait pas supporter ce doux nom de patrie ! Toutes les classes de la population polonaise n'ont cessé et ne cessent encore de soupirer après le retour de leur liberté tumultueuse 9 et de leur inquiète indépendance. Il nous reste à tracer le récit des généreux efforts qu'ils ont tentés pour les recouvrer , depuis leur anéantissement jusqu'à l'imposante révolution de i8i4-
Abandonnés de toutes les nations voisines , les malheureux Polonais jè- ^ent , à toutes les époques , un regard vers la Vrance. Cette contrée , qui offrait, soit par le caractère de ses habitans , soit par leurs vertus cbevaleresques 9 plus d'une ressemblance avec leur patrie , était encore liée à la Pologne par une communauté
5a6 RESUME
d'intérêts politiques. Le premier démembrement^ honte étemelle des hommes qui composaient alors le ministère français , ayait excité, particulièrement en France , des sentimens d'une noble compassion et d'une tendre sympathie ; et si y plus tard , des calamités publiques 9 une grande lutte h soutenir , d^immënses périls à détourner , n'eussent mis obstacle à toute interrention française , il est à croire que les deux derniers démembremens n'eussent pas été d^une aussi facile exécution.
Ce fut donc dans les secours de la France qu'après l'anéantissement de leur patrie y les Polonais placèrent leur dernière espérance. Lorsque la domination prussienne , autrichienne et russe fut établie sans retour 5 une foule de guerriers polonais demandèrent à la France une hospitalité républicaine; ils Tinrent chercher un asile sous nos drapeaux , et , s'associant aux exploits de nos armées, essayèrent de se consoler, par la gloire, de la perte de leur patrie. C'est ainsi que Ton rit des Polonais pénétrer , sous l'étendard trico*
DE Ii^HISTOlllE DE POLOGNE. 32^7
lorey jusque dans les plaines de Tltalic.
Après aTOÎr sera son pays jusqu'au dernier iotir, le braye Bombrowski, Ton des plumiers, pa^sa en 1796 au service de France* Aoeueilli par le général Jourdan , autorisé à lever un corp« de Polonais , il adressa une proclamation à ses compatriotes , les invitant à se réunir sous les enseignes de U. révolution française ; le corps qu'il • forma, servit avec distinction sous Bonaparte , Championnet , et Macdo-' nald; sa bravoure et sa loyauté leren- <}ireot cher à toute l'araiée.
Mats la commuoe patrie ne recueil* ^^«'^ lait encore aucun fruit de ces exploits.
Long-temps on désespéra de la voir renaître de ses cendres. Enfui , onze ans plus tard> un rayon d'espoir brilla dans le cœur des malheureux Polonais :
la victoire sembla permettre aux Français de reconnaître leurs services. La situation de la France avait bien changé dans cet intervalle : aux convulsions de l'anarchie avait succédé une république ÙLÏble f qu'à son tour le glaive du despotisme avait renversée. L'homme de
O20 RESI^aUS
la ré?oImioa , le soldat de la liberté avait tourné contre la patrie lès triom« phes de l'armée nationale , et nos victoires nous ayaient donné des fers. Du consulat à l'empire la route araît été rapide ; mais la gloire en avait aplani les obstacles* La France enfin était à la fois glorieuse et opprimée : résistant au deliors à de nouvelles coalitions elle cédait au dedans à la coalition du glaive et de l'administration contre ses 1806. libertés.
L'époque toutefois n'était pas sans éclat : le nom français venait d'ajouter, dans les champs d'Iéna , aux respects de l'Europe. La monarchie prussienne, voisine de sa chute, dépendait de la volonté de l'empereur Napoléon. Luimême occupait la capitale de Prusse et la Pologne prussienne. Napoléon , tout puissant, était alors une ditinité dont on adorait les oracles. On surprit quelques phrases en faveur de l'ancienne république de Pologne ; recueil-* lies avec avidité , transmises rapidement, ces paroles, consolatrices parcoururent bientôt tous les palatinats,
DE I'hISTOIRE de POLOGNE. 520
Peut-être l'empereur faYorisaît-îl , par ses agens y cet enthousiasme universel.
Il arriya bientôt à un tel degré , que le peuple se leva tout entier. Le maréchal Davoust, qui avait paru le premier sur le territoire, reçut des marques multipliées de dévouement. L'exaltation s'accrut lorsque Bonaparte vint établir son quartier-général à Posen.
Une foule de nobles polonais 9 les larmes aux yeux , se pressaient sur son passage. On lui demandait l'afiFranchissèment de la patrie , la restauration du trône de Sobieski. Chacun lui offrait sa personne et sa fortune; on ne reculait devant aucun sacrifice. Une palme nouvelle , plus noble et plus glorieuse que toutes celles qui ceignaient encore sa tête, était offerte à Napoléon.
Ce monarque reçut une députation de la haute noblesse ; l'encouragea par ses discours et ses promesses. On vit alors les Polonais courir aux armes, et former, sous la direction du général Dombrowski , des réglmens qui devaient ajouter à ^illustration des armes françaises. L'illustre Kosciuszko, qui
3$o aiâUMfi
clait alors en Fraoce^ partageant un moment les espérances de ses. compatriotes, jpignit ^es eiforts à ceux de Dombrowski. a Nous sommes, disait41y sous Tégide d'un monarque qui dompte les difficultés par des miracles^ et celui de la résurrection de la Pologne est trop glorieux pour que l'éternel arbitre des destinées ne le lui ait pas préparé.»
Tout concourait ainsi à entretenir l'enthousiasme des Polonais. Un bulletin 9 publié à Paris , refroidit un peu ce premier mouyement; Il exposait ainsi les vœux des Polonais , sans manifester les intentions de l'empereur des Français.
« L'amour de la patrie , ce sentiment national, s'est non-seulement conserré entier dans le cœur du peuple polonais, mais il a été retrempé parle malheur; sa première passion , son premier désir est de rederenir nation. Les plus riches sortent de leurs châteaux pour Tenir demander , à grands cris , le rétablissement du royaume , et offrir leurs enfans , leur fortune, leur influence. Ce spectacle est vraiment touchant. Déjà
DE l'hiSTOIAB D£ POLOeNE. 35 1
ils ont partout repris leur ancieD costume , leurs aileiennes habitudes.
» Le trÔDe de Pologne se rétablira* t-îl?
et cette grande nation reprendra«-t<-el{e son existence et son indépendance ? du fond du tombeau renaîtra-^t*eile à la TieP Dieu seul 9 qui tient dans ses Doiains les combinaisons de tous les érénëmens ^ est l'arbitre de ce grand problème politique; mais^ certes, il n*j eut jamais d'événement plus mémorable , plus digne d'intérêt. »
Ceux qui ne connaissaient point encore la langue diplomatique des bulletins attendirent impatiemment le dénoûment de la guerre , et l'effet des promesses du monarque français; mais quelques amis de la liberté se demandaient si Ton pouvait espérer la restauration de la république, d'un homme qui avait détruit la liberté de son propre pays. Il en était même qui craignaient que Napoléon* n'eût vu, dans l'exaltation polonaise, qu'un moyen d'en obtenir des bommès et des subsides pour ses projets ultérieurs. Mais la masse de la population se livrait,
55a RÉsvMÉ
avec une entière Gonfi^oce , à l*espoir d'une résurrection procKaine.
g Le traité de Tilsitt , signé après six mois de combats 9 ne répondit qu'imparfaitement à ce légitime espoir. On regretta de n'y trouver qu'un accomplissement incomplet des promesses da vainqueur. La république polonaise 5 qu'il devait rétablir j n'obtint qu'une existence aussi faible que précaire. Aux termes de ce traité la ville de'Dantzîg fut déclarée libre. Une portion des provinces usurpées Jadis par la Prusse fut érigée en duché de Varsovie ; le reste de ces provinces fut annexé au nouveau royaume de Westphalie 9 créé pour Jérôme Napoléon : mais, loin d'enlever à la Russie et à l'Autriche les provinces que les partages successifs leur avaient assurées^ le traité accrut la part de la Russie , et maintint dans son intégrité celle de l'Autriche.
Ce ne fut pas sans quelque habileté que Napoléon donna le duché de Varsovie à l'électeur de Saxe , son allié , le inême que , par leur constitution de 1791 , les Polonais avaient appelé à
DE l'hISTOIRB de POLOeNE. 335
la succession du trône , et qui s'était excusé d'accepter alors ce périlleux honneur. Mais cette faible principauté , soumise à un prince étranger y ne de- TÎnt ni une barrière puissante ni un contre-poids efiicace contre la Hussîe et r Autriche. « En examinant la conduite de Napoléon y dit un historien y on Terra ayec indignation que des raisons de famille , des motifs d'une ambition mal calculée , prévalurent sur la raison d'état , et que la liberté n'étant rien moins que la pensée de ce faiseur des rois, il couvrait ses propres desseins, en laissant les Polonais dans une espèce d'incertitude sur les. destinées de leur patrie. Il retenait en quelque sorte ces peuples sous sa domination personnelle, par la crainte de perdre l'appui de la France, et par l'espérance de recouvrer plus tard , sous sa protection , le rang qu'ils avaient perdu en Europe (i). »
D'après le traité de Tilsitt , le duché de Varsovie devait être régi par des
(i) rictoires et cotufuétesy tom. XVUt
constitutioDsqui, enassuraat les libertés et les privilèges des peuples 4e ce duché , deyaieot se coociUer avec la tranquillité publique des états voisias, La ville de Dantzig devait recouvrer les lois qui la régissaient à Fépoque où elle avait cessé de se gouverner elle*niâine.
Une commission nommée sous Tinfluence de la France fut chargée de dresser un statut constitutionnel. Ce statut fut présenté à Dresde le 99 j uiUet y à Napoléon^ qui l'approuva et le signa»
Presque entièrement calqué sur les constitutions de Tempire français ^ cet acte législatif ne contribua pas peu à dessiller les yeux des Polonais. Un grand nombre reconnut que^ comme le royaume de Westphalie 9 le duché de Varsovie ne pouvait être qu'un département de la France.
Aux termes de cette Impériale constitution, la religion catholique fut déclarée religion de l'état. Elle garantissait la liberté des cultes et l'égalité devant la loi. L'esclavage était aboli. Les diétines, combinées d'une manière nouvelle avec lies assemblées communales , nom-
DE L HlSTOlftE 0E POLOGNE. 535
maieftt une diète divisée en deux chambres. Le roi ea outre Dommaît un sénat à ¥ie , ioveati du droit de rejeter les lois votées par lee oonees. La diète des noDoeflydélibéraDt à la pluralité desToiz, n'avait d'antre mission que d'élire des ooHHnisBions, qui demeuraient chargées de toitt le travail législatif; ce travail préseslé aux nonces devait être Toté silencieusement ^ la commission ayant seule le droit de prendre la parole ; et le président de cette assemblée presque muette avait encore la faculté de fermer la discussion.
Le roi avait l'initiative des lois, la nomination des sénateurs , des présidons des diétine^ 9 de ceux des assemblées communales ; il avait celle de tous les emplois civils et militaires; ses ministres formaient un conseil d'Etat? il pouvait dissoudre les diètes; il nommait l'ordre judiciaire , qui y bien qu'exerçant des fonctions à vie y pouvait dans certains cas être destitué sans jugement. Enfin les Saxons pouvaient faire partie des armées nationales.
On reconnaît dans cette combinaison
336 pu&suMÉ
constitutionnelle 9 dans ce sénat choisi par le roi, dans ce corps législatif muet, l'image fidèle des institutions politiques qui gouvernaient alors la France,, En vain quelques droits étaient reconnus , l'immense autorité donnée au roi rendait les abus faciles , et laissait les citoyens sans garantie. Les législateurs avaient oublié la liberté individuelle , et celle delà presse. Cet oubli, qui ne peut être supposé involontaire , faisait assez prévoir quel usage on prétendait faire de la constitution, et quelle liberté on devait attendre de la protection d'un despote.
Cette constitution et l'érection do duché de Varsovie furent l'un des principaux résultats des victoires de l'armée française et du traité de Tilsitt. La no(ivelle Pologne ne forma guère qu'une po^ pulation de quatre millions d'hommes.
La prospérité de ce faible état , mal garantie par les lois , fut de plus compromise par la présence continuelle des troupes étrangères qui restèrent en cantonnement dans les provinces. L'électeur d€ Saxe , investi par le traité de
DE L'aiSTOIRB DE POLOGNE. 337
Tilsitt du titre de roi 9 était 41D honnête homme ; il aimait le peuple et méritait sou amour. Mais il dépendait entièrement de la France , et ne pouvait être qu'un préfet de Napoléon. Ses devoirs^ et une juste préférence le retenaient d'ailleurs dans ses états héréditaires, et il ne put gouTerner que par ses délégués; il s'efforça toutefois de donner quelques garanties à la nation par le choix de ses ministres. Le brave et loyal Joseph Poniatowski , que nous avons vu défendre si courageusement sa patrie , fut nommé ministre de la guerre.
On remarqua dans le nombre des autres fonctionnaires des noms justement respectés. Mais déjà Koscîuszko, qui n'espérait plus rien de Bonaparte, avait refusé de concourir àtin gouvernement qui lui paraissait destiné, à sacrifier la Pologne au despotisme impérial.
Le duché de Varsovie jouit d'une ap- ^^^^ parente tranquillité tant que dura la paix de Tilsitt. Cette paix fut rompue en 180g. L'Autriche leva une armée formidable, et la conquête d'un état allié à lu France entra dans le plan de ses
33H ABSIIHB
opérations. L'arobiduc Ferdinand pénétra dan» le doché ; mais lalNraroure et le talent du prinœ Pooiatowiki le prôsenrèrent de i'iaTasion. L'archiduc^plus d'une fois Taiaou > fut contraint de rétrograder.
Les Tictoires éclatantes de l'armée française sur le Danube 9 et l'accession de la Russie , décidèrent en même temps le sort de la France et de la Pologne , qui dut au traité de Vienne un agran^ dîssement sensible. La Gallicie occidentale f un arrondissement autour de Gracorie , et le cercle de Zamosc, dans ta Gallicie orientale , furent détachés de l'empire autrichien. Le duc de YarsoTie acquît en outre la moitié des salines de Wîeliczka. Cette addition de territoire pouTait n'être pas sans influence sur la prospérité des Polonais.
Mais des causes nourelles concoururent avec tant de calamités passées à détruire l'ejflfet de cette faible améHora,tion ; l'immense , et 9 s'il faut le dire , l'insensé système de blocus continental était poursuivi avec une inflexible rigueur par le cidiinet de Saint - Gloud.
Napoléon avait formé le projet de fer-
DE l'hISTOIEE de POLOGNE. 3^9
mer l'Europe au commerce anglais^ Ce plan gigantesque condamnait à la misère cette foule.de yillea maritimes »
si florissantes jadis ^ qui bordent, pour ainsi dire 9 les extrémités du continent européen I» depuis Amsterdam jusqu'à Saint-Pétersbourg. Pantzig, princi'* pal et presque unique débouché du commerce polonais 9 yit bientôt décroître et s'anéantir son antique prospérité. DépourTU de liberté^ le duché de Varsovie le fut insensiblement de commerce : ruiné par tant de guerres successives »
dévasté par les troupes étrangères 9 il n'offrit bientôt que le spectacle de la plus hideuse misère. Les grandes fortunes elles^même^ n'échappèrent pas à cet appauvrissement universel.
Cependant la désastreuse campagne ^^^^ de Russie était ouverte; et Napoléon , quoiqu'il eût trompé les Polonais , n'avait pas cessé de compter sur eux. Il fondait de grandes espérances sur leur enthousiasme qu'il avait éteint ; il bâtissait d'immenses calculs sur leurs ri- I chesses que sa politique avait anéanties.
' Il forma le projet de confédérer toute la
«340 RÉSVUÉ
Pologne 9 de faire monter toute la noblesse à cheTal^ et d'opposer cette année d'élite aux légions de la Russie. Toujours rempli de confiance dans lui-même :
préoccupé de ses yastes desseins y Napoléon Toulait ignorer les faits qui combattaient leur accomplissement.
Quelque malheureux qu'ils soient , quelque trompés qu'ils aient été, le prenlier mouTement des peuples auxquels on adresse un noble ' langage est toujours la confiance. Les Polonais surpassent à cet égard toutes les autres nations. Jamais on ne parle d'indépendance à ce peuple loyal sans que son âme s'exalte ; jamais on n'éveille dans son cœur des sentimens généreux sans que sa vertu renaisse. La Pologne , pauvre, opprimée, se prêta 'Cependant aux suggestions de l'ambassadeur de France ; les diétines furent convoquées; elles nommèrent des dép pûtes; et le a6 juin une diète s'assembla. On choisit pour maréchal le prince Adam Czartorjski , dont la noble conduite avait réparé les erreurs de sa famille , et que son grand Age avait fait
DE Ii'BISTOIRS de POLOGNE. ^4*
surnommer le Nestor polonais. Le comte Mathucbewitz , ministre des finances , ouTrit la diète par un discours patriotique (i). »
L'ambassadeur de France, M. de Pradt, présent à cette solennité , Fa décrite dans un de ses nombreux ouvrages : « Quel jour ! quelle joie ! quel empressement ! qui pourrait jamais les peindre I Le comte Mathucbewitz s'a- Tance ; tous les regards se fixent sur lui. Il parlei La foule, jusqu'alors trèsagitée j l'écoute dans un silence qui ne laisse entendre que sa yoix. Enfin ,' le nom de la Pologne est prononcé : toutes les mains battent à la fois ; toutes les Tûix éclatent en applaudissemens pror longés ; ils se propagent au dehors de la salle; les cours du palais, les rues adjacentes retentissent des mêmes cris :
l'irresse était générale ; jamais je ne yis
(i)M. de Pradt nous apprend , dans sa relation de son ambassade à Varsovie, qu'il fut Tautcur de ce discours du ministre des Hnances.
Dig,t,zedbyC(^(^le
rîêflcie pareil. Quand l'orateur s'adressa ifu prince Czartoryski , grand maréchal de la diète 5 pour lequel on ayait ménagé une apostrophe qui rappelait aes services passés suivis de tant d*agi talions 9 les mêmes transports se renouvelèrent ; ce jour a dû être le plus beau de sa longue et honorable carrière.
Enfin j rien ne manqua à Teffet 9 et cette journée , ainsi que les suivantes 5 présentèrent dans tout Varsovie le bonheur le plus vif et le mieux senti (i). »
Dans la seconde séance 9 qui eut lieu le d8 juin, la diète prit plusieurs résolutions. Elle se constitua en confédération générale: elle déclara le rétablissement du royaume de Pologne et du cofps de la nation polonaise ; elle convoqua les diétines et invita toute la population à se confédérer. Tous les Polonais . employés au service civil et militaire de la Russie furent sommés de Tabandonner immédiatement pour
(1) Histoire de V ambassade en Pologne, en 1812, cinquième édition ^j^jyg.
DE l'iIISTOI&E de POLOGNE. 34^
être placés au serYÎce de Pologoe.
Toutes les autorités . clyiles , ecclésiastiques et i^ilitaires fureat invitées à faire connaître, dans toute l'étendue de la Pologne, l'existence et le but de la confédération. Cette confédération tut représentée par un conseil général formé de dix membres et d'un secrétaire. On envoya une députation au roi de Saxe pour demander son adhésion ; une autre à l'empereur Napoléon, pour lui demander de couvrir de sa puissante protection les efforts patriotiques de la Pologne renaissante. Enfin, la confédération jura, à la face du ciel et de la terre , de poursuivre jusqu'à la fin, et par tous les moyens, le grand ouvrage qu'elle avait entrepris.
Mais toutes ces mesures et ce noble enthousiasme furent bientôt suivis d'un découragement général.
La confédération comptait sur Napoléon , et celui-ci voulait encore moins la liberté polonaise qu'en 1807. Une députation se présenta devant lui , et prononça un éloquent discours : « Sire, dit l'orateur , la diète du grand duché
544 RÉsuaiÉ
de Varsovie 9 réunie à l'approche des puissantes armées de TOtre rnajesté , a reconnu d'abord qu'elle avait des droits à réclamer et des devoirs à remplir . • * Elle a déclaré le royaume dé Pologne rétabli dans ses droits . . . Sire , votre majesté travaille pour la postérité et pour l'histoire... Nation libre et indépendante depuis les temps les plus reculés y nous n'avons perdu notre territoire et notre indépendance ni par des traités , ni par des conquêtes , mais par la perfidie et la trahison. La trahison n'a jamais constitué des droits. Nous avons vu notre dernier roi traîné à Saint-Pétersbourg 9 où il a péri; et notre nation déchirée en lambeaux par des princes avec qui nous n'avions pas la guerre , et qui ne nous ont pas conquis . . .
» Votre majesté peut-elle nous désavouer ou nous blâmer pour avoir fait ce que notre devoir^ comme Polonais, exigeait dé nous. . . Oui , sire , la Pologne est proclamée de ce jour : elle existe par les lois ; mais elle doit exister par Je fait . . . Dites , sire, que le
DE l'hISTOIBE de POLOGNE. 345
rojaume de Pologne existe $ et ce décret sera pour le monde équÎTalent à la réalité. Nous sommes seize millions de Polonais, parmi lesquels il n'y en a pas un dont le sang , les bras , la fortune ne soient déyoué^à Totre majesté...
Depuis trois siècles la Pologne, dans ses malheurs, a toujours tourné ses regards Ters la France. Nous présentons à TOtre majesté l'acte de la confédération par lequel nous réclamons l'existence de la Pologne. Nous renou- Telons deyant tous , au nom de tous nos frères , le serment de persévérer dans cet engagement solennel jusqu'à la fin , en y concourant de toutes nos facultés morales , de tous nos moyens y et, s'il le fallait , avec tout le sang qui coule dans nos reines , afin d'acheyer une entreprise qui n'aura pas été formée en Tain , si Totre majesté Tcut daigner l'appuyer. »
Napoléon répondit à ce noble langage par un de ces discours diplomatiques qui ont d'autant plus de mérite qu'ils ont moins de sens :
' « Gentilshommes « députés de la
346 BisvMi
confédératiorï de Pologne ^ dit^il , y ai entendu dTee intérêt œ qaeTous venez de me dire.
» Polonais , f aarais pei^é et agi comme votis ; f auf'àîs rc^é cottime tous dans l'assemblée deYài^oTie. L'amouj* de son pays est 'le premier dev<^r:de rhomme cÎYÎÎisé.
B Dans ma situation , j'ai beaucoup d'intérêts à concilier , et bèancoUp de devoirs à remplir; ci j'avais régné pen^ dant le premier , le seconct, et le troisième partage dé la Pologne, j'aurais armé mes peuples pour la défendre.
Aussitôt que la victoire m^eut mis en état de rétablir vos anciennes lois dans votre capitale et une partie de vos provinces , je le fi^ sans chercher à prolonger la guerre , qui aurait continué à répandre le sang de mes sujets.
» J'aime votre nation. Pendant seize ans j'ai vu vos soldats à mes côtés dans les champs de l'Italie , et dans ceux de l'Espagne.
» J'applaudis à ce que vous avez fait ; j'autorise les efforts que vous voulez
DE l'histoire de POLOGNE. 347
faire ; je ferai tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions.
» Si vos efforts sont unanimes , tous pouvez concevoir Tespoir de réduire l'ennemi à reconnaître vos droits; mais dans des contrées si éloignées et si étendues, c'est entièrement dans l'unanimité des efforts de la population qui les couvre que vous pouvez trouver l'espoir du succès.
» Je vous ai tenu le même langage dès ma première entrée en Pologne.
Je dois y ajouter que j'ai garanti à l'empereur d'Autriche l'intégrité de ses domaines , et que je ne puis sanctionner aucune manœuvre ou aucun mouvement qui tendrait à troubler la paisible possession de ce qui lui reste des provinces de Pologne.
9 Faites que la Litbuanie , la Samogitie , Wîtepsk , Polotzk, Mohîlow , la Wolhynie , l'Ukraine , la Podolie soient animées du même esprit que j*ai vu dans la grande Pologne , et la Providence couronnera votre bonne cause par des succès ; je récompenserai ce dévouement de vos contrées , qui vous
348 aEsuMB
rend si intéressaus , et vous acquiert tant de titres à mon estimé et à ma protection , par tout ce qui pourra dépendre de moi dans les circonstances. » Ce discours évasif , ces phrases soi-gneusemcnt étudiées pig: lesquelles Napoléon promettait tout sans s'engager à rien , détrompèrent bientôt les ambassadeurs ; « ils étaient partis de feu , dit M. de Pradt , ils revinrent de glace ; leur froid se communiqua à la Pologne, et depuis ce temps on n'a pu parvenir à la réchauffer. » En effet, à dater de ce jour , le zèle se ralentit ; la commission de la confédération se trouva sans pouvoir, et le duché de Varsovie, désabusé de ses derniers rêves qu'il devait former , ne vit plus que la réalité de son oppression et de sa misère. Ses soldats continuèrent cependant à partager les travaux de l'armée française ; jadis ils avaient participé à sa gloire ; ils prirent cette fois leur part de ses souffrances et de ses désastres.
L'issue déplorable de la campagne de Russie est connue de l'univers. Les contemporains ont admiré , et la pos*
\ DE l'histoire de POLOGNE. 349
tèritè admirera comme eux le sublime dévouement des premiers soldats du monde 9 vainqueurs de leurs innombrables ennemis , vaincus par les seuls èlémens. La Pologne ^ après avoir supporté le séjour des armées triomphantes 9 eut à subir toutes les conséquences de la plus affreuse retraite dont il soit fait mention dans l'histoire.
A cette époque fertile en trahisons 5 i8i3..
les troupes polonaises s'honorèrent par la fidélité qu'elles témoignèrent jusqu'à la fin à la France malheureuse et vaipcue. Un corps auxiliaire autrichien , jusqu'alors allié de l'armée française , s'étant dissous en iSiS, Poniatowski défendit Gracovie pendant onze jours , et opéra sur l'Autriche une retraite honorable. On raconte que les dames polonaises de tous les rangs se couvrirent alors d'habits de deuil , et vinrent en pleurant faire leurs adieux à leur brave armée.
Joseph Poniatowski et ses compagnons d'armes rejoignirent les troupes françaises , et servirent avec gloire pendant la désastreuse campagne de i8i3.
350 RÉSUUÉ
Le hérQ9 poloDaû déploya uo» valeur <{i|i Ui mérita le titre de maréci^al d'emyû^ ; ce titre lui fut décerné sur le champ, de bataille de Wacbau^ Oo saitquelte catoirophe termina les |oars de Pooiatowaki 9^ et couvoana par. une fiaglorieuseet funeste la plas aoble We.
Plus heureux qu'une fouie d'illuatres Polonais, ce guerrier mourut en croyant combattre pour sa patrie. Son corps fut retrouvé dans l'Elster^qui Favait englouti; les vainqueurs mêmes rendirent hommage à sa vertu; l'eaneml s'arrêta pour asdsteraux funérailles de ce grand homme p etlea souverains sdliés ne purent refuser une larme à ses infortunes.
i8i4. Bientôt les armées françaises éprouv^ent une suite de défaîtes non moins étonnantes que leurs victoires. Mais tandis que les succès de l'ennemi ies refoulaient fuscpie sur leur territoire , tandis que la guerre changeait de. théâtre , et que l'ennemi s'applaudissait de ne plus retrouver la France de 1^2 , quelques places fortes en Allemagne et en Pologne demeuraient en notre pouvoir. De ce nombre fut Dantzig» dont
DE l'hiSTOUB IMB POLOGNE. 55 1
la défense honora qoelifues soldats firan-* cals» mais ruina eetle rille Inforlonée.
Quant à la misérable Pologne ^ dérras^tèe, abîmée pour plus de iléft ans^ elle retomba sous le Joug dé ses premiers maîtres 9 et la France, subjuguée elle* même 5 ne put desormaisJa défendre.
La chute du gouvernement impérial 1814.
anéantit le duché de VarsoTie et détruisit l'édifice éleré par le tmîlé de Tilsitt. L'électeur de Saxe expia nco^ seulemeM par cette perte, mais encore par l'enlèvement de quelques ** unes de ses provinces héréditaires , sa fidélité envers la France. On cmt pouvoir encore à cette époque faire des promesses aux Polonais ; l'empereur de Russie, après le traité de Paris , engagea Rosciuszko à revenir en Pologne , et celui - ci crut un moment an retour de Tindépendance de sa patrie. Les opératlona du congrès de Vienne lui oovrirent bientôt les yeux et prouvèrent que les cabinets alliés n'étaient pas de meilleure foi que le souverain qu'ils venaient de détrôner.
Aux termes de l'acte du congrès de Vienne , le duché de Varsovie^ à l'cx-
55a &ESU1IE
ceptîoQ de quelques provinces, fat réuni à l'empire de Russie et lié irrévocablement à cet empire. L'empereur de Russie fut autorisé à joindre à ses autres titres celui de czar^ roi de Pologne. On promit toutefois aux Polonais^ sujets respectifs de la Russie , de l'Autriche et de la Prusse ^ une représentation et des institutions nationales , réglées d'après le mode d'existence politique que chacun des gouvernemens auxquels ils ap* partenaient jugerait utile et convenable de leur accorder. La portion du duché de Varsovie accordée à la Prusse prit le nom de grand-ducké de Posen. La propriété des salines de Wieliczka fut cédée à perpétuité à l'Autriche. Cracovie fut déclarée ville libre étnéutre sous la protection des trois puissances (i).
Telle est la situation de la Polo^e depuis i8i4- £n perdant l'appui de la France 9 cette contrée a dû renoncer â l'espoir de redevenir jamais nation :elle ne cesse toutefois de le désirer. L'em-
(1) y^ctes du congrès de Prenne, articles 1,3, 3, 6 et 7.
DB L*H1ST0IA£ Dl P0I.06Nfi. 553
pereur Alexandre ne néglige rien pour lui faire oublier ce qu'elle fut jadis ; il a compris que la yiolence et le despotisme oe gagnent pas les cœurs, et, docile aux maximes d'une saine politique; il a pensé que, si rien ne doit légitimer l'usurpation , un usage éclairé du pou- Yoirpeut la rendre moins pénible. Sous sa protection impériale , la Pologne russe cultive les arts et les sciences. Une constitution, non pas sans défauts, mais plus fayorable qu'on eût pu l'attendre , assure aux anciens Polonais une liberté modérée. « L'empereur de Russie , dit un publiciste, gouyeme ayec les formes les plus capables de lui gagner les cœurs.
Il conserye à ce peuple intéressant tout ce qui peut ,1e flatter. Il honore publiquement de ses regrets le braye Kosciuszko, l'immortel Poniatowski. On le yoit entouré des personnages qui ont l'estime de la nation , et il les comble de fayeurs. L'agriculture se relèye par ses soins paternels de l'état d'ayilissement et de détresse où les guerres Payaient plongée. Les arts se perfection- Dent,le commerce se ranime et s'étend.
354 Bés»i DE i.'ms'rouE de pologns.
C'est ainsi que l'empereur cherche à efTaeer {usqa'aQX detniers y^tiges de cette ioimitié qa'an double partage , aceompagné de cîrconatanees atroces^ avait aftlmnéedans le coeur des kabitang»
Mais que les Polonais ne s'y Uompujf^ point, ils n'ont plus de patrie (i)^ »
(t) L'Europe et ses colonies , en décembre 1819» t. I<>', pag. 24. (Par M. Beaumontde Bripazac, )